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Quelle est la génération de suisse romande la plus propice au tourisme durable?

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par Julie Porchet
Ecole hôtelière de Lausanne  - Bachelor of Science in International Hospitality Management 2013
  

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Introduction générale 

Suite à la récente récession économique qui a impacté la majorité des pays ainsi que bon nombre de secteurs économiques, l'un de ces derniers reste néanmoins en croissance: le secteur du tourisme et du voyage.

Selon les données de L'OMT (2011), le secteur du tourisme et du voyage demeure dans le trio de tête des industries générant les plus grandes contributions aux PIB mondial, toutes industries confondues.Il représente 9% du PIB mondial et contribue à hauteur de US$6 milliardsà l'économie globale(Travel & Tourism, 2011). (Voir graphique ci-dessous).

(Travel & Tourism, 2011)

On note également que le nombre de voyageurs, 435 millions en 1990, s'est élevé jusqu'à 940 millions en 2010, traduisant la considérable expansion de ce secteur. Les prévisions de Travel et Tourism (2011) supposent que ce chiffre atteindra 1.6 milliard en 2020, et donc un important potentiel de croissance futur. Ces données ne représentent pas le tourisme domestique, qui lui est d'habitude beaucoup plus élevé que le tourisme international pour les pays de l'OCDE (OCDE, 2010). L'importance de ce secteur se manifeste également par le nombre de travailleurs qu'il emploie. En effet, le tourisme représente 260 millions d'emploi,représentant près d'un travailleur sur douze de par le monde (Travel & Tourism, 2011).

Malgré la récente crise économique, les révoltes politiques dans certains pays arabes, et les multiples catastrophes naturelles, le flux de voyageurs ne diminue pas. En effet, selon la thèse de Leksakundilok (2004) «Whenever there is an economic crisis, tourism seems to be a knight in shining armour with the ability to solve the economic problems of many countries», l'industrie du tourisme est en perpétuelle croissance. Ce n'est que lors de la période qui a suivi les événements du 11 septembre 2001, qui ont eu une grande incidence sur le secteur, que celui-cia réalisé une croissance négative de -1.3%. De nos jours, les consommateursprivilégient les loisirs et les voyages aux dépens du travail. Selon l'OMT (2013) on constate une réduction des heures de travail et une augmentation du temps libre.

Bien que le tourisme apporte de nombreux bénéfices en termes économiques, sociaux ou encore environnementaux,les impacts négatifs sont devenus considérables. Les principales incidences négatives du tourisme traditionnel affectent plusieurs sphères mais principalement les aspects culturels et sociaux (El Alaoui, 2006). En effet, le tourisme provoque :

- le déplacement de population pour la construction d'infrastructures touristiques,

- le non-respect des droits des travailleurs (travail forcé ou non-payé),

- l'instrumentalisation de la population,

- la perturbation des structures organisationnelles et des modes de vie,

- l'augmentation du coût de la vie,

- l'adaptation et également l'altération de la pratique des traditions et coutumes locales.

- De plus, il ne faut pas omettre les graves dommages sur la population dans les pays où se développe le tourisme sexuel impliquant laprostitution infantile ou adulte. (El Alaoui, 2006)

Un autre élément est «La fuite des revenus» (O'Grady, 2008), notion exprimant les inégalités relatives aux retombées économiques, implique que les grandes structures internationales profitent du tourisme au détriment des structures locales. En effet, 70-75% des dépenses des voyageurs bénéficient aux entreprises multinationales, au détriment des structures locales (O'Grady, 2008). Pour illustrer ceci, il a été mesuré que la part des recettes mondiales de l'Afrique sub-saharienne entre 1975 et 1995 a chuté de 40%, passant de 3,1% à 1,9%, tandis que le nombre d'arrivées de touristes a été maintenu en hausse durant cette période (Delisle & Jolin, 2007). De plus, selon la Banque mondiale, 55% des sommes dépensées par les touristes profitent aux pays émetteurs et non récepteurs. Il existe également de multiples autres fuites ; Par exemple lesrétributions salariales des personnes non-locales, les importants revenus réalisés par les tours opérateurs, les agences de voyages et les compagnies aériennes(Hudman, 1980)(Weaver & Lawton, 2002).

