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Regards croisés sur une femme confrontée à  l'exercice du pouvoir : Marie Stuart dans les écrits de G. Buchanan et J. Leslie (1561-1587).

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par Mélanie Boué
Université de Provence - Master 1 recherche Histoire 2009
  

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Le 8 février 1587, Marie Stuart est exécutée au château de Fotheringay. Michel Duchein écrit dans l' Histoire de l'Ecosse, qu'il est toujours délicat de faire le récit objectif de la vie d'un roi ou d'une reine que l'on a exécuté.1(*) Le fait même de savoir qu'une instance juridique, un peuple révolté ou un monarque à court de solution a choisi d'en finir avec celui ou celle qui incarnait le pouvoir peut biaiser notre opinion. En effet, cela nous pousse à prendre parti, à décider a posteriori de l'innocence ou de la culpabilité de ce monarque déchu dont on a mis la tête sur le billot. Peut-être est-ce cet acte final qui rend Marie Stuart aussi populaire. Il suffit de consulter le catalogue des bibliothèques nationales écossaise et britannique pour se rendre compte que le « cas » Marie Stuart a intéressé et continue d'intéresser de nombreux historiens, écrivains et dramaturges.2(*) Si nous effectuons une recherche simple grâce aux moteurs de recherche des bibliothèques nationales en tapant « Mary, Queen of Scots », nous obtenons un résultat comptabilisant 572 entrées dans le catalogue de la British Library et un résultat de 537 entrées pour le catalogue de la National Library of Scotland. Pour comparaison, si l'on effectue le même type de recherche avec pour mot-clé « Mary Tudor », nous obtenons 81 entrées dans le catalogue de la British Library et 52 dans le catalogue de la National Library of Scotland.3(*) Pourtant si l'on s'en réfère à la fonction principale du monarque - régner - force est de constater que le bilan de Marie Stuart est bien pauvre : son règne n'a duré que six ans, elle a régné sur un pays protestant alors qu'elle était de confession catholique, mais n'a pourtant jamais réellement montré une quelconque volonté de reconvertir par la force son peuple insoumis et réformé.

L'intérêt que portent les historiens à la reine d'Ecosse se situe donc ailleurs. Antoine Prost écrit dans Douze Leçons sur l'Histoire que, bien qu'ayant pour devoir de se montrer le plus objectif possible, l'historien est toujours plus ou moins « ami » de son sujet d'étude.4(*) Après avoir passé des mois voire des années à étudier, analyser et interroger les sources qui relatent la vie d'un homme ou d'une femme, l'historien finit par se sentir proche (ou bien complètement différent) de ce personnage historique. Après tout il s'agit d'une expérience humaine, c'est avant tout une rencontre, une rencontre par sources interposées, mais une rencontre tout de même. En lisant les diverses biographies de Marie Stuart on sent que les historiens qui se sont lancés dans l'étude et l'analyse de ce personnage controversé ont fini, pour la majorité d'entre eux, par se laisser influencer par le débat qui entoure la reine d'Ecosse et qui consiste à statuer sur la responsabilité de Marie dans le meurtre de son second époux, Henry Darnley. Bien entendu cette controverse qui anime la littérature du seizième siècle ne se résume pas à ce simple incident qui ferait de Marie une meurtrière et nous verrons par la suite qu'il est bien compliqué d'établir la culpabilité ou l'innocence de la jeune reine dans cette affaire ; toutefois le fait que des historiens depuis plusieurs siècles s'évertuent à statuer sur la culpabilité ou l'innocence de la reine montre bien que l'histoire de Marie Stuart va au delà de l'histoire du seizième siècle. L'histoire de cette reine, jeune, belle, romantique et condamnée avait tout d'une tragédie, et en s'intéressant au sort de la belle Marie Stuart plus qu'à son règne ou son peuple, certains historiens n'ont fait que suivre un chemin qu'avaient commencer à tracer des auteurs comme Leslie ou Buchanan en abordant le personnage de Marie Stuart sous son angle le plus intéressant, c'est-à-dire son caractère tragique.

C'est ce caractère tragique qui assure à Marie Stuart la postérité. Jayne Elizabeth Lewis montre que les lectrices du XVIIIème et XIXème siècle s'identifiait à Marie Stuart et lisaient leurs rêves mais aussi leurs propres vies dans la sienne. 5(*) Cela prouve que pour certains Marie Stuart n'était pas seulement un personnage historique, elle devenait un mythe, une héroïne. Si bien que c'est avant tout cette image de reine déchue qui passionne et non son règne à proprement parler. Rarement la représentation de la vie privée d'un monarque n'a tant dépassé son image publique.6(*)

La vie de Marie a pris fin en Angleterre en février 1587. Il est peut-être étrange de commencer cette brève biographie par la fin, mais il s'avère que cette « fin » n'est en fait qu'un début. Parmi les devises que Marie Stuart brodait dans sa prison de Sheffield, figurait une formule des plus énigmatiques : « En ma fin est mon commencement ». La reine espérait-elle que son destin déchaîne tant de passions ? Qu'entendait-elle par là ? Etait-ce seulement une maxime chrétienne faisant référence à la résurrection ? Nul ne le sait vraiment. Nombre d'historiens ce sont penchés sur la question et en discutent encore. Mais la reine d'Ecosse ne se doutait certainement pas de l'ampleur que prendrait cette phrase. Dans son cas précis cette phrase est devenue littéralement prophétique tant il est vrai que son exécution a libéré la plume des auteurs qui ont forgé sa légende.7(*) Mais pour l'heure, il s'agit de revenir au « vrai » commencement.

Marie Stuart est née le 7 ou le 8 décembre 1542. Elle-même clamait qu'elle était née le 8, fête de la Conception de la Vierge, mais John Leslie affirmait quant à lui qu'elle était née le 7. Malheureusement aucun document n'existe qui permette de trancher absolument le débat.8(*) Elle était la fille de Marie de Guise et de Jacques V roi d'Ecosse, qui mourut six jours après sa naissance, laissant sa couronne à un nourrisson. L'héritier du trône est un enfant, ce qui en soit ne pose pas trop de problèmes car la minorité des futurs monarques écossais était devenue, par obligation, une tradition. Jacques IV mourut après la bataille de Flodden en 1513, son fils, Jacques V n'avait qu'un an. C'est la réaction de Jacques V à l'annonce de la naissance de Marie qui fut inhabituelle. Apprenant qu'il était père d'une petite fille, le roi ce serait exclamé : « it cam wi' a lass and it will gang wi' a lass » (Cela a commencé par une fille, cela finira par une fille) en référence à la manière dont la dynastie des Stuart avait accédé au trône par le mariage de Walter the Steward (Walter le sénéchal) avec la fille de Robert le Bruce, Marjorie. L'histoire allait prouver qu'il avait tort, en effet la dynastie des Stuart n'allait s'éteindre qu'en 1714 après la mort de la reine Anne. Toutefois sa réaction (bien que qualifiée d'apocryphe par Jenny Wormald9(*)) ajoute à la dimension tragique du personnage Marie Stuart.

L'héritier du trône d'Ecosse était une fille, en soit, ce n'était pas un problème majeur ; tout le monde s'accordait à dire que ce nourrisson âgé d'une semaine était l'héritier légitime du trône d'Ecosse. Le contexte politique en revanche était problématique. L'Ecosse était en guerre, et le fiasco de Solway Moss (1542) avait eu pour conséquence de faire passer certains nobles aux mains des Anglais. La naissance d'une future reine représentait une manne pour les monarchies européennes : si elle vivait assez longtemps pour se marier, elle donnerait des enfants à son mari, le roi d'Ecosse, et ces mêmes enfants hériteraient du royaume d'Ecosse mais aussi du royaume de leur père. Autrement dit les monarchies européennes commençaient à comprendre l'importance stratégique du royaume écossais. Toutes les monarchies étaient intéressées par la possibilité d'étendre leur domination, mais une en particulier avait un avantage. Le royaume d'Angleterre de par sa proximité géographique, couplée à sa supériorité militaire, et de par l'existence d'un héritier mâle âgé de cinq ans avait incontestablement une longueur d'avance sur les autres prétendants. Au moment où se dessine la possibilité d'une union entre l'héritière du trône d'Ecosse et le futur roi d'Angleterre, le jeune Edouard, l'Ecosse est dirigée par le régent John Hamilton, comte d'Arran, qui se montre d'abord favorable à cette union. Ce mariage pouvait ramener la paix en Ecosse. Mais au début de l'année 1543, l'opposition de Beaton, archevêque de Saint Andrews et du comte de Lennox (autre prétendant au trône) pousse Arran à faire marche arrière. Jusqu'ici il s'était montré favorable à la diffusion de la religion réformée en Ecosse avec pour dessein de s'affirmer comme un sympathisant anglais. Seulement dès septembre 1543, la ferveur hérétique excède ce qu'il avait prévu : pamphlets et littérature hérétiques abondent. Quand Arran décide de revenir sur ses décisions prises en faveur du protestantisme, des émeutes éclatent un peu partout. Le pays est divisé, au parti protestant et favorable aux Anglais s'oppose un parti pro français et catholique bien plus important.

Henri VIII se sentant dupé décide de reprendre la guerre contre l'Ecosse. Il envoie le premier raid de l'armée anglaise au printemps 1544 pour punir Arran de sa trahison. Seymour, qui commande l'armée, le convainc d'épargner les lords favorables aux anglais. Henri VIII ordonne de réduire Edimbourg à feu et à sang, ce que s'efforce de faire Seymour. La mainmise et la violence anglaise n'avaient jamais été aussi fortes, ce qui discrédita le parti pro anglais. Ces évènements rallièrent la morale des écossais. De plus, la guerre opposants les anglais aux français prenait un autre tournant et les troupes anglaises étaient considérablement affaiblies. Excédés par le comportement des armées anglaises, les écossais se tournent vers leur vieil allié français. Le nouveau roi Henri II désireux d'investir massivement dans cette province envoie de nouvelles aides en juin 1548. Un mois plus tard, un traité est signé indiquant que la reine d'Ecosse était promise au Dauphin français et non au futur roi d'Angleterre. En 1550 la paix est signée entre l'Ecosse et l'Angleterre. La défaite est humiliante pour l'Angleterre.10(*)

Après cette série de campagnes militaires menées par l'Angleterre et plus connue sous le nom romantique de Rough Wooing11(*), Marie de Guise fit en sorte de s'arroger le pouvoir, prenant le contrôle comme seule et unique régente du pays. Marie de Guise prit alors la décision d'envoyer sa fille loin des bras armés d'Henri VIII, à la cour de France. En France, Marie fut élevée comme la camarade des enfants d'Henri II pendant que sa mère et ses oncles complétaient les négociations qui se soldèrent par le mariage de la future reine d'Ecosse avec le Dauphin, François II. Dès son arrivée en France la nouvelle princesse est louée de toutes parts. Ce qui frappait unanimement tous les contemporains était le charme extrême de l'enfant. Même le roi, Henri II, semblait ébloui par cette jeune princesse. La première fois qu'il la rencontra il se serait écrié qu'elle était : « l'enfant le plus accompli qu'il eût jamais vu ».12(*) Diane de Poitiers était en charge de l'éducation des enfants du roi et de la jeune princesse écossaise. Comme le fait remarquer John Guy, Diane de Poitiers avait un goût particulier pour la reliure et était (après la mort de François Ier) la plus grande collectionneuse d'oeuvres d'art italiennes.13(*) On peut supposer qu'elle transmit son goût pour l'art italien à Marie Stuart qui plus tard fit venir à sa cour des artistes italiens parmi lesquels David Rizzio, musicien italien puis conseiller personnel de la reine.

L'hospitalité dont bénéficie Marie n'est pas seulement due à l'extrême mansuétude d'Henri II. Aux yeux des français, Marie Stuart représentait un moyen de s'approprier le royaume britannique, ou du moins d'exercer une pression sur les Anglais qui, rappelons le, occupaient encore un territoire sur les côtes françaises et persistaient dans leur prétention à la couronne de France.14(*) Les huguenots français s'opposèrent d'abord au mariage considérant qu'il s'agissait d'une manoeuvre des Guise pour se rapprocher du pouvoir. Les Guise pour contrer ces objections commanditèrent de nombreux écrits visant à décrire Marie comme « une bonne prise ». Ainsi, bien avant le mariage les poètes français travaillaient sur ce thème. Saint-Gelais écrivit un poème louant la beauté de la reine, soulignant également les avantages politiques que l'union entre la reine d'Ecosse et François II représentait. De même, un sonnet écrit par Jacques Tahureau en 1554 félicitait François II et Marie qui, en devenant reine de France acquérait un nom qui la rendrait immortelle.15(*) Les avantages que représentait ce mariage semblaient dissiper les hésitations. Marie, future reine d'Ecosse et prétendante à la succession du royaume d'Angleterre était un atout politique indéniable pour la France.

