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Capacité de réponse des IMF face au besoin de financement des catégories sociales défavorisées de Mbour

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par Amadou BA
Ecole Nationale des Travailleurs Sociaux ( ENTSS) - Diplôme d'Etat en Travail Social (DETS) 2010
  

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INTRODUCTION

La pauvreté a atteint aujourd'hui des proportions démesurées dans le monde. En effet, selon la FAO, 815 millions d'individus souffrent de la faim et 24.000 personnes meurent de faim chaque jour, soit une (01) personne toutes les quatre secondes. La situation est plus inquiétante dans les pays africains et subsahariens en particuliers où trente (30) parmi eux souffrent de sous-alimentation, soit plus de la moitié des cinquante (50) pays recensés par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture.

Cette pauvreté touche les couches les plus défavorisées de la population. Elle est toutefois beaucoup plus intense chez les femmes du fait de leur grande vulnérabilité.

Plusieurs stratégies sont actuellement mises en oeuvre pour stopper ce fléau que constitue la pauvreté. Parmi celles -ci, nous avons la microfinance qui cible particulièrement les femmes défavorisées. Le but visé est l'augmentation des revenus de ces femmes à travers un accès plus facile à des produits financiers qui leur permettent de mener des activités de production ou de service.

Les femmes ont ainsi bénéficié ces dix dernières années d'un appui constant des IMF dans les pays sous- développés, en Afrique et aussi au Sénégal.

Seulement, le constat est que malgré ce ciblage intense dont elles font l'objet, les femmes défavorisées n'en continuent pas moins de souffrir de la misère du fait d'une dégradation constante de leurs conditions de vie dans les villages et les grands centres urbains.

La ville de Mbour dont l'extension est fulgurante ces dernières années, enregistre ainsi l'intervention de plusieurs IMF. Ces dernières se déploient de plus en plus dans la zone sud de la commune qui compte près de sept quartiers périphériques abritant une importante population féminine très défavorisée. C'est le cas de l'IMCEC qui, bien que récemment installée, compte deux caisses.

Ces institutions de microfinance, malgré l'engouement suscité auprès des femmes défavorisées, n'ont pas encore réussi à les sortir de la pauvreté. Les causes seraient -elles liées à des facteurs endogènes ou à une non maîtrise des réalités socio- économiques de leur cible, provoquant ainsi une inadéquation et une inadaptation entre les stratégies adoptées et les besoins de financement des femmes défavorisées ?

Pour apporter des éclairages sur cette problématique, il s'avère dés lors urgent de s'intéresser à la capacité de réponse de ces Institutions mutualistes face aux besoins de financement des femmes défavorisées de Mbour.

La présente étude qui s'articule autour de quatre chapitres, s'inscrit dans cette perspective. Le premier est consacré à la problématique et à la construction de l'objet de recherche. Il traitera de la position du problème, de la justification du choix du sujet, de la revue de littérature, du cadre de référence et des objectifs de l'étude.

Le second traite de la méthodologie qui comporte : la méthode de recherche, le type de recherche, l'univers de l'étude, la stratégie de recherche, les limites et difficultés de la recherche.

Le troisième porte sur l'analyse et l'interprétation des données et la dernière sur les suggestions et le rôle du travailleur social.

1-1- Position du problème

La lutte contre la pauvreté est au coeur des préoccupations de la communauté internationale en ce début de millénaire. (Isabelle GUERIN, 2002)1(*).

C'est pourquoi que les pays membres de l'ONU ont fait de la réduction de la pauvreté le premier des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) qu'ils se sont engagés à réaliser à l'horizon 2015. (Ibid.).

Parmi les stratégies adoptées pour réduire cette pauvreté figure en bonne place l'accès des couches sociales défavorisées au microcrédit. (M. LELART).2(*)

Selon LELART, plusieurs facteurs ont présidé à l'émergence du microcrédit dans les stratégies de lutte contre la pauvreté.

Il faut d'abord noter la reconnaissance des acteurs du secteur informel comme étant essentielle au développement des pays sous- développés. Mais ces derniers, pour travailler plus et participer d'avantage à la croissance jugée nécessaire pour la réduction de la pauvreté, ont besoin de prêts d'argent du fait de l'insuffisante mobilisation de l'épargne domestique.

