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Pertinence de l'approche projet adoptée par l'Initiative PPTE au Cameroun: Cas de la promotion des mutuelles de santé ou micro assurances santé


par Rébecca Hortense ELLA-MENYE EKOTTO épouse BATINDEK BATOANEN
Institut de Formation pour le Développement (IFD) Yaoundé rue CEPER - Expert en Planification et Gestion de Projets 2007
  

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PARTIE I

APPROPRIATION DE LA METHODE ET DES OUTILS DE L'APPROCHE PROJET COMME OPPORTUNITE D'ACCES A UNE GESTION DE QUALITE AU CAMEROUN

La situation d'endettement des pays de l'Afrique subsaharienne a rendu impossible toute action de création de structure de production de richesse, et a engendré une situation d'extrême pauvreté des populations. C'est le cas au Cameroun. L'Initiative PPTE, tantôt perçue comme une opportunité (O.J. NGUENA, 2005)31(*), et tantôt comme une prime à la médiocrité (R. NYOM, 2003)32(*), conditionne son appui à l'utilisation de l'approche projet, dans les actions de développement.

En fait, cette approche est présentée comme un moyen efficace d'atteindre des objectifs de qualité. Nous allons l'observer par la présentation du processus de l'Initiative PPTE, puis par l'étude de la méthode et des outils de l'approche projet adoptée par cette initiative.

Chapitre 1 - Initiative PPTE en Afrique subsaharienne et au

Cameroun

Nous évoquerons dans ce chapitre, la situation économique des pays africains de 1960 à 1999, le cheminement particulier de l'économie du Cameroun, puis sera apprécié le potentiel de l'Initiative PPTE.

Section 1 - Evolution économique des pays de la zone de 1960 à 1999

La situation des pays de l'Afrique subsaharienne résulte de la conjonction de différents facteurs et diverses politiques appliquées durant les quarante dernières années33(*). Passant d'une dépendance économique à un endettement insoutenable, l'Initiative PPTE est un pas pour la gestion de ces économies.

§.1 - D'une dépendance économique à un endettement insoutenable

La réalité d'un continent, d'un pays ne peut s'observer de façon objective, que par la prise en compte de son histoire. Dans notre cas, cette histoire se lit sur le plan économique et a un impact considérable sur la situation financière.

A - Dépendance économique pas comme les autres

Les économies des pays de l'Afrique subsaharienne se trouvent au troisième millénaire, confrontées à un endettement sans précédent. Il s'élève à plus de 233 milliards de dollars, soit 46,7% de son Produit Intérieur Brut (PIB) en 200434(*). Il est primordial de savoir comment on en est arrivé à ce stade. Une telle situation n'a pu être possible qu'à partir d'un contexte de développement spécifique à ces pays. Aussi, la notion de dette préjugeant l'existence d'un emprunt; se pose le problème de financement des économies de ces pays africains.

1 - Contexte de développement peu favorable

Les pays de l'Afrique subsaharienne ont connu une évolution particulière depuis les années 1960. On est passé de l'espoir et de l'optimisme ambiants des années 1960 au malaise et à l'appréhension de la fin des années 1970. Puis, le sentiment dans les années 1980 est celui d'une profonde inquiétude35(*), car s'ouvre une longue période de crise (1980-2000).

Pour comprendre les caractéristiques des économies africaines, il faut remonter à l'histoire particulière de cette région du monde. Car, comme l'affirme CRAWFORD YOUNG, dans stratégies pour un nouveau développement en Afrique, « Le caractère des Etats africains contemporains a été déterminé par leurs origines coloniales »36(*). En effet, l'Afrique subsaharienne a traversé trois grandes étapes dans la construction de son paysage économique et politique : L'époque précoloniale, l'époque coloniale et l'époque postcoloniale.

- L'époque précoloniale (15ème au19ème siècle), concerne la période de l'esclavage marquée par le « commerce triangulaire », dont les bénéficiaires, outre les acheteurs, sont les roitelets africains eux-mêmes.

- L'époque coloniale s'étend de 1870 à 1960. La mise en dépendance des hommes et des économies en Afrique au Sud du Sahara, se fait en trois temps37(*) : Le temps de l'exploitation des indigènes, celui de leur mise en valeur, et celui de leur développement.

Le premier temps de colonisation est marqué par l'hégémonie des pays colonisateurs et la création de recettes fiscales38(*).

Le deuxième temps de cette époque présente une volonté de mise en valeur des colonies françaises qui doit s'accompagner de l'amélioration sanitaire et d'une formation des populations. C'est « la politique indigène de la conservation des races ».

