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Le développement de l'industrie musicale en Grande-Bretagne de l'entre-deux-guerres aux années Beatles : une trajectoire d'innovation globale?

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par Matthieu MARCHAND
Université Michel de Montaigne - Bordeaux III - Master Histoire 2012
  

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B/ Développement des premières revues spécialisées et mise en circulation des informations

À juste titre, il peut être intéressant de mettre à la lumière du jour l'impact de cette « révolution » en la confrontant à sa médiatisation par l'intermédiaire de la presse et des sociétés d'amateurs. L'aspect médiatique est essentiel car il s'insère au sein d'un réseau qui exige du disque une qualité artistique et des émotions esthétiques revues à la hausse avec

77 CHION, Michel, Musiques médias et technologies, Paris, Flammarion, coll. « Dominos », 1994, 121 p.

78 COLEMAN, Mark, Playback : from the Victrola to MP3, 100 years of music, machines and money, Cambridge, Perseus Books Group, coll. « Da Capo Press », 2003, p. 36.

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l'apparition de l'enregistrement électrique, et dont les firmes doivent rapidement tenir compte. L'essor des médias facilita d'une manière générale l'accès à l'arène public des interprètes. Aussi, avant l'édition de rubriques phonographiques dans les périodiques culturels plus généraux et les quotidiens, les revues professionnelles sont les premières à apparaître, répondant au besoin d'information des commerçants et, plus généralement, d'organisation du marché79. La mise en réseau de l'information commence dès 1903 : la Gramophone Company publie alors Gramophone News, surtout à destination des petits commerçants. La même année paraît également Talking Machine News and Record Exchange, jusqu'en 1935. Ces publications sont rapidement concurrencées par Talking Machine World (1911-1930) et The Voice (1917-1938). Pourtant, il faut attendre 1923, année où l'écrivain britannique Compton

Mackenzie fonde The Gramophone80, magazine qui s'intéresse à la qualité des disques et à l'actualité

phonographique, mais désormais à destination autant

des professionnels que des amateurs. Étrangement, Mackenzie n'était pas un partisan farouche de

l'enregistrement électrique, comme le montre l'un de

ses témoignages : « L'exagération des sifflantes dans la nouvelle méthode est abominable. Il y a souvent

cette dureté qui rappelle quelque-uns des pires excès du passé. L'enregistrement des choeurs de cordes est tout simplement atroce d'un point de vue impressionniste. Je ne souffre point d'écouter des symphonies sur un ton américain. Je ne veux pas de violons nasillards ni de clarinettes yankees. Je ne veux pas de piano qui résonne comme à un vulgaire comptoir de bar. »81

Mais de part sa pérennité (jusqu'en 1982) et en raison d'un lectorat élargi (critiques, industriels, mélomanes, etc.), The Gramophone occupe une place un peu à part. Son lancement est un pari audacieux puisqu'au début des années vingt, le statut culturel du médium phonographique est en voie de consolidation mais n'a alors rien d'acquis (il faut attendre pour cela le « boom » du marché du milieu de la décennie) : en réalité, l'idée de Mackenzie, déçu par la production de l'époque et surtout le manque d'informations

79MAISONNEUVE, Sophie, L'invention du disque 1877-1949 : genèse de l'usage des médias musicaux contemporains, Paris, Éditions des archives contemporaines, 2009, p. 205.

80 http://www.gramophone.co.uk/

81 OSBORNE, Richard, « De l'étiquette au label » in FRITH, Simon, LE GUERN, Philippe, et al., Sociologie des musiques populaires, Paris, Hermès science, Lavoisier, Réseaux : communication - technologie - société, Volume 25 - n° 141-142, 2007, pp. 87-88.

pertinentes pour s'y orienter, est de rassembler les voix les plus impliquées pour une démocratisation de l'écoute musicale de qualité82 par l'intermédiaire du phonographe, alors même que la radio naissante (la British Broadcasting Company ou BBC est fondée en 1922) pourrait constituer une concurrence inquiétante.

En effet, la radio rencontre un succès très rapide auprès du public, en partie pour des raisons financières : un poste est souvent moins coûteux qu'un phonographe, et il permet d'écouter ensuite, moyennant une faible cotisation, autant de musique qu'on le désire, alors que la machine parlante requiert en plus, pour qu'on ne s'en lasse pas, l'achat d'un minimum de disques 83 . La BBC disposait même d'un orchestre permanent, le BBC Symphony Orchestra, sous la direction depuis 1930 d'Adrian Boult, et qui attira l'intérêt des chefs d'orchestre/compositeurs les plus marquants d'Europe : Schoenberg, Webern, Stravinsky, Strauss ou encore Walter. Dans ce contexte, on comprend l'apparition d'une rhétorique de distinction du phonographe par rapport à la radio84, mise en avant par Mackenzie certes, mais surtout par les firmes qui se servent à juste titre des ajustements acoustiques permis par l'électricité pour pointer du doigt la qualité médiocre de la radio, qui requiert tout un arsenal de compétences pour parvenir à une audition relativement nette. Ce n'est qu'à partir du milieu des années trente que le poste de radio devient d'usage plus simple, requérant moins de bricolage et offrant un son de bonne qualité ainsi qu'une réception sans interférences.

En tout cas, l'entreprise lancée par Mackenzie est un franc succès puisque la revue atteint une diffusion stable de 12 000 exemplaires mensuels à la fin de la décennie. Dans ce sillon ouvert, d'autres magasines apparaissent comme The Gramophone Record, lancé en 1933 ou encore E.M.G., à partir de 1930. On observe également une floraison de rubriques discographiques dans les journaux généralistes : le mouvement part du Times en 1924, pour se propager au Daily News, au Daily Herald, au Daily Telegraph en 1925 puis, en 1936, le Daily Mail, le Morning Post, le Daily Mirror, le Spectator et le Star85. La liste est fastidieuse mais elle révèle un fait primordial : la multiplication des rubriques et leur nature (comme leur lectorat) témoignent de l'existence d'une demande couvrant toutes les classes de la population. Le marché se diversifie autant qu'il croît. En parallèle, le discours des magasines se peaufine puisque d'un simple inventaire des nouvelles publications on passe à l'invention d'une critique phonographique inspirée de la critique littéraire. Cette professionnalisation de la

82 The Gramophone, avril 1923, vol. I, n° 1, p. 1.

83 MAISONNEUVE, Sophie, op. cit., p. 212.

84 Cf. BOURDIEU, Pierre, La distinction : critique sociale du jugement (1979).

85 Idem, pp. 210-211.

critique, avérée autour de 1930, s'appuie également autour d'une communauté d'amateurs qui font de leur discours un élément d'analyse révélateur des nouvelles catégories d'appréciation qui n'auraient jamais pu naître sans l'apport de l'électricité : qualité de l'enregistrement, interