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Du droit de résistance aux abus de pouvoir: une lecture du "second traité du gouvernement civil" de John Locke

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par Victor SETIBO BATUZOLELE
Faculté de philosophie Saint Pierre Canisius - Bachalauréat en philosophie 2002
  

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0. INTRODUCTION GENERALE

0.1. Point de départ

Nous vivons dans un monde qui a connu et qui connaît encore d'énormes mutations. Point n'est besoin de rappeler les différents progrès réalisés dans plusieurs domaines. Le travail intellectuel et technique a conduit à de grandes réalisations scientifiques et technologiques. L'homme, animal raisonnable, use de sa raison pour rendre sa vie plus agréable. En même temps qu'il fait preuve de raison, l'homme pose aussi des actes irrationnels qui le déshumanisent. C'est pourquoi, aujourd'hui encore dans notre monde, bien des défis restent à relever, bien des questions demeurent sans réponses.

Des hommes, en plusieurs endroits du globe, se demandent encore et réfléchissent sur des systèmes politiques à mettre en place pour faciliter une répartition équitable des biens communs. Au niveau socio-politique, les problèmes de justice, de droits de l'homme, d'égalité, de liberté et de paix se posent avec acuité. Ces réalités nous sont familières. Bien sûr, pas mal de choses ont évolué dans le bon sens ; beaucoup de solutions ont été déjà apportées aux problèmes socio-politiques. D'importantes réflexions ont été menées et sont encore en train d'être menées pour juguler les crises de pouvoir. Bien entendu, pour parler comme Eric Weil, « pour nous et aujourd'hui des problèmes existent et le temps de la pensée n'est pas révolu1». Voilà pourquoi nous voulons penser notre situation, réfléchir sur nos problèmes ; car le visage du monde actuel n'est pas aussi glorieux que d'aucuns le croient. La solution apportée à un problème donné, engendre d'autres problèmes, ainsi de suite. Même des questions qui semblaient avoir été dépassées continuent à se poser ; du moins, elles ressurgissent de façon remarquable et attendent des réponses.

Les crises de pouvoir, nous les connaissons autant que les ont connus nos prédécesseurs ; nous y réfléchissons, autant qu'ils y ont réfléchi. Seulement, nos réflexions sont enrichies par les leurs. Nous profitons de leur expérience pour construire et faire la nôtre. De nos jours comme jadis, des hommes ploient encore sous la domination des pouvoirs absolus arbitraires. Pour de longues années, vivant sous des régimes totalitaires et dictatoriaux, ils assistent, parfois impuissants, aux abus de pouvoir et à des violations flagrantes de leurs droits les plus élémentaires. Les valeurs telles que la justice, l'égalité, la liberté sont foulées aux pieds dans plusieurs coins du monde. Ceci entrave tout accès au bien

1 Eric WEIL, Philosophie Politique, Paris, Librairie philosophique J. Vrin, 1971, p. 94.

être et refuse aux hommes tout droit à une vie digne et descente. Voilà donc ce qui se vit aujourd'hui dans notre monde marqué par la post-modernité.

C'est ainsi que les questions brûlantes d'hier, encore valables aujourd'hui et de plus en plus complexes, ne peuvent nous laisser tranquilles ; nous ne pouvons nous faire bonne conscience sans les avoir prises en compte dans nos réflexions, sans en avoir fait nos problèmes et nos préoccupations.

Sans aucune prétention de vouloir résoudre tous les problèmes du monde dont les enjeux nous échappent pour la plupart, et vu leur complexité, nous voulons jeter un regard critique sur les abus de pouvoir qui sont, à notre humble avis, parmi les causes majeures des misères dans le monde. C'est à juste titre que la présente réflexion s'oriente sur ce que John Locke2 pense du droit de résistance aux abus de pouvoir. Et la thèse fondamentale sur laquelle s'appuie cette investigation s'énonce de la manière suivante : « Le peuple reste le juge suprême de la façon dont les gouvernants remplissent leur mission. Ceux-ci ne sont que des députés du peuple qui peuvent être renvoyés s'ils faillissent à leur mission3 ». Dès lors, il reste à savoir pourquoi les peuples ne se lèvent pas toujours pour réclamer leurs droits à la vie, au bien être, au bon traitement, à la liberté et à la sécurité en cas d'abus de pouvoir. Pourquoi ne disent-ils pas toujours non à l'oppression et à la violence ?

2 John Locke, Philosophe, humaniste et médecin anglais, est né près de Bristol en août 1632 et est mort à Oates en 1704. Sa famille représente bien le milieu puritain, le monde de petits propriétaires, attachés à la loi divine et aux droits nouveaux des entrepreneurs, qui aura raison de la monarchie absolue. Il succède à Hobbes comme figure dominante de la philosophie anglaise du XVIIième Siècle. Comme son prédécesseur, Il se trouvera confronté à la crise de pouvoir politique. Rappelons que la réflexion philosophique de Hobbes fut alimentée, en ce siècle si troublé, par la première révolution anglaise, dont les causes étaient le conflit du Roi et du Parlement et la guerre civile, à partir de 1640. En 1649, le roi Charles Ier était condamné à mort et exécuté, la République proclamée, et quelques années plus tard, Cromwell devenait Lord Protector. Etaient alors en jeu les questions de la survie et de la nature même de l'Etat, face au conflit de compétence des différents pouvoirs, au bouleversement des institutions et à la prolifération des sectes religieuses qui opposaient la parole et la loi divine à la politique. Depuis la Restauration, en 1660, le contexte a changé, il s'agit maintenant, moins de fonder la légitimité de l'institution de l'Etat et de démontrer les avantages du régime monarchique, que de définir les droits attachés au pouvoir politique, de réorganiser la monarchie en insistant sur le devoir du magistrat et les normes qui doivent régir le bon fonctionnement de l'institution publique. Au pouvoir absolu de Jacques II, successeur de Charles I, fera place après la seconde révolution en 1688, une monarchie constitutionnelle dont Locke sera le théoricien. Publiés en 1690 et présentés par John Locke comme une apologie de la « glorieuse Révolution » de 1688, les Deux traités de gouvernement Civil sont d'abord connus comme une des plus rigoureuses critiques de la monarchie absolue dont le refus est fondé sur l'idée de la nécessaire subordination de l'activité des gouvernants au consentement populaire.

3 John LOCKE, Second Traité Du Gouvernement Civil, § 240, p. 324-325.

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