En 1558, elle épouse François II qui devient roi un an plus tard après la mort de son père causée par un accident. Malheureusement, François II était un jeune homme chétif à la santé fragile. Il meurt en décembre 1560, mettant un terme à tous les rêves de grandeur qu'avaient formulé les poètes français. Marie Stuart se retrouve alors reine douairière, veuve, âgé de dix-huit ans et très impopulaire auprès de sa belle-mère qui craignait sûrement que sa bru ne cherche à se remarier avec son second fils et nouveau roi de France Charles IX. On racontait que Marie s'était mise sa belle mère à dos du temps où elle-même, dauphine ou jeune reine, l'avait qualifiée avec mépris de « fille de marchands ».16(*) Marie n'avait donc plus rien à faire en France et prit la décision de retourner en Ecosse où son royaume l'attendait. Elle devint reine catholique d'un royaume protestant où les Lords de la Congrégation, tels que les avaient nommés John Knox, avaient pris le contrôle du pays en 1559.17(*)

Au moment où Marie Stuart pose le pied sur le sol écossais, le contexte politique européen est troublé. Les sociétés européennes sont travaillées par l'inquiétude religieuse. En Ecosse, les protestants dirigent le pays emmenés par John Knox. John Knox se pose dès le début en opposant de Marie Stuart. Alors qu'il est exilé à Genève il écrit un pamphlet contre « les Maries » catholiques en 1558, à savoir Marie de Guise et Marie Tudor. Dans The First Blast of the Trumpet Against the Monstruous regiment of women, Knox explique qu'il est légitime pour un peuple opprimé de s'élever contre le tyran qui le gouverne qui plus est si ce tyran est arrivé au pouvoir de manière illégitime. Cependant, le caractère misogyne du pamphlet est ce qui ressort le plus à la lecture du texte, ce qui vaut à John Knox de se mettre à dos les régentes de l'époque, y compris Elizabeth18(*). Ce texte portait atteinte non seulement au genre féminin mais aussi à la légitimité des monarques. Dans une période de troubles politique et religieux ce texte préconisant la révolte représentait un danger pour la monarchie, et plus particulièrement pour la monarchie écossaise. De ce fait on peut dire que Knox amène dans les esprits des penseurs de son époque l'embryon d'une pensée contestataire.

L'Ecosse n'est pas le seul pays à faire face à des troubles religieux. Depuis la publication dans sa version définitive de Institutio religionis chritianae (oeuvre de Calvin publiée dans sa version définitive en 1559)19(*) les idées de Réforme se répandent un peu partout en Europe. Le but de Calvin est clair : « Aider ceux qui désirent d'être instruits dans la doctrine du salut ». Il se veut l'interprète de la volonté divine : « J'oserai hardiment protester, en simplicité, ce que je pense de cette oeuvre la reconnaissant être de Dieu plus que mienne » et se propose de donner « une somme de la doctrine chrétienne ».20(*) Après la mort de la régente Marie de Guise, le Parlement écossais, composé des barons et des bourgeois, se réunit et adopte la Confession écossaise et les statuts de Réforme. La Confession écossaise, présentée par John Knox, est une profession de foi d'inspiration calviniste qui enseigne la doctrine de la prédestination et la justification par la foi, qui ne conserve que deux sacrements, le baptême et la Cène, qui permet la communion sous les deux espèces et professe la doctrine de la présence spirituelle du Christ pendant la communion.

En France aussi la doctrine calviniste fait des émules. Après la publication de L'institution chrétienne en 1541, traduction française du texte latin publié en 1539, les idées de réforme se répandent en France. Calvin, rappelé à Genève en 1541, prodigue ses conseils aux réformés français et leur envoie des directives pour conforter leur foi. En France les réformés s'organisent suivant le système presbytéro-synodal que Calvin a mis au point dans les ordonnances ecclésiastiques en 1541. Grâce à Calvin, les français réformés reçoivent des ministres formés. En 1560 ils auraient été près d'une quarantaine à exercer en France.21(*) Henri II a une attitude ferme face aux protestants et est résolu, conformément au serment du sacre des rois de France, « d'exterminer les hérétiques ». Le 2 juin 1559, les lettres d'Ecouen donnent pour mission à de « notables personnages » de se rendre dans les provinces pour procéder à « l'expulsion, punition et correction des hérétiques ». La paix du Cateau-Cambrésis (3 avril 1559) conclue entre Philippe II et Henri II est établie sur la base de la restitution au duc de Savoie des territoires conquis en 1536 et de l'abandon solennel par le roi de France de toutes prétentions sur Milan et Naples. Elle est un gage de sûreté pour les deux rois : même si cette paix est peu avantageuse pour la France, elle permet aux Français comme aux Espagnols d'avoir les mains libres pour résoudre les problèmes religieux. Philippe II lui aussi doit faire face aux oppositions protestantes aux Pays-Bas. Lors de son abdication à Bruxelles, Charles Quint dit à son fils Philippe : « Honore la religion, consolide la foi catholique, rétablis-la dans toute sa pureté »22(*) , l'injonction est belle mais la promesse semble dure à tenir.

En Angleterre, la situation n'est guère plus stable. En à peine plus de dix ans trois monarques se sont succédés à la tête du royaume. Edouard (1547-1553) succède à Henri VIII et tente d'orienter le pays vers le protestantisme. En 1553, c'est Marie Tudor, fille de Catherine d'Aragon et d'Henri VIII, fervente catholique, qui lui succède. Les anglais protestants avaient pourtant essayé de lui substituer Jane Grey, protestante et arrière petite-fille d'Henri VII mais les troupes des Marie Tudor vinrent à bout des opposants. Mieux connue sous le nom de « Marie la sanglante », la reine d'Angleterre avait pour but de restaurer la foi catholique. Epouse de Philippe II, leur union fait craindre aux Anglais que Marie Tudor ne mettent les moyens militaires de son mari aux service de l'Angleterre afin d'en finir avec l'opposition protestante. La religion catholique est partout restaurée et les hérétiques sont poursuivis, jugés et exécutés. Le 17 novembre 1558 Marie Tudor meurt et laisse le trône à sa demi-soeur Elizabeth. L'arrivée au pouvoir d'Elizabeth implique des changements dans le paysage religieux européen. Si l'on considère que la catholique Marie Tudor permettait aux monarchies catholiques de peser plus lourd sur la scène européenne, l'accession au pouvoir en Angleterre d'une reine protestante remet en question cette supériorité. Il s'était constitué une ligue de quatre pays catholiques avant novembre 1558, la France, l'Espagne, l'Ecosse et l'Angleterre, il n'en restait maintenant plus que trois. L'opportunité se présentait de faire avancer la cause protestante en Ecosse grâce à l'aide de l'Angleterre et l'espoir était grand pour les lords protestants écossais. Après que les Ecossais voient se rapprocher le danger d'une reprise en main catholique suite à la paix du Cateau-Cambrésis, l'espoir renaît. La persécution organisée par Henri II contre les hérétiques conforta les Ecossais dans leurs sentiments qu'il fallait se débarrasser de la tutelle française. C'est dans ce but que les protestants écossais contactèrent William Cecil dès le mois de Juillet 1559, affirmant qu'ils voulaient répandre le protestantisme et nouer une nouvelle amitié avec l'Angleterre. Les Ecossais et les Anglais, après des siècles d'affrontement avaient maintenant une religion commune et un ennemi commun, la France. Le roi de France écrivit le 29 juin 1559 au pape Paul IV qu'un incroyable désastre s'était abattu sur l'Ecosse et qu'il en était navré, cependant il écrivait aussi qu'il se montrait confiant en l'avenir et qu'il s'en remettait au jugement de Dieu qui, offensé par cette traitrise, allait rétablir l'ordre en Ecosse. Les évènements qui suivirent mirent à mal son optimisme. 23(*) Le jour qui suivit la rédaction de cette lettre Henri II prit part dans un combat de joute et fut touché par son adversaire le comte de Montgomery (son oeil et sa gorge furent transpercés par la lance de son adversaire). Le 10 juillet le roi meurt.

La mort d'Henri II engendre un déséquilibre en France. La tension entre les protestants et les catholiques ne fait que s'accroître et les deux partis sont maintenant armés. François II, le fils d'Henri II, jeune homme malingre et souffreteux semble peu à même d'apaiser les tensions, de plus il est largement influencé par la famille de sa femme, les Guise. François II doit aussi s'occuper des troubles qui sévissent en Ecosse et demande au duc de Guise de mettre fin à la dissidence mais aucun compromis n'est envisagé par les lords écossais. De plus, Knox met le feu aux poudres dans un sermon à Perth qui conduit à une émeute iconoclaste le 11 mai. Marie de Guise voyait cela comme un acte de rébellion, d'autant plus que des tombes royales avaient été saccagées. Une rébellion religieuse venait de commencer. La Congrégation décide d'occuper Edimbourg, mais les troupes françaises constituent un bouclier dans le port de Leith. Remobilisée, la Congrégation occupe à nouveau Edimbourg en octobre 1559 et déclare qu'elle dépose Marie de Guise. Mais là encore l'armée française est plus forte. Des raids punitifs sont organisés par l'armée française à l'hiver 1559-1560. La cause rebelle semble perdue.

Des éléments extérieurs jouent alors en sa faveur. La France ne pouvait plus continuer la guerre en Ecosse. Marie et François étaient au pouvoir théoriquement, mais en réalité, les Guise gouvernaient. La montée des protestations en France inquiétait le pouvoir et après la tentative d'enlèvement du roi déjouée à Amboise en mars 1560, les Guise ne pouvaient pas se permettre d'envoyer des troupes en Ecosse. En janvier 1560, l'aide anglaise arrive et le port de Leith est bloqué. Marie de Guise, malade, meurt le 11 Juin. Les français envoient des ambassadeurs pour négocier la paix.

Par le traité d'Edimbourg, les époux royaux français abandonnent leur prétention au trône d'Angleterre et reconnaissent, en des termes vagues, la légitimité de la Kirk écossaise. La gouvernance de l'Ecosse est confiée à trois hommes : Lord James Stewart, fils illégitime de Jacques V, Archibald Campbell, compte d'Argyll, qui disposait de la plus grande armée privée des îles britanniques et le compte d'Arran fils du duc de Châtelherault, un fervent prostestant. Le premier parlement se tient à Edimbourg en août 1560, 106 lairds protestants étaient présents.24(*) Il s'agissait bien plus d'une assemblée révolutionnaire déguisée que d'une assemblée constitutionnelle. Le parlement adopte la Confession of faith (Confession de foi) alors que le traité d'Edimbourg statuait en faveur de la tolérance religieuse. Mais les ministres protestants pèsent de tout leur poids sur le parlement. Parmi ces ministres se trouve John Knox. Knox ne voulait pas que les deux religions coexistent, son modèle était celui de l'Eglise Réformée de Genève, une Eglise établie par la loi qui appelle à l'obéissance de toute la population. Sur 200 lairds présents le 17 août 1560 pour voter la Confession de foi, seulement 9 se sont abstenus. La Congrégation sort victorieuse et l'Eglise catholique associée à la présence française en Ecosse est balayée.25(*)

Lorsque Marie Stuart rentre en Ecosse le 19 août 1561 le contexte politique est rendu compliqué par le jeu des successions et les troubles religieux. La reine apparaît dès lors comme un espoir pour les monarchies catholiques. Pourquoi une reine si jeune et inexpérimentée intéresse-t-elle les monarques européens ? Tout d'abord Marie Stuart est une prétendante sérieuse au trône d'Angleterre. En effet, Elizabeth n'est que la fille illégitime d'Anne Boleyn et d'Henri VIII, par conséquent l'Eglise catholique ne la reconnaît pas comme héritière légitime du trône d'Angleterre. De ce fait, Marie Stuart qui est la petite fille de Margueritte Tudor (épouse de James IV et soeur d'Henri VII) est une prétendante légitime au trône anglais. Ramener l'Ecosse dans le giron catholique devient donc un enjeu de taille si les monarchies catholiques veulent faire pencher la balance religieuse en leur faveur. Marie Stuart semblait dès lors promise à une grande mission, on attendait d'elle qu'elle soit une autre Marie Tudor et qu'elle mette fin à la rébellion protestante dans son pays. Peut-être les monarques européens et le pape attendait-ils trop de cette jeune reine déracinée qui voguait en 1561 vers un pays dont elle était désormais reine mais qu'elle ne connaissait guère.