L'émergence du microcrédit a été aussi et surtout favorisé par certaines expériences positives tel que le crédit solidaire de la Grameen Bank ( GB) initiée en 1976 au Bangladesh par le professeur Mohamed YUNUS de l'Université de Chittagong. (Ibid.)

En effet, pour lutter contre la pauvreté, la Grameen a choisi de cibler les plus, en particulier les femmes. En fait, selon le professeur YUNUS, la réduction effective de la pauvreté ne peut se réaliser de manière efficace sans le financement des activités des femmes pauvres par le microcrédit.

Cette approche de la (GB) est aujourd'hui grandement partagée au sein des acteurs de la microfinance si bien que les institutions de microcrédit orientent largement leur financement vers les activités des femmes. En 2006, 3 300 institutions de microcrédit ont affirmé desservir plus de 133 millions de clients dont 85 % sont des femmes pauvres et 58% des dispositifs actuels sont destinés en priorité aux femmes. (I. Guérin, 2002). En Afrique de l'Ouest, le BIT indique que 43% de la clientèle est féminine et que sur les 187 institutions inventoriées, 43 sont destinées exclusivement à des femmes pauvres. (BIT/BCEAO, 1997/1999, pp. 53-54).

Le ciblage des femmes par les institutions de microfinance est d'abord sous - tendu par une logique quantitative.

En effet, selon le BIT, plus de la moitié des personnes vivant dans le monde sont des femmes. En Afrique, elles constituent 51% de la population tandis qu'au Sénégal, elles sont ..............Le constat effectué par le BIT est que 70% des pauvres du monde sont des femmes (OIT, 2007).3(*) 

Les raisons de ce ciblage sont aussi liées au rôle très important qu'elles ont toujours joué dans le processus de développement de la famille et de la société. (Me Malika Hamidi, 2008).4(*)

Le financement des activités de lutte contre la pauvreté devrait alors les prioriser d'autant plus qu'elles représentent une proportion importante et croissante de l'économie informelle.5(*)

Sur le plan économique, la femme est une pierre angulaire du développement des communautés humaines. Selon l'IPS6(*), à l'échelle mondiale, les femmes cultivent plus de la moitié de tous les aliments disponibles. Dans les pays africains, elles sont non seulement responsables de la production mais aussi de la transformation et de la conservation du vivrier. De récentes estimations montrent que les femmes africaines fournissent environ 70 pour cent du travail agricole et produisent 90 pour cent des aliments de base.

Et au-delà des tâches ménagères, la femme africaine est appelée à concevoir et à éduquer les enfants dont les premières humanités sont incontestablement soumises à la gouvernance et à la prévenance maternelles. En plus de cet important rôle, la femme est également reproductrice et dispensatrice de la santé de la famille et de la communauté. (Awa Adjibade, 2008).7(*)

Sur le plan social, les femmes, à travers des réseaux sociaux de nature diverse (tontines, associations de village, de quartier...), ont toujours participé à l'équilibre et à la régulation des rapports sociaux. (Odile Dufriche, 2000).8(*)

En outre, selon le professeur Cheikh Anta Diop9(*), la femme a même joué en Afrique un rôle très important sur le plan politique et militaire en tant que reine, conseillère ou chef militaire.

En somme, une analyse quantitative et qualitative de la situation des femmes pauvres ressort toute l'importance du rôle qu'elles ont joué et qu'elles continuent encore de jouer tant dans la production, la reproduction que dans la gestion des communautés dans le monde, en Afrique et au Sénégal. (CEA, 1999).10(*) Ce qui justifie, entre autres, selon la CEA, le grand intérêt que les acteurs de la microfinance accordent à ces femmes.

Toutefois, ce rôle essentiel est encore peu reconnu car la division du travail, l'exercice effective des responsabilités, le pouvoir de décision et l'accès aux moyens de production sont encore fonction des relations de genre qui sont déterminées, à leur tour, par un ensemble de représentations, de codes et de valeurs propres à chaque société. (CEA, 1999).

Cette situation est ainsi à l'origine de nombreux problèmes auxquels les femmes restent confrontées et qui entravent la satisfaction de leurs besoins mais aussi leur réelle participation au développement. Ces problèmes sont liés à la structure culturelle, sociale, économique et politique de la société. (Anup Shah, 2010).11(*)

Sur le plan économique, les femmes souffrent surtout de la faiblesse de leurs revenus. Le PNUD révèle ainsi qu'aussi bien dans les pays développés que dans ceux en développement, la majorité des femmes gagnent en moyenne environ les trois quarts du salaire des hommes pour le même travail, en dehors du secteur agricole, dans les pays développés et les pays en développement. En plus, la valeur des travaux ménagers non rémunéré des femmes et du travail communautaire est estimée entre 10 et 35 pour cent du PIB mondial et s'élevait à 11 millions de dollars en 1993. (PNUD, 2006)12(*).