Le troisième temps, quant à lui, est marqué par l'apparition de l'Aide Publique39(*) au Développement. L'Afrique subsaharienne devient le lieu privilégié d'une planification impériale, celle-ci n'étant que le prolongement des innovations métropolitaines concrétisées en 1946 par le plan MONNET. Sont ainsi élaborés trois plans quinquennaux40(*) : 1946-1952 ; 1953-1957 et 1958-1960. La Caisse Centrale de la France d'Outre Mer est créée pour soutenir ces réformes. En 1945, est créé le franc des Colonies Françaises d'Afrique (CFA).

- L'époque post coloniale née avec la naissance des Etats africains au cours de l'année 1960. La gestion de ces pays se fait, selon CRAWFORD YOUNG (1990), « par une nouvelle forme de monopole reproduisant l'héritage autocratique de l'Etat colonial : Le régime à parti unique »41(*). Cet Etat totalitaire a alors un besoin capital de sécuriser son pouvoir. Aussi, les dépenses de l'Etat se résument essentiellement aux dépenses militaires qui sont multipliées par 11742(*) entre 1960 et 1980, au secteur éducatif peu développé, au secteur santé en manque d'infrastructures et aux grandes entreprises qui, nationalisées vont peser dans les dépenses des Etats africains.

On note également une faible importance du continent dans le commerce mondial, car la part de l'Afrique dans les exportations mondiales n'est plus que de 2% en 2000 contre 6% en 1980, et sa part dans les importations a diminué de 4,6% à 2%43(*).

Tableau 1 : Part de l'Afrique subsaharienne dans les exportations des pays en développement pour une sélection de produits de base (en pourcentage)

 

1960

1970-1972

1976-1978

Carburant

Pétrole

0,3

7,6

8,6

Minerais et métaux

Cuivrea

47,3

52,1

38,8

Ferb

10,8

30,3

19,7

Bauxite

5,7

4,7

31,7

Phosphate

0,6

13,3

14,3

Manganèseb

22,2

53,1

36,9

Zinc

27,7

25,9

18,7

Etaina

11,7

9,7

3,6

Plomba

12,9

19,4

6,6

Aliments et boissons

 
 
 

Caféb

19,3

29,3

29,1

Cacaoa

72,8

80,1

72,3

Sucre

4,6

5,6

11,0

Thé

7,1

15,7

19,4

Arachidea

87,1

74,8

63,5

Huile d'arachidea

77,3

72,2

56,8

Boeuf

4,5

4,0

8,6

Huile de palmea

65,7

22,6

6,7

Bananesa

11,3

7,2

4,9

Maïsa

4,8

4,4

2,5

Autres produits

 
 
 

Boisa

44,7

22,8

18,5

Cotona

23,2

28,8

22,4

Tabaca

40,6

25,4

19,4

Caoutchouca

7,4

7,9

4,9

Peauxb

21,2

33,7

23,7

Sisala

68,5

58,3

52,8

A : Baisse des exportations africaines de 1960 à 1976-1978

B : Baisse des exportations africaines de 1970-1972 à 1976-1978

Source : Banque mondiale, Développement accéléré en Afrique subsaharienne

En plus d'être dépendantes des anciens pays colonisateurs, les économies africaines au sud du Sahara jouent un rôle très faible dans l'économie mondiale. Il leur faut malgré tout, gérer une économie interne, se frayer une place sur le plan international nonobstant les multiples handicaps historiques, culturels et conjoncturels. Se pose en conséquence, et avec acuité, le problème du financement de ces économies.

2 - Problème du financement des économies africaines

Nous constatons que les économies des pays africains au sud du Sahara ont besoin de capitaux pour financer les investissements à même de produire la croissance. Il est par ailleurs admit que :

Il existe diverses sources de financement d'une économie. Cependant l'épargne constitue une importante source pour la formation du capital d'un pays, elle évite alors de recourir à des sources de financement plus coûteuses44(*). Aussi, l'insuffisance de l'épargne interne d'un pays le contraint généralement à recourir à l'emprunt. Nous allons étudions simultanément ces trois pensées.

a- Sources de financement des économies africaines

D'après la théorie de GURLEY et SHAW (1955), le financement d'une économie peut s'opérer par ressources propres ou autofinancement et par appel aux fonds extérieurs45(*). Le financement de l'économie se fait soit par la création monétaire (des agents à capacité de financement prêtent à des agents à besoin de financement46(*) ); soit par l'autofinancement constitué de ressources internes de l'Etat qui sont les revenus de l'épargne des ménages, des impôts, des rentes des structures de production et des exportations. Pour les fonds extérieurs, il peut s'agir de dons ou d'emprunts provenant de l'extérieur du pays demandeur.