Notre étude se concentre donc sur la période allant de 1561, date du retour de Marie dans son pays natal, jusqu'à sa mort en 1587. Il nous a semblé intéressant de nous attacher à étudier les représentations de la reine d'Ecosse à travers la littérature durant cette période car il s'agit d'une période durant laquelle s'exprime la véritable personnalité de Marie Stuart. En effet, la jeune princesse était déjà la muse de nombreux poètes en France, parmi lesquels on peut citer Ronsard, mais elle n'était le sujet de leurs écrits que parce qu'elle représentait un enjeu pour son pays d'accueil. Elle incarnait l'espoir qu'un jour le royaume de France s'étendrait de l'autre côté de la Manche. On faisait l'éloge d'une jeune fille qui n'avait rien accompli, une jeune fille que l'on admirait seulement pour sa beauté et pour l'hypothétique richesse qu'elle offrirait à la France. Du début de son règne jusqu'à son exécution, Marie est jugée et décrite par les poètes contemporains en fonction de ce qu'elle a accompli, de ce qu'elle n'a pas accompli ou de ce qu'elle représente. Bien loin de la pompe de la cour des Valois, c'est dans l'exercice du pouvoir que les poètes de sa cour la jugent. En fonction de ses actions, de son caractère et de sa capacité à diriger son peuple, ceux-ci l'ont louée ou l'ont accablée.

Comme nous l'avons souligné Marie arrive dans un pays qu'elle ne connaît guère. Envoyée en France à l'âge de cinq ans, elle est une étrangère dans son propre pays. De plus, elle est catholique alors que la religion réformée est religion d'Etat. Comment va-t-elle être accueillie ? De quelle manière est-elle décrite par les poètes de la cour ? Pourquoi Marie a-t-elle choisi la compagnie de George Buchanan ? Quelle influence cet humaniste aura-t-il sur Marie ? Plusieurs problèmes peuvent être soulevés. Tout d'abord, l'on peut se demander si le règne de Marie et l'aspect tragique de sa vie ont un rôle à jouer dans le conflit religieux et politique qui divise l'Europe. Suite aux accusations dont fait l'objet Marie, nous verrons que Buchanan met en avant dans un de ses pamphlets le fait que Marie appartienne au sexe « faible ». Quel lien peut-on faire entre les écrits diffamatoires de Buchanan et le problème posé par le règne d'une femme ? A l'époque moderne, nombre de théories héritées de l'Antiquité mais aussi des penseurs catholiques entretiennent l'idée que la femme ne peut gouverner et que son rôle est avant tout d'enfanter, de perpétrer le lignage. Comment ces idées se manifestent dans les écrits de Buchanan ? Marie Stuart, bien que reine d'Ecosse, est-elle soumise aux mêmes théories ? La propagande faite autour de Marie Stuart a un grand retentissement à travers l'Europe, ce qui fait de la reine d'Ecosse un personnage d'importance européenne. Ses défenseurs ou ses détracteurs voient leurs écrits traduits du latin à l'anglais mais aussi de l'anglais au français. Comment le « cas » Marie Stuart est-il devenu un enjeu européen ? Comment Marie Stuart est-elle devenue ce personnage controversé, dont on a l'impression que la vie est construite - et décrite - comme une tragédie ?

Les sources relatant l'histoire de Marie Stuart ne manquent pas. Dès le 16ème siècle les historiens, écrivains et poètes ont statué sur le cas de la reine d'Ecosse, ce qui rend le traitement des sources d'autant plus difficile. Tant de textes ont été écrits qu'il est difficile de savoir auxquels nous devons nous référer. A cela s'ajoute l'évidente difficulté que représente l'étude de sources écrites dans une langue étrangère. Nous avons donc étudié en priorité les textes des deux auteurs écossais qui incarnent la défense et la mise en accusation de la reine d'Ecosse, à savoir John Leslie et George Buchanan. Ces deux écossais ont écrit plusieurs textes durant la période soumise à notre étude. Tout deux ont publié une histoire de l'Ecosse tout à fait subjective. Dans Rerum Scoticarum historia, Buchanan glorifie les opposants à Marie Stuart et confronte la figure de la reine à des figures nobles, vertueuses et souvent austères comme c'est le cas de James Stewart, comte de Moray.26(*) Leslie fait quant à lui publier sa version de l'histoire écossaise à Rome en 1578. Loin du récit historique fidèle, ce livre s'emploie à célébrer la religion catholique. Les trois derniers livres sont dédiés à Marie Stuart. En dédiant une partie de ce récit historique à la reine catholique Leslie embrasse la fonction de l'historien tel qu'elle était conçue durant la Renaissance. L'histoire doit être relatée dans le but d'inculquer des leçons politiques. Ainsi Leslie met en avant la souffrance de rois écossais qui ont souffert et combattu pour faire perdurer la religion catholique. Leslie inscrit Marie Stuart dans cette lignée.27(*) Nous avons choisi d'étudier les pamphlets se concentrant sur Marie Stuart et non les récits historiques de ces auteurs car ces derniers, bien qu'ayant pour but de glorifier ou d'accabler la reine, n'ont pas pour objet de détailler le règne de Marie Stuart. Ils inscrivent seulement la reine d'Ecosse dans une lignée afin de montrer l'héritage catholique du royaume d'Ecosse (ce que fait Leslie) ou d'insister sur la vertu et la droiture des prédécesseurs de la reine implicitement mises en opposition avec les passions de Marie Stuart. Nous avons donc choisi d'étudier plus en détails les poèmes de Buchanan adressés à la reine d'Ecosse ainsi que les deux pamphlets Ane Detectiovn of the duinges of Marie Quene of Scottes et De Iure regni apud Scotos. Pour ce qui est de la défense de la reine nous nous sommes penchés sur le texte de John Leslie A defence of the honour of the right highe, mightye and noble Princesse Marie Quene of Scotlande and dowager of France, with a declaration aswell of her right, title & intereste to the succession of the crowne of Englande, as that the regimente of women ys conformable to the lawe of God and nature. Le texte est dense et ses multiples rééditions prouvent l'évolution du « cas » Marie Stuart. Bien sûr l'étude de ces textes a été couplée à la lecture des biographies et essais qui font autorité. Nous détaillons quelques uns de ces textes plus bas.

Pour la plupart des sources premières, comme ce fut le cas pour Detectio, premier traité de Buchanan écrit contre Marie Stuart, nous avons été forcés de lire des traductions. En effet le traité a d'abord été écrit en latin, puis traduit et publié en anglais sous le titre Ane Detectiovn of the duinges of Marie Quene of Scottes. D'autres sources telle que A Defence etc., ont été écrites en écossais, qui est une forme proche de l'anglais mais qui comprend ses propres caractères, ce qui rend la lecture et la compréhension des textes d'autant plus difficile.

Les études récentes consacrées à Marie Stuart sont elles aussi très nombreuses, ce qui prouve l'intérêt toujours renouvelé des historiens pour un sujet d'étude qui malgré les controverses continue de fasciner les contemporains. La biographie la plus connue de Marie Stuart est sans doute la biographie publiée en 1969 puis rééditée en 1993 et 2001 de Lady Antonia Fraser, un auteur populaire outre-Manche.28(*) En dépit du fait qu'Antonia Fraser ait consacré plusieurs années de sa vie à l'étude de Marie Stuart et du fait que sa biographie, très bien documentée, fasse autorité, force est de constater que cette oeuvre s'attache la plupart du temps à romancer les amours de Marie Stuart, clamant que celle-ci a épousé Darnley par amour mais fut, au contraire, contrainte d'épouser Bothwell après qu'il l'a violée. Elle comporte nombre de passages émouvants, notamment lorsqu'Antonia Fraser raconte au combien Marie Stuart était proche des quatre « Maries » qui l'ont accompagné en France et lui sont restées fidèles jusqu'à la dernière heure. Même si selon ses propres termes, Antonia Fraser avait pour but de « vérifier la véracité des légendes qui entouraient Marie Stuart », elle semble suivre ces légendes sans que leur véracité ne soit remise en cause. Ainsi, elle consacre 75 pages au règne personnel de Marie Stuart de 1561 à 1565 et consacre 137 pages à la période allant de 1565 à 1568, période durant laquelle Darnley est assassiné et Marie épouse Bothwell, son troisième mari et prétendu meurtrier de son deuxième époux. Elle consacre ensuite 81 pages aux années 1586 et 1587 qui précèdent l'exécution de la reine d'Ecosse. De plus la première édition du livre d'Antonia Fraser date de 1969 et beaucoup de travaux ont été publiés depuis sur la Renaissance écossaise, apportant des éléments d'analyse supplémentaires. De même, comme l'écrivent Jenny Wormald et John Staines,29(*) depuis les années 1980 les Ecossais font preuve d'un regain d'intérêt envers à leur histoire nationale. Ainsi de nombreux ouvrages comme The Bruce de John Barbour ou The Wallace de Blind Hary ont été republiés et traduits (ces textes sont écrits en écossais).30(*)

Il est d'ailleurs étonnant de voir à quel point la reine suscite chez nos contemporains des sentiments contradictoires. En effet, une société s'est par exemple formée autour de la passion que certaines personnes ont pour la reine d'Ecosse. Un site internet regroupant ses poèmes, une bibliographie et une biographie lui est d'ailleurs dédié. Cette société de passionnés s'est formée en 1992 à l'occasion du 450ème anniversaire de la naissance de Marie Stuart. Depuis les membres de cette société se rassemblent chaque année pour discuter des publications récentes consacrées à Marie Stuart.31(*) En revanche, d'autres écossais bien moins admiratifs, restent perplexes quant à ce personnage qui après tout n'a régné que six ans et n'a fait que ranimer les tensions entre catholiques et protestants, lords et monarque. Parmi ces écossais critiques se trouve Jenny Wormald, historienne et professeur d'histoire moderne écossaise à l'Université d'Edimbourg. Son essai publié en 1988, Mary Queen of Scots, A Study in Failure, est une des rares biographies de la reine d'Ecosse qui critique autant l'incapacité de cette jeune femme à régner sur son pays.32(*) Dès la préface, Jenny Wormald annonce qu'il ne s'agit pas d'écrire une énième biographie de la reine destinée à analyser les passions de Marie Stuart. L'historienne écrit cet essai-biographie (le livre est en effet assez exhaustif pour être considéré comme une biographie) alors que l'Ecosse s'apprête à célébrer le 400ème anniversaire de l'exécution de Marie Stuart. Le 8 février 1987, Malcolm Rifkin, secrétaire d'Etat de l'Ecosse, et David Steele, délaissèrent pour un temps les préparatifs de la campagne électorale à l'issue de laquelle Margaret Thatcher allait être réélue premier ministre pour la troisième fois, pour s'adonner à ce que Jenny Wormald désigne comme une « Mariolatrie ».33(*) On appréciera le néologisme. L'essai de Jenny Wormald offre une perspective intéressante. Contrairement aux précédentes biographies consacrées à Marie Stuart, celle-ci s'attache à étudier la reine non pas comme une femme guidée par ses passions et trahie par ses propres conseillers, mais comme une reine qui refusa le pouvoir préférant se mettre en quête d'un mari pour se faire une place sur la scène européenne. A force de rêver au trône d'Angleterre, Marie en oubliait qu'elle avait un royaume qui était déjà sien et qui pouvait lui apporter la gloire qu'elle espérait, fût-elle décidée à en prendre les commandes. L'essai comporte notamment un chapitre très intéressant qui décrit bien les sentiments des contemporains écossais à l'égard de leur reine. Ce peuple d'Ecosse a attendu un an avant que Marie Stuart ne daigne se rendre dans son pays d'origine. Certes l'Ecosse était un pays dont elle ignorait tout ou presque, un pays dont on lui avait dit en France qu'il s'agissait d'une contrée froide, battue par le vent et peuplée de barbares ou d'hommes tout juste civilisés, mais il s'agissait de son royaume.34(*) En refusant de s'y intéresser Marie refusait le pouvoir et dénigrer par là même son peuple qui pourtant attendait qu'un monarque prenne la tête du pays depuis dix-neuf ans.