Si bien que pour le Fonds des Nations Unies pour la Population, la règle des 2/3 - 1/3 s'applique en réalité aux femmes en matière de travail : elles effectuent environ les deux-tiers du travail (en tenant compte du travail domestique) dans le monde mais ne reçoivent que le tiers des salaires. (FNUAP, 2005)13(*).

Cette situation économique précaire dans laquelle vivent les femmes poussent certaines d'entre elles à s'adonner à une activité sexuelle en dehors du cadre institutionnalisé dans la plupart des pays du monde. (Ibid.).

Pour réaliser le bien-être économique, des outils essentiels que sont l'éducation et la formation sont nécessaires.

Dans ce domaine, le fort taux d'analphabétisme des femmes constitue un problème crucial; Si bien que sur près d'un milliard d'adultes analphabètes dans le monde, les deux tiers sont des femmes. (Ibid.).

En plus, plus de la moitié des 130 millions d'enfants qui ne sont pas scolarisés sont des filles et celles qui sont inscrites à l'école ou qui terminent le cycle primaire sont beaucoup moins nombreuses que les garçons. (UNESCO, 2007)14(*).

Cette disparité entre les sexes dans le domaine de l'éducation et de la formation prend sa source dans des racines profondes de traditions culturelles et sociales qui ont une conception sexiste de l'éducation et qui prônent une division du travail prédestinant ainsi la femme à des taches ménagères. La Fédération Internationale des Travailleurs Sociaux (FITS) indique que cette situation engendre des conséquences néfastes sur le bien être de la femme durant toute sa vie. (FITS, 2008).15(*)

Dans son rapport de 2007, l'OMS révèle que l'éducation d'une femme aura une grande incidence sur sa santé et sur celle de sa famille. (OMS, 2007)16(*). Toutefois, les femmes restent encore confrontées à de nombreuses difficultés en matière de santé et d'accès aux soins de santé à travers le monde. Ce qui fait que le risque de blessures , d'invalidité et de décès liés à la grossesse et à l'accouchement est aujourd'hui l'un des problèmes de les plus douloureux dans le monde.

Les causes de ces problèmes de santé des femmes sont surtout liées à leur vulnérabilité économique mais aussi à un manque d'éducation et de formation. (Ibid.).

Les problèmes économiques, d'éducation, de santé entre autres, sont en fait considérés comme des conséquences directes de la discrimination politique dont les femmes continuent aujourd'hui de faire l'objet. (Wikipédia, 2010)17(*). En effet, sur le plan politique, les femmes ont acquis bien après les hommes un statut de citoyenne à part entière. Au cours de ce siècle, seules 28 femmes ont été élues chefs d'État ou de gouvernement et les femmes occupent seulement 11,7 pour cent des sièges dans les parlements du monde. (Ibid.).

L'analyse ainsi faite des problèmes que vivent les femmes et que les IMF, malgré leur fort engagement envers cette catégorie défavorisée, n'ont pas encore réglé, indique l'ampleur des besoins qu'elles ont. Ces besoins, selon l'ACDI, peuvent être scindés en deux catégories : des besoins d'ordre pratique et des besoins d'ordre stratégique. (ACDI, 1999)18(*). Les besoins pratiques sont des nécessités immédiates qui s'inscrivent dans un contexte donné et dont leur satisfaction vise en général à corriger des problèmes liés à de mauvaises conditions de vie. Il peut s'agir dans ce cas d'accès aux biens de production (la terre, le capital, le crédit) ou d'accès aux services sociaux de base (soins de santé primaires, éducation de base, logement, eau, alimentation...).

Les besoins ou intérêts stratégiques, pour leur part, renvoient à la condition des femmes par rapport à celle des hommes au sein de la société. Ils varient en fonction du contexte et sont liés aux rôles et aux attentes, aussi bien qu'à la répartition du travail, des ressources et du pouvoir entre les hommes et les femmes.

