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Le pronom personnel de la troisième personne: Place et référence en français classique et en français moderne

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par Rose SENE
Université Cheikh Anta Diop de Dakar - Master 2006
  

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PREMIERE PARTIE

La place du pronom personnel de la troisième personne

Contrairement à la langue latine où l'ordre des mots avait une valeur expressive, le français définit une place bien précise pour chaque mot de la phrase suivant la fonction qu'il y occupe.

Cette régularité de construction a commencé au cours de l'ancien français. Et sur le plan syntaxique, elle est venue jouer le rôle qu'avaient les six cas de la déclinaison latine qui ont été réduits à deux à cette période.

Dés lors, la place du mot dans la phrase aide à déterminer sa fonction et selon A. Dauzat : « l'ordre des mots (...) a pris peu à peu une valeur logique pour exprimer des rapports et suppléer à la défaillance des réflexions. » 8

Alors, quelle que soit sa fonction sujet ou complément, le pronom personnel du français moderne occupe des places respectives dans la phrase. Cette exigence a été plus stabilisée par les grammairiens classiques car en ancien et moyen français, les pronoms, étant toujours accentués, étaient encore indépendants du verbe. Cependant, comme le précise Nyrop : « l'évolution s'est faite lentement, et, dans quelques cas ils ont gardé leur valeur tonique jusque dans le XVIIe siècle.» 9

En effet, malgré les règles établies, la langue classique notamment celle du XVIe siècle a gardé quelques caractéristiques de la vieille langue, qui n'ont d'ailleurs pas survécu jusqu'à la fin du XVIIe siècle.

(8) Dauzat (Albert), Historique de la langue française, Paris, Payot, 1930, p. 425

(9) Nyrop (Kr.), Grammaire Historique de la langue française, TV, Paris, Picard et fils 1925 p. 212

CHAPITRE I :

Le pronom personnel en fonction sujet

Avant d'étudier la place qu'occupe le pronom personnel de la troisième personne en fonction sujet par rapport à son syntagme verbal, il faut d'abord préciser le fait, qu'à part les formes atones il (s), elle (s) et on qui servent exclusivement de sujet, il existe des pronoms accentués lui, elle et eux qui peuvent remplir cette fonction en français. Ils sont souvent renforcés par les adverbes seul et même et sont très indépendants du fait de leur accentuation. Tandis que le pronom personnel atone est généralement en liaison très étroite avec le verbe.

Dans une construction directe, ce dernier, se place régulièrement devant le verbe et est défini par Georges et Robert Lebidois « Comme une préflexion nécessaire. »10  

« Comme elle gardait la même attitude, il fit plusieurs tours de droite et de gauche pour dissimuler sa manoeuvre, puis il se planta tout prêt de son ombrelle, posée contre le bans, et il affectait d'observer une chaloupe sur la rivière. »

(Flaubert, Ed. sent.- p.7)

(10) Lebidois (Georges et Robert), Syntaxe du français moderne, ses fondements Historiques et psychologiques, Tome I, Paris, Picard, 1935..P.127

Comme le montre cet exemple du français moderne, le verbe vient juste après le pronom personnel sujet et ils ne peuvent être ni éloignés, ni séparés par un autre mot de la phrase. Cette règle est tout aussi valable en français classique, tel que nous l'avons trouvé dans les textes de cette époque.

« Mon père est d'une humeur à consentir à tout,

Mais il met peu de poids aux choses qu'il résout ;

Il a reçu du ciel une bonté d'âme... »

(Molière, Fem.sav.v.205-7)

« Il parut alors une beauté à la cour, qui attira les yeux de tout le monde, et l'on doit croire que c'était une beauté parfaite, puisqu'elle donna de l'admiration dans un lieu où l'on était accoutumé à voir de belles personnes. »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.136)

La position du pronom personnel sujet par rapport au syntagme verbal n'a pas changé entre la langue classique de la fin du XVIIe siècle et la langue moderne. Cette absence d'écart entre ces deux périodes est due au fait que les écrivains de cette première époque ont eu le temps d'adopter la règle d'emplacement du pronom personnel sujet. En effet, elle a été fixée, bien avant le français classique, après que celui-ci est devenu atone.