Les économies de l'Afrique subsaharienne utilisent ces différentes sources pour financer leurs économies. Cependant, plusieurs d'entre elles ont de ressources publiques faibles par rapport aux besoins en bien publics47(*) Raison pour laquelle le recours des pays en développement à l'endettement international, s'explique souvent par la faiblesse de leur taux d'épargne intérieur qui ne peut leur permettre d'atteindre le taux de croissance désiré48(*). Or, d'après les analyses traditionnelles du lien entre la finance et le développement économique (GURLEY et SHAW), l'épargne est la pré condition de l'investissement productif et de la croissance économique, et donc du développement économique49(*). Sur le plan interne selon ces auteurs, il s'agit d'accumuler l'épargne nécessaire pour financer l'investissement, et sur le plan externe il s'agit de trouver les ressources nécessaires pour financer le déficit de la balance des paiements. L'épargne présenterait ainsi une source de financement primordiale.

b- L'épargne comme meilleure source de financement

On appelle épargne la part du revenu disponible qui n'est pas consacrée à la consommation immédiate50(*). L'épargne est une fonction essentielle de l'économie nationale, au même titre que la consommation ou la production. Cependant, les formes d'épargne telles que produites ne sont pas toujours adaptées aux besoins de l'économie. Un processus de transformation qui est assumé dans tous les pays par les institutions financières, doit être mis en place afin d'adapter la capacité de financement des ménages au besoin de financement des entreprises. C'est le système d'intermédiation financière.

Le souci d'une mobilisation efficace de l'épargne dans les pays d'Afrique subsaharienne doit être permanent, car elle évite, selon P. WACHTEL (1985), de recourir à d'autres sources coûteuses de financement : Le financement public et le financement extérieur »51(*). La problématique du financement de l'investissement productif par l'accumulation de l'épargne demeure un casse tête pour les décideurs de politiques économiques de l'Afrique subsaharienne52(*), car le niveau de la production reste faible dans ces pays, et celui du revenu des ménages aussi.

La situation de ces pays demande que l'accent soit mis sur le système financier. Ce dernier joue un rôle central dans la transition entre une économie sous développée et une économie développée. Il est question que le système bancaire constitue l'outil principal facilitant l'accès à l'investissement productif. C'est d'après K. SODOKIN, la logique de KEYNES et des post Keynésiens selon laquelle la finance émane plus des institutions bancaires que d'une accumulation préalable de l'épargne53(*).

Les pays africains, dès les premières années qui ont suivi les indépendances, avaient déjà un besoin de financer le déficit de leur balance commerciale. Ne possédant pas une épargne intérieure suffisante, ils se sont tournés vers l'extérieur pour des emprunts.

c- Fonds extérieurs, principale source de financement en Afrique

La situation de l'Afrique subsaharienne montre que, les principales sources de financement extérieur sont des sources publiques54(*) : Les sources publiques de financement ont contribué à hauteur de 63% de tous les financements extérieurs entre 1972 et 1998; les sources privées ne représentant que 27%.

Il peut s'agir de dons ou d'emprunt, ce dernier étant une dette financière à long terme, alors que les dettes à moyen et court terme sont habituellement appelées « crédits »55(*). R.J. BERG affirme, dans Stratégies pour un nouveau développement en Afrique, que les pays en développement reçoivent depuis plusieurs années des flux importants de capitaux provenant du monde développé, de l'ordre de 100 milliards de dollars par an au cours des années 1986 à 198956(*). En effet, sur 45 pays que comptent l'Afrique au Sud du Sahara, 25 dépendent de l'aide pour les 2/3 du financement extérieur total dont ils ont besoin. L'aide extérieure est donc la principale source de financement externe des pays africains. Nous allons, pour mieux cerner ces données, voir de quoi est constituée cette aide et quelle est dans les faits, son efficacité.

· Le contenu de l'APD

L'Aide Publique au Développement peut revêtir plusieurs formes57(*) :

- Des prêts bilatéraux qui représentent les 2/3 de l'aide.

- Des dons bilatéraux et des contributions assimilables à des dons bilatéraux.

- Des contributions provenant des organismes multilatéraux, représentent avec les dons bilatéraux, le 1/3 de cette aide.

