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Rôle des langues dans la construction de l'identité des immigrés italiens et de leurs descendants

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par Sylvie ROBERT
Université Stendhal Grenoble 3 - Master 1 Français Langue Etrangère 2009
  

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II. Le rapport ambigu entre langue et identité chez les immigrés
italiens

II. 1. La quête identitaire des immigrés

A- Le poids du regard des autres

La France a mené une politique d'assimilation, surtout dans les années 50. Bon nombre d'immigrés ont abandonné leur langue et leur culture pour s'intégrer à la société d'accueil. Or, paradoxalement, on n'a cessé de leur faire sentir qu'ils restaient toujours un peu étrangers.

Comment pourraient-ils se sentir français à part entière si leur entourage leur rappelle qu'ils sont venus d'ailleurs ou les désigne toujours en tant que "fils d'immigrés" ?

Lors d'une interview Michel Platini s'est insurgé contre cette stigmatisation :

" Un jour, j'étais reçu par un adjoint au maire de Belfort en tant qu'entraîneur de l'équipe de France. Dans son discours, il a parlé de moi comme un bon exemple d'intégration. J'ai failli l'insulter (...) Je ne me suis jamais considéré comme étranger, je n'avais jamais parlé italien, mon père non plus. Mon grand-père parlait lui aussi français. Je suis de 3ème génération. Il était temps que je sois intégré !"64

Constatant que pour son fils et ses camarades, se sentir français n'allait pas de soi, Guy Girard, petit-fils d'une immigrée italienne, a sillonné la France pour recueillir des témoignages visant à définir l'identité française65. Au cours de son reportage Les Français, il a posé une question provocatrice à un Français « de souche » : "faites- vous une différence entre les Français et les vrais Français ?". La personne interrogée a répondu que selon elle, un vrai Français était celui qui - quelle que soit son origine - était content de vivre en France.

64 Michel Platini, L'Humanité, 9 décembre 2005.

65 «Je suis né à Vitry sur Seine le 31 juillet 1950. Ma grand-mère était italienne. Nous n'avions pas d'argent mais je ne trouvais pas que nous étions pauvres. Dans la cour de l'école, les copains étaient d'origine espagnole, portugaise, polonaise, algérienne. Le communautarisme n'existait pas et la question de l'identité nationale ne se posait pas, soit qu'elle semblk~t hors de propos, soit qu'elle f€~t une évidence. Nous nous sentions Français, un point c'est tout. Dans les années 90, quand mon fils invitait ses copains à la maison, j'ai remarqué que pour eux, r tre Français n'était plus une évidence. La question des origines devenait un vrai sujet de conversation. Quelque chose avait changé. Je me demande ce que signifie le fait d'rtre Français aujourd'hui. Qu'est-ce qui fait qu'on se sente Français », Guy GIRARD, Les Français, JEM productions, 1994.

Aujourd'hui cette distinction touche principalement les Français d'origine maghrébine puisque les Italiens ont acquis - avec le temps ! - le statut de « bons immigrés ». De jeunes Français d'origine algérienne soulignent l'absurdité de la question « vous sentez-vous Français » en répondant à Guy Girard qu'ils ne peuvent que se considérer Français puisqu'ils sont nés en France et ne connaissent que ce pays. L'un d'entre eux, montre la même exaspération que Michel Platini, en constatant que même lorsqu'une famille est implantée en France depuis plusieurs générations, ses membres sont toujours considérés comme des étrangers :

"J'ai un pote, il est de la 4ème génération et on lui demande encore « d'où tu viens », il ne

peut pas se dire fier d'r~tre français".

Pour avoir le sentiment d'appartenir à une nation, il faut s'y identifier mais également être reconnu par ses membres comme l'un d'entre eux. Les immigrés et leurs descendants ne peuvent se sentir réellement français que s'ils ne perçoivent plus de différence dans le regard et l'attitude des Français à leur égard.

Nous avions conscience lors de l'élaboration des questionnaires que la dernière question66 pouvait blesser voire agacer les personnes qui ont obtenu la naturalisation et surtout leurs enfants et petits-enfants.

Il fallait néanmoins que nous la posions, le sentiment identitaire étant au coeur de notre réflexion. Les personnes interrogées avaient la possibilité de formuler une réponse personnelle, quelques-unes ont d'ailleurs répondu « européen » ou « citoyen du monde » marquant ainsi leur refus de s'enfermer dans le cadre réducteur d'une appartenance nationale ou d'une double appartenance.

Si l'on compare les réponses des primo-migrants et des enfants d'immigrés, on observe une différence notable : tandis que 43 % des représentants de la première génération déclare se sentir italiens, la majorité des enfants d'immigrés (53 %) revendique sa double appartenance et 30 % d'entre eux se sent français.

66 Vous vous sentez :

L Italien(ne)

L Français (e)

L Italien(ne) et Français (e)

L Autre (précisez)

1ère génération 2ème génération

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