En ancien et moyen français, il était accentué et pouvait se mettre à l'écart. Mais au cours du temps, il a fini par perdre son accent et s'est ainsi rapproché du verbe. Selon Nyrop, « l'usage médiéval est représenté par le passage suivant :

« Et il qui mout estoit soutils (Joinville ? 583).»11

(11) Nyrop (Kr.), Grammaire Historique de la langue française, TV, Paris, Picard et fils 1925, .P.212

Ce que le français moderne aurait rendu par : Et lui qui était très subtil en remplaçant le  il  devenu atone dès lors, par la forme forte lui  qui convient actuellement

Ce type de construction ne s'est pas limité à cette période car il continue jusqu'au XVIe siècle, période transitoire entre la langue médiévale et la langue classique, où on observe des cas d'emploi où le pronom personnel sujet n'était pas encore tout à fait faible et restait éloigné du verbe. Mais ils ne sont qu'une pure imitation de la langue de l'époque précédente car par la suite on ne les retrouve que dans quelques tournures archaïques chez certains auteurs classiques. Cependant, ils n'ont pas totalement disparu du moderne qui en a gardé une survivance avec le pronom personnel de la première personne je dans la formule administrative Je soussigné... 

Ainsi, malgré quelques exceptions, l'usage classique a fini par admettre que le pronom sujet il  était devenu complètement faible.

En ce sens, il ne diffère pas de la langue moderne qui a hérité des normes du XVIIe. Il, pronom faible, ne pouvait donc plus être employé à la place de la forme forte lui. Sa place était alors fixée devant le verbe auquel il était étroitement lié.

Mais cette règle n'est valable que dans les constructions directes (sujet + verbe), c'est-à-dire dans les phrases affirmatives, car dans tout autre cas, le pronom personnel sujet peut occuper une autre place que celle qui lui est généralement attribuée.

I- Le pronom personnel sujet séparé du verbe :

Nous avons dit que le pronom sujet, dans une construction directe, se plaçait régulièrement juste devant le verbe, et était comme « une préflexion ». Ceci n'est pas tout à fait vrai cependant dans les cas où :

- Le verbe est à la forme négative

- Le verbe est précédé d'un pronom personnel complément

1-1- Le pronom personnel sujet suivi d'une négation :

Lorsque le pronom personnel sujet se construit avec le verbe à la forme négative, ce dernier s'accompagne des locutions adverbiales ne...pas, ne...plus, ne...guère, ne...point, ne...rien.

Celles-ci se mettent de part et d'autre du verbe dans la formule  ne + verbe + pas (plus, point, etc....)

La particule négative ne vient après le sujet et le sépare alors du verbe. Ceci est applicable aussi bien en français classique qu'en français moderne puisqu'il en est ainsi depuis l'ancien français.

En effet, A. Dauzat, situant le groupe négatif dans la phrase précise qu'  « avec les temps personnels, la place n'a pas changé depuis le XVIIe siècle : ne précède le verbe, et la particule de renforcement (mie, point, pas) suit le temps simple et s'intercale entre l'auxiliaire et le participe. »12

  « Vous savez que de bien il n'a pas l'abondance. »

(Molière. Fem.sav. v403)

(12) Dauzat (A), Historique de la langue française, Paris, Payot, 1930, .P.433

« Il ne prit pas seulement le soin de chercher des prétextes pour rompre avec elles ; il ne put se donner la patience d'écouter leurs plaintes et de répondre à leurs reproches. »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.162)

« Mais au souvenir de Madame Arnoux, son chagrin s'évanouit.

Il ne parla pas d'elle, retenu par une pudeur. »

(Flaubert, Ed .sent . p.18)

Ne fonctionne dans ces exemples comme un proclitique et rompt le lien qui unissait le pronom personnel sujet atone au verbe. Mais, il n'est pas seul à avoir cette possibilité, car il peut être suivi d'un pronom complément.

« Du nom de philosophe elle fait grand mystère,

Mais elle n'en est pas pour cela moins colère.»

