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Habiter le nomadisme. L'exemple de l'habitat mobile des travellers du mouvement techno

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par Caroline SPAULT
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales - Master Recherche 2008
  

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Chapitre II
Les travellers: entre autonomie et dépendance.

a) Résider dans un logement mobile : une initiative complexe.

Discuter l'initiative d'habiter un logis mobile nous renvoie inéluctablement à la question du choix de ce mode de vie. Si pour certains auteurs, les travellers ont délibérément choisi de vivre ainsi «rejetant le confort des habitats traditionnels» (Hetherington, 2000: 65), pour d'autres, les travellers ont subi ce choix, «forcé à vivre sur les routes [É] » (Martin, 2002: 724) Dans ce chapitre, je ne cherche pas à trancher le débat sur la question du choix. C'est au regard de mes observations et de mes entretiens sur le terrain que je pense contribuer à la compréhension de cette initiative. Quel est donc le degré d'autonomie ou de dépendance des travellers? Sont-ils acteurs ou sujets de la mobilité?

Compte tenu de mes entrevues avec les travellers, j 'ai noté que la mise en habitat mobile s'effectue pour deux raisons différentes et interdépendantes à la fois. D'une part, les personnes revendiquent un réel droit à l'instabilité spatiale, refusent de s'acquitter des frais liés à un domicile fixe et décident alors de s'installer dans un logis ambulant; d'autre part, les individus intègrent un moyen de transport habitable à défaut d'un foyer traditionnel.

Autrement dit, si l'on peut constater chez certains travellers un désir d'évasion et de liberté et par là même, le choix d'une mobilité vécue et choisie comme mode de vie, chez d'autres, ce choix est influencé par des ruptures de la vie sociale, souvent d'ordre professionnel ou sentimental et par le non-accès au logement standard.

«L'envie d'un camion m'est venue au début que j'ai découvert les free: marre de dormir à quatre dans une Renault 19. J'ai plus ou moins vécu dans mon ancien camion, et là je suis passé au poids lourd, pour me faire un appart sympa et surtout pour être mobile à tout moment. J'ai vécu un an en appart et franchement, marre de foutre des tunes par la fenêtre et de devoir payer X

49

taxes à la con [É]»

«Quand on en discute entre potes, beaucoup relatent des passés de gamin et des familles voyageuses qui leur ont donné envie de vivre dans leur camion. Moi, au contraire, c'est le sédentarisme et la routine de mes parents qui m'ont poussé à bouger. » 50

«C'est un réel choix, mais qui à été difficile à mettre en oeuvre. On m'a gentiment prié de prendre la porte une fois le Bac obtenu, j'ai donc traversé la France pour atterrir en Bretagne, sans une thune et bien largué, j'ai découvert là -bas la teuf [fête en verlan] et des gens plus qu'ouverts, les travellers . Je ne connaissais pas ce milieu, je viens d'une famille plutôt fermée. J'ai tout de suite aimé cette façon de vivre, de voyager, de profiter, d'aller au gré du vent [É] Aujourd'hui, je suis toujours SDF, mais c'est parce que mon domicile me suit. » 51

Ces trois extraits d'entretien reflètent les divergences apparentes dans la mise en habitat mobile des travellers. En effet, même si la volonté d'autonomie demeure toujours palpable dans ces discours, indubitablement, ces choix restent influencés par une série d'incidences sociales. Les emménagements en logis mobile, qu'ils soient contraints ou choisis, sont liés à des changements de vie. Rupture sentimentale, conflit domestique, paupérisme, impasse dans l'accès au logement standard, précarité professionnelle sont autant de «retombées sociales» auxquelles les travellers sont ou ont été confrontées. Il n'en reste pas moins qu'aujourd'hui, peu de travellers échangeraient leur résidence ambulante contre un habitat traditionnel.

49Maxime, 24 ans, intérimaire. Entretien du 16.10.2007. 50Paul, 25 ans, étudiant. Entretien du 22.11.2007.

51 Xavier, 23 ans, saisonnier. Entretien du 3.02.2008.

Par ailleurs, la mise en habitat mobile semble être de rigueur pour les travellers exerçant une activité professionnelle ambulante. En effet, les artisans, les travailleurs saiso nniers, les intérimaires ou encore les intermittents sont amenés à se déplacer toute l'année lors de foires, marchés et autres campagnes cultivées. Ainsi, pour conjuguer leur emploi qui dans sa fonction même, impose la mobilité, ces individus ont opté pour le véhicule aménagé en logis.

«Étant cuisinier et saisonnier, je ne peux pas prendre un loyer à chaque fois que je change de ville, et je ne peux pas non plus vivre à l'hôtel [É ] »52

Les sociétés industrielles sont ainsi dans une dynamique de mobilité. De nos jours, avec la mondialisation marchande continue, nous pouvons ressentir l'accélération de la migration des hommes, des biens, des services et des entreprises. Créant des catégories modernes et originales de voyageurs comme les travellers, la société suscite alors d'autres façons de vivre, d'habiter et de travailler. Prises sous le coup d'une injonction à la mobilité, ces personnes se font dès lors acteurs et sujets de ce mouvement, vers le nomadisme professionnel.

À la fois autonomes et dépendants de la société globale, les travellers créent ainsi les conditions d'une «mobilité socialement consacrée» (Clément, 2004 : 175). Autrement dit, d'une part, ils agissent indépendamment des normes sociétales notamment en matière de logement et d'autre part, ils se subordonnent aux usages sociaux de la mobilité, en particulier en s'adaptant à la demande de flexibilité professionnelle.

Dans la deuxième partie de ce chapitre, nous verrons plus amplement, comment cette initiative est vécue dans la vie routinière. Aussi, nous aborderons les difficultés sociales et politiques à habiter un logis mobile et les rapports concrets à la société globale. Nous comprendrons dès lors que la mise en habitation ambulante est juridiquement complexe et qu'elle engendre ainsi des discontinuités dans les politiques publiques.

52Nicolas, 28 ans, cuisinier. Entretien du 11.12.2007.

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"Les esprits médiocres condamnent d'ordinaire tout ce qui passe leur portée"   François de la Rochefoucauld