D'autres biographies cherchent également à nuancer l'image de tragédienne qui semble coller au personnage de Marie Stuart. C'est le cas de l'ouvrage édité par Michael Lynch, Mary Stewart Queen in Three Kingdoms.35(*) Il s'agit d'une collection d'essais publiés dans le but de prouver qu'il reste encore beaucoup d'éléments à découvrir et à analyser à propos de la carrière de Marie Stuart. Les essais recoupent des thèmes divers tel que le règne de Marie en France, les relations entre Marie et les catholiques de son royaume ou encore le goût de la reine pour la littérature. Dès l'introduction, Michael Lynch affirme que Marie Stuart est avant tout une légende, un mythe façonné au fil des siècles. Il est donc d'autant plus important aujourd'hui de se défaire de ce mythe pour étudier le parcours de cette reine de manière historique. Souvent dans les biographies qui lui sont consacrées, l'historien cède à la pression exercée par cette passion fantasmagorique qui entoure le personnage et finit par défendre Marie Stuart face à ses agresseurs. Marie devient alors une jeune femme passionnée, fragile, entourée d'opportunistes qui n'ont pas hésité à fabriquer de fausses preuves pour l'incriminer. Tellement d'interprétations ont été formulées quant à l'origine des lettres de la Cassette qu'il devient difficile d'étudier cette période de la vie de Marie Stuart en faisant preuve d'une objectivité totale. Michael Lynch et les historiens qui ont participé à l'édition de cette autre biographie de Marie Stuart ont évité le sujet et ont choisi de se focaliser sur des aspects de la carrière de Marie Stuart qui sont parfois occultés. Ainsi loin de réduire Marie Stuart à un vulgaire mythe populaire Michael Lynch affirme qu'il est important de faire la vérité sur ce que Marie Stuart a réellement accompli. Contrairement à Jenny Wormald, Michael Lynch affirme que Marie a apporté énormément à la littérature écossaise et a participé, au même titre que son père ou que son fils, à entretenir une cour raffinée et distinguée. On apprend aussi dans l'essai écrit par John Durkan que Marie possédait une bibliothèque composée d'ouvrages très diversifiés. Elle lisait Ovide mais aussi Pétrarque. Le recensement des ces ouvrages permet d'affirmer que Marie était une reine instruite et cultivée, ce dont elle fait la preuve à la cour d'Ecosse. En effet, elle s'entoure de poètes et musiciens italiens, anglais et français bien sûr mais aussi d'humanistes latinistes tel que George Buchanan.

La biographie de John Guy est à nos yeux la plus documentée et la plus complète.36(*) John Guy est historien et professeur à l'université de Saint Andrews. Sa biographie de Marie Stuart présente à la fois les qualités scientifiques d'un travail de recherche minutieux et les qualités littéraires d'un bon roman. On trouve dans la biographie de John Guy un luxe de détails concernant notamment l'éducation de la jeune princesse. Aussi on apprend que Marie décrite comme une excellente latiniste par Brantôme est sans doute plus intéressée par ces poètes qui se piquent de faire des vers en langue vernaculaire et mieux connu sous le nom de Pléiade. Marie accepte d'ailleurs d'être le mécène de Ronsard en 1556, elle n'a alors que 14 ans. John Guy affirme qu'elle aurait préféré les sonnets français aux vers latins. Au vu des ouvrages dont elle disposait dans sa bibliothèque, l'affirmation semble fondée. Si John Guy ne sombre pas dans le romantisme lorsqu'il s'agit d'évoquer les lettres de la Cassette et le meurtre de Darnley, il avance toutefois que les lettres de la Cassette sont calomnieuses. D'après son analyse, les lettres et les poèmes contenus dans ce petit coffre sont le fruit d'une supercherie orchestrée par Moray, le demi-frère de Marie, et Buchanan. Même s'il apparaît que cette interprétation soit la plus vraisemblable, il est impossible d'écrire qu'il s'agit là de ce qui s'est réellement passé. En effet, nous ne disposons pas de tout le contenu de cette cassette.

Enfin, la biographie de Michel Duchein écrite en français offre une analyse basée à la fois sur des sources françaises et britanniques, ce qui permet d'en apprendre plus sur le sentiment des français à l'égard de la jeune reine d'Ecosse.37(*) Le désamour entre Catherine de Médicis et Marie Stuart est bien expliqué et on comprend qu'à la mort de François II, la vraie reine de France est bel et bien Catherine de Médicis. Le fil conducteur que choisi Michel Duchein : « Marie Stuart, la femme et le mythe » conduit l'auteur à discuter de l'appropriation du personnage de Marie Stuart par les auteurs et dramaturges des siècles suivants. C'est une ouverture très intéressante qui permet de constater que les oeuvres écrites peu après l'exécution ont pour point d'acmé cette fin tragique qui consacre la reine d'Ecosse en martyre. Il est toutefois regrettable que Michel Duchein n'ait pas insisté d'avantage sur « la femme ». Bien sûr il relate dans le détail les passions amoureuses de la reine mais n'inscrit pas son étude dans un champ plus large. Il aurait été intéressant de situer le règne et les accusations portées contre la reine dans une étude du genre féminin et des femmes au seizième siècle.

L'étude des textes de George Buchanan, de John Leslie (et de quelques autres poètes de la cour écossaise) et des ouvrages cités précédemment nous amène à nous interroger sur le rôle politique que joue le personnage de Marie Stuart. Comment ce personnage est-il utilisé par les auteurs contemporains et dans quel but ? De quelle manière le caractère du personnage évolue dans la littérature du milieu et de la fin du 16ème siècle ? Dans quelle mesure le contexte politique, diplomatique et religieux pèse-t-il sur les écrits de ces auteurs ?

La période étudiée peut-être divisée en trois moments qui correspondent eux-mêmes à trois représentations de Marie Stuart. Premièrement une période allant de 1561 à 1565 durant laquelle Marie Stuart endosse la fonction de reine d'Ecosse et est représentée comme telle dans la littérature écossaise. Ensuite une deuxième période qui s'étend de 1566 à 1572 au cours de laquelle les pamphlets contre la reine abondent. Elle est qualifiée de meurtrière lubrique et ses détracteurs ne manquent pas de souligner la débilité de son sexe. Enfin un dernier moment, entre 1572 et 1587, pendant lequel la reine devient un simple personnage que l'on utilise à dessein pour justifier ses prises de position politique. La littérature propose alors une vision héroïque du personnage mise en balance par une vision tyrannique.

Chapitre 1 : Marie Stuart reine : une littérature de cour florissante, de 1561 à 1565.

Lorsqu'elle pose le pied en Ecosse le 17 août 1561, Marie Stuart se trouve dans une position difficile. Elle retourne dans un pays qui a infligé une défaite à son pays d'accueil, vaincu sa mère, et qui se trouvait jusqu'à son retour dirigé par la coalition qui s'était opposée à sa mère. Qui plus est, elle revient pour gouverner un peuple aux yeux duquel elle est une papiste qui exerce un culte désormais interdit.38(*) Pourtant certaines décisions de la reine rassurent les écossais quant à ses intentions. Par exemple, Marie choisit son demi-frère, Jacques Stewart comme conseiller principal. Il est protestant, ce qui tend à prouver que Marie n'a pas pour objectif d'organiser une reconquête catholique, du moins pas pour l'instant. Il faut aussi noter que les écossais attendent un monarque depuis 19 ans ; même s'il s'agit d'une femme, catholique de surcroît, le peuple écossais nourrit beaucoup d'espoirs quant à l'arrivée au pouvoir de cette reine.39(*) Bien que ses connaissances en matière politiques soient irrégulières (les futures princesses élevées à la cour des Valois ne recevaient que des instructions rudimentaires concernant l'art de gouverner), Marie a appris à la cour des Valois ce que l'on pourrait appeler le « théâtre » de la monarchie. Elle est grande, rousse et charmeuse et on lui a appris à se mettre en scène, à incarner le pouvoir.40(*) De plus les négociations entamées avec son demi-frère ont abouti à la conclusion que Marie ne modifierait pas le statu quo religieux, mais qu'elle pourrait en contre partie assister à la messe dans sa chapelle privée. Marie Stuart était la seule catholique à officiellement pouvoir entendre la messe catholique. Elle est isolée mais elle reste la souveraine incontestée. On retrouve cette dualité dans les premiers poèmes dédiés à la reine. Les poètes chargés de louer cette nouvelle reine font leur devoir, ils font l'éloge de Marie Stuart, mais ces poètes sont aussi des hommes de leur temps et ne peuvent s'empêcher de glisser dans leurs oeuvres des conseils, afin que la jeune héritière Stuart sache que son peuple attend d'elle qu'elle soit plus qu'une reine. Ils attendent d'elle qu'elle soit leur sauveuse.

I. Une entrée royale mâtinée de conseils.

Les conventions fixées par la Renaissance en matière d'entrée royale voulaient que celles-ci soient l'occasion pour le monarque d'entrer en relation avec ses sujets. L'entrée royale était perçue comme un épiphénomène. L'occasion avait pour but de montrer la souveraineté du monarque et la loyauté de ses sujets.41(*) Pour le souverain l'entrée royale était un moment de triomphe personnel, pour les habitants de la ville l'entrée royale représentait un devoir, celui d'accueillir au mieux le nouveau roi ou la nouvelle reine. Il s'agissait aussi d'établir un lien entre le dirigeant et les dirigés. L'entrée royale incarnait le moment où le souverain faisait montre de son pouvoir politique, il se devait d'impressionner mais aussi de rassurer. L'entrée royale représentait un évènement d'une importance telle, qu'on l'apparentait à un art. L'art de faire bonne impression en quelque sorte. Cet art a sûrement atteint son apogée en France, et celle d'Henri II le 16 juin 1549 était un parfait exemple d'entrée royale à la française.42(*) Le continent britannique avait suivit cette tradition. Parmi les entrées royales notables à Londres on peut citer celles de Catherine d'Aragon en 1501 et celle d'Elizabeth en 1559.43(*) Au cours du seizième siècle les ambassadeurs ou les intellectuels écossais avaient été témoins de ces spectacles. Ce fut le cas par exemple de George Buchanan qui avait lui-même composé des vers pour accueillir Charles Quint à Bordeaux en 1540.44(*) Il eût été étrange qu'une telle expérience acquise à l'étranger ne puisse être mise en pratique en Ecosse. Ainsi Marie Stuart eut droit à son entrée royale le 2 septembre 1561. L'occasion était un peu particulière. Comme nous l'avons souligné, Marie Stuart n'arrivait pas en terrain conquis : elle allait devoir parader devant une population majoritairement protestante alors que le pape et les monarchies catholiques attendaient d'elle qu'elle rétablisse la foi catholique en Ecosse. Marie Stuart avait beau avoir assisté à de nombreux évènements à la cour de France, celui-ci promettait d'être d'une toute autre envergure. Ses conseillers l'avaient sûrement averti que le royaume d'Ecosse n'avait pas les moyens du royaume de France, par conséquent la reine ne devait pas s'attendre à être émerveillée outre mesure. La reine et ses conseillers devaient probablement aussi penser que le faste accompagnant l'accueil d'une reine catholique pourrait raviver les tensions religieuses que l'on préférait pour le moment savoir enfouie. Si les dissensions religieuses étaient étouffées, alors la reine avait une chance d'être introduite comme il se devait dans sa propre capitale et dans son propre royaume.