En 1982 l'APD a fournit 19% de l'ensemble des investissements intérieurs bruts de l'Afrique subsaharienne ; et elle atteignait 44% si on exclut les pays exportateurs de pétrole58(*). Cette aide est fournie essentiellement par les pays de l'OCDE, regroupés au sein d'une entité dénommée le Comité d'Aide au Développement (CAD) dont plusieurs pays développés font partie59(*).

· L'APD en termes d'efficacité

D'après O. JOKUNG NGUENA (2005), le CAD a progressivement augmenté la part d'aide décernée à l'Afrique subsaharienne en la faisant passer de 21% en 1980 à 31% en 1992. En volume, l'évolution de l'aide a été d'abord croissante puis décroissante, car elle était évaluée à 75 milliards de dollars en 1990 et n'était plus que de 50 milliards en 200060(*). On constate donc que l'aide, qui correspond à 0,22% du PNB des pays donateurs61(*) est bien loin des engagements de 0,7% fixé par l'ONU lors de la conférence de MONTERREY en mars 2002.

Cependant, S. LA FRANIERE affirme dans le New York Times de juillet 2005, que sur les 300 millions de dollars d'aide versés à l'Afrique depuis 1980, une trop grande partie a disparu dans le trou noir de la fraude, des malversations et du gaspillage. En effet, les différentes évaluations faites par la Banque Mondiale sur l'aide en général, montrent que la rentabilité de l'aide est plus faible en Afrique que dans les autres régions. Dans l'agriculture par exemple, il est de 9,7% en Afrique de l'Est, 20,1%, en Afrique de l'Ouest, 22,6% en Amérique Latine et 22,2% en Asie du Sud. Sur le plan social, malgré une plus grande importance accordée à l'amélioration de la qualité de la vie dans les programmes de développement, on constate une importante dégradation des acquis sociaux. En fait, les donateurs « ont beaucoup de difficulté à atteindre les groupes de population les plus défavorisés dans chaque pays »62(*).

Pendant que l'aide est accusée d'encourager les mauvaises pratiques de gestion et la corruption, nous assistons à un accroissement progressif de l'endettement de ces pays.

B - Des dettes africaines de plus en plus insoutenables

Depuis le début des années 1980, la dette du Tiers Monde a fait énormément penser, discuter et prêcher dans toutes les institutions dans le monde. Ceci n'a pas empêché qu'elle persiste et trouble encore aujourd'hui les gouvernements africains et même les pays donateurs. Pour mieux comprendre ce phénomène, observons son évolution puis analysons ses causes.

1 - Du surendettement aux plans d'ajustements structurels

La dette des pays d'Afrique subsaharienne s'est progressivement accrue, elle a sextuplé entre 1973 et 1983, et est passée à un taux annuel de 22%63(*). Cette augmentation, ne s'étant pas accompagnée d'une capacité proportionnelle de remboursement, des mesures sont prises dans ces Etats sous forme de plans d'ajustement structurels.

a- Accroissement de la dette extérieure des pays africains

C.S. HARDY (1985) dans son propos sur la dette de l'Afrique : Ajustement structurel et stabilité64(*) nous informe que la baisse des niveaux de production, l'inflation et le déficit de la balance des opérations courantes sont symptomatiques de la détérioration générale de l'activité économique en Afrique depuis 1974. En effet, le PIB par habitant baisse de 1% par an depuis cette date, le taux de croissance annuelle de l'inflation passe de 10 à plus de 20% en 1984, et le déficit de la balance globale des opérations courantes est passé de 4 à 14 milliards de dollars la même année.

Cette situation est une résultante d'une série de chocs qu'a connus l'économie africaine. Les deux chocs pétroliers (1973 et 1979), une multiplication par cinq du prix des céréales, la récession et l'inflation des pays industriels, des taux de change et d'intérêts fluctuants et élevés et un effondrement des prix des produits de base. Les pays d'Afrique subsaharienne, malgré cette crise, ont constamment besoin de capitaux pour financer leur développement. Or, il s'avère que les nouveaux pays riches producteurs de pétroles disposent d'importants capitaux qu'ils prêtent (à court terme) aux banques Américaines qui les prêtent à leur tour (à long terme) aux pays en développement. C'est pourquoi, en 1983, les transferts de fonds privés vers les pays africains à faible revenu atteignaient un passif de 300 millions de dollars65(*). Cette situation n'a pas inquiété les chefs d'établissements financiers qui, selon J. PATERNOT, « implantent à travers le Tiers Monde des bombes à retardement qui vont bientôt faire trembler la civilisation industrielle »66(*)

Ce tremblement s'opère en été 1982. En effet, le Mexique annonce son incapacité à rembourser sa dette, et est par d'autres pays. En 1985, 10 pays latino-américains et la plupart des pays africains tardent à régler leurs échéances67(*). C'est le début de la crise d'endettement et le recours aux institutions de Bretton Woods.

