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L'intégration des valeurs traditionnelles congolaises dans l'amélioration du système éducatif moderne en RDC. Cas de l'initiation traditionnelle Lega de 1905 à  2008

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par Spartacus KABALA MUNYEMO
Université pédagogique nationale - Diplôme d'études approfondies 2012
  

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III.4.2. 3. Plaidoyer pour l'intégration des valeurs traditionnelles

Evoluant à la Chaire de l'UNESCO, il nous est indispensable, avant d'entrer dans le vif du plaidoyer de la nécessité de l'utilisation du patrimoine culturel congolais dans l'éducation  moderne, de jeter un regard, pour soutenir notre prise de position, sur la préoccupation de cette institution à l'insertion des ressources culturelles dans l'éducation actuelle.

a. Point de vue de l'UNESCO sur l'intégration des valeurs culturelles

Au cours de nombreuses consultations régionales et sous-régionales organisées par l'UNESCO, la problématique de l'insertion des valeurs traditionnelles dans les systèmes éducatifs a été souvent débattue. Nous ne saurons pas en énumérer toutes de manière exhaustive. Cependant, parmi ces rencontres nous pouvons retenir :

- La Réunion Régionale sur « la Jeunesse et les Valeurs culturelles africaines », tenue à Abomey (Bénin) du 2 au 7 décembre 1974. Il s'agissait d'une réunion de réflexion sur le sens que de jeunes africains qualifiés (historiens, sociologues, animateurs culturels, responsables de programmes culturels, gouvernementaux et non gouvernementaux) donnent à la culture dans la société africaine contemporaine.

Entre autres recommandations, il convient de noter que, cette réunion, dont le rapport a été largement diffusé par l'UNESCO, a souligné l'étude et la réévaluation des valeurs culturelles en vue de leur insertion dans l'éducation de la jeunesse.


- La conférence intergouvernementale sur les politiques culturelles en Afrique, tenue à Accra du 27 Octobre au 6 novembre 1975, succédant aux conférences intergouvernementales sur les politiques culturelles en Europe (1972) et en Asie (1973).

Cette conférence de Accra, communément dénommée AFRICACULT a largement débattu les problèmes de l'identité culturelle et de l'action culturelle en Afrique. Un accent particulier a été mis sur la nécessité d'étudier de manière approfondie, le milieu (environnement physique) et l'homme.


- La conférence des Ministres de l'Education des Etats - membres d'Afrique, tenue à Lagos du 27 janvier au 4 février 1976. Quatrième d'une série de réunions régionales visant entre autres à définir les problèmes prioritaires ainsi que les orientations propres à guider en matière de développement et de rénovation de l'éducation.

La conférence de Lagos a nettement réaffirmé la nécessité de rendre l'éducation plus pertinente par rapport au milieu culturel de l'enfant, en tirant parti des ressources des traditions africaines et de l'utilisation régulière ou permanente des langues africaines comme langues d'enseignement.


- Le séminaire sous-régional sur « l'utilisation de l'héritage culturel dans l'éducation », tenue du 29 septembre au 3 octobre 1980 à Freetown. Organisé sur la base de la Résolution 1/5.4/1 de la 20e session de la Conférence Générale autorisant le Directeur à poursuivre les activités relatives au renforcement des capacités nationales en matière d'élaboration des contenus de l'éducation. Ce séminaire a examiné, avec une attention très appliquée, les problèmes relatifs à la recherche, les critères de sélection et les méthodes de l'insertion des ressources culturelles et artistiques, dans les curricula et les activités extrascolaires.

A la lueur de ce qui précède, on constate ainsi l'intérêt que soulèvent, pour l'UNESCO, les recherches et les réflexions sur les valeurs culturelles africaines en général et le besoin d'une pédagogie permettant leur insertion dans les systèmes d'éducation. La portée d'une telle préoccupation est à vrai dire considérable ; car c'est reconnaître du même coup, comme l'avait affirmé le Directeur Général de l'UNESCO, M. Amadou Makhtar Mbow à AFRICACULT, que « si la croissance économique est un facteur fondamental du développement, ce sont bien des choix d'ordre essentiellement culturel qui en déterminent l'orientation et l'utilisation au service des individus et des sociétés en vue de la satisfaction de leurs besoins et de leurs aspirations les plus légitimes »90(*).

Après ce point de vue de l'UNESCO, voyons les facteurs qui nous incitent à défendre la nécessité d'intégrer les valeurs traditionnelles dans le système éducatif actuel.

b. Les fondamentaux du système éducatif traditionnel

Notre étude sur les valeurs traditionnelles et leur insertion dans les systèmes d'éducation est menée, de prime abord, par l'affirmation de l'identité culturelle qui sert de fondement à la véritable indépendance nationale et au véritable développement socio-économique.

