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Violences en milieux urbains au Togo: cas de Lomé

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par Pihèwa KAROUE
Université de Lomé - Maà®trise 2011
  

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INTRODUCTION

« Les citoyens ne se sentent plus en sécurité dans leurs propres murs, ni même en passant dans les rues ». Cette missive adressée au maire de la ville de Londres Par Daniel Defoe depuis 1739 est toujours d'actualité et se vérifie dans bien de contrées africaines (Wikipédia, «  Violences Urbaines », complément documentaire, fév.2011).

Un lundi soir du mois de mai 2009 aux environs de 23h, alors que Mr X revenait d'un voyage, il se fait attaquer par des malfrats devant sa maison sise à Ablogamé1(*) ; ils lui prennent une somme de 3 800 000F CFA après lui avoir tiré dessus à coup de balles réelles. Les trois malfrats habitaient le même quartier que ce monsieur. Interrogés ultérieurement, ils disaient avoir cultivés inconsciemment une antipathie à l'encontre de ce dernier à cause de son indifférence et de son orgueil. Selon leurs propos, cette antipathie, leur misère, ainsi que leur envie d'avoir seulement une infime partie de sa richesse et d'en jouir avec leurs pairs seraient à la base de cet acte pour lequel ils seront condamnés à perpétuité2(*). Ceci est un simple exemple pour esquisser le phénomène des violences urbaines connues à Lomé depuis un temps.

Aujourd'hui, le droit à la sécurité est proclamé au même titre que le droit au travail, au logement, à l'éducation ou à la culture et les raisons en sont multiples : les violences urbaines et le sentiment d'insécurité. De nos jours, on ne peut pas laisser de place au hasard concernant la sécurité d'une ville parce que cela signifierait qu'on ignore la capacité de malfaisance des malfrats et serait source de multiplication des violences urbaines. Ceci appelle donc à des investigations plus approfondies, sur ces violences. Ce phénomène est, généralement, lié à d'autres facteurs tels que la pauvreté, les inégalités sociales, l'exode rural, l'urbanisation, la globalisation de l'économie, l'éducation familiale, etc. Ceux-ci, n'étant pas plus que des hypothèses, constituent dès lors les pistes d'investigation dans le processus d'explication des violences urbaines.

L'exemple cité plus haut, peut faire l'objet d'une analyse enrichissante tant sur la vie de ces malfrats que sur la situation sociale vectrice de ces comportements. Si ces jeunes étaient éduqués au travail, aux valeurs de paix et d'honnêteté ; s'ils avaient le minimum vital, seraient-ils amenés un jour à poser cet acte ? La culture urbaine ne promeut plus de nos jours le « vivre ensemble », ni l'édification du lien social, mais propose plutôt un modèle identificatoire basé sur l'économie libérale, elle-même plus axée sur l'individu que sur la collectivité dans son ensemble. La poursuite des intérêts individuels et de « la meilleure vie » à tout prix afin de pouvoir se retrouver au rang de « citadin idéologiquement reconnu » ne serait-elle pas une raison suffisante pour qu'un individu s'évertue à explorer toutes les voies, même les plus ténébreuses possibles - dont font partie les violences urbaines- pour tirer son épingle du jeu ? Ces jeunes hommes, majoritairement migrants, venus de leurs villages ou de leurs pays pour chercher du travail et gagner leur vie ne seraient -ils pas victimes d'une part, de la rigueur des conditions d'intégration qu'impose la globalisation de l'économie et la ville ; et d'autres part, des conditions de vie difficiles dans les quartiers pauvres qui les poussent à rechercher à tout prix le minimum vital ? Autant de questions pouvant indiquer une piste de compréhension concernant les braquages, vols à main armée et kidnappings connus dans la ville de Lomé.

