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Le tableau de bord de gestion et la microfinance pour les femmes

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par Alaa Benhammida
HEC Montréal - M. Sc. Contrôle de gestion 2013
  

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Introduction

Dans les décennies qui ont suivies la seconde guerre mondiale, il était généralement admis que les plus démunis ne pouvaient avoir accès à des services financiers (McGuire et Conroy, 2000). L'Europe avait pourtant connu l'émergence de plusieurs systèmes, plus ou moins formels, de dépôts et de crédits collectifs au cours du 19ème siècle (Seibel, 2003). Depuis lors, la microfinance s'est de plus en plus imposée comme un outil clef pour la lutte contre le chômage, la pauvreté, ou encore l'exclusion sociale et financière (Commission Européenne, 2007). Des compagnies de service-conseil tentent même de standardiser un système de notation pour l'évaluation de la performance des IMF (Planet Finance, M-CRIL...).

Avant de pouvoir mesurer la performance des institutions de microfinance, il s'agit d'abord de définir celle-ci, et cet exercice ne semble pas évident comme le soulignent Nanayakkara et Iselin (2012). Nous pensons que le progrès et le développement du secteur de la microfinance passe par une meilleure gestion des ressources, et l'utilisation d'un système de mesure de la performance à l'interne peut être bénéfique dans ce sens. En effet, les institutions de microfinance poursuivent à la fois un objectif social à travers des

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programmes de lutte contre la pauvreté, mais elles doivent aussi gérer leur propre santé financière, et restent en grande partie subventionnées. À ce propos Lashley (2004) dit :

Par essence, la nature complexe de ce problème réside dans les parties prenantes qui ne définissent pas ce qu'on entend par une microfinance réussie. À moins que les gouvernements, les donateurs et les prestataires de microfinance ne puissent explicitement et stratégiquement définir la mission de la microfinance, le mouvement de la microfinance (...) continuera à patauger. Que signifie le terme « microfinance réussie »? Est-ce l'autonomie institutionnelle, la hausse des revenues durables au-dessus du seuil de pauvreté, ou un secteur de micro entreprises performant? Effectivement, il peut être toutes ces choses.

(Lashley, 2004 pg. 93)

Sur la scène publique, le microcrédit est au coeur d'une polémique qui remet en question son apport réel à la société, et aux pauvres plus spécifiquement. On critique, entre autres, le fait que les taux d'intérêts appliqués par les IMF sont beaucoup plus élevés que ceux du marché. Par exemple, aux Philippines, Fernando (2006) recense des taux d'intérêts de 30% à 70%, et Hamm (2008) parle même de taux d'intérêts dépassant les 100% annuels pour la banque Compartamos du Mexique.

D'un autre côté, ceux qui défendent l'emprunt aux plus démunis ne manquent pas de souligner le réel besoin de microcrédits dans la société actuelle. Dans le Rapport Annuel 2010 de l'Observatoire de la Microfinance (France, 2010), on peut lire que les statistiques du Fonds de Cohésion Sociale notent une augmentation d'environ 43% de la distribution de microcrédits personnels en France, après une augmentation de 55% en 2009.

De telles statistiques sont nombreuses et sont constatées partout où les initiatives de microcrédits existent. Dans son livre, A World Without Poverty, Mohamed Yunus (2007) explique le succès du microcrédit par le fait que ce système constitue le seul apport de capitaux formel d'une population démunie. L'auteur affirme, par ailleurs, que les taux d'intérêts du système informel sont plus grands que les taux appliqués par les IMF, et l'accès au crédit dans le système financier traditionnel est quasi inexistant (Yunus et

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Weber, 2007). L'emprunt auprès des IMF reste donc une alternative valable pour cette population, et les taux d'intérêts élevés permettent à ces banques de couvrir les coûts opérationnels et les risques engagés.

Néanmoins, les problèmes d'autosuffisance et de financement des banques constituent des difficultés majeures pour les acteurs de cette industrie, et ces problèmes nous intéressent particulièrement pour les fins de notre étude. Des études axées sur le développement de système de gestion pour le microcrédit sont peu nombreuses. Les études sur le terrain et les expériences sont certes innombrables, mais la littérature académique présente très peu d'études à ce sujet. En étudiant le Balanced Scorecard de Kaplan et Norton, nous avons fait l'hypothèse qu'un tel outil de gestion pourrait aider les IMF à mieux gérer leurs efforts et leurs coûts opérationnels.

L'objectif de cette étude est donc d'élaborer un système de contrôle de gestion de type Balanced Scorecard (BSC) afin de pouvoir établir un diagnostic fiable de la performance d'une IMF. Les évaluations externes peuvent coûter très cher pour une IMF, et les informations tirées de ces évaluations peuvent être très utiles afin de se situer dans l'atteinte de sa mission. Il est peu réaliste pour une IMF de faire appel à une agence externe de manière périodique. Le tableau de bord nous apparait donc comme un outil pertinent pouvant soutenir un bon contrôle à l'interne de l'institution. En effet, les gestionnaires d'IMF, comme ceux d'autres organismes sans but lucratif tels que des hôpitaux, sont contraints de devoir gérer la stabilité financière de leurs institutions en offrant un maximum de services à la population. Toutefois, la pression des besoins financiers les amène à en oublier la vision stratégique globale (Inamdar, Kaplan et Bower, 2002). Un tableau de bord de gestion permettrait de ne pas dévier de la raison d'être de l'IMF en divisant les objectifs stratégiques à long terme en plusieurs sous indicateurs de performance financiers et sociaux.

Enfin, nous nous intéressons aux cas spécifiques des institutions ciblant un marché féminin par intérêt personnel pour ces institutions. En fait, les raisons qui poussent ces IMF à élaborer une stratégie axée autour des femmes nous ont convaincu de centrer notre étude sur ce type d'institutions. L'emprunt à ces femmes a pour principal objectif de les rendre financièrement et socialement indépendantes (Cheston et Kuhn, 2002). Dans certains pays,

la structure sociale donne peu de liberté à la femme qui se trouve à avoir moins d'accès au crédit ou même à un emploi formel, mais qui se retrouve surtout avec un plus faible poids sur les décisions familiales que le mari (Pitt, Khandker et Cartwright, 2006). Au niveau d'un tableau de bord adapté spécifiquement aux IMF dont la stratégie est axée autour des femmes, la question se pose quant à l'influence qu'aurait une telle stratégie sur le tableau de bord en question : Quelles différences présenterait ledit tableau de bord par rapport à un outil similaire développé pour les institutions de microfinance en général? Ces adaptations sont-elles justifiées? Apportent-elles de l'information de gestion pertinente?

Une telle étude s'inscrit comme une adaptation de l'un des outils les plus modernes et les plus reconnus en matière de gestion de la performance financière. Pour développer notre modèle théorique de tableau de bord, nous commencerons par élaborer une revue de littérature en portant une attention particulière sur le modèle développé par Kaplan et Norton au début des années 1990. Alors que certains auteurs, comme Gumbus et Lussier (2006), font état du bénéfice que pourrait tirer une PME de l'utilisation d'un tableau de bord, d'autres critiquent le manque de flexibilité de l'outil (Voelpel, Leibold et Eckhoff, 2006).

Par la suite, nous développerons sur les caractéristiques importantes de l'industrie de la microfinance, en mettant l'emphase sur la demande actuelle d'un système financier adapté aux plus pauvres. Enfin, nous conclurons la revue de littérature sur les possibilités que présentent les deux éléments d'étude, afin de pouvoir présenter le tableau de bord retenu pour nos études de cas dans le cadre conceptuel au troisième chapitre.

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Revue de littérature

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