En effet, après cette analyse permettant de dégager l'ensemble de qualités suscitant la prise en compte des valeurs traditionnelles dans l'enseignement actuel, nous dégageons, en résumé, quatre aspects caractéristiques majeures du système éducatif traditionnel qu'il faille capitaliser ; il s'agit de : l'efficacité, l'intégration, la gratuité et la continuité.

A. Efficacité :

Ce système est très efficace car l'enfant apprend, en étant dans son milieu de vie, tout ce dont il a besoin de savoir pour remplir, par la suite, ses fonctions d'adulte. A l'issue de l'initiation par exemple, tout le monde s'aperçoit vite de la transformation physique, psychologique, sociale...des néophytes, car leurs activités de la formation font partie plus généralement des activités ou des processus de transformation des individus. Elles sont, de ce point de vue, à ranger avec d'autres pratiques, telles que par exemple le travail social « dont le but est la modification des comportements d'une population sur le plan de la vie quotidienne »91(*).

A l'école d'initiation, renchérit EKWA92(*), l'adolescent apprenait les secrets de techniques ; mieux encore, il s'élevait en sagesse et comprenait la loi intime du travail, la loi de l'homme qui, par sa peine, construit son propre destin, collabore à la création...L'éducation traditionnelle était le bien commun de toute la société et nul enfant n'en était privé. Son emprise était totale, ses contraintes efficaces.

C'est le contraire de l'éducation moderne qui pose de sérieuses difficultés en retirant les enfants de leur société habituelle et en leur inculquant des valeurs et des connaissances qui rendent leur réintégration difficile. Par exemple à l'époque coloniale, l'existence des salles de classe communiquait clairement aux élèves le message qu'il est plus respectable d'être assis dans un bureau que de gagner sa vie par un travail manuel.

B. intégration :

Le système éducatif traditionnel remplit, comme il se doit, l'obligation d'assurer l'éducation à tous les membres de la communauté, sans distinction de sexe ; tandis que l'Etat moderne qui prône « l'éducation pour tous » est incapable de garantir l'éducation à tous les enfants congolais.

Même si l'enseignement traditionnel comprend des tâches difficiles et des épreuves très dures, tous les enfants formés font partie, à part entière, de la société, c'est dire qu'ils sont valablement intégrés dans la communauté.

C. Gratuité :

Rappelons que dans le système éducatif moderne, les frais de scolarité et autres coûts de la scolarité privée sont considérés comme un obstacle pour de nombreux enfants, incapables d'accéder au primaire et d'aller au terme de ce cycle.

C'est pourquoi, l'abolition progressive des frais de scolarité à l'école primaire fait parti des mesures phares pour améliorer le taux de scolarisation et de participation. La constitution le prévoit en son article 43 : « ...l'enseignement primaire est obligatoire et gratuit dans les établissements publics. »93(*)

Par ailleurs, malgré cette mesure, les autres coûts de l'éducation que sont notamment les manuels, les uniformes, le transport, etc. demeurent particulièrement lourds en R D Congo où la pauvreté impose de douloureux arbitrages aux familles et aux ménages, qui doivent décider combien d'enfants scolariser, lesquels et pour combien de temps.

Ainsi, parallèlement à ce qui est dit ci-haut, L'éducation traditionnelle est gratuite, pas de frais à payer pour en bénéficier à tous les niveaux. Ceci garantit une éducation de qualité, accessible à tous tout en permettant son amélioration. En effet, pour nous, l'éradication de l'analphabétisme qui est un devoir national, ne pourra être effective qu'en s'inspirant du caractère gratuit qu'offre le modèle traditionnel.

D. Continuité :

La continuité de l'éducation dans le système traditionnel s'observe par la prolongation, sans interruption, de la formation des apprenants pendant toute leur vie en participant activement à divers travaux pour la communauté.

Au village, l'éducation des néophytes ne s'arrête pas à la sortie de l'initiation. Ici, ledit système se marie valablement avec le nouveau courant de la formation permanente ou continue qui consiste à assurer la formation des adultes tout au long de leur vie, tant au milieu professionnel qu'en dehors de celui-ci.

Cette formation permet aux apprenants de s'adapter aux nouvelles possibilités de transmission et d'acquisition du savoir qu'offre l'accès aux technologies de l'information et de la communication (TIC) afin d'accélérer l'adaptation des systèmes d'éducation et de formation dans une société caractérisée par « l'internationalisation » de la connaissance.

* 90 M. KOUROUMA, « les valeurs traditionnelles pour un contenu endogène de l'éducation », in Ethiopique  n°31, 3ème trimestre, 1982, p.12

* 91 J.M., BARBIER, l'évaluation en formation, PUF, Paris, 1994, p.14

* 92 EKWA bis ISAL MARTIN, Op.Cit.,p.23

* 93 Cfr Art 43 de la Constitution de la RDC

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