Finalement, les impacts environnementaux deviennent de plus en plus considérables, voire alarmants. En effet, le tourisme contribue très largement à la pollution des eaux et de l'atmosphère, à la destruction des paysages, à la perturbation de la faune et de la flore, à la surconsommation en eau et à l'émission de déchets supplémentaires.

Le tableau ci-dessous regroupe les problèmes environnementaux détectés par les touristes en 2001 : (OFS, 2002).

Que ce soit la pollution induite par le tourisme, ou l'altération des sites historiques et naturels afin de satisfaire àla réalisation de nouveaux complexes hôteliers, ces dégradations du patrimoine posent une interrogation quant au poids des conséquences négatives relatives à la création d'infrastructures touristiques. Pour expliciter cela, on peut citer l'exemple de la construction de plus de 20 terrains de golf au Maroc, nécessitant chacun un apport de 6500m3 d'eau par jour dans un pays souffrant d'une sécheresse chronique (El Alaoui, 2006).

Au vu de ces faits, on observe actuellement une réelle prise de conscience dans le secteur touristique et une nécessitéd'opérer une mutation du secteur afin de prendre en compte les aspects économiques, sociaux et environnementaux.

Depuis plus de 30 ans, de nombreuses associations religieuses, humanitaires ou écologistesse mobilisent pour dénoncer ces méfaits et ainsipromouvoir des solutions pour un tourisme responsable et durable. C'est donc depuis les années 70 que l'intérêt pour la préservation de l'environnement s'accroit, notamment grâce à une prise de conscience suite aux catastrophes écologiques tels que la destruction des forêts, les changements climatiques, ou encore Tchernobyl(Céron & Dubois, 2000).

En réponse à ceci c'est en 1987 que la Commission mondiale sur l'environnement et le développement durable établit la définition du développement durable: «Répondre aux besoins du présent sans compromettre la possibilité pour les générations futures de satisfaire les leurs» (PNUE, 2006). Ensuite, en 1992, lors du Sommet de la Terre de Rio,organisé par la conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement, 182 états ont débattu sur les plans d'actions mondiaux quant au développement durable(El Alaoui, 2006).

En 1995,l'Organisation Mondiale du Tourisme et le programme des Nations Unies pour l'environnement intègre la notion de tourisme durable,notamment grâce à la création de la charte de Lanzarote(Ministère Français, 2005).Le soutien de 189 pays vient s'ajouter à ce mouvement grâce au «Millennium Development Goald» conclu en 2000. Cet accord mondial se base sur 8 buts dont l'éradication de l'extrême pauvreté et de la faim ainsi que la promotion du développement durable, intégrant donc les objectifs du tourisme durable(UNWTO, 2010).

Ces initiatives ont par la suite été soutenues lors du Sommet mondial du développement durable de Johannesburg en septembre 2002, et ont amené le lancement par l'OMT du programme «ST-EP de réduction de la pauvreté par le tourisme durable»(DgCiD, 2006). Ces mesures sont également supportées depuis 2005 par le ministère des Affaires étrangères françaises et européennes(Ministère Français, 2005).

Enfin, c'est en 2008 que le Global Sustainable Tourism Council (GSTC) voit le jour. GSTC est un regroupement de plus de 50 organisations à travers le monde(dont the UNEP, the UNWTO ou encore the United Nations Foundation)dans le but de constituer des critères internationaux relatifs au tourisme durable(GSTC, International Standards). C'est ensuite que fut établit «The Global Sustainable Tourism Criteria» autour de quatre thèmes(GSTC, 2013):

1. La planification durable efficace

2. La maximisation des avantages économiques et sociaux pour la communauté locale 

3. La valorisation du patrimoine culturel

4. La réduction des impacts négatifs pour l'environnement.

(Voir Annexe 1 : Critères mondiaux du Tourisme durable)

Ces mouvements sont encouragés par de nombreuses organisations mondiales telles que l'UNESCO,la Banque interaméricaine de développement, l'Union Européenne et de multiples associations touristiques(AFD, 2008)(Ministère Français, 2005).