En effet, le FMI et la BIRD (plus connue sous le nom de Banque Mondiale), créés le 1er juillet 1944 à Bretton Woods, concluent des accords multilatéraux avec les pays endettés, pour leur permettre de faire face à leur situation d'endettement. Ces accords comportent tous des clauses de rééchelonnement des dettes.

Figure 1 : Illustration des accords multilatéraux FMI/BM et pays endettés

Les débiteurs acceptent le programme FMI

Seulement si

Le FMI apporte du financement sous conditions

Seulement si

Les banques rééchelonnent les prêts et apportent de l'argent frais

Seulement si

Source : J. PATERNOT : Le cartel des spoliateurs, CRITÉRION, 1992, p. 118

Les rééchelonnements des dettes dues aux prêteurs se négocient sous les auspices du club de Paris qui traite de la dette bilatérale et le club de Londres qui est spécialisé dans la gestion de la dette privée68(*).

En 2002, la dette extérieure de l'Afrique subsaharienne s'élève à 204 milliards de dollars ; elle a été multipliée par 3,4 depuis 198069(*).

Pour rembourser sa dette extérieure entièrement libellée en devises fortes, l'Afrique subsaharienne doit utiliser une partie considérable de ses revenus d'exportation, ceci entraînant d'énormes pertes sur le plan commercial. La dette représentait, en 2000, environ 250% des revenus d'exportation du sous-continent (Afrique du Sud mise à part)70(*).

La liste ci-dessous, représentant une partie des pays dont la dette représentait en 1999, plus de 300% des revenus d'exportation permet d'évaluer leur capacité de remboursement.

Burkina Faso (379%), Burundi (1.792%), Cameroun (418%), Comores 420% Mali (430%), Mauritanie (681%), Mozambique (1.115%), République Centrafricaine (592%), Niger (539%), Tchad (362%), Rwanda (1.216%), Sierra Leone (1 736%).

Source : World Bank, GDF 2001

La dette des pays d'Afrique subsaharienne, malgré les remboursements importants déjà effectués, reste élevée. Elle est estimée en septembre 2004, à 223 milliards de dollars par le FMI71(*) et obère ainsi les chances de développement de cette zone d'Afrique. A la solution de rééchelonner les dettes de ces pays pour leur permettre de remplir leurs engagements économiques, sociaux et politiques, vont se substituer un nouveau traitement sous forme de politiques d'ajustement structurel.

b- Plans d'Ajustements Structurels (PAS)

Ces plans, dotés de mesures strictes, n'ont cependant pas apporté de résultat satisfaisant.

§ Les mesures des plans d'ajustement structurel

Elles comportent les objectifs à atteindre, les politiques à mettre en oeuvre, et des critères macro-économiques quantitatifs qui vont servir à l'évaluation de l'exécution du programme par le FMI72(*). Sont également prévues des clauses d'échelonnement des emprunts. Créées en 1986 et 1987, les FAS et FASR sont des prêts réservés aux "Pays les Moins Avancés (PMA) dans la nomenclature de la Banque Mondiale

L'ajustement structurel comporte deux étapes73(*): D'une part la stabilité macroéconomique à court terme, qui se traduit par la libéralisation des prix, l'austérité fiscale, la dévaluation ; et d'autre part, les réformes structurelles qui, mises en oeuvre simultanément, consacrent le dépérissement de l'Etat, la libéralisation du commerce et du système bancaire, la privatisation des entreprises et sociétés d'Etat, la compression de l'emploi et le gel du recrutement à la fonction publique.

§ Le bilan des plans d'ajustement structurel

Il ressort que toutes les mesures des PAS ont eu un effet pervers sur les économies des pays africains, d'après C. BARRAUD (2007)74(*).

Les mesures budgétaires de réduction du train de vie de l'Etat se sont faites au détriment des politiques sociales. En effet, les grands secteurs lésés sont l'éducation, la santé et les infrastructures de base telles que l'eau et l'électricité. Pour l'éducation, « le taux de scolarisation dans le primaire ne dépasse toujours pas 57% » tandis que « seul un enfant sur trois va jusqu'au bout de la scolarité dans le primaire » (PNUD, 2003).