Les réactions des artisans d'Edimbourg à l'heure où la reine était arrivée dans la capitale laissaient présager que Marie Stuart serait accueillie par son peuple comme un monarque dans son plein droit. En effet le 19 août 1561, alors qu'elle se baladait entre Leith et Holyrood, Marie fut encerclée et accueillie par toute une foule d'artisans sortis de leurs ateliers pour la congratuler.45(*) Pourtant deux semaines après que la reine soit revenue de France, John Knox prononce un sermon dans la cathédrale de Saint Giles, dans lequel il s'indigne de l'attitude de Marie qu'il qualifie d' « idolâtre ». Cette émeute montre aussi que les protestants avaient développés une autre manière d'accéder au monarque, de toucher à son intégrité, tout en guidant les nouvelles forces politiques (comme le Town Council dirigé par un prévôt protestant) contre les structures centralisées du pouvoir. Les réformés ne se conforment pas aux règles de cette cérémonie car il s'agit d'une cérémonie catholique. En agissant de la sorte, ils touchent à l'intégrité de la reine et mettent en doute son pouvoir effectif. Dans ce contexte, l'entrée royale de Marie Stuart ne pouvait donner lieu qu'à une controverse. L'entrée royale était le moment où le monarque faisait son entrée solennelle dans la ville et prenait officiellement possession de celle-ci. Au Moyen-âge, plus précisément jusqu'au milieu du 14ème siècle, étaient présents lors de cet événement : le clergé, les officiers de la ville, la bourgeoisie et les membres des guildes. Ce groupe accompagnait le monarque depuis les portes de la ville jusqu'au centre-ville. Mais à partir du 15ème siècle, l'entrée royale est un événement qui concerne toute la société et toutes les institutions. Il faut noter qu'aux 14ème et 15ème siècles cette célébration est une célébration catholique, durant laquelle le monarque est le spectateur de diverses petites pièces inspirées de sujets religieux, des scènes de la passion du Christ, des vies de la vierge Marie ou d'autres saints. Tout au long de la procession on présentait une série de tableaux religieux, avec pour personnages principaux les vertus que l'on retrouvait dans le speculum principis ou « miroir des princes ».46(*) La procession était aussi marquée par la représentation de pièces s'inspirant de l'histoire de la dynastie royale pour rappeler la légitimité du roi. Ainsi en 1515 lorsque François Ier fit son entrée dans la ville de Lyon, il assista à une pièce dont le thème principal était le baptême de Clovis, premier roi de France chrétien. La pièce était censée rappeler le caractère sacré de la lignée des rois de France à laquelle appartenait François Ier.47(*) Bien que cette tradition soit catholique, les monarques protestants étaient eux aussi mis en scène dans des entrées royales. Ce fut le cas d'Elizabeth en 1559. Mais jamais encore un monarque catholique n'avait fait son entrée dans une ville dirigée par un conseil municipal protestant.

L'entrée royale eut lieu le 2 septembre : « Upon the fecund day of September lxj, the quenes grace maid her entres in the burgh of Edinburgh on this manner ».48(*) Un convoi devait mener Marie Stuart du château d'Edimbourg à Holyrood. Sur le chemin Marie fut plusieurs fois interloquée par l'offense qui lui était faite. En effet, nombre de références furent faites à la religion protestante. Par exemple, Thomas Randolph décrit que sur le chemin qui conduisait Marie vers Holyrood un jeune garçon âgé de six ans remit les clefs de la ville à la reine. Cependant, avant de lui remettre ces clefs, le jeune homme tendit à la reine deux livres : une Bible et un psautier. Selon Thomas Randolph, le jeune garçon émergea d'un « globe » (on présume qu'il s'agit d'un petit nuage) et récita ce vers à la reine tout en lui remettant la Bible, le psautier et les clefs : « the perfytt waye unto be heavenis hie ».49(*) John Knox rapporte que Marie fronça les sourcils à ce moment précis. Ce qui choqua Marie, et ce que ne rapporte pas John Knox, c'est que la Bible et le psautier étaient en langue vernaculaire, et non en latin. Sachant que les protestants préconisaient l'apprentissage de la foi à travers la lecture des textes, Marie la catholique, à qui on donnait la messe en latin, dut prendre ce cadeau comme un affront. Cependant il aurait été impoli de le refuser. Dès le début, donc, Marie fut mise dans une position délicate. D'autres allusions à la dure tâche qui attendait Marie Stuart parsemaient le chemin qui devait la conduire à Holyrood. Ainsi lorsque le cortège fit une halte au Salt Tron, des discours étaient déclamés qui avaient pour thème le sujet épineux de l'abolition de la messe.

L'événement censé nouer le lien entre la reine et son peuple ne semblait pas avoir porté ses fruits. La reine aurait dû asseoir son pouvoir à travers cet événement mais, à l'inverse c'est le peuple et le Town Council qui avait saisi l'occasion pour dicter à la reine ce que devait être son rôle dans cette société protestante. On imagine la frustration de Marie Stuart après cette procession. En effet, le monarque censé être acclamé et loué durant cet événement, c'était tout à coup retrouvé dans une situation embarrassante, un piège que lui avaient tendu ses propres sujets alors que ceux-ci ne devaient montrer qu'obéissance. En juin 1561, Throckmorton avait dit à la reine : « Madame, votre royaume, n'est semblable à nul autre royaume de la Chrétienté ». Marie en faisait d'ores et déjà l'expérience.

L'Ecosse du seizième siècle avait une tradition selon laquelle les poètes de la cour avaient l'occasion de s'adresser directement à leur souverain pour la nouvelle année. Il s'agissait d'un rituel de cour durant lequel le poète montrait sa loyauté au roi dans un exercice de flatterie royale, ce que les britanniques appellent le « prince-pleasing ».50(*) Une sorte de réciprocité devait découler de cette rencontre, impliquant la reconnaissance de chacun envers le rôle de l'autre. C'était une occasion pour le poète d'être récompensé mais aussi une occasion pour le monarque de montrer sa magnificence et sa générosité. La relation qui unissait le monarque à son poète était une relation étroite qui impliquait une confiance mutuelle. L'un utilisait l'autre à dessein. Le monarque utilisait la réputation du poète pour affirmer la richesse culturelle de sa cour et le poète utilisait sa relation privilégiée pour parler au roi. Durant la période du règne de Marie Stuart cette relation semble changer.

Le poème de bienvenue adressé à Marie est déclamé en janvier 1562. Alexander Scott, poète de la cour, en est l'auteur et qualifie le poème de « bill », mot utilisé pour décrire une correspondance entre deux amants, il signe d'ailleurs le poème comme s'il s'agissait d'une lettre envoyée à la reine. Habituellement le poème de bienvenue n'est qu'un véhicule servant à étaler les sentiments du poète et de son peuple envers leur souverain. Ce n'est rien d'autre qu'une louange. Ici Scott déroge à la règle et glisse dans son poème une interprétation morale et politique des maux de son temps. A New Year Gift est un long poème (26 strophes), on peut donc s'interroger sur le fait qu'il ait été déclamé en public comme l'avaient été les poèmes écrits pour Jacques IV et V. Ainsi, William Stewart poète à la cour de Jacques V avait déclamé son poème dans la chambre du souverain.51(*) Le poète mentionne même qu'à cette occasion Jacques V avait glissé deux shillings dans la paume de sa main.52(*) Il semble que le poème d'Alexander Scott ait plutôt été lu pour un cercle de lecteurs constitué par les gens de la cour. Marie n'était à Edimbourg que depuis le mois d'août et avait déjà reçu toutes sortes de leçons concernant la manière de gouverner. Elle avait toutefois réussi, peu avant la nouvelle année, à faire changer le personnel du Conseil réformé de la ville afin que celui-ci se montre moins hostile envers son monarque catholique. Le poème de Scott commence ainsi :

Welcum, illustrât ladye and our quene

welcum oure lyone with the floure delyce

welcum, oure thrissill with Lorane grene

welcum, oure rubent rois upoun the ryce

welcum, oure jem and joyfull genetryce,

welcum, oure pleasand princes maist of price

God gif thee grace aganis this guid New yeir ! (1-8)53(*)

Cette strophe montre qu'il s'agit bien d'un poème de bienvenue. Le mot « welcum » est répété au début de chaque vers.

Le poète y fait référence au caractère royal du monarque à travers diverses métaphores. Marie est en effet décrite comme : « une lionne à la fleur de lys » (v.2), référence à l'héraldique des rois de France. A l'héraldique française s'oppose l'héraldique anglaise lorsque le poème fait référence à la « rubent roiss ». La rose est une image populaire de la Vierge mais c'est aussi un symbole associé à la dynastie des Tudor. Scott se montre donc très prudent : il souligne le caractère sacré de la reine en employant l'image de la rose, mais l'image est double et la rose peut très bien être interprétée comme une simple image utilisée dans les textes appartenant au genre littéraire de l'amour courtois54(*). La rose est aussi une référence au trône d'Angleterre, ce qui permet de rappeler que Marie Stuart en est une héritière légitime. La fleur de lys était également une fleur utilisée dans les représentations picturales de la scène de L'Annonciation, l'image souligne ainsi la chasteté de la reine. Au vers 5 on trouve une autre référence à la Vierge lorsque le poète décrit la reine comme une « genetryce ». Les deux fleurs sont donc à la fois des symboles qui mêlent le sacré et l'humain. Marie Stuart est à la fois divine mais c'est aussi une femme de qui l'on attend qu'elle donne naissance à un héritier. Dès la première strophe Alexander Scott semble rappeler le rôle de la reine qui est de donner un héritier au royaume d'Ecosse. Mais cela peut aussi être interprété comme une injonction par laquelle Alexander Scott exprime le souhait que Marie Stuart soit la « génitrice » d'un nouveau pouvoir.

Cette lecture du vers 6 tend à rappeler les attentes du peuple écossais. En effet après avoir traversé une guerre opposant les Anglais aux Ecossais, après avoir accepté l'occupation des troupes françaises et après que la religion de leurs ancêtres fut déclarée inconstitutionnelle, nul ne doute que les Ecossais attendaient une période d'accalmie. Marie Stuart malgré son jeune âge incarnait aux yeux de ces personnes la possibilité de voir naître une nouvelle politique basée sur la concorde. La strophe d'ouverture donne d'ores et déjà des conseils à cette reine que Scott représente comme une mère initiatrice d'un renouveau. Les strophes ont des buts multiples et la suite du poème s'apparente à une ligne de conduite que le poète édicte pour la reine. Chaque strophe renferme un conseil précis. La deuxième strophe invite la reine à faire bon usage de la raison : « this yeir sall rycht and ressone rewle the rod »55(*) (v.11) ; la troisième l'invite à mettre fin au conflit religieux et la quatrième donne pour conseil d'en référer aux quatre principales vertus afin de rendre justice au mieux : « Found on the first four vertews cardinal, / on wisome, justice, force and temperans »56(*) (v.25-26). Les sept premières strophes conseillent à la reine de bien s'entourer et de bien choisir ses conseillers. Les cinq strophes suivantes condamnent avec des termes forts les abus de l'Eglise avant la Réforme : « Now to reforme thair filthy licherous lyvis »57(*) (v.). Les strophes 13 et 14 sont au centre du poème et forment le « noyau » du texte. Elles expriment l'espoir que sous le règne de Marie Stuart la raison et le droit dominent : « rycht and reasoun...may rute » (l.111). Dans les strophes 15 à 19  le poète dénonce les opportunistes qui n'ont embrassé le protestantisme que pour des raisons matérielles, elles font écho aux strophes 8 à 12 dans lesquelles le poète critique la religion de Rome et l'immoralité de ses prêtres. Aux strophes 20 à 26 le poète fait référence aux héritiers de la reine et donc à sa descendance. On retrouve dans ces strophes des conseils concernant le choix du futur mari de la reine. Comment maintenir l'ordre et entretenir une cour splendide afin d'attirer les prétendants ? En tentant de répondre à cette question, Scott rappelle une nouvelle fois que Marie Stuart doit donner un hériter à son royaume. Marie Stuart est reine mais elle est avant tout une femme, une épouse et une mère. Le poème s'achève sur une référence à la prophétie selon laquelle un héritier mâle naitrait d'une reine française et qui serait le descendant au neuvième degré de Robert le Bruce, héros et roi écossais qui unifia le royaume.