(Molière, Fem. sav. v 667.8)

«  Elle ne se flatta plus de l'espérance de ne le pas aimer ; elle songea à ne lui en donner jamais aucune marque. »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.194)

1-2- Le pronom personnel sujet suivi d'un pronom personnel complément :

Lorsque les pronoms personnels compléments me, te, se, le, la, les, leur viennent seconder le pronom personnel sujet, ils se placent entre celui-ci et le

verbe dont ils sont compléments. Il en est ainsi depuis la période de l'ancien français car ils sont des pronoms atones qui suivaient généralement le verbe en latin. Mais, en français ils ont toujours fonctionné comme des proclitiques (sauf parfois à l'impératif où ils peuvent suivre le verbe). Ainsi, au XVIIe siècle, Vaugelas exige qu'ils soient mis auprès du verbe dont ils sont compléments.

« Il me le dit, ma soeur, et, pour moi, je le crois. »

(Molière, Fem. sav. v.113)

Les pronoms personnels nous et vous ainsi que le personnel lui, peuvent aussi se mettre entre le pronom personnel sujet et le verbe et dans ce cas, ils deviennent des proclitiques atones.

« Et d'un coeur qu'on vous jette, on vous voit toute fière.»

(Id. ib. v. 191)

« Cette fermeté d'âme à vous si singulière

Mérite qu'on lui donne une illustre matière »

(Id. ib v. 1554)

« Je lui ai ouï dire plusieurs fois dire qu'elle était née le jour que Diane de Poitiers avait été mariée ; »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.158)

Et en français moderne :

« Mme Arnoux s'était avancée l'antichambre. Dittmer et Hussonet la saluaient, elle leur tendit la main ; elle la tendit également à Frédéric ; ... »

(Flaubert, Educ. sent. p.58)

Il en est de même avec les adverbiaux en et y qui ont pris la valeur de pronom personnel complément depuis l'ancien français.

 « Il est vrai que l'on sue à souffrir ses discours. Elle y met Vaugelas en pièce tous les jours ; »

(Molière, Fem. sav. v. 521-2)

« ...il aimait Mme de Tournon, il en était aimé et ne le verra jamais ; »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.186)

Concernant ces constructions (avec la négation ne et les pronoms personnels compléments), il n'y a pas eu de différence entre le français classique et le français moderne parce que les règles ont été mises en place depuis l'origine.

Dans tous ces cas, le pronom personnel sujet bien qu'étant séparé du verbe, se plaçait toujours devant. Cependant, il peut être placé après le verbe.

II- Le pronom sujet dans une construction inversive :

Dans la construction inversive, le pronom sujet est transposé derrière le verbe. Il en est ainsi dans deux cas typiques.

2-1 Le pronom dans une tournure interrogative :

La tournure interrogative : verbe + pronom personnel sujet est très usitée en langue classique car elle était encore très à la mode. En effet, selon Dauzat :

« Le type verbe- sujet -complément s'est spécialisé dans le Moyen Age au tour interrogatif. »13 Cet emploi a eu beaucoup de succès au XVIIe siècle : dans Les Femmes Savantes de Molière nous avons constaté que près de 40% des tours interrogatifs présents dans l'oeuvre ont été construits sous la forme d'une simple inversion du genre verbe + sujet.

« Ah ! Ce oui se peut-il supporter ?

Et sans un mal de coeur saurait-on l'écouter ? »

(v.5 - 6)

« _ Votre visée au moins n'est pas à Clitandre ?

Et par quelle raison n'y serait-elle pas ?

_Manque-t-il de mérite ? Est-ce un choix qui soit bas ? »

(v.88-9 - 90)

Cette tournure est d'autant plus employée qu'on la met parfois même après le pronom interrogatif pour mieux marquer l'interrogation.

« Je ne crois pas en effet qu'elle le puisse être, (...) ; et quand il serait possible qu'elle le fût, par où l'aurait-on pu savoir ? »  

(La fayette, Pr. de Clèves, p.257)

« En quel estime est-il, mon frère, auprès de vous ? »

(Molière, Fem. sav.v.338)

« Mais quelle fantaisie a-t-elle donc pu prendre ? »

(Id., ib.v.1430)

« Quel malheur digne de nous troubler pourrait-on nous

écrire ? »

(Id., ib.v.1693)

(13) Dauzat (A), Historique de la langue française, Paris, Payot, 1930, .P.434

Cette tournure inversive très fréquente en langue classique, reste encore valable en français moderne même si l'interrogation y est autant construite avec l'aide des pronoms interrogatifs (suivie d'une inversion du pronom sujet ou pas).