Sur le plan financier, la dévaluation du franc CFA entreprise en 1994, au lieu d'attirer les capitaux étrangers a plutôt entraîné une augmentation de la dette qu'il fallait rembourser en devises. Par ailleurs, pour la CNUCED75(*), « il est clair que la plupart des programmes d'ajustement n'ont guère contribué à promouvoir la transformation structurelle de la région et son intégration dans l'économie mondiale et qu'ils sont sans doute même à l'origine du recul de l'industrie manufacturière ». Les privatisations menées très rapidement ont généré des monopoles privés qui ont augmenté les prix aux dépens des consommateurs et qui ont davantage licencié qu'embauché.

On a assisté, dans ces pays à une dégradation de la situation sociale et à une augmentation singulière de la pauvreté. Selon l'édition 1997 du Rapport sur le Développement Humain réalisé par le PNUD76(*), « l'Afrique subsaharienne présente le plus fort pourcentage et la croissance la plus rapide de la pauvreté humaine ». Par ailleurs, le Secrétaire Général du CNUCED, dans un rapport sur le développement de l'Afrique77(*), interpelle les pays occidentaux sur le secret bancaire, qui permet la dissimulation des capitaux quittant légalement les pays du Sud, alors qu'ils sont le produit du vol. Ceci montre que l'ajustement structurel, loin de lutter contre la corruption, la facilite et l'augmente.

A l'endettement croissant des pays d'Afrique subsaharienne les IFI ont apporté une solution d'ajustement structurel, visant à réduire cette dette et à augmenter la croissance économique. Observons donc les facteurs qui favorisent cette crise d'endettement.

2 - Des causes endogènes et exogènes

Les facteurs d'endettement des pays d'Afrique sont plus souvent observés du côté des débiteurs (causes endogènes), pourtant les éléments liés aux prêteurs (causes exogènes) doivent être considérés dans toute leur complexité.

a- Causes endogènes, une tradition forte de mauvaise gouvernance

A partir de 1986, la Banque Mondiale cherche à comprendre les causes de la plus ou moins grande réussite des plans d'ajustement structurel qu'elle met en oeuvre»78(*). On retrouve cette volonté de découvrir l'élément qui « s'opposerait à la genèse d'un développement efficace »79(*) chez J. PATERNOT (1992), et « les causes de la commotion des dettes africaines »80(*) chez C. BARRAUD (2007).

Selon J. PATHERNOT on retrouve dans ces pays, les mêmes causes qu'il nomme le « tiercé gagnant » pour la misère. Il le décline en trois parties :

- La corruption, représentée par des élites incapables et/ou corrompues;

- Le tribalisme impliqué dans un système culturel qui freine le développement ;

- Un régime politico économique inspiré par la pensée marxiste et se définit dans ces pays par des régimes de dictature politique.

C. BARRAUD, dans son étude sur Le défi du désendettement soutenable en Afrique subsaharienne, présente également trois aspects des causes endogènes de la crise d'endettement :

- Aspect budgétaire : Une politique laxiste basée sur la gestion hasardeuse et non transparente des fonds empruntés.

- Aspect financier : Les taux d'intérêts réels négatifs qui découragent l'épargne.

- Aspect de la corruption : Toutes les sommes empruntées ne parvenaient pas aux populations.

Par ailleurs, d'importants projets de développement appelés « éléphants blancs », n'avaient pas pour but l'amélioration des conditions des populations locales, mais plutôt l'extraction des richesses naturelles des pays du Sud.

La mauvaise gestion des ressources, l'absence de politiques pertinentes, le manque de contrôle, sont les principales causes internes de l'endettement des pays de l'Afrique subsaharienne. Examinons à présent les causes externes.

b- Causes exogènes, une longue tradition de mauvaise ingérence

Se regroupent en trois ordres81(*), auxquels il convient d'ajouter le contexte géopolitique et les instabilités internationales.

- L'échec de la transformation de l'ordre économique mondial et des politiques d'aide au développement ;

- La réaction à la concurrence inter banque suite à l'accroissement des liquidités internationales des banques au cours de la décennie 1970 ;

- Les politiques de sortie de crise mise en oeuvre dans les pays capitalistes développés.

