WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

L'analyse de l'Etat et de l'Etat démocratique dans la Philosophie politique d'Eric Weil


par Davy Dossou
Faculté de philosophie saint Pierre Canisius - Bachelier en philosophie 2006
  

sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

Introduction générale

Eric Weil est né à Parchim (Mecklemburg) en Allemagne en 1904. Il étudie la médecine et la philosophie à Berlin et Hambourg. Il soutient sa thèse allemande, que dirige Ernst Cassirer, sur P. Pomponazzi en 1928. En 1933, il quitte l'Allemagne. Naturalisé français en 1938 et mobilisé en 1939, il reprend au retour de quatre années de captivité - sous le nom d'emprunt d'Henri Dubois - son enseignement aux hautes études. Il entre au Centre National pour la Recherche Scientifique (CNRS) et fonde avec d'autres la revue Critique dans laquelle il publie beaucoup sur la politique et l'histoire. En 1950, il soutient sa thèse française, Logique de la philosophie, avec comme thèse secondaire Hegel et l'Etat, puis publie Philosophie politique (1956), Philosophie morale (1961), Problèmes kantiens (1963) et deux volumes d'Essais et Conférences (1970-1971). Professeur à l'Université de Lille de 1956-1968, puis de Nice jusqu'en 1974, il meurt à Nice le 1er février 1977.

La philosophie d'Eric Weil est celle d'un homme confronté à l'histoire, celle des deux grandes guerres mondiales, de la barbarie du Nazisme, de la guerre froide et de l'avènement progressif d'une société mondiale. Elle se caractérise par la volonté de poser de la manière la plus radicale les problèmes de notre temps : celui de la violence pure qui remet en question la confiance en la raison, celui du rapport entre la liberté de l'individu et la systématicité du discours, celui de la diversité des philosophies et de la remise en cause de l'idée de vérité. Elle développe la forme et le contenu d'une morale qui n'invite pas l'homme à se retirer du monde, mais au contraire à assumer les risques et les responsabilités de l'action. Elle s'interroge sur l'Etat et son devenir, sur la possibilité et les conditions d'une existence sensée dans le monde de la technique.

Sa libre réflexion philosophique sur la politique le conduit à cette hypothèse : la politique, science philosophique de l'action raisonnable, a affaire à l'action universelle, laquelle, tout en étant, de par son origine empirique, action d'un individu ou d'un groupe, ne vise pas l'individu ou le groupe en tant que tel, mais la totalité du genre humain. La politique, visant l'action raisonnable et universelle sur le genre humain, se distingue ainsi de la morale, action raisonnable et universelle de l'individu, considéré comme représentant de tous les individus sur lui-même en vue de l'accord raisonnable avec lui-même. La réflexion morale aura désormais affaire aux rapports réels des hommes entre eux, formulés sous forme universelle par le droit positif.

Réfléchissant sur la société moderne qui est également la nôtre, Eric Weil se rend compte qu'elle est une société marquée par la communauté de travail, une société qui s'organise en vue d'une lutte progressive avec la nature extérieure. Autrement dit, le mécanisme social est largement dominé par la rationalisation du travail. Cet état de choses donne naissance à une société rationaliste, calculatrice et matérialiste. Cette manière d'interpréter les rapports de l'homme avec la nature extérieure est le résultat d'une évolution longue et complexe, laquelle caractérise l'homme moderne en tant que tel. Le caractère du rapport de la société avec la nature grâce au travail social, dépend dans le cas de chaque communauté de conditions concrètes. Il s'agit justement aujourd'hui de l'organisation scientifique et technique du travail. La société moderne sur laquelle réfléchit Eric Weil, est une communauté du travail qui est devenue, de par le principe de sa technique de travail et d'organisation, une communauté englobant l'humanité entière. Dès lors, toute communauté qui veut survivre en tant que communauté sera obligée de s'élever, pour le moins au niveau technique atteint par ses ennemis potentiels.

Or la communauté, selon Eric Weil, est ce qui est vécu dans une expérience directe de la compréhension humaine, dans le cadre d'institutions qui n'ont pas été créées ni « re-organisées » par un organisateur rationaliste et calculateur, mais qui remontent aux origines, aux temps immémoriaux, au mos majorum.1(*)

On peut, poursuit-il, opposer pratiquement dans un sens analogue, le peuple à l'Etat considéré comme création récente, non comme aboutissement d'une évolution organique. C'est d'ailleurs ce qui nous a poussé à réfléchir avec lui sur l'Etat. Nous sommes invités non seulement à réfléchir sur l'Etat mais aussi sur l'Etat dit démocratique. D'où le choix de notre thème : Analyse de l'Etat et de l'Etat démocratique dans la philosophie politique d'Eric Weil.

Eric Weil nous ouvre une perspective autre que celle des penseurs et philosophes qui ont vécu avant lui sur la notion d'Etat en s'inspirant non seulement de la logique ou de la perspective de Hegel mais en opérant à son propre niveau un décollage philosophique de la réalité qu'est l'Etat dans l'acception moderne du terme. L'Etat semble être un mot passe-partout que quiconque peut utiliser n'importe comment. Ce qui crée justement une confusion dans la tête de plus d'un et même au sein de la classe des cadres et autres intellectuels. C'est parce que l'approche définitionnelle de l'Etat n'est pas aussi facile qu'on le pensait que l'abord de la problématique de l'Etat par Weil va nous inviter à aller au-delà du sens vulgaire dans lequel on a voulu l'enfermer. D'où l'indispensable question : qu'est-ce que l'Etat ? Cette question nous conduira à une randonnée philosophique où nous examinerons les approches de ce concept depuis l'Antiquité jusqu'à Weil pour faire ressortir les évolutions opérées par ce dernier pour rendre aussi claire que possible cette notion à la fois simple et complexe.

Notre réflexion avec Eric Weil ne va pas seulement se limiter à l'Etat. Elle va nous conduire à méditer sur l'Etat démocratique. Dans notre monde, marqué par les dictatures ou, mieux, des autocraties surtout dans certaines régions d'Afrique, d'Amérique latine et d'Asie du sud-est, du Moyen-Orient, le rêve ou le besoin croissant de voir s'instaurer des Etats démocratiques devient de plus en plus pressant. C'est pourquoi, il nous importe d'analyser avec Eric Weil l'Etat démocratique2(*).

A travers une méthode analytico-critique, nous allons approfondir ce thème qui nous concerne. Dans la première partie, nous centrerons notre réflexion sur l'Etat. D'une part, nous réfléchirons sur l'approche weilienne de l'Etat ; d'autre part nous aborderons le processus historique de l'institution de l'Etat, pour terminer notre étude en traitant des fonctions ou tâches de l'Etat. Dans la deuxième partie, nous aborderons la notion d'Etat démocratique. Primo, nous réfléchirons de façon approfondie sur la notion de la démocratie. Secundo, nous dégagerons l'approche weilienne de l'Etat démocratique, ses caractéristiques et son impact sur l'ensemble géopolitique, Tertio nous montrerons en dernier ressort quelques faiblesses des valeurs démocratiques.

* 1 Eric Weil, Philosophie politique, Paris, J.Vrin, p.70.

* 2 Eric Weil n'utilise pas le terme d'Etat démocratique. Il parle d'Etat constitutionnel. Mais après une lecture sérieuse de son livre Philosophie politique, l'Etat démocratique chez Eric Weil correspond, pour moi, à ce qu'il appelle l'Etat constitutionnel. La description qu'il fait de l'Etat constitutionnel est celle que nous reconnaissons aux Etats que nous qualifions de nos jours d'Etats démocratiques.

sommaire suivant