« Peut-être valait-il mieux courir droit au but, déclarer son amour. »

(Flaubert, Educ.sent. p. 28)

Ou encore avec un pronom interrogatif :

« Arnoux prêt de se coucher, défaisait sa redingote.

Eh bien, comment va-t-elle ?

Oh mieux dit Frédéric. Cela se passera. »

Id. ib. p.197)

2-2- Le pronom dans une tournure explicative :

Les tournures explicatives, du genre dit-il, sont utilisées pour indiquer l'auteur des prises de paroles, ou des discours directs rapportés dans les textes littéraires.

Ce genre d'emploi est presque absent dans le texte des Femmes savantes car il s'agit là d'une pièce de théâtre et il n'y a pas de discours rapporté. C'est pourquoi on ne pourrait y trouver cette tournure avec les pronoms personnels de la troisième personne.

Cependant, il n'en est pas moins que cet emploi existait et était très utilisé par les auteurs classiques.

« Des chimères - là vous devez vous défaire.

Ah ! Chimères ? Ce sont des chimères, dit-on ?»

(Molière, Fem. sav v. 392-3)

« Je sais mon bonheur ; laissez m'en jouir, et cessez de me rendre malheureux. Est- il possible, reprenait-il, que je sois aimé de Mme de Clèves et que je sois malheureux ? »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.285)

« Je ne vous apprends, lui répondit-elle, en souriant, que ce que vous ne saviez déjà que trop. »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.303)

Cette tournure inversive reste employée jusqu'en français moderne et elle est très fréquente dans les textes à dialogue.

« - Qu'est-ce donc ? dit-elle, tu trembles ?

-Je n'ai rien ! répliqua Frédéric. »

(Flaubert, Ed.sent p109)

«  A Marmars, on entendit sonner une heure et un quart. - C'est donc aujourd'hui, pensa-t-il, aujourd'hui même, tantôt. »

(Id. ib. p 122)

En plus de ces deux cas on peut trouver l'emploi inversif du pronom personnel sujet auprès de certains adverbes comme  aussi,  ainsi,  donc  etc....

Il n'est pas très fréquent, ni en français classique, ni en français moderne. Mais néanmoins, il reste utilisé comme dans ces exemples tirés de nos textes classiques.

« Aussi fais-je

Oui ma femme avec raison vous chasse. »

(Molière, Fem.sav. v.443)

« Aussi ne se pouvait-elle défendre d'en avoir, mais cette pitié ne la conduisait pas à d'autres sentiments »

(La fayette, Pr. de Clèves, p.150)

Dans la construction inversive, le pronom personnel sujet fait corps avec le verbe et devient enclitique « Dans ces inversions, le personnel n'est pas moins partie intégrante du verbe que dans la construction directe, il est là comme une flexion d'arrière, qui rend en somme le même service que rendait autrefois la désinence du verbe : il indique la personne et le nombre. »14

En plus, dans la transposition du pronom personnel de la troisième personne, il peut arriver que celui-ci soit séparé du verbe. En effet, quand ce dernier n'est pas terminé par les occlusives t et d (prononcé t dans la liaison avec il, elle ou on) il se glisse alors un t graphique entre le verbe et le pronom personnel sujet de la troisième personne. Ce phénomène linguistique est tout aussi utilisé en français classique qu'en français moderne.

En plus de ces sujets atones il, elle et on il y a des pronoms lui, elle (s) et eux qui, outre leur fonction de complément, ont parfois celle de sujet. Et contrairement aux autres pronoms personnels sujets, ils ont gardé leur nature forte et peuvent en langue classique être éloignés du verbe comme le faisait l'ancien et le moyen français. Et dans ce cas, ils sont souvent renforcés par les adverbes seul, même, aussi...

