WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

L'évolution des politiques agricoles et leur incidence sur l'économie et le développement rural au Cameroun (1960-2014).

( Télécharger le fichier original )
par ARSENE GUY DAVY MEBA
UNIVERSITE DE YAOUNDE I, ENS YAOUNDE - DIPPES II 2014
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

CHAPITRE II : PREMIERS PLANS QUINQUENNAUX ET CHOIX DE L'INTERVENTIONNISME ETATIQUE DANS LE SECTEUR AGRICOLE (1960-1970)

Le Cameroun étant à présent un territoire souverain se doit de mettre en place une politique agricole souveraine. C'est dans ce sillage que les orientations stratégiques agricoles s'inscriront dans le cadre de la planification économique envisagée par le gouvernement dès 1960. Il s'agira donc dans ce chapitre de présenter les politiques agricoles dans le cadre de la première décennie de l'économie planifiée. Le premier axe consistera à mener une étude sur l'interventionnisme étatique en Afrique au lendemain des indépendances et les méthodes de formulation et de mise en oeuvre des politiques agricoles pendant la période de planification. Le second, qui constitue l'essentiel de ce chapitre consistera à montrer la continuité de la politique agricole coloniale dans le cadre des deux premiers plans quinquennaux.

I. L'INTERVENTIONNISME EN AFRIQUE ET LES METHODES DE FORMULATION ET DE MISE EN OEUVRE DES POLITIQUES AGRICOLES PENDANT LA PHASE DE PLANIFICATION DE L'ECONOMIE CAMEROUNAISE

Les stratégies d'exploitation économique pendant la période coloniale se caractérisaient par une politique interventionniste accrue qui plaçaient l'administration coloniale au centre de la gestion économique du territoire. Cette philosophie de développement se perpétua dans les premières décennies d'indépendance en Afrique et influença l'élaboration des stratégies économiques en général et du secteur agricole en particulier.

A. L'interventionnisme étatique en Afrique au lendemain des indépendances

Au sortir de la colonisation, l'intervention publique s'avérait être un vecteur essentiel de la dynamique de croissance dans tous les pays africains. Les objectifs économiques fixés par les pays africains après l'indépendance tournaient ainsi autour de la promotion du développement à travers l'interventionnisme publique, c'est-à-dire une implication généralisée et poussée de l'Etat dans le processus de développement du pays. L'Etat intervenait ainsi directement dans tous les secteurs de l'économie dans le but de promouvoir un développement généralisé.

Introduit en Afrique à la période coloniale dans le but d'accélérer l'exploitation des matières premières au profit des métropoles occidentales, l'interventionnisme d'Etat perdure après les indépendances au point de devenir l'apanage des politiques de développement. Avant la colonisation, le but de la production était de garantir la sécurité et la permanence du groupe. Le chef de la communauté domestique avait alors le monopole du pouvoir de décisions sur tout ce qui avait trait à la production agricole: techniques agricoles et artisanales, utilisation de la terre, l'énergie humaine, moyens de production individuels. Pendant la colonisation, les cultures d'exportation furent introduites de manière coercitive dans les petites exploitations familiales: café et cacao constituaient des exigences de l'administration coloniale, sans rapport avec la nécessité de survie des groupes domestiques locaux. Pour assurer la réussite de ces nouvelles cultures, la puissance coloniale créa des institutions spécialisées: stations de recherche, fermes de multiplications, services d'encadrement des producteurs, services d'approvisionnement en intrants et de commercialisation des produits. Et même les producteurs étaient organisés en groupements coopératifs.

Ce décor fut maintenu après les indépendances : l'exploitation des matières premières s'intensifia dans le cadre du développement économique et social des Etats, l'objectif étant d'assurer des devises pour soutenir les efforts de développement, et, à terme, d'améliorer les conditions de vie des populations. L'adhésion à l'interventionnisme d'Etat devint la principale forme de développement et la planification devint son modus operendis.

Une étude menée dans plusieurs pays Africains révèle en effet que la planification des projets se généralisa dans le secteur agricole en Afrique après les indépendances140(*). Cet étude montre que :

L'existence des Plans de Développement peut être considérée comme le meilleur indicateur de l'intervention de l'Etat dans les activités économiques, sociales et culturelles.141(*)

L'interventionnisme étatique en Afrique, sous la forme d'une planification volontaire, eut un impact globalement positif sur la productivité. Il convient néanmoins de signaler qu'il se caractérisait par une confiscation de la prise des décisions de production par les technocrates, aboutissant à une marginalisation et à la «dépaysannisation» des populations rurales142(*). Certaines politiques interventionnistes, axées sur l'autosuffisance alimentaire, servirent, à dessein ou pas, à cloîtrer les populations rurales hors de la logique de marché et des réseaux de redistribution des richesses143(*). Ce qui contribua plus à accroître leur appauvrissement qu'à leur permettre de sortir de la pauvreté et accentua le phénomène de l'exode rurale. C'est sous cette approche interventionniste que le gouvernement camerounais élaborait ses politiques agricoles.

* 140 F. TchalaAbina «Interventionnisme et dépaysannisation dans les stratégies de développement agricole en Afrique: un point de vue critique» in Kamajou (éd.) et al. «Actes du Séminaire sur les organismes d'intervention en milieu rural dans le processus de développement»,16 - 21 juillet 1984, Centre Universitaire de Dschang, 1984, pp.107-120.

* 141 Ibid. p.109.

* 142 T. MoulendeFouda, « Les mécanismes de financement en milieu rural camerounais : Une analyse des déterminants de la demande de services financiers des ménages», Thèse de doctorat en science économique, Université de Versailles, 2003, p.55.

* 143 N. Long «Rural developementstrategies and outcomes: acriticalreview», in ibidem, pp.39

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"En amour, en art, en politique, il faut nous arranger pour que notre légèreté pèse lourd dans la balance."   Sacha Guitry