La communauté internationale, pour apporter des réponses aux multiples problèmes des femmes afin de satisfaire leurs besoins pratiques et leurs intérêts stratégiques, a consenti de nombreux efforts. (FITS, 2008).

Ainsi, de 1975 à nos jours, l'ONU a tenu plusieurs conférences et sommets à cet effet. Parmi ces conférences, trois ont retenu l'attention (Ibid.) :

La première Conférence des Nations Unies sur les femmes, tenue en 1975 à Mexico. Elle a lancé la Décennie des Nations Unies sur les femmes.

- La deuxième Conférence des Nations Unies sur les femmes , tenue en 1980 à Copenhague et qui a permis d'évaluer les progrès accomplis dans la décennie.

- La quatrième Conférence mondiale sur les femmes, tenue en 1995 à Beijing. Cette conférence a été la plus importante dans l'histoire de l'ONU à ce jour. Elle a publié une déclaration décrivant des stratégies d'action dans douze domaines, assorties d'obligations pour les décideurs. (FITS, 2008).

Il est ressorti de ces rencontres mondiales, surtout de celle tenue à Beijing, que pour éliminer la pauvreté des femmes, la provision de crédit, en particulier l'intensification du microcrédit pourrait s'avérer une stratégie très concluante. Le suivi des engagements de Beijing a en effet permis de mettre en oeuvre plusieurs systèmes de financement des femmes pauvres à travers le monde (ONU, 2000).19(*)Parmi ceux - ci, nous pouvons relever les réalisations suivantes (Ibid.):

- 67 milliards de dollars ont été consenti par les Etats-Unis en 1997 au bénéfice des femmes ;

- 27 000 femmes vivant en zone rurale ont reçu des prêts sans intérêts du Japon ;

- 96 % des femmes palestiniennes ayant participé à des projets agricoles depuis 1994 ont bénéficié de la mise en place de programmes de prêt de pays européens ;

- Au Soudan, le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) a fourni le capital initial pour la mise en oeuvre d'activités commerciales afin d'élever le niveau de vie des femmes ayant de faibles revenus ;

- Au Viet Nam, l'UNICEF a alloué des petits prêts à plus de 60 000 femmes pauvres ;

- Etc.

Cette dynamique aboutira à la tenue du premier sommet mondial du micro crédit en février 1997 à Washington en présence de 2900 personnes venues de 137 pays et parmi lesquelles des représentants des ONG, des chefs d'entreprises, des institutions internationales, des gouvernements... Le sommet a décidé d'appuyer d'avantage les initiatives locales en matière de micro - crédit avec comme objectif de toucher cent millions de familles parmi les plus pauvres d'ici 2015. La priorité devrait toutefois être accordée aux femmes pauvres. (Susy Cheston et Lisa Kuhn - 2OOO)20(*).

Ainsi, le secteur de la microfinance va faire de grands progrès pour identifier les obstacles s'élevant contre l'accès des femmes aux services financiers et pour développer des stratégies afin de les surmonter. (Ibid.).

En Afrique, les années 90 marquent un tournant dans le financement des activités des femmes avec notamment une croissance et une expansion très rapide des institutions de micro - crédit. Le nombre de membres est ainsi passé de 309 545 en 1993 à 1 140 057 en 1997 soit une augmentation de 268% en valeur relative. (AQUADEV- 2005)21(*).

Au Sénégal, l'expansion du système s'est traduite par une augmentation du nombre de structures et une réelle performance financière. Ainsi, les IMF passent de 120 en 1997 à 833 en fin décembre 2005. Ces structures qui comptaient 442 650 membres, ont mobilisé un montant de 34,909 milliards de francs CFA de dépôt et distribué 33,312 milliards FCFA de crédit en fin 2003. Plus de 60% de ce montant a été prêté à des femmes pauvres. (APIMEC, 2003).22(*)

L'exemple du Programme d'Accès des Femmes Sénégalaises aux Services Financiers (AFSSEF), initié par le PAMECAS avec l'appui de Développement international Desjardins (DID) illustre très bien cette dynamique. En effet, le programme a produit, de 1995 à 2003, un crédit global de 5 533 679 000 FCFA pour 53 792 bénéficiaires.

En définitive, selon l'APIMEC, les institutions de microfinance ont effectué plusieurs réalisations pour faire face aux multiples problèmes des femmes défavorisées et participer ainsi à la satisfaction de leurs besoins.