Alexander Scott trace le chemin que Marie Stuart doit emprunter. En la décrivant comme une génitrice il met en avant son rôle de mère. Marie Stuart est donc mère de ses sujets mais aussi la future mère de l'héritier qui doit assurer la pérennité de la dynastie. Dans les conseils qu'il prodigue on note qu'Alexander Scott souhaite que la politique de Marie s'appuie sur les quatre principales vertus. C'est pour lui la meilleure façon de servir le bien commun. Les concepts politiques et moraux exposés dans le « New Year Gift » rappellent la responsabilité du monarque et de l'Eglise devant leurs sujets. Ces deux autorités doivent être au service du bien commun : « (...) on the commoun weill haif ee and eir / Preiss ay to be protectrix of the pure » (v.38-39).58(*) Contrairement à la cérémonie de bienvenue offerte à la reine en septembre 1561, le poème d'Alexander Scott ne se montre pas hostile à la nouvelle reine et à sa religion. Alexander Scott montre qu'un compromis dans l'intérêt du bien commun est possible. Il avance cette idée avec pour objectif que la reine oriente sa politique dans le même sens. Scott fait référence au sophisme dans son poème: `sophistrie' (v.114). Ce mot peut-être lu comme une attaque contre le catholicisme, toutefois il semble plus probable que le poète se positionnant lui-même contre ce genre de circonlocutions scolastiques n'emploie ce mot que pour critiquer l'éloquence vaine. Scott veut atteindre la vraie éloquence, celle que les humanistes de son temps décrivent comme le moyen d'accéder à la vertu. Le poème donne un conseil qui doit conduire à une action, il conduit une force qui doit guider la politique de Marie Stuart vers le bien commun. Le poème est un exemple de littérature humaniste car le poète utilise la littérature comme une forme d'éloquence qui sert une fonction publique dans l'intérêt de la communauté civile.59(*)

Comme nous l'avons précisé Scott accentue le fait que l'un des rôles de Marie Stuart est de donner naissance à un héritier. Certes il est important que la dynastie des Stuart ne s'éteigne pas et surtout, il est important que la reine ait un successeur. Le fait que le poète mentionne la succession illustre aussi la prophétie que l'auteur rappelle dans les dernières strophes. Ainsi l'on peut suggérer que Scott insiste sur les prétentions écossaises à la succession du trône d'Angleterre. Cependant, il ne le fait pas en affirmant qu'Elizabeth n'est pas une reine légitime car bâtarde, il le fait en affirmant que Marie Stuart doit donner naissance à un héritier qui peut devenir le futur roi d'Angleterre et par la suite unir les deux nations. Elizabeth ne semble pas vouloir se marier et n'a toujours pas d'enfant, si Marie Stuart donne naissance à un fils et qu'Elizabeth meurt sans descendance alors celui-ci est couronné roi d'Angleterre. En un sens, Alexander Scott met en avant le futur héritier (alors que Marie n'est pas encore remariée) plus que la reine. En procédant ainsi il évite d'attiser l'animosité d'Elizabeth envers sa cousine. En effet, Marie Stuart et François II avaient fait ajouter les armoiries anglaises à leurs propres armoiries, ce qu'Elizabeth et William Cecil avaient perçu comme un affront.

Le poète en insistant sur la naissance de l'héritier désamorce aussi toutes les interrogations que pouvaient soulever le règne d'une femme. John Knox clamait que le règne d'une femme était contraire à la volonté de Dieu, le règne de Marie Stuart entrainait donc des suspicions. Insister sur le fait que la reine est capable d'assurer une descendance, c'est affirmer « l'utilité » de la reine aux yeux des plus misogynes. Le poème de bienvenue donne le ton du règne quand il est écrit pour une entrée ou pour un événement similaire, ici la nouvelle année. Le poème de Scott décrit une souveraine éduquée, une cour instruite et une gardienne du bien commun. Le poète insiste sur la concorde et donne son point de vue sur le débat religieux. Selon lui, la radicalisation de la Réforme n'est pas inévitable. Il décrit dans son poème un processus mesuré et juxtapose les points de vue protestants et catholiques plutôt que de les considérer comme exclusivement opposés.

Le poème d'Alexander Scott n'est pas le premier à s'inspirer du thème de la nouvelle année. Richard Maitland de Leithington composa trois autres poèmes dans le même style : Eternal God, tak away thy scurge écrit au moment de la messe donnée pour la nouvelle année (1560), I can not sing for pe vexatioun qui fait référence au conflit entre les troupes françaises et les forces armées de la Congrégation et qui pourrait dater du 1559 et O hie eternall God of micht, invoquant le nom de Marie dès l'ouverture, qui exprime le souhait que la reine-régente punisse ceux qui oppressent les innocents. Ces trois poèmes expriment la frustration causée par l'absence de monarque, ce qui empêche le poète de se laisser emporter par les traditionnelles louanges.60(*) Sir Richard Maitland de Leithington était pourtant un fervent royaliste et un francophile. En 1558, il écrivit un poème congratulant le roi Henri II pour la prise de Calais. Il exprime ainsi le souhait que l'exemple français ranime le désir des Ecossais de reprendre Berwick, ville écossaise aux mains des Anglais. L'année suivante il écrivit un poème qui louait les deux jeunes époux et congratulait Marie de Guise pour avoir ainsi uni les deux royaumes.

Scottis and Frenche now leif in vunitie,

As ze war brether borne in ane countrie,

Without all maner or suspitioun,

Ilk ane to other keip trew fraternitie.

Defend ane other bayth be land and sie,

And, gif onye of euill conditioun,

Scottis of Frenche, qhat man that euer he be,

With all rigour put him to punitioun. (64-72)61(*)

Un des poèmes les plus enthousiastes qu'écrit Maitland pour Marie est Excellent princes, potent and preclair, composé pour l'arrivée de Marie en Ecosse. On y retrouve les thèmes suivants : le mécontentement engendré par les troubles religieux, la ferveur royaliste et une attitude un peu naïve consistant à croire que Marie pourrait venir à bout de tous les conflits politiques. Pareillement à Scott, dans son poème Maitland donne beaucoup de conseils à Marie. Maitland et Scott donnent une indication sur l'accueil fait à la reine de France redevenue reine d'Ecosse. L'accueil était chaleureux et le retour d'un souverain descendant de la lignée des Stuart était porteur d'espoir. Cependant il semble que le peuple écossais attendait beaucoup de Marie, trop peut-être. On attendait d'elle qu'elle restaure les traditions des good old days, qu'elle soit le symbole d'une fierté nationale retrouvée et surtout qu'elle panse les blessures encore ouvertes de la guerre civile. Malheureusement, Maitland (simple juge et petit propriétaire) et Scott (musicien à la Chapelle Royale) ne pouvaient parler pour toute une nation, laquelle était nostalgique de l'époque où le père, et avant lui le grand-père, de Marie régnaient en maître. Il fallait bien plus que des conseils prodigués à travers quelques poèmes pour faire jouer à Marie Stuart le rôle qu'ils avaient écrit pour elle.

II. Un humaniste à la Cour : la relation entre Marie est Buchanan.

La jeune reine avait fait son entrée officielle, il lui restait à organiser sa cour. Les diverses biographies publiées récemment montrent que Marie Stuart n'était pas un monarque très engagé en ce qui concernait la politique de son royaume. Jenny Wormald a d'ailleurs choisi d'intituler le chapitre traitant du règne effectif de la reine d'Ecosse « The reluctant ruler 1560-5 » qu'on pourrait traduire par « la reine qui ne voulait pas gouverner ».62(*) En effet, Marie Stuart semblait bien plus intéressée par la manoeuvre politique qui consistait à s'assurer les faveurs de sa cousine afin que celle-ci la désigne un jour comme son successeur légitime, plutôt que par le gouvernement de son propre royaume. Autrement dit Marie Stuart avait les yeux rivés vers le sud alors que ses sujets attendait qu'elle trouve des solutions aux problèmes de leur pays. A une époque où les monarques européens se battaient pour s'arroger un pouvoir absolu, Marie Stuart ne semblait pas intéressée par le pouvoir. Du moins elle n'était pas intéressée par le pouvoir que lui conférait le trône d'Ecosse. Elle n'assistait que rarement aux sessions parlementaires et s'y ennuyait rapidement, pis encore, il lui arrivait de tricoter alors que le parlement tenait séance. Cependant, les historiens qui se sont penchés sur le personnage s'accordent à dire qu'il y a un domaine dans lequel Marie Stuart réussit. La jeune reine écossaise bien que malhabile en politique se montra en revanche apte à entretenir une cour resplendissante. Marie Stuart était une jeune femme cultivée et avait appris à apprécier la poésie et l'art italien à la cour des Valois. Avec les moyens dont elle disposait en Ecosse elle tenta de faire venir à sa cour de grands artistes, parmi eux George Buchanan. Pourquoi cet humaniste calviniste, ayant voyagé et séjourné en France et en Italie accepta-t-il de s'installer à la cour de cette jeune reine catholique ?

Buchanan naît en 1506 dans le petit village de Killearn près de Stirling, sa langue maternelle était sûrement le gaëlique. Ce village de Killearn se situe en territoire Lennox, dominé par la branche des Stuart dont Henry Darnley faisait partie. Il vient d'une famille très modeste mais un des ses oncles maternels (James Heriot) est riche et lui permet d'accéder à une éducation de premier rang. Il étudie à Paris entre 1520 et 1522 et il obtient son diplôme à Saint Andrews en 1525. Plus tard, en 1528, il obtient un autre diplôme à Paris où il est engagé comme membre du conseil de l'université au Collège Sainte-Barbe. Au cours de ces études, Buchanan a pour tuteur John Mair of Haddington qui a une grande influence sur la pensée de l'humaniste. Le conciliarisme de Mair a sûrement pesé lourd dans le développement de la pensée politique de Buchanan. Le conciliarisme développait l'idée selon laquelle les Papes devaient rendre des comptes aux conseils de l'Eglise de même que les monarques étaient responsables devant l'assemblée de leurs sujets. Les idées de Mair ont plus tard été supplantées par les idées humanistes d'Erasme auxquelles Buchanan accorde sa préférence. George Buchanan vivait de sa plume, de ses idées et de l'argent de ses patrons. En premier lieu, il devient le tuteur de Gilber Kennedy, comte de Kassillis (1517-58) qu'il rencontre pour la première fois à Paris mais avec qui il retourne en Ecosse en 1534 ou 1535. Une fois en Ecosse, son contrat avec Kassillis touchant à sa fin, il est engagé comme tuteur pour l'aîné des fils illégitimes de Jacques V, Jacques senior, évêque commandeur de Kelso et Melrose, né de l'union du roi avec Elizabeth Shaw of Sauchie. Plus tard il est payé pour écrire des satires. Celles-ci sont une telle offense pour le Cardinal David Beaton qu'en 1539 Buchanan est forcé d'abandonner son poste et de fuir en Angleterre. Malheureusement le climat religieux y est tout aussi dangereux qu'en Ecosse. Il repart en France à l'automne 1539. Buchanan s'installe dans le sud-ouest à Bordeaux, où il trouve un poste au collège de Guyenne de 1539 à 1542 et de 1545 à 1547. Parmi ses élèves se trouve le jeune Montaigne. En 1549, il est arrêté et jugé pour hérésie par le tribunal d'Inquisition de Lisbonne alors qu'il accompagnait le principal André de Gouvéa, invité par Jean III, roi du Portugal, pour présider le collège des arts de Coimbra.

Il est finalement relâché en février 1552 et il retourne en France l'année qui suit. En 1557, Henry II le nomme page du futur roi Charles IX. Il se serait vu offrir une charge de prêtre en Normandie. Il aurait accepté ce poste alors qu'il était proche de la religion protestante : avait-il accepté par convenance ou par croyance ? Il célèbre la rétrocession de Calais dans un poème et écrit plus tard un autre poème qui célèbre l'union de Marie et François en avril 1558. George Buchanan se montre favorable à l'union de l'Ecosse et de la France tout en soulignant l'authenticité et l'intégrité du royaume d'Ecosse. Il supporte la politique des Valois et s'oppose à celle des Habsbourg. L'humaniste écossais est opposé à l'empire global que menaçait de former les Habsbourg englobant le nouveau monde et l'ancien. Buchanan était aussi très suspicieux du commerce et de l'expansion des colonies. A la mort d'Henri II en juillet 1559, lorsque François II succède à son père, George Buchanan voit se dessiner la trame d'un conflit religieux. Dans son troisième poème cérémonieux déplorant la mort de l'éphémère François II, George Buchanan se montre plus amer et souligne la décadence française.63(*)

Un an après la mort du Dauphin, Buchanan rentre en Ecosse. Le fait que Buchanan ne joue un rôle au sein de la Kirk écossaise et ne s'intéresse aux questions d'éducation qui y sont liées (il est membre de la commission chargée de réviser le Book of Discipline)64(*) qu'après 1563 tend à prouver que Buchanan est retourné en Ecosse en tant que membre de l'entourage de la reine. Il était en bons termes avec les Guise et s'était montré très flatteur envers la reine, ce qui lui permit peut-être de s'assurer une place à la cour. Il serait donc arrivé le 19 août 1561 à Leith et aurait offert les mêmes services à la reine que ceux qu'il avait offerts aux Guise auparavant. Une autre hypothèse formulée par I.D McFarlane affirme que le demi-frère de Marie, Jacques, aurait recommandé l'humaniste à la reine d'Ecosse. Seulement la première preuve d'une rencontre entre le comte de Moray et Buchanan date du 9 juin 1564, soit trois ans après le retour de Marie.65(*) La première hypothèse est donc la plus probable.

