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L'entrée du sujet àógé en foyer logement

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par Caroline Chapelier
Université Toulouse-Le-Mirail - Master 2 psychologie parcours gérontopsychologie 2009
  

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5.4 Les mécanismes de défense mis en place par les sujets âgés

Selon B. Leroy (2002), la transition du domicile à la résidence risque de provoquer d'importants troubles psychoaffectifs [19]. Les conséquences du déménagement seraient souvent des réactions dépressives. Tous les âges sont concernés (chacun peut vivre difficilement un déménagement), mais il existe une association défavorable avec le décès du conjoint, souvent la cause de l'entrée au sein de la résidence. Cette dépression concerne davantage les femmes, qui ont un investissement plus fort dans le foyer. Cet investissement est une notion qui semble importante pour expliquer les difficultés liées au changement. Déménager c'est donc s'adapter et surtout faire un travail de deuil (réel ou symbolique) de son ancien domicile. La dépression peut alors traduire l'incapacité d'accepter cette séparation. Déménager, c'est aussi briser le lien entre le passé, le présent et le futur. Aménager son nouvel intérieur est en quelques sortes une organisation de son intériorité. La personne va faire le tri dans sa vie va réorganiser son Moi.

II est important de tenir compte du nombre de fois où la personne a déménagé dans sa vie. La transition serait ou non un événement original, inhabituel donc traumatisant ou au contraire habituel donc provoquant moins d'affects intenses.

Malgré les difficultés, il semble se développer chez la personne une appropriation de la résidence et de son logement comme étant devenu son domicile privé. B. Leroy (2002) montre dans sa thèse qu'il existe des effets consécutifs au placement de la personne âgée mais qu'ils ont lieu dans les premiers temps de l'entrée [19]. Après une certaine durée de vie institutionnelle, les résidents finissent par compenser les difficultés du début. Nous assistons donc à une reconstruction de la conception du soi « matériel ». La notion d'accueil, de l'inscription à l'installation est donc à étudier et à développer pour limiter au maximum ces effets, ce que nous verrons dans la seconde partie. Après un an, les personnes trouvent souvent moins difficile la vie en collectivité. Il existe également une plus grande congruence entre leurs souhaits et ce que leur apporte la résidence. Leur conception de « soi » reprend donc de l'épaisseur, leur identité peut progressivement se reconstruire.

L'entrée en résidence est assimilable à une situation de stress. Face à celle-ci, la personne âgée doit s'adapter et donc développer certains mécanismes de défense12(*). Vaillant (1993) pense que certaines défenses peuvent être adaptatives, en facilitant aussi bien l'homéostasie psychique que l'adaptation du sujet à son environnement [33]. Nous supposons que ces défenses seraient mises en oeuvre par les sujets âgés lors de l'entrée en résidence.

En utilisant l'analyse de contenu du groupe de parole réalisé à la résidence Midi-Pyrénées et les entretiens cliniques menés dans le cadre de suivis psychologique, nous allons mettre en évidence les mécanismes de défense qui seraient utilisés par les sujets âgés lors de l'entrée en résidence.

Certains sujets âgés utilisent l'activisme13(*) comme stratégie défensive lors de leur entrée en résidence et tout au long de leur séjour. Cela consiste en un engagement très important avec des prises de responsabilité (au sein de la résidence, de la ville...). Le sujet âgé fuirait la réalité difficile de l'entrée en résidence et le vécu de l'abandon et de la solitude, souvent angoissant. De plus, en surinvestissant l'ensemble de ces activités, la personne âgée se sent « encore utile » au sein de la société et le besoin de reconnaissance, source d'une estime de soi importante, est satisfait.

L'affiliation est la recherche de l'aide et du soutien d'autrui quand on vit une situation qui engendre de l'angoisse. Dans le cas de la résidence, nous repérons l'utilisation de ce mécanisme par des sujets entrant dans la structure et qui ne peuvent gérer cette situation sans l'aide des autres. Ces sujets vont rechercher en permanence la présence d'autrui en s'adressant à eux uniquement pour exprimer leurs angoisses.

Certains sujets âgés mettraient en place un mécanisme d'anticipation14(*) avant et lors de leur entrée dans la résidence. Anticiper leurs réactions émotionnelles et prévoir les conséquences de l'installation leur permettraient ainsi de contrôler la situation stressante. Nous pouvons réaliser un parallèle entre l'anticipation et les stratégies de coping. En effet, la stratégie de coping centrée sur les émotions permet au sujet d'avoir un impact sur la gestion de ses affects.

L'identification15(*) : Lors de son arrivée à la résidence, le sujet peut avoir tendance, selon sa personnalité et son passé (mode de socialisation antérieure comme nous l'avons vu), à choisir un résident déjà installé ou un groupe de résidents et de s'identifier à lui/eux. Cela lui permet d'une part de s'intégrer mais le risque semble être une transformation totale, ce qui nuit à son identité. Dans le cas de l'installation en institution, l'identification semble donc fortement liée à la socialisation et donc au mode d'entrée en contact avec autrui.

L'entrée en résidence, souvent vécue comme une situation difficile au début, peut s'accompagner d'un retrait apathique16(*) de la part du sujet âgé. Effectivement, arriver dans une nouvelle habitation, entouré d'autres personnes encore inconnues, peut provoquer cette soumission passive. La personne âgée refuse alors le contact avec autrui et avec son nouvel environnement, ne participe pas aux animations. Ce détachement serait donc une protection permettant au sujet de vivre ce changement.

* 12 Pour Laplanche et Pontalis (1967), les mécanismes de défense représentent l'ensemble des opérations dont la finalité est de réduire, de supprimer toute modification susceptible de mettre en danger l'intégrité et la constance de l'individu biopsychologique [17]. Les auteurs du DSM IV précisent que les mécanismes de défense sont des médiateurs de la réaction du sujet aux conflits émotionnels et aux facteurs de stress internes ou externes.

* 13 Selon Ionescu (2005), l'activisme correspond à la gestion des conflits psychiques ou des situations traumatiques externes, par le retour à l'action, à la place de la réflexion ou du vécu des affects [15]. C'est une stratégie qui sert de dérivatif et qui est destinée à lutter contre l'angoisse.

* 14 Lors d'une situation conflictuelle, l'anticipation permet d'imaginer l'avenir en expérimentant d'avance ses propres réactions émotionnelles et en envisageant différentes réponses ou solutions possibles (DSM IV, 1996). Selon A. Freud, l'anticipation aurait un effet bienfaisant [11]. Effectivement, l'incapacité à recourir à l'anticipation et l'impossibilité de prise de distance vis-à-vis de la situation serait un signe de « déroute intellectuelle ».

* 15 L'identification : correspond à l'assimilation inconsciente, sous l'effet de l'angoisse, d'un aspect, d'une propriété, d'un attribut de l'autre, qui conduit le sujet, par similitude réelle ou imaginaire, à une transformation totale ou partielle sur le modèle de celui auquel il s'identifie. L'identification est un mode de relation au monde constitutif de l'identité.

* 16 Le retrait apathique est un détachement protecteur, fait d'indifférence affective, de restriction des relations sociales et des activités extérieures, et de soumission passive aux événements, qui permet à une personne de supporter une situation difficile. Ce mécanisme de défense n'apparaîtrait que dans certaines circonstances (comme par exemple celle de quitter son domicile pour entrer en foyer-logement) et s'accompagne d'une perturbation de l'activité. Dantzer (1989) remarque que cette défense peut être modulée par des facteurs d'expérience antérieure et que dans le retrait, l'individu cherche à se protéger en diminuant ses interactions avec le milieu environnant [7].

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