Toutefois, en dépit de ces nombreuses réalisations, la situation précaire dans laquelle se trouvent les femmes perdure encore. Car, les efforts accomplis ne sont toujours pas à la hauteur de leurs besoins. (Sakho, 2004).23(*)

En effet, le travail des femmes n'est ni récompensé, ni reconnu à sa juste valeur. Leurs besoins sanitaires et alimentaires ne constituent pas des priorités absolues. Près de la moitié des séropositifs du monde sont aujourd'hui des femmes. Leur accès à l'éducation et aux services d'aide est insuffisant; leur participation à la prise de décisions dans le foyer, comme au sein de la communauté, est minimale.

Ainsi, en dépit des progrès, les femmes représentent encore 60 % des populations les plus pauvres. (OIT, 2007).24(*) Prises dans ce cycle de la pauvreté, les femmes ne peuvent pas suffisamment avoir accès aux ressources et aux services (crédit, héritage, moyens de production...) leur permettant d'en sortir. (Ibid.)

En Afrique et au Sénégal notamment, il est aujourd'hui reconnu que la pauvreté se féminise de plus en plus. (Sakho, 2004).25(*)

Dans la commune de Mbour, l'exode rural a favorisé l'augmentation rapide du taux d'accroissement naturel qui est actuellement le plus élevé du Sénégal (6, 3 %). Ainsi, de nombreux quartiers périphériques ont émergé autour de la ville. Dans ces quartiers, les populations en général et les femmes en particulier vivent dans de mauvaises conditions de vie ; elles logent souvent dans un type d'habitat semi-rural, sans eau potable, ni électricité et accèdent difficilement aux services sociaux de base (éducation, santé...); Le taux d'analphabétisme des femmes y est de 82 % et 30% des ménages ont un revenu inférieur à 1 dollar par jour. Ces femmes s'activent dans leur grande majorité dans le petit commerce (dans la rue, au marché, au garage) et les petits métiers (domestiques, lingères...). (CCF, 2006) 26(*).

Par ailleurs, Mbour est le deuxième port de pêche du Sénégal ; Sa production représente 25% des débarquements de la production artisanale nationale.27(*).

Les femmes, sans grands moyens, sont ainsi très nombreuses à se limiter au micro - mareyage avec un nombre de 9.000 recensé en 1992. (O. NDIAYE, 2010)28(*).

Les sérieuses difficultés d'accès aux ressources matérielles et financières sur lesquelles elles butent les obligent toutefois à se contenter du « terral » c'est-à-dire des dons de poissons de pécheurs généreux. (Ibid.).

En plus, la santé maternelle et néonatale est très préoccupante à Mbour avec respectivement des taux de 10/1000 et 54/1000.29(*)

La situation difficile dans laquelle se trouvent aujourd'hui les femmes appelle des solutions efficaces et durables pour espérer renverser la tendance. C'est pourquoi, quinze ans après Beijing et treize ans après le sommet de Washington, plusieurs propositions ont été faites par les acteurs afin de satisfaire définitivement leurs besoins. A cet effet, le BIT demande d'accorder la priorité au renforcement des capacités des femmes en leur offrant des opportunités économiques et éducatives, de même que l'autonomie nécessaire pour qu'elles puissent tirer partie du micro- crédit (OIT, 2007.)30(*).

Dans une contribution à la Campagne du Sommet du Microcrédit, Susy Cheston et Lisa Kuhn (Cheston, Kuhn, 2002)31(*), affirment que les acteurs devront désormais répondre aux besoins réels des femmes au lieu de mener des activités sans conviction, juste pour faire plaisir aux bailleurs de fonds. Elles recommandent ainsi de ne réaliser que les projets décidés par les femmes elles-mêmes, de ne pas les pousser à aller trop vite et d'adapter le financement à leurs besoins et capacités réels.

Isabelle GUERIN, pour sa part, préconise d'apporter un soutien technique et un suivi constant aux financements accordés aux femmes pour la mise en oeuvre de leurs activités économiques. L'auteur propose en outre de mettre à la disposition des femmes des services autres que financiers et de promouvoir des groupes pour renforcer les réseaux et les liens afin d'impulser des mouvements sociaux féminins capables de lobbying afin de peser sur les décisions politiques.