D'aucuns se demanderont si les violences urbaines existent encore vraiment ? Cette question trouve sa réponse dans l'effectif considérable de la population carcérale qui actuellement est de1853 prisonniers. Même si beaucoup restent en attente de jugement, la majorité reconnait les faits qui leurs sont reprochés. Cet effectif est en évolution constante et selon une courbe exponentielle. D'ailleurs, les violences urbaines se sont toujours inscrites dans l'échéancier de l'urbanisation et dans le passage des grandes villes en métropoles. Au cours de cette étude, en nous penchant sur le contexte social des incarcérés que nous avons interrogés, nous avons tenté de retracer le profil des délinquants, de mesurer l'ampleur de ces actes dits contre-normes et de prendre connaissance de leurs dynamiques explicatives. D'autre part, notre intention dans cette étude demeure moins une présentation exhaustive des actes de délinquance commis à Lomé qu'une analyse sociale permettant une explication en profondeur des violences urbaines ainsi que leur prévention.

Il convient donc de définir ce que nous entendons par «  violences urbaines ». « Violence » tout court et « violences urbaines » pourraient, à première vue, paraître uniquement différenciées par le caractère urbain de l'un et celui neutre de l'autre. Mais la différence va bien au delà. La « violence tout court », n'est que l'usage abusif de la force dans le but de porter atteinte aux biens et personnes, quel que soit le cadre (urbain ou non), quels que soient les auteurs (jeunes défavorisés ou adultes riches et puissants) et leur organisation (seul ou en bande), et quelle que soit l'origine (sociale, politique, interethnique,...) de ces violences.

Les violences urbaines, quant à elles, - certes la définition ne fait pas l'unanimité- peuvent être, dans notre contexte, reliées à la délinquance au sein des grandes métropoles. A cette différence près que cette dernière englobe tous  les aspects de la déviance alors que les violences urbaines ne font référence qu'à certaines seulement d'entres elles. En effet, la violence urbaine se limite à l'acte violent comme conséquence de l'individualisme, de l'urbanité et de la pauvreté rencontrés dans les grandes villes des pays en voie de développement, alors que la délinquance a un champ plus étendu, englobant à la fois les comportements à risque (dopage, bande, etc.), les actes déviants (homicides, viols, cybercriminalité, piraterie, cambriolages, etc.). C'est pourquoi notre étude a porté essentiellement sur les actes de vol à main armée, de braquage, d'homicide et de kidnapping.

Les violences urbaines, de façon générale, affectent plusieurs domaines de la vie sociale des citadins et font, de ce fait, l'objet de débats. La question des droits de l'Homme, le récent débat sur la peine de mort lancé par la CNDH et les organisations de la société civile, l'accentuation de la sécurisation de la ville par la multiplication de forces de sécurité tant privées que publiques, les campagnes de lutte contre l'impunité et la prolifération des armes légères initiées par les ONG de non violence, les projets de soutien aux inculpés soutenus par l'UE, les centres de réinsertion de prisonniers etc. ne sont que des tentatives de réponse, à ce qu'il convient encore d'appeler « violences urbaines », soit directement soit par voie de contournement.

Des dispositifs de sécurisation de la ville de Lomé n'ont donné que des résultats à court terme. L' « opération araignée » initiée en 2007sur demande du chef de l'Etat avec un budget de 31 millions de francs CFA et un effectif de 300 fonctionnaires de la police et de la gendarmerie en était une. Avec elle, la ville de Lomé fut minutieusement parcourue, jour et nuit, par de nombreuses patrouilles. Au cours de cette opération, un réseau téléphonique fut mis en place avec des numéros verts : les habitants pouvaient alerter directement les équipes de patrouille et de permanence en cas d'agression ou de tentative de vol. De surcroît elle a permis d'éviter, en moins d'un an, plus 2500 délits, selon les statistiques du ministère de la sécurité. Malgré les menaces, la capitale togolaise se trouve particulièrement confrontée au quotidien à des braquages et agressions de toutes sortes perpétrées par des délinquants 3(*).