La situation de Buchanan est révélatrice des obstacles que les Ecossais fidèles à leur monarque mais protestants avaient à surmonter. En effet, George Buchanan avait embrassé la doctrine calviniste d'une part mais avait été au service de monarques catholiques d'autre part. De plus il était ami des Valois. Quelle position allait-il adopter ? La dévotion dont il avait fait preuve jusqu'ici envers les Valois laissait entendre que Buchanan n'était pas homme à s'opposer à son souverain. En effet, Henri II l'avait accueilli à la cour de France où il était bien rémunéré. Certes il avait trouvé un intérêt intellectuel dans l'austère doctrine calviniste, mais cela faisait-il de lui un conspirateur ? Il semble que Buchanan ait été en bons termes avec la famille de Marie Stuart, les Guise.66(*) Deux des poèmes écrits en France en l'honneur d'Henri II, de son fils et de la jeune reine d'Ecosse montrent que George Buchanan était dévoué au roi Henri II mais aussi à François de Guise.

Dans son poème : « Ad invictissum Franciae Regem Henricum II post victos Caletes »,67(*) Buchanan congratule Henri II mais aussi François de Guise qui prit les commandes de l'expédition menée contre les Anglais à Calais. Dans ce poème, Buchanan célèbre l'alliance entre les Valois et les Guises, décrivant ces deux familles comme gardiennes de la liberté. Comme nous l'avons fait remarquer plus haut, George Buchanan s'opposait à l'empire des Habsbourg et craignait que leurs velléités expansionnistes ne mettent en péril la liberté d'autres peuples européens. Ses craintes étaient également fondées sur le fait que Philippe II avait épousé Marie Tudor, reine d'Angleterre et catholique. L'union de ces deux monarques très chrétiens représentait un danger pour les protestants. La rétrocession de Calais était une victoire des Valois, modérés et justes, sur les Habsbourg, ambitieux et impérialistes. Pour Buchanan les Valois présentent un caractère modéré, ils savent conclure des alliances quand cela est nécessaire et se sont engagés à défendre une juste cause. A l'inverse, l'empire de Marie Tudor et Philippe II est bien trop grand, il compte trop de satellites, ce qui pousse les deux monarques à agir de manière autoritaire et intolérante. Ainsi, Marie Tudor est décrite comme une mégère assoiffée de sang :

By day the terror of war resounds in her ears

And by night the guilty recollection of dreadful crimes.

Dark shadowes disturb her restless sleep

With terrifying dreams. 68(*)

A l'inverse François de Guise est présenté en héros :

The courage of Francis, accustomed to find

An untraveled way through intractable difficulties,

Unvanquished and indomitable,

Surpassed his former reputation by winning new renown.69(*)

Dans ce poème qui célèbre la victoire des Français face aux Anglais, Buchanan formule l'espoir que l'union Valois-Guise qui détient le pouvoir se montre plus tolérante que les fanatiques Philippe II et Marie Tudor. Le même espoir est visible dans le poème écrit après le mariage de François II et de Marie Stuart. Le mariage est célébré le 24 avril 1558, à cette occasion Buchanan adresse ses sincères salutations à François II avec l'espoir qu'il poursuive la politique menée par son père. Il voyait dans la dynastie des Valois un espoir de sauver le monde de l'universalisme que tentait d'imposer les Habsbourg.

Dans le poème « Francesi Valesi et Maria Stuarta, Regum Franciae et Scotiae, Epitalamium » l'humaniste insiste sur la dignité et le partage équitable du pouvoir entre les royaumes de France et d'Ecosse, ce qui prouve qu'il n'était pas au courant de l'accord secret passé entre la reine d'Ecosse et le roi de France visant à étendre la souveraineté française outre-Manche. Tandis que le contrat de mariage officiel garantissait l'indépendance de l'Ecosse durant le règne conjoint de Marie Stuart et de son jeune époux, un accord secret avait été passé. Les oncles Guise avaient persuadé leur jeune nièce de signer un traité stipulant que dans le cas où Marie venait à mourir sans descendance, son royaume et ses droits de succession à la couronne d'Angleterre revenaient directement au royaume de France.70(*) George Buchanan, alors qu'il ignore probablement l'existence de cet accord secret s'échine à décrire le peuple écossais comme valeureux et digne. Des vers 155 à 160, il insiste sur la longévité de la dynastie des Stuart et sur la combativité du peuple écossais, qui a su résister aux assauts romains et anglais : « A race so often attacked by neighbouring ennemies (yet)/ Remaining independent of foreign dominion »71(*) (v.158-159), « Here stood one people in possession of its ancient liberty » (v.185). L'insistance de Buchanan sur la dignité du peuple écossais est en partie due à la volonté du poète écossais de contrer l'idée de la hauteur française vis à vis d'un royaume inférieur. Michel de L'Hôpital (chancelier du royaume à partir de 1559) par exemple insistait sur les avantages que représentait cette union en décrivant la dot de la reine comme une aubaine pour la France, puisque la reine d'Ecosse offrait  « une couronne royale, une terre assujettie ».72(*)

George Buchanan se présente également comme un admirateur de la reine dans ce poème. Il félicite François II pour son mariage avec cette reine dont la beauté rivalise avec Hélène de Troie, cependant en bon calviniste il insiste aussi sur le fait que ses vraies qualités sont la sagesse et la grandeur d'âme : « You yourself discovered and approved her beauty, / And you were a witness of her good caracter » ; « Virtue greater than her sex »73(*). Cependant, bien que les qualités morales de Marie en fassent une femme plus sage que d'ordinaire, Buchanan ne semble pas séduit par l'idée que son pays soit gouverné par une femme. A plusieurs reprises dans le poème, il insiste sur le fait que Marie Stuart doive obéissance à son mari. Elle doit se soumettre à son autorité : « Yet acknowledge your station in life as a woman, and accustom yourself to your husband's authority ». (v.237), « Learn to be the subject to your husband's direction ».74(*) Le fait que Marie Stuart soit décrite comme une femme belle et sage mais qui se doit d'obéir à son mari la discrédite d'ores et déjà dans son rôle de reine. En effet, à aucun moment dans le poème Marie Stuart n'est décrite comme la reine d'Ecosse. La descendance royale écossaise est mentionnée : « Hers alone is a royal line which includes twice centuries in its records and registers » (v.156)75(*), mais c'est pour mieux souligner que François II règne sur un royaume dont l'histoire est tout aussi prestigieuse que celle du royaume de France. En d'autres termes, Buchanan inclut dans son récit un éloge des qualités morales de Marie Stuart mais le thème majeur du poème est bien le prestige et la gloire du royaume d'Ecosse et non la grandeur d'âme de la reine d'Ecosse.

Le rêve d'union entre la France et l'Ecosse fut de courte durée. Le 5 décembre 1560, le souffreteux François II meurt. George Buchanan ne manque pas de rédiger un poème à cette occasion. Il n'exprime pas de regret particulier quant à la fin du rêve dynastique formulé par les Français mais il dresse un bilan très amer de la situation politique en France et prédit assez justement que la France allait dès lors être rongée par la guerre civile : « (...) France in prosperous times has exceeded in spirit the bounds of modération » (v.3) ; « Now new tears have returned : one death after another is reported, one calamity after another » (v.19).76(*)

Nous avons montré que Buchanan avait été un poète loyal envers la dynastie des Valois et la famille Guise auxquelles il avait dédié des poèmes élogieux. Son poème célébrant le mariage de la reine avec le dauphin montre qu'il était un admirateur de Marie Stuart, toutefois il ne semble jamais avoir reconnu qu'elle était la vraie reine d'Ecosse. Il reconnaît son charme et sa vivacité d'esprit mais pas son droit d'exercer le pouvoir. La fonction qu'il exerce à la cour d'Ecosse prouve toutefois qu'il reconnaît l'autorité de Marie Stuart une fois que celle-ci accède au trône. En effet, il devient l'un des principaux poètes de la cour et montre allégeance à la reine. Comme il a été loyal envers Henri II et son fils, il semble que Buchanan soit prêt à servir la reine d'Ecosse avec le plus grand respect. Alors qu'il est incarcéré au Portugal (de 1549 à 1552), Buchanan rédige ses paraphrases des Psaumes. Il achève cet ouvrage peu après sa sortie de prison. Devenu poète principal à la cour d'Ecosse, il offre cet ouvrage à Marie Stuart et lui dédie. Les premiers vers du poème ouvrant le recueil prouvent le réel respect du poète envers la reine :

O dear lady, you now hold the sceptre of Scotland,

Bequeathed to you by innumerable royal ancestors.

You surpass your lot in life by your merits, your years by your virtues,

Your sex by your powers of mind, and your nobility of birth by your character.77(*)

Les derniers vers semblent préciser que la différence confessionnelle ne représente pas un obstacle à leur collaboration :

Lest I should seem to be displeased by what pleased you.

For what they could not hope for from the skill of their author,

They will perchance owe to your kindly spirit. 78(*)

Le recueil de paraphrases des Psaumes que Buchanan dédie à la reine est un recueil de textes religieux classiques rédigés en latin. Le symbole que représente cet ouvrage place la relation entre la reine et son poète sous les meilleurs hospices. Buchanan, en tant que poète de la cour, était en charge de plusieurs fonctions parmis lesquelles celle de tuteur. Le 30 janvier 1562, Thomas Randolph, ambassadeur Anglais en Ecosse écrit à William Cecil qu' : « Il y a à la cour de la reine un certain M. George Buchanan, un écossais, de très bonne éducation qui fut le percepteur du fils de Monsieur de Brissac, un homme honnête et pieux. ».79(*) Dans la bouche de Thomas Randolph « honnête et pieux » équivaut à dire que Buchanan était un fidèle protestant. Thomas Randolph affirme donc que Buchanan était le tuteur de Marie, alors âgée de 19 ans. Ce n'est pas impossible, mais il est bien plus probable qu'elle trouvât tout simplement agréable la compagnie d'un homme si instruit et qui avait qui plus est partagé son expérience culturelle à la cour de France.80(*) Il lisait Tite Live avec la reine afin que celle-ci continue son apprentissage du latin. Il était rémunéré à hauteur de 250£ par an, ce qui pour l'époque constitue un bon salaire.81(*) Ses revenus sont doublés en octobre 1564 lorsqu'il se voit offrir les terres de Crossraguel Abbey.

* 1 DUCHEIN M., Histoire de l'Ecosse, Fayard, 1998, p. 230.

* 2 Friederich von Schiller écrit une pièce intitulée Marie Stuart en 1800 qui inspira l'opéra homonyme de Gaetano Donizetti, Stefan Zweig écrit une biographie de la reine écossaise en 1935 et présentée comme une tragédie. Et encore l'année dernière, au festival d'Avignon, Fabien Chappuis mettait en scène la pièce de Schiller.

* 3 Recherche effectuée depuis les sites internet www.bl.uk et www.nls.uk.

* 4 PROST A., Douze leçons sur l'histoire, Point Histoire, 1996.

* 5 LEWIS J.E., Mary Queen of Scots : Romance and Nation, Londres, 1998, p.85.

* 6 WORMALD J., Marie Stewart, a study in failure, Londres, 1988, p.18.

* 7 DUCHEIN M., Marie Stuart, Fayard, 1987, p. 532-556

* 8 DUCHEIN M., op.cit. p.13.

* 9 WORMALD J., op. cit. p.11.

* 10 RYRIE A., The Age of Reformation, The Tudor and Stewart Realms 1485-1603, Londres, 2009, p.207 et suivantes.

* 11 Le nom donné à cette période fut attribué par Walter Scott.

* 12 A. de Ruble, La première jeunesse de Marie Stuart, p. 31 (Paris, 1891) in DUCHEIN M., op. cit., p. 36.

* 13 Sur l'éducation que Marie Stuart reçut en France voir GUY J., My Heart is my Own, The Life Of Mary Queen of Scots, New-York, 2004, pp. 70-84 et plus particulièrement p. 72 sur l'influence de Diane de Poitiers en ce qui concerne l'éducation de la jeune reine d'Ecosse.

* 14 STAINES J.D., The Tragic Histories of Mary Queen of Scots 1560-1690, New-York, 2009, p. 21.

* 15 « Pour la Royne Marie », OEuvres Complètes (Paris, 1873), I, 220 : « Si donc heureux un chaucun se peut rendre, / En voyant sans faveur plus expresse, / Qui sauroit l'heur mesurer et comprendre / Du semidieu qui l'a pour maistress ».