Suite à ces actions internationales et aux nombreux changements sociétaux, le tourisme alternatif dit durable est apparu. Il se décline au travers du tourisme intégré, de l'écotourisme, du tourisme communautaire mais aussi du tourisme responsable, solidaire et/ouéquitable.

Suite à cette mise en situation de cette recherche, une définition du tourisme durable et un profil trois générations vont être présentés.

Revue de la littérature

Le tourisme durable:

Le tourisme durable se différencie du tourisme de masse sur de nombreux points, ceci afin d'assurer sa pérennité dans les années à venir. En effet, selon Butler (1990), il existe 4 principales différences entre le tourisme de masse et le tourisme durable:

· Le tourisme de masse se caractérise par la rapidité de son développement avec comme principal but le retour sur investissement. Entre autre, il ne se préoccupe pas de ses impactssociaux ou environnementaux. Le tourisme durable quant à lui, préconise un développement plus lent, induit par les nombreuses caractéristiques auxquelles il s'attache. Ce dernier demeure très sensible aux besoins des locaux tant au niveau environnemental que social. Il ne néglige pour autant pas les aspects économiques.

· Les voyages de grands groupes passant de sites en sites avec un emploi du temps limité, maintenant une distance constante avec la population locale représente le mode touristique des voyages de masse. Les voyageurs du tourisme durable sont,quant à eux,en groupe plus restreintet sont à la recherche d'un long séjour dans une même région. Ils s'efforcent de s'intégrer à la population locale et participentàdes activités enrespectant la culture locale.

· Le tourisme de masse, rythméau gré des saisons, a besoin de constantes publicités et promotions pour attirer la clientèle dans les grandes chaînes hôtelières prédominantes. Le tourisme durable,lui, prend place à tout moment de l'année. Il peut être plus attractif en basse saison, car la présence des touristes est moins importante. Bien entendu, ce sont les entreprises locales qui sont les plus recherchées par ce type de visiteurs.

· Les stratégies de développement et leurs butssont aussi opposés. le tourisme de masse s'implante dans toutesles régions,qu'elles possèdent ou non des infrastructures touristiques. Les agencesachètent les terres, puis développent la région tout en modifiant sa nature. Le tourisme prend alors une place dominante dans la région et engendre le déclin des structures traditionnelles locales (fermiers, Bed & Breakfast ou structures locales). A contrario, le tourisme durable demande une plus grande planification, etprend en compte tous les éléments locaux (industries, normes, mode de vie). Le tourisme devient alors une aide au développement, et reste une industrie complémentaire aux autres déjà présentes, afin d'assurer la préservation du mode de vie établi(Butler, 1990).

Le dessein du tourisme durable est de maîtriser les impacts qu'il engendre, afin d'en tirer un maximum de bénéfices pour tous. Il repose sur 3 piliers fondamentauxparfaitement synergiques, qui assurent et préservent la viabilité sur le long terme.

(Euromonitor, 2012)(Ziene, 2009).

Ces objectifs varientselon les régions, le secteur touristique etle managementlocalement mis en place(Swarbrooke, 1999).

D'autres théoriesplus circonstanciées,expliquent que le tourisme durable repose sur 8 principes:

· Un patrimoine et un environnement unique 

· Une préservation et protection de la qualité des attraits

· Un développement de nouveaux attraits locaux

· Une expansion des opportunités économiqueset un enrichissement culturel

· Un développement des services locaux

· Un usage du marketing pour la communication

· Une amélioration des éléments existants afin d'éviter leur destruction

· Une limitation de la consommation en énergie.

(Rosenow & Pulshiper, 1979)

Selon l'OMT,le tourisme durable peut être défini comme étant "Un tourisme qui tient pleinement compte de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux actuels et futurs, en répondant aux besoins des visiteurs, des professionnels, de l'environnement et des communautés d'accueil"(UNWTO, 2013).

Plus précisément, le tourisme durable s'engage à:

· Faire un usage optimal des ressources environnementales

· Préserver les processus écologiques essentiels

· Contribuer à la conservation des ressources naturelles et de la biodiversité

· Respecter l'authenticité socioculturelle des communautés d'accueil

· Conserver leur patrimoine culturel bâti et vivant, ainsi que leurs valeurs traditionnelles

· Contribuer à la tolérance et à la compréhension interculturelle

· Garantir des activités économiques viables sur le long terme en apportant à tous les acteurs des retombées socio-économiques équitablement réparties (notamment des possibilités d'emploi et de revenus stables et des services sociaux aux communautés d'accueil)

· lutter contre la pauvreté.

