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Mourir au Burundi: gestion de la mort et pratiques d'enterrement (de la période pré- coloniale à  nos jours )

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par Emmanuel NIBIZI
Université du Burundi - Licence en histoire 2005
  

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I. 3. ATTITUDES DEVANT LA MORT

Devant la mort, les Burundais adoptent de nouveaux comportements dus à la croyance qu'ils attachent aux ancêtres, protecteurs des vivants. Mais cette croyance n'est pas restée sans connaître d'évolution. Depuis que le Burundi est pénétré par des Européens et d'autres personnes d'autres horizons, les Burundais qui avaient une seule attitude, celle léguée par nos grands-pères ont adopté plusieurs attitudes selon la religion que l'on pratique.

D'abord, disons qu'au point de vue émotionnel, l'homme est profondément angoissé et désorienté. Cette angoisse vient du fait que l'on a l'impression de s'acheminer vers l'inconnu35, il ne connaît pas le mode d'existence outre-tombe. C'est pour cela qu'on s'attache plus farouchement à la vie terrestre; le Murundi comme d'autres peuples lutte pour la protection de sa vie et le renforcement de tous les éléments périssables dont il résulte. Les manifestations de cet esprit de pérennité sont entre autres: les pleurs, le soutien apporté à la famille du défunt (kugarukirako), les

35. M. Mulago gwa Cikala, « La religion traditionnelle des Bantu et leur vision du monde », BCRA, Faculté de théologie

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qualificatifs donnés à la situation dure (Rwashenye irembo quand c'est le père de famille qui meurt), on est dans les moments difficiles ..., on se prive des activités rémunératrices (kugandara), ...

Ensuite, au niveau pratique, avec la mort il y a des comportements nouveaux. C'est la phase de deuil qui montre l'accent combien particulier entourant ce départ imprévu d'un être cher. Notons que la place que ce dernier avait au niveau social est tenue en considération. Prenons le cas du décès du roi, tout le pays était mis en deuil et toutes les activités créatrices étaient complètement arrêtées pendant un mois. Ainsi, il était interdit de s'adonner aux cultures et de forger le fer avant l'investiture du nouveau. Les hommes suspendaient leurs relations sexuelles et les taureaux étaient séparés des vaches, les bracelets étaient recouverts d'écorce, les activités habituelles devaient être modifiées. Ainsi, au lieu de baratter dans les instruments en courges (ibisabo), on utilisait des pots en argile. A la cour du roi, on ne ramassait plus la bouse des vaches. Bref, le monde était à l'envers, livré au chaos. On disait que le ciel s'était effondré (ijuru ryakorotse).36

En outre, le défunt est habillé pour qu'il ne soit pas nu dans l'au-delà. On dépose sur sa tombe des ustensiles, des objets familiers, ou bien on y apporte de la nourriture pour que le défunt puisse se nourrir!37

De manière générale, signalons que les attitudes changent au fur et à mesure qu'évolue l'homme.38 Avant, on observait un rituel coutumier qui est de plus en plus supplanté par un autre plus religieux dénoué de toute crainte. Ici, les enseignements religieux y jouent un grand rôle. Les chrétiens comme les musulmans recommandent des invocations, des chants devant un cadavre arguant que c'est pour lui préparer une place heureuse dans l'au-delà.

Donc, les destinations des morts, jadis terrifiantes (enfer, lieu destiné au supplice des damnés39) entraînant par conséquent des pleurs, ne sont plus douteuses mais consolantes. La mort chrétienne est associée au baptême et à l'eucharistie. Le jour de la mort est aussi appelé "dies natalis", c'est-à-dire jour de la naissance [à la vie

catholique, Kinshasa, 1980, p.48.

36. E. Mworoha, Peuples et rois de l'Afrique des Lacs, Les Nouvelles Editions Africaines, Dakar, 1977, p.282 37 . M. Mulago gwa Cikala, op. cit., p.48

38. P. Ariès, L'homme devant la mort, Paris, Seuil, 1977, p.13

39. Dictionnaire français, Ed. Françaises, Paris, 1995, p512.

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éternelle] : c'est l'accomplissement du baptême ou le passage de la mort à la vie avec le Christ.

En fin de compte, qu'on éprouve tel sentiment ou tel autre, face à la mort il y a une manifestation ultime du respect de la mort. Pour reprendre l'Ecclésiaste (VII, 2), mieux vaut aller à la maison de deuil que d'aller à la maison de banquet, parce que c'est la fin de tous les humains. Gardons l'aspect dogmatique de ces propos pour ne pas en commenter.

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