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Les contes égyptiens anciens et les contes de l'Afrique subsaharienne: essai d'une analyse comparée


par David Elysée Magloire TESSOH
Université Yaoundé 1 - Master en littérature et civilisations africaines 2011
  

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IV-3 -Signification des contes Egyptiens anciens et Négro - africains.

IV-3-1 La signification ludique

Chez les Négro-africains le moment unanime, indispensable et approprié pour la narration des contes c'est la soirée. Ce moment laisse entrevoir de manière très explicite que pour ces populations, le conte est avant tout une distraction. En effet, après une journée de travaux champêtres pour les uns et de pêche ou de chasse pour les autres, les populations se réunissent généralement en soirée et organisent des séances de contes. Le choix du conte pour égayer les soirées vient du fait que le conte est caractérisé par l'humour ou l'amusement, et si le narrateur est performant, le public sera davantage gâté parce que pendant sa prestation, il ajoutera des mimiques, il grimacera, il essayera d'imiter les animaux ou tout autre personnage dont il décidera d'entrer dans la peau. C'est sans doute cet intérêt ludique des contes qui pousse Emmanuel Matatéyou à déclarer que : « Les soirées de diction des contes (...) étaient attendues par mes amis et moi parce que c'étaient des moments de joie »57(*)

Toutefois, cette fonction ludique qui semble être fondamentale aux yeux des Négro-africains ne doit pas être un alibi suffisant pour conclure hâtivement avec EQUILBECQ que les contes négro-africains sont :

"Exclusivement destinées à l'amusement des auditeurs et n'ont nullement pour but d'enseigner une morale, fût-elle uniquement pratique, ni de dénoncer les abus sociaux.58(*)

Accordé du crédit à un tel point de vue ce serait faire preuve de naïveté et de manque de discernement car dira Dominique Penel « Ces récits, qui apparemment évoquent des évènement d'un autre monde, traitent en réalité des questions relatives aux situations réelles et quotidiennes d'une société »59(*)

IV-3-2- La signification sociale et morale

Le didactisme moral est l'aspect le plus visible du conte négro-africain. De manière général, il n'y a aucun conte chez eux qui ne diffuse explicitement ou implicitement un enseignement moral. Comme l'affirme Roland Colin, les contes africains sont une série de récits dont « Le but premier est de poser les valeurs, de la morale sociale »60(*)

Il n'y a rien de plus pratique qu'une illustration de la vie morale par les contes. Le conteur montre généralement les conséquences d'un vice donné en le faisant, il amène l'auditoire ou le public à en tirer un enseignement.

Des deux contes "L'ingratitude" et "Mesùt le lièvre sauve un chasseur", la leçon est la suivante : la récompense d'une bonne action doit être une bonne action. Si l'on fait l'inverse, la sanction est essentiellement négative. L'homme que le promeneur solitaire avait fait sortir du puits et qui en guise de merci avait demandé que son bienfaiteur soit arrêté et égorgé, sera tué et sa cervelle sera remise à son bienfaiteur. De même le crocodile et sa famille que le chasseur avait ramenés à la rivière alors qu'ils étaient mourants dans la forêt seront tués à la fin du récit pour n'avoir pas reconnu les bienfaits du chasseur.

Dans le conte n° 7 "Le pharaon et le tisserand" le méchant Marouitensi, le chef des pourvoyeurs du pharaon sera chassé par le pharaon et remplacé par Tehouti parce qu'il avait injustement condamné les paysans.

Chez les négo-africains, une épouse infidèle était automatiquement répudiée par son mari car l'adultère était un acte dangereux et plein de mépris. La femme adultère était sévèrement punie car la loi appelait l'adultère le grand crime ou la grande faute. Dans certains pays, avant la décision de l'époux, l'épouse adultère prenait la clé des champs ou bien avant de la répudier, on mettait d'abord du piment dans son vagin, le long du dos, des seins, dans les yeux et dans les narines. Au sujet de la punition de la femme adultère en Afrique, Bernabé Bilongo écrit : « En cas d'adultère on écartelait la femme et on lui introduisait du piment dans le vagin »61(*)

En Egypte pharaonique le châtiment de la femme adultère était plus rude parce que la femme était considérée comme la tentatrice par excellence capable de corrompre un homme faible et innocent c'est pour cela que les textes des sages recommandaient toujours aux jeunes de ne pas approcher une femme mariée. L'exemple du conte n°1 légende des deux frères" est à ce titre absolument évocateur. Dans ce récit la femme d'Anoup tente de séduire son beau-frère Bata en ces mots :

Tu as bien du courage, chaque jour je constate que tu deviens de plus en plus fort. Elle le regardait en l'admirant. Soudain elle se leva et lui dit : "Tu es plus fort que ton frère aîné. J'aurais dû t'épouser.

Le conte africain étant un conte qui influence la société africaine par son contenu didactique, le roi ordonnera dans le conte n° 5 "La femme adultère" que la femme adultère soit brûlée et ses cendres versées dans le fleuve. La mort de l'homme vil et de la femme d'Oubaoner est une mise en garde au public contre toute tentative d'adultère.

A côté de ces quelques vices que la société africaine abhorre et condamne, le conte prône la préservation et la cristallisation de certaines valeurs chères aux négro-africains telles que le respect des aînées que l'on observe dans le conte n° 1, l'hospitalité qui est loué dans le conte n° 24, l'amitié dans le conte n° 4 et surtout la solidarité qui est manifeste sans le conte n° 7 où l'on voit des paysans très solidaires à l'endroit du tisserand Khounaré :

Ils se réunirent et bâtirent un projet pour sauver Khounaré. Ils décidèrent de s'asseoir à terre devant l'entrée du palais ; l'intendant constata avec fureur qu'on ne livrait plus ni fruits ni légumes pour son maître. Les paysans se laissèrent traîner par les soldats dans la poussière de l'esplanade, mais ne reprirent pas le chemin de leur champ ou jardin. Bientôt, sur l'ordre de Marouitensi gonflé de rage, les manifestants solidaires furent à leur tour enfermés dans les cachots. "

Ces exemples qui précèdent montrent qu'il n'y a rien de gratuit dans les contes négro-africains. Tout est orienté vers la cohésion morale du groupe. Le conteur est loin d'être un partisan de l'art pour l'art parnassien, mais est comme le dit Jean Paul Sartre celui qui :

« Se met au service d'une position de l'esprit plus ou moins révolutionnaire par rapport à une structure traditionnelle de la société »62(*)

* 57 MATATEYOU, Emmanuel, Les merveilleux récits de Tita-ki, Yaoundé, éd clé, 2001 P.6.

* 58 EQUILBECQ, Essai sur la littérature Merveilleuse des noirs in contes populaires d'Afrique occidentale. Paris, Maison neuve et Laroche, 1972, P. 83.

* 59 Dominique Penel, Contes : l'amour et la violence, Bangui, 1982, P.42.

* 60 Roland COLIN, les Contes Noirs de l'ouest-africains Paris, présence Africaine, 1957 P.148.

* 61 BILONGO, Bernabé, la femme noire africaine en situation ou si : La femme africain était opprimée, Yaoundé, C.NE 1983, P.26.

* 62 SARTRE, Jean Paul, Qu'est-ce que la littérature ? in Situation II, Paris, Gallimard, 1948, P.48.

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