Ayant ainsi défini la violence urbaine, soulignons que ces actes de violence s'opèrent dans le plus grand secret possible et ne sont mis en exergue que lorsque les auteurs sont arrêtés par la police ou la gendarmerie. Les victimes, il en existe ! et, pourtant, peu sont les délinquants dont les infractions sont révélées par la télévision ou les radios. Ce caractère de la violence urbaine la rend plus difficilement connaissable.

S'il est vrai que dans la mentalité du délinquant «  rien à perdre, nos jours sont comptés par d'autres qui ont du temps pour ça; nous, on ne les compte pas, on les dépense. » (Pedrazzini, 2005 : 35) et que la violence est intrinsèquement liée à l'évolution de la société et est le fruit de l'urbanisation et de la globalisation de l'économie, il n'est pas moins évident que c'est un phénomène persistant et que l'approche répressive n'y apporte qu'une solution très approximative et provisoire. Une solution qui voudrait être durable devrait pouvoir s'attaquer aux racines mêmes du phénomène. La mentalité qui, pour une grande part, dépend de l'itinéraire social de l'individu en est une. La lecture de l'expérience de villes ayant accédé à un niveau de développement et de croissance urbaine tant économique que démographique élevés, faisant d'elles des métropoles en matière de croissance des violences urbaines et de l'insécurité, comme le Nigéria et l'Afrique du Sud, pose au sociologue une interrogation sur le devenir de la ville de Lomé ; celle-ci, en effet, s'inscrit dans un processus d'urbanisation et de modernisation très rapide et très étendu, marqué par des zones de pauvreté.

L'urbanisation et les violences qu'elle engendre, posent aussi la question de l'exode rural et il convient d'en approfondir l'essence. Selon l'OMS, en 2015, plus de la moitié de la population du globe vivra dans une ville  (OMS, 2001 :1). Et si densité urbaine était synonyme d'accroissement des violences urbaines - ce que la réalité rend évident de nos jours - il est clair que les villes courent vers un effritement accru du tissu social ; particulièrement dans les villes du tiers monde comme Lomé. Pour certains experts, il faut dès lors, faire tout le possible pour contenir la croissance de ces villes puisque ce sont évidemment en premier lieu les quartiers les plus pauvres des villes les plus pauvres qui s'accroissent et menacent d'exploser - et pas seulement sur le plan démographique. (Pedrazzini, 2005 : 50).

Notre étude n'a, pas pour objet de faire un diagnostic de l'atmosphère sociale de la ville de Lomé, ni de détailler les diverses formes de violences urbaines y existant, ni non plus d'identifier les zones à risque. De plus, les violences que nous étudions ne sont pas celles liées aux crises politiques ou aux conflits interethniques, mais celles connues en temps normal, c'est-à dire en période où rien n'est à déplorer au sein du climat socio politique. Elle se veut plutôt une analyse des causes de ces violences. Pour y arriver nous nous sommes concentrés sur les auteurs des actes cités plus haut et qui sont les délits les plus fréquemment perpétrés. Le point de départ concret de cette recherche étant les braquages successifs d'un même groupe de malfaiteurs armés ayant alarmé tous les citadins entre Novembre 2009 à Mars 2010. La théorie du contrôle social sera mise à profit pour expliquer la persistance des violences urbaines dans la ville de Lomé et tester l'efficacité des institutions chargées de l'inculcation des valeurs et normes sociales à la population juvénile essentiellement vulnérable à ce phénomène.

Ainsi donc, nous présentons dans la première partie de notre étude le cadre théorique et conceptuel, physique et humain ainsi que l'approche méthodologique de la recherche. Dans la deuxième partie nous traitons, dans un premier volet, l'analyse des résultats auxquels nous avons aboutit à la fin de nos investigations, dans un second volet l'interprétation de ces résultats et nous avons fini par les propositions afférentes aux constatations que nous avons faites.

* 1 Banlieue Est de la ville de Lomé au Togo.

* 2 Entretien avec un incarcéré de la prison civile de Lomé, mai 2011

* 3 Information disponible sur http://www.presidencetogo.com

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