L'absence d'un ordre économique international plus juste revendiqué par le Tiers Monde, contraint celui-ci à rechercher dans le cadre des relations économiques existantes, les moyens de financement de son développement. Le contexte géopolitique de guerre froide amène les Etats-Unis et l'URSS à élargir leurs zones d'influence, par la signature d'accords de prêts destinés à corrompre des gouvernements. Il ressort ainsi que la Banque mondiale a accordé davantage de prêts en six ans (1968-1973) qu'en vingt-quatre ans (1945-1968)82(*). Par ailleurs la décennie 1970, période de croissance et de développement de l'épargne pour les pays de l'OCDE, a favorisé l'accroissement des financements publics et privés. En effet, les banques européennes cherchent à recycler les dollars en octroyant des prêts aux pays sous développés à un taux de 3 ou 4%83(*). Mais les conséquences des deux chocs pétroliers (1973 et 1979) entraînent une crise monétaire internationale qui va porter les taux d'intérêt de 4% en 1970 à 18%84(*) à la fin de la décennie. La dette des pays du Tiers Monde se voit ainsi triplée, elle devient insoutenable.

Les Institutions Financières Internationales ont joué, dans l'endettement un double rôle. Celui d'appui au développement des pays africains par la facilité d'accès aux financements internationaux ; et celui, contesté, d'ingérence.

La dépendance des économies de l'Afrique subsaharienne depuis les années 1960, s'est accrue avec la spirale de l'endettement. Malgré les plans d'ajustement structurel imposés par les IFI, leur situation est plutôt catastrophique (O.JOKUNG NGUENA (2005)85(*). Nous le voyons par l'Indice de Développement Humain (IDH) qui se situe à une moyenne de 0,465, tandis que la Norvège se situe au premier rang avec un indice égal à 0,956. En 2004, la dette extérieure de cette zone se situe à 223 milliards, dont 90% à long terme. Face à cette situation, on va assister à une forte mobilisation des Organisations de la Société Civile pour une solution à la crise des économies des pays confrontés à un endettement insoutenable.

* 31 O. JOKUNG NGUENA, cité p. 6

* 32 R. NYOM, La crise économique du Cameroun (Essai d'analyse sociopolitique), Atlantic Editions, 2003, p. 121

* 33 O. JOKUNG NGUENA : Initiative PPTE. Quels enjeux pour l'Afrique ? 2005, p. 17

* 34 Idem, p. 17

* 35 R.J. BERG et J. SEYMOUR WHITAKER : Stratégies pour un nouveau développement en Afrique, 1990, p. 25

* 36 R.J. BERG et J. SEYMOUR WHITAKER : Stratégies pour un nouveau développement en Afrique, 1990, p. 25

* 37 http://www.histgeo.ac.aix-marseille.fr, consulté le 06 novembre 2008

* 38 R.J. BERG et J. SEYMOUR WHITAKER : Stratégies pour un nouveau développement en Afrique, 1990, p. 27

* 39 C. BARRAUD : Le défi du désendettement soutenable en Afrique subsaharienne : au-delà de l'Initiative PPTE, Master Recherche Economie Internationale et Globalisation, 2006-2007, p. 26

* 40 C. DUBOIS, Quelles politiques de développement pour l'Afrique subsaharienne durant la colonisation ? Communication réalisée lors des cinquième rencontres de la Durance, 2005, p. 12

* 41 R.J. BERG et J. SEYMOUR WHITAKER : Stratégies pour un nouveau développement en Afrique, 1990, p. 37

* 42 Idem, p. 40

* 43 RFI : Article Retard de l'Afrique, tous responsables. http://www.rfi.fr/actufr/articles/050/, consulté le 06 11 2008

* 44 D. KESSLER et P. A. ULLMO : Epargne et Développement, Economica, 1985, p. 18

* 45 WIKIPEDIA, consulté 07 novembre 2008

* 46 http://webetab.ac-bordeaux.fr/établissement

* 47G. CHAMBAS : Afrique au sud du Sahara : Quelle stratégie de transition fiscale ? CERDI, janvier 2005, p. 3

* 48 D. KESSLER et P. ULLMO : Epargne et Développement, Economica Paris, 1985, p. 383

* 49 K. SODOKIN, Thèse : Banques et micro banques dans les pays en voie de développement, université de Bourgogne, mars 2007, p. 191

* 50 Cahiers français n° 218 : Découverte de l'économie, les concepts, mai-juin 1984, p. 16

* 51 D. KESSLER et P. ULLMO : Epargne et Développement, Economica Paris, 1985, p. 17

* 52 K. SODOKIN, Thèse : Banques et micro banques dans les pays en voie de développement, université de Bourgogne, mars 2007, p. 191