« Avant-Mariage de Madame Marie, Royne d'Escosse » , Les poésies de Iacques Tahureau, Du Mans. Mises toutes ensemble & dédiées au Reverendissime Cardinal de Guyse. A Paris..., fol. 11. Paris, 1554. Poèmes cités dans PHILLIPS J.E., Images of a Queen, Mary Stewart in Sixteenth-Century Literature, Londres, 1964, p. 11.

* 16 DUCHEIN M., op. cit., p. 89.

* 17 LYNCH M., Scotland : A New History, Londres, 1991, pp. 209-210.

* 18 STAINES J.D., op. cit., p. 22.

* 19 Institutio religionis christianae, paraît à Bâle en 1536 en latin, composée de 6 chapitres. En 1539, à Strasbourg, une édition latine révisée est composée de 17 chapitres. En 1541, Calvin traduit lui-même le texte en français. Une troisième édition paraît en 1543 augmentée de 4 chapitres. Les quatrièmes et cinquièmes éditions paraissent en 1550 et en 1554. En 1559 enfin, la dernière édition est divisée en 4 livres et comprend 81 chapitres.

* 20 PERRONET M. (dir.), Le XVIe siècle, 1492-1620, Hachette Supérieur, 2005, pp. 148-149.

* 21 PERRONET M., op. cit, p. 188.

* 22 PERRONET M., op. cit, p. 244.

* 23 WORMALD J.,op. cit, p. 92-101. La lettre d'Henri II adressée à Paul IV est citée page 92.

* 24 Propriétaire terrien écossais.

* 25 Cet exposé de la situation écossaise s'appuie sur les lectures des ouvrages d'Alec Ryrie, de Jenny Wormald et de Michel Duchein.

* 26 BUCHANAN G., Rerum Scoticarum historia, Edimbourg, 1582.

* 27 LESLIE J., De origine moribus, et rebus gestis Scotorum libri decem ..., Rome, 1578. LESLIE J., The Historie of Scotland, edité par E.G Cody pour la Scottish Text Society, Edimbourg, 1888.

* 28 FRASER A., Mary Queen of Scots, Londres, 1969.

* 29 WORMALD J., Mary Queen of Scots, A Study in Failure, Londres, 1988, pp. 11-20 et STAINES J., The Tragic Histories of Mary Queen of Scots, 1560-1690, New-York, 2009, pp. 3-13.

* 30 BARBOUR J., The Bruce, édité et annoté par A.A.M. Duncan, Edimbourg, 1997.

* 31 www.marie-stuart.co.uk

* 32 WORMALD J., Mary Queen of Scots, A Study in Failure, Londres, 1988.

* 33 WORMALD J., op. cit, p. 7.

* 34 Un mémorandum fut publié peu avant le mariage de Marie Stuart et de François II en novembre 1558, intitulé « L'Etat et puissance du royaume D'Ecosse » qui décrit l'Ecosse de manière peu flatteuse, insistant sur le fait que le climat y est misérable et les gens fainéants et rustres.

WORMALD J., op . cit, p. 24.

* 35 LYNCH M. (dir.), Mary Stewart Queen in Three Kingdoms, Londres, 1988.

* 36 GUY J., My Heart is My Own, The True Life of Mary Queen of Scots, New-York, 2004.

* 37 DUCHEIN M., Marie Stuart, Fayard, 1987.

* 38 RYRIE A., The Age of Reformation, The Tudor and Stewart Realms 1485-1603, Londes, 2009.

* 39 MACDONALD A.A., « Scottish Poetry of the Reign of Mary Stewart », in CAIE G.D. (dir.), The European Sun, Edimbourg, 2001, p.48.

* 40 LYNCH M., « Queen Mary's triumph ; the baptismal célébrations at Stirlng in December 1566 » in Scottish Historical Review, lxix, 1990, pp. 1-21.

* 41 STRONG R., Art and Power : Renaissance Festivals 1450-1650, Woodbridge, 1984, pp. 7-10 et 98-125.

* 42 Voir MCFARLANE I.D., The Entry of Henri II into Paris 16 June 1549, Binghampton, 1982.

* 43 Le récit des ces entrées royales se trouve dans le texte de Robert Lindsay of Piscottie, The History of Scotland from 1436 to 1565, Glasgow, 1749.

* 44 MCFARLANE I.D., Buchanan, Londres, 1981, p. 111.

* 45 MACDONALD A.A., « Mary Stewart's Entry to Edinburgh : an Ambiguous Triumph » in The Innes Review, volume 43, 1992, p. 103.

* 46 Le speculum principis était inspiré de plus grands traités décrivant les vertus du monarque chrétien idéal. Le monarque devait se rapprocher de cet idéal décrit par Saint Augustin et le De Regimine Principum. Ces traités étaient inspirés des auteurs de l'Antiquité, d'où l'importance particulière accordéee à cet idéal monarchique durant la période de la Renaissance.

* 47 GUIGUE G. (ed.), L'entrée royale de François I, roy de France en la cité de Lyon le 12 juillet 1515, Lyon, 1889 in STRONG R., op. cit, p. 10.

* 48 « Le deuxième jour du mois de septembre 1561, sa majesté la reine fit son entrée dans la ville d'Edimbourg de la manière suivante. »

THOMSON T., A Diurnal of Remarkable Occurents, Bannatyne Club, 1883, p. 67.

* 49 «  La meilleure manière d'être rapidement conduit au paradis. »

* 50 MACDONALD A.A., « Scottish Poetry of the Reign of Mary Stewart » in CAIE G.D., The European Sun, Proceeding of the Seventh International Conference on Medieval and Renaissance Scottish Language and Literature, Edimbourg, 2001, p.44.

* 51 MACDONALD A.A., « William Stewart and the Court Poetry of the Reign of James V » in WILLIAMS J.H. (dir.), Stewart Style 1513-1542 : Essays on the Court of James V, East Linton, 1996, pp. 179-200.

* 52 RITCHIE W.T. (dir.), The Bannatyne Manuscript, STS, 4 vols, Edimbourg, 1928, II, 254-255 in MACDONALD A.A., op.cit p.44.

* 53 « Bienvenue, glorieuse dame et notre reine / Bienvenue, notre lionne à la fleur de lys / Bienvenue, notre chardon coloré du vert Lorrain / Bienvenue, notre rose rouge au dessus de toutes ruses / Bienvenue, notre joyaux et joyeuse génitrice, / Bienvenue, notre jolie princesse très courtisée / Que Dieu vous donne la grâce de parer à cette bonne et nouvelle année ! »

MACQUEEN J. ET W., A Choice of Scottish Verses 1470-1570, Edimbourg, 1972, pp. 179-187.

* 54 GOODARE J. (dir.), Sixteenth-Century Scotland, essays in honour of Michael Lynch, pp.107-109.

* 55 « Cette année, que la loi et la raison guide votre chemin »

* 56 « Puisez dans les quatre principales vertus, la sagesse, la justice, la force et la tempérance »

* 57 « De réformer maintenant leurs vies outrageusement fastueuses »

* 58 « (...) avoir les oreilles et les yeux rivés sur le bien commun / pesez de tout votre poids afin de devenir la protectrice des purs »

* 59 GOODARE J. (dir.), op. cit, p. 114.

* 60 MACDONALD A.A., op. cit, p. 47

* 61 « Les peuples écossais et français sont maintenant unis / Comme s'ils étaient natifs d'un seul et même pays, / Sans aucune manière ni appréhension, / Semblables l'un l'autre, ils conservent la vraie fraternité. / Ils se défendent mutuellement, sur terre ou en mer, / Et, donnent à quiconque a de mauvaises intentions, / Ecossais ou français, quelque homme qu'il soit, / Avec la plus grande rigueur, une sévère punition. »

GRAIGIE W.A. (ed.), The Matiland Quarto Manuscript, STS, Edinburgh, 1920, pp. 19-23.

* 62 WORMALD J., op. cit, p. 102-128.

* 63 MASON R.A., « George Buchanan and Mary Queen of Scots » in Scottish Church History Society, n° 30, 2000.

* 64 Le Book of Discipline est basé sur le travail de John Knox et vise à expliciter le fonctionnement de l'ordre ecclésiastique de l'Eglise d'Ecosse. Il s'appuie sur le modèle de Genève. Cependant le travail qui est présenté en janvier 1561 devant le parlement n'est pas assez clair et comprend des clauses difficilement applicables. Le travail initié par John Knox était impressionnant et très ambitieux. Il présentait une société éduquée grâce à une réforme des paroisses et centrée sur une nouvelle vision de la piété. Mais la commission devant laquelle fut présentée ce programme rejeta la proposition qui consistait à transférer les revenus de l'ancienne religion (revenus des terres de l'Eglise) dans les caisses des la religion Réformée. Voir LYNCH M., Scotland, A New History, Londres, 2009, pp. 198-202. Un deuxième livre, The Second Book of Discipline, est présenté en 1578.

* 65 GATHENER W., The Tyrannous reign of Reign of Mary Stewart by George Buchanan, Edimbourg, 1958, p.16. Le document en question est une lettre qui servit plus tard de préface à l'un des textes de Buchanan, Franciscanus.

* 66 MCFARLANE I.D., Buchanan , Londres, 1981, p. 208.

* 67 BUCHANAN G., The Political Poetry, édité par Paul J. McGinnis et Arthur H. Williamson, Edimbourg, 1995, p. 76-83.

* 68 « Dans la journée l'horreur de la guerre résonne dans ses oreilles / Et la nuit le souvenir coupable de ses crimes dévastateurs viennent la troubler. / Des ombres noires perturbent son sommeil mouvementé par de terribles cauchemars. »

BUCHANAN G., « Ad invictissum Franciae Regem Henricum II post victos Caletes », op. cit, v. 103-104, p. 82.

* 69 « Le courage de François, habitué à trouver des chemins escarpés au travers d'insolubles difficultés, / Invaincu et indomptable, / Surpassa sa réputation en gagnant une renommée nouvelle. »

BUCHANAN G., « Ad invictissum Franciae Regem Henricum II post victos Caletes », op. cit, v. 83-85, p. 82.

* 70 PHILLIPS J.E., op. cit, p.10

* 71 « Un peuple si souvent attaqué par les ennemies alentours (et pourtant) / demeuré indépendant du joug étranger » ; « Ici se tient un peuple en pleine possession de son antique liberté ».

* 72 PHILLIPS J.E., op. cit, p.12

* 73 « Vous-même avez découvert et approuvé sa beauté, / Et vous avez constaté la bonté de son caractère. » ; « D'une vertu surpassant sa condition »

* 74 « Toutefois reconnaissez votre condition de femme, et habituez-vous à l'autorité de votre mari » ; « Apprenez à être soumise à la volonté de votre mari ».

* 75 « Sa lignée, celle des Stuart, est une lignée royale qui règne depuis plus de deux siècles comme le prouvent les documents et les registres »

* 76 « La France des temps de paix a spirituellement outrepassé les barrières de la modération » ; « Dès lors de nouvelles larmes ressurgissent : on rapporte une mort après l'autre, une succession de désastres ».

BUCHANAN G., « Deploratio status rei Gallicae, sub mortem Francisci Secundi Regis », op. cit, pp. 144-146.

* 77 « Ô chère dame, vous détenez maintenant le sceptre écossais, / Qui vous a été transmis par d'innombrables ancêtres royaux. / Vous surpassez votre condition par vos mérites, votre âge par vos vertus, / Votre sexe par les capacités de votre esprit, et votre noblesse par votre caractère. »

BUCHANAN G., « Mary, the most illustrious Queen of Scotland », op. cit, p. 274.

* 78 « De crainte que je ne semble déplu par ce qui vous plait. / Car ce que ces vers ne peuvent espérer de l'esprit de leur auteur, / Peut-être l'obtiendront-ils de votre esprit bienveillant. »

* 79 BRAIN J. (ed.), Callendar of State Papers relating to Scotland and Mary Queen of Scots (CSP Scot), Edimbourg, 1898-1969, I, 598.

* 80 MASON R.A., op.cit, p. 13. Pour comparaison, William Dunbar poète à la cour de Jacques III touche une pension de 10£ pour l'an en 1500. Voir MACQUEEN J., « The literature of fifteenth-century Scotland » in Jenny Wormald, Scotland : a history, Oxford University Press. 2005.

* 81 MCFARLANE I.D., Buchanan, p. 213-215

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