(14) Lebidois (G. et R.), Syntaxe du français moderne, ses fondements Historiques et psychologiques, Tome I, Paris, Picard, 1935. .P127

« Lui seul des vers aisés possède le talent ! »

(Molière, Fem.sav. v 766)

En français moderne cependant, ce sont les formes faibles qui sont généralement utilisées en fonction- sujet. En effet, il peut arriver, comme le disent Georges et Robert Lebidois : « Que ces formes inaccentuées paraissent trop peu frappantes pour satisfaire l'esprit, pour le saisir avec force de la désignation de personne ; aussi a-t-on recours aux formes fortes. »15 On retrouve alors toujours le pronom personnel tonique en fonction sujet dans la langue moderne, mais il est dans ce cas en emploi emphatique, il est alors repris par un autre sujet.

« Martinon ne comprit rien à ses lamentations sur l'existence. Lui, il allait tous les matins à l'école... »

(Flaubert, l'Educ. sent. p.27)

Le pronom tonique lui est secondé ici par le pronom atone il pour mieux insister sur le sujet Martinon 

« ...et, quinze jours plus tard, Arnoux lui-même les vendait à un espagnol, pour deux mille francs ».

(Id. ib. p 50)

Il y a ici la forme tonique, renforcée par l'adverbe même elle est employée pour insister sur le nom   Arnoux afin de mieux l'identifier.

Il peut aussi apparaître comme sujet de l'impératif dans les constructions du genre : « Lui, qu'il vienne. »

Dans tous ces cas le pronom personnel accentué se rapproche beaucoup plus du verbe qu'en français classique où ce pronom avait plus d'autonomie.

(15) Lebidois (G. et R.) Syntaxe du français moderne, ses fondements Historiques et psychologiques, Tome I, Paris, Picard, 1935. .P129

En plus en français moderne, il n'est pas parfois un véritable sujet car il fonctionne comme un cercle antécédent, comme c'est le cas avec la forme emphatique c'est lui  suivi du pronom relatif qui + le verbe. Cette tournure était également utilisée en langue classique mais, là aussi, le pronom lui pouvait être plus éloigné du verbe.

« C'est lui qui dans des vers vous a tympanisé »

(Molière, Fem. sav. v.611)

Donc, en ce qui concerne l'étude de la place du pronom personnel sujet il n'y a pas d'écart notable entre le français moderne et la langue littéraire classique (exception faite cependant des pronoms sujets accentués qui pouvaient être employés seuls,tout en étant éloignés du verbe).

En effet, les règles de l'emplacement du pronom personnel sujet ont été fixées bien avant le XVIIe siècle, et elles étaient respectées par les écrivains classiques qui étaient plus inspirés par la langue française des siècles précédents. Mais, s'il y a un fait concernant le pronom personnel sujet qui présente des zones de divergences entre la langue classique et la langue moderne : c'est son omission devant le verbe.

2-3- L'absence du pronom personnel sujet :

La suppression du pronom personnel sujet est un phénomène fréquent chez les premiers écrivains classique qui ont tenté d'imiter la vieille langue, en usant de cette tournure archaïque. En effet, nous avons vu que l'emploi du pronom personnel sujet n'était pas partout obligatoire en ancien français. Ce fait

a beaucoup suscité l'intérêt des grammairiens et il était, dans certains cas, condamné par les grammairiens et les théoriciens de la langue française du XVIIe siècle. En ce sens, Brunot, dans Histoire de la langue française, explique que les pronoms personnels « étaient devenus des particules de conjugaison et comme tels avaient été déclarés nécessaires. La règle faite à la période précédente était universellement admise. Tout verbe sans sujet substantif devait être accompagné d'un pronom sujet. » 16 Il nous rapporte aussi dans le Tome VI du même ouvrage, une déclaration faite par l'Académie Française en 1704 : « Il n'est presque jamais permis de supprimer les pronoms personnels devant les verbes quoiqu'ils ayent été exprimé dans le premier membre de la période. » Il ajoute à la suite que « cette phrase résume tout l'effort des grammairiens du XVIIe siècle comme il annonce ce qui va suivre ».

Dans la même lancée, Wagner et Pinchon, parlant des pronoms personnels sujets, disent : « Ils sont devenus indispensables depuis que les désinences verbales, au mode personnel, ne présentent plus de différences sensibles à l'oreille et qu'elles se confondent parfois dans l'écriture ».17

Suite à ces remarques des grammairiens, l'omission du personnel sujet devant les verbes disparaît petit à petit de la langue classique. Et elle ne subsiste que dans quelques formulations archaïsantes comme les maximes.

Cependant, devant le second verbe de deux propositions coordonnées ou juxtaposées, elle subsiste dans l'usage jusqu'à la fin de l'époque classique, et même, dans certains cas, en français moderne.

« -Et croyez, quand il dit qu'il me quitte et vous aime.

Qu'il n'y songe pas bien et se trompe lui-même. »

(Molière, Fem.sav. v. 115-6)

(16) Brunot (F), Histoire de la langue française, T.IV et VI, Paris, Colin, 1966.pp 837 et 1624

(17) Wagner (R.L.) et Pinchon (J), Grammaire du français classique et moderne, Paris, Hachette, 1962.p.172

Ainsi des grammairiens comme Vaugelas admettent quelques tournures d'omission du pronom sujet et en condamnent d'autres. En effet, il note, après avoir donné l'exemple : « Nous avons passé les rivières les plus rapide et des places que l'on croyait imprenables, et n'aurions pas fait tant de belles actions, si nous étions demeurés oisifs ... », qu'il est bien plus élégant de dire : « Et n'aurions pas fait de belles actions » que si l'on disait « Et nous n'aurions pas fait... » Il ajoute : « qu'il en est de même de tous les autres pronoms personnels de la seconde et de la troisième personne singulière et plurielle... »

« Je le laisse à quelque autre et vous jure entre nous

Que je renonce au bien de vous voir mon époux. »

(Molière, Fem.sav. v. 211)

Le pronom je dans cette proposition coordonnée peut ne pas être repris en français classique, car cette dernière est une continuité de la première proposition. En effet, la reprise n'est nécessaire que quand les deux propositions s'opposent du point de vue thématique et syntaxique. C'est pourquoi Vaugelas condamne son exemple : « Nous ne sommes pas contents de nous informer du fond de celui qui emprunte, mais fouillons jusque dans sa cuisine » et nous suggère : « il faut dire, « mais nous fouillons » parce que cette particule mais fait une séparation qui rompt le lien de la construction précédente et en demande une nouvelle. »18

Cependant, les auteurs classiques n'ont pas su distinguer, dans leur imitation de la langue ancienne, les formules en usage de celles qui sont hors usage. C'est ainsi que Molière écrit :

(18) Vaugelas (Claude F.), 1647, Remarques sur la langue française, Edition Champs libres, 1981 p.58

« Et j'ai des serviteurs et ne suis point servi »

(Molière, Fem. sav v.602)

Ici la négation crée une opposition entre la première et la deuxième proposition. En plus le et de coordination a la valeur de mais. C'est pourquoi le pronom personnel sujet devait être repris dans la proposition coordonnée.

En français moderne, l'omission du pronom sujet dans une coordonnée est régularisée. La reprise du sujet n'est pas obligatoire, cependant elle est usuelle lorsque les verbes s'opposent par :

- les conjonctions du genre mais, or...

- la négation.

L'omission est admise lorsque l'on a une série d'actions qui se succèdent dans la phrase.

« Lui, il allait tous les matins à l'école, se promène ensuite dans le Luxembourg, prenait le soir sa demie tasse  au café, et, avec quinze cents francs par an et l'amour ouvrière, il se trouvait parfaitement heureux. »

(Flaubert, Ed.sent.p.27)

Dans cet exemple, le sujet n'est pas repris dans la liaison continue des actions, puisque cela n'est pas nécessaire. Cependant, dans la dernière proposition, le pronom il est repris parce que le verbe se trouver exprime un état et s'oppose aux verbes d'actions précédents. Dans ce cas la répétition du pronom sujet est aussi obligatoire.

En guise de conclusion, nous citons Jean Claude Chevalier et alii qui disent que : « Le pronom n'est généralement pas répété dans une série de verbes coordonnés de valeur identique, il reparaît pourtant dès qu'intervient une raison d'opposer les verbes (contraste d'affirmation, de négation, détachement stylistique ...) ».19

(19) Chevalier (J.C), Benveniste (C.B), Arrivé (M, Peytard (J), Grammaire du français contemporain, Larousse Bordas, 1997. p. 231

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