* 53 Idem, p. 192

* 54 WIKIPEDIA : Emprunt (finance), consulté le 10 novembre 2008

* 55 Pr P. BRADLOW : Séminaire de sensibilisation de haut niveau sur les aspects juridiques de la gestion de la dette et la négociation des accords de paix, UNITAR - Pôle dette, Yaoundé, du «  au 5 décembre 2001, p.2

* 56 R.J. BERG et J. SEYMOUR WHITAKER : Stratégies pour un nouveau développement en Afrique, 1990, p. 481

* 57 O. JOKUNG NGUENA : Initiative PPTE. Quels enjeux pour l'Afrique ? 2005, p. 29

* 58 R.J. BERG et J. SEYMOUR WHITAKER : Stratégies pour un nouveau développement en Afrique, 1990, p. 482

* 59 L'Allemagne, la Belgique, le Canada, le Danemark, l'Espagne, les Etats-Unis, la Finlande, la France, l'Irlande, le Luxembourg, la Norvège, la Nouvelle Zélande, les Pays Bas, le Portugal, le Royaume Uni, la Suède, la Suisse et l'Union européenne.

* 60 O. JOKUNG NGUENA : Initiative PPTE. Quels enjeux pour l'Afrique ? 2005, p. 33

* 61 Idem, p. 32

* 62 Idem, p. 500

* 63 R.J. BERG et J. SEYMOUR WHITAKER : Stratégies pour un nouveau développement en Afrique, 1990, p. 432

* 64 Idem, 432

* 65 Idem, p. 434

* 66 J. PATHERNOT : Le cartel des Spoliateurs, un plan Marshall peut-il sauver le Tiers Monde ?1992, p. 50

* 67 Idem, p. 63

* 68 O. JOKUNG NGUENA : Initiative PPTE. Quels enjeux pour l'Afrique ? 2005, p. 35

* 69 http://www.cadtm.org/IMG/pdf/Endettement_de_l_Afrique.pdf, consulté le 11 novembre 2008

* 70 http://www.cadtm.org/IMG/pdf/Endettement_de_l_Afrique.pdf, consulté le 11 novembre 2008

* 71 O. JOKUNG NGUENA : Initiative PPTE. Quels enjeux pour l'Afrique ? 2005, p. 35

* 72 http://www.amisdelaterre.org/les-politiques-macro-economiques.htlm, consulté le 11 novembre 2008

* 73 http://www.afriquepluriel.ruwenzori.net/ajustement-afrique , consulté le 07 novembre 2008

* 74 C. BARRAUD : Mémoire de recherche, Le défi du désendettement soutenable en Afrique subsaharienne : au-delà de l'Initiative PPTE, Master Recherche Economie Internationale et Globalisation, 2007, p. 41

* 75 CNUCED, 2005, Rapport sur le développement économique en Afrique, Repenser le rôle de l'investissement direct étranger, p. 34 à 42,

* 76 PNUD, 1997, p. 2

* 77 CNUCED, 1998, Rapport sur le développement de l'Afrique : Une approche comparative, p. 129

* 78 Banque Mondiale, 1999

* 79 J. PATHERNOT : Le cartel des Spoliateurs, un plan Marshall peut-il sauver le Tiers Monde, 1992, p. 81-102

* 80 C. BARRAUD : Mémoire de recherche, Le défi du désendettement soutenable en Afrique subsaharienne : au-delà de l'Initiative PPTE, Master Recherche Economie Internationale et Globalisation, 2007, p. 30-35

* 81 CERAP : Conférence publique sur le thème, endettement, développement et souveraineté des Etats africains, décembre 2005, p. 3, par http://www.cerap-inades.org , consulté le 12 novembre 2008

* 82 C. BARRAUD : Mémoire de recherche, Le défi du désendettement soutenable en Afrique subsaharienne : au-delà de l'Initiative PPTE, Master Recherche Economie Internationale et Globalisation, 2007, p. 33

* 83 CERAP : Conférence publique sur le thème, endettement, développement et souveraineté des Etats africains, décembre 2005, p. 4-5, par http://www.cerap-inades.org , consulté le 12 novembre 2008

* 84 C. BARRAUD : Mémoire de recherche, Le défi du désendettement soutenable en Afrique subsaharienne : au-delà de l'Initiative PPTE, Master Recherche Economie Internationale et Globalisation, 2007, p. 34

* 85 O. JOKUNG NGUENA : Initiative PPTE. Quels enjeux pour l'Afrique ? 2005, p. 10

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