(UNWTO, 2013)1(*)

L'OMT et le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) ont émis plusieurs objectifs quant à l'évolution future du tourisme:

· L'objectif principal est de baisser les impacts sur le réchauffement climatique. En effet, le tourisme est l'une desplus importante industrie mondiale. Elle a donc une incidence conséquente sur l'environnement. Selon les prévisions de l'OMT,le nombre d'arrivée internationale s'élèvera à 1,5 milliard d'ici 2020. Le tourisme étant actuellement responsable de 5,3 % des émissions de gaz à effet de serre(PNUE, 2006), les conséquences de cette potentielle croissance, risquent d'être dramatiques dans les prochaines années.

· Afin de lutter contre la pauvreté, le tourismedevra limiter les fuites de revenus, canaliser ou redistribuer les dépenses des touristes plus équitablement et rétribuer correctementles employés, en leur assurant notamment un emploi fixe (PNUE, 2006).

· Les revenus générés devraient préserver les richesses culturelles ou naturelles, ainsi que les traditions et les valeurs locales.

· La sécurité des touristes devrait être assurée et un accès systématique aux soins devrait également être garanti.

· Ci-dessous un graphique reprenant les 12 objectifs fixés par l'OMT et le PNUE en 2005 (PNUE, 2006) (Voir annexe 3 pour plus de précisions).

Le tourisme durable tient compte de toute la chaîne de valeur et peut avoir des impacts sur de nombreuses dimensions.C'est d'ailleurs précisément en raison de celles-ci qu'il est souvent confondu ou associé aux autres formes de tourisme alternatif tel que le tourisme responsable (Euromonitor, 2012).

Le schéma ci-dessous reprend d'autres formes de tourisme alternatif et permet de comprendre le mécanisme qui conduit à cette confusion :

(Charbonneau, 2008)

Le tourisme durable représenté par l'étoile au centre identifieles 3 dimensions principales qui le définissent. Les trois cercles entrelacés définissent les autres formes de tourisme sous-jacents: l'écotourisme se rattachant au pilier de l'environnement, le tourisme solidaire se rapportant quant à lui au pilier social,et enfin le tourisme équitable incorporant le pilier économique.

En Suisse, les investissements dits durables, sont déjà très présents. En effet, l'Environnemental Performance Index (EPI)place la Suisse en première position(EPI, 2012). L'EPI est un classement mondial de 132 pays qui indiquent leur performancepar rapport à des aspects environnementaux, la santé publique et la viabilité de l'écosystème.

On observe qu'en matière de tourisme durable, la Suisse se concentre sur 5 lignes directrices:

· Responsabilisation face à l'avenir

· Prise en compte équilibrée de trois dimensions: capacité économique, responsabilité environnementale et solidarité sociale

· Intégration du développement durable dans toutes les politiques

· Renforcement de la coordination entre les différentes politiques

· Mise en oeuvre d'un développement durable par le partenariat afin d'optimiser la cohérence (Confédération Suisse, 2010).

(Annexe : 4politiques environnementales de la Suisse)

De nos jours, le tourisme durable est un marché de niche et n'areprésenté en 2010 qu'un pourcent du tourisme total. Selon plusieurs publications, les principaux freins de cemode touristique pour les voyageurs sont l'image de voyages de luxe qui implique des coûts importants (Euromonitor, 2010)(TUI, 2010),l'incompatibilité avec la notion de vacances (déconnexion des devoirs, éthique, etc.), et le manque d'informations et d'offres disponibles(Atout France, 2010). De plus, comme le relève Aronsson (2000), le tourisme durable comporte un élément paradoxal et un défi singulier; la conciliation du développement et de la conservation Il est donc peu aisé de satisfaire tous ces éléments tout en pourvoyant aux besoins du touriste lui-même.

* 1 Voir annexe 2, pour plus de détails concernant la charte du tourisme durable.

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