Dans un autre registre, nous pouvons noter le projet du Ministère des finances du Sénégal envisage d'introduire le Mobile Banking dans la microfinance afin de faciliter l'accès au crédit des populations défavorisées, en particulier des femmes. (Direction de la Microfinance, 2009).32(*) Selon le rapport sur l'étude de faisabilité de ce projet, la technique du Mobile Banking est basée sur l'idée d'utiliser en microfinance le téléphone portable qui s'est très fortement répandu ces dernières années. Ceci permettra entre autres, de réduire considérablement les coûts des transactions pour les clients comme pour les institutions financières dans les zones défavorisées.

Toutes ces recommandations interpellent aujourd'hui les IMF en vue d'une plus grande efficacité de leurs actions pour résoudre de façon durable les nombreux problèmes des femmes pauvres dont la persistance, malgré les multiples efforts consentis, suscite des questionnements légitimes ; Les acteurs de la microfinance de la commune de Mbour sont au coeur de cette problématique. Mbour compte en effet un nombre assez important d'IMF qui mènent des activités d'épargne et de crédit avec de nombreux produits destinés à l'améliorer de la situation des femmes défavorisées de la ville. Il s'agit notamment entre autres, du CMS, du PAMECAS, de l'ACEP, de l'IMCEC, du MEC UNACOIS DEF, du FDEA, du CPS, du CMIS. (IMCEC, 2009).33(*)

L'intervention de l'IMCEC est récente car elle remonte à l'année 2005 avec la création d'une première caisse à Mbour Thiocé. Elle ouvrira plus tard une seconde caisse à Grand Mbour. Ces deux caisses restent toutefois très éloignées des quartiers de Mbour sud au sein desquels, la mutuelle compte un bon nombre d'adhérents. Ainsi, l'institution compte ouvrir en 2010 une troisième caisse à Mbour sud pour se rapprocher des populations de cette zone qui est ainsi composée de sept quartiers périphériques.

De nombreuses femmes défavorisées y mènent des activités économiques et sociales soit individuellement ou à travers diverses organisations communautaires.

Ainsi, cette activité de financement des populations pauvres en général et des femmes défavorisées en particulier que mène depuis cinq ans l'IMCEC dans la commune de Mbour, n'échappe pas toutefois aux multiples interrogations qui ont cours dans le secteur de la microfinance.

La situation ainsi décrite nous amène à nous poser la question de recherche suivante : Quelle est la capacité de réponse de l'IMCEC face au besoin de financement des femmes défavorisées de Mbour  sud ?

1.2. Justification du choix du sujet

Le choix de notre sujet, capacité de réponse de l'IMCEC face au besoin de financement des femmes défavorisées de Mbour se justifie au niveau individuel par notre engagement dans une dynamique d'organisation communautaire dans laquelle, les femmes jouent un rôle de premier plan ; au niveau scientifique par la volonté de savoir la raison qui fait que malgré les efforts des IMF en faveur des femmes défavorisées, leur situation socio - économique reste encore précaire et au niveau social par l' impact positif qu'une réelle amélioration des revenus des femmes défavorisées à travers les services des IMF pourrait avoir sur les familles.

En effet, nous sommes engagés depuis deux ans dans une dynamique d'organisation et de promotion des communautés à la base à travers le CDIS (Collectif pour le développement et la défense des intérêts de Mbour Sud). Ce cadre qui regroupe les OCB des sept quartiers de Mbour sud, connaît une forte adhésion de groupements de femmes qui en constituent d'ailleurs la majorité. Ceci justifie sur le plan individuel notre choix d'un sujet traitant d'une problématique liée aux femmes défavorisées.

Ces femmes sont certes défavorisées mais elles n'en restent pas moins actives dans de nombreuses activités de développement des communautés à la base. Elles sont ainsi porteuses de plusieurs projets dont la réalisation pourrait améliorer leurs conditions d'existence. Les IMF intervenant dans la commune de Mbour déclarent placer cet objectif au centre de leurs préoccupations à travers les produits et services qu'elles offrent aux femmes défavorisées. Toutefois, malgré des années d'intervention, la situation de ces femmes ne s'est pas améliorée.

Une bonne connaissance des causes de ce fait et les effets qu'elle pourrait engendrer en terme de réajustement des stratégies et des interventions afin d'atteindre des résultats plus satisfaisants, constitue pour l'essentiel, ce qui justifie sur le plan scientifique le choix de notre sujet de recherche. D'autant plus que l'IMCEC dont l'implantation est encore récente à Mbour a noué un partenariat avec le CDIS et envisage de créer une caisse dans la zone sud du fait de l'adhésion croissante à la mutuelle des populations qui y habitent.

Par ailleurs, il est reconnu que le bien-être de la femme est fondamental pour le développement économique et social de toute société. Une meilleure compréhension des problèmes des femmes pauvres et de leurs besoins pourrait permettre aux IMF de répondre aux véritables attentes de ces femmes et de lutter ainsi de manière efficace contre la féminisation de la pauvreté. Ce résultat participerait surement à l'amélioration de la situation sociale de ces femmes et partant de celle des familles et des communautés. Tel est ce qui justifie sur le plan social le choix de notre sujet.

* 1 Isabelle Guérin,  Microfinance et autonomie féminine  - P F S - Document de travail N° 32 - Lyon, 2002

* 2 Michel LELART, De la finance informelle à la microfinance -- Edition des archives contemporaines /AUF.2006.

* 3 OIT, « peu d'argent, grands changements : les femmes et la microfinance », 2007.

* 4 www.wikipédia.org : Me Malika Hamidi - Conférence sur le thème : « Le rôle de la femme dans notre société actuelle ? » - Paris, le 15 Février 2008 au 61, rue Guillaume.

* 5 Ibid.

* 6 Agency Inter Press Service (www.ipsinternational.org)

* 7 Awa Adjibade : « Le rôle de la femme et de la jeune fille africaine, 2008 ».

* 8 Odile Dufriche « La Contribution des femmes au développement en Afrique subsaharienne » - Avril 2000 Département de l'information de l'ONU

* 9 Cheikh Anta DIOP,  « Nation Nègres et cultures ».Présence Africaine- 1979

* 10 Rapport de synthèse Commission Economique pour l'Afrique, Novembre ,1999.

* 11 Anup Shah, « Droits des femmes » Mars 2010 http://www.globalissues.org/article/166/womens-rights.

* 12 Rapport du PNUD, 2006.

* 13 FNUAP, rapport 2005 sur l'état de la population mondial.

* 14 Rapport UNESCO, 2007.

* 15 International Federation of Social Workers - Jeane W. Anastas, Ph.D., LMSW - Silver School of Social Work New York University, USA, 2008.

* 16 OMS, rapport 2007.

* 17 www.wikipédia.org, encyclopédie libre - article intitulé « Femme », 2010.

* 18 Document de présentation de la politique de l'ACDI en matière d'égalité entre les sexes, 1999.

* 19 ONU - Rapport du Secrétaire général sur l'examen et l'évaluation du Programme d'action de Beijing - 2000.

* 20 Susy Cheston et Lisa Kuhn, Le renforcement du pouvoir d'action des femmes par la microfinance - Contribution sur l'état de la campagne du sommet du micro crédit - 30 Avril 2002- www.lamicrofinance.org

* 21 Journées de la Microfinance - 16 et 17 Novembre 2005 - AQUADEV Dakar.

* 22 APIMEC, Association Professionnelle des Systèmes Financiers Décentralisés du Sénégal - Rapport d'activités 2003.

* 23 Daouda Sakho, Rapport d'étude sur : Microfinance : Viabilité et lutte contre la pauvreté - Août 2004-Ministère des petites et moyennes entreprises, de l'Entreprenariat Féminin et de la Microfinance.

* 24 OIT, « peu d'argent, grands changements : les femmes et la microfinance », 2007.

* 25 Daouda Sakho, Ibid.

* 26 Projet CAMA - Action Communautaire contre la Malnutrition à Mbour, CCF Sénégal, Novembre 2006.

* 27 Situation démographique de Mbour, www.sénégambiagroup.com.

* 28 Oumoukhaïry NDIAYE, Rôle des femmes dans les communautés de pêche: le cas de M'bour (Sénégal) - Technologue du poisson, Mai, 2010).

* 29 Situation démographique de Mbour, www.sénégambiagroup.com

* 30 OIT, 2007.

* 31 Cheston, Kuhn - courrier électronique « Le renforcement du pouvoir d'action des femmes par la microfinance », 30 Avril 2002.

* 32 Direction de la Microfinance, Rapport d'étape sur l'étude de faisabilité du Mobile Banking au Sénégal, Sept. 2009. Horus Development Finance - KFW.

* 33 IMCEC, Communication à la rencontre d'information avec le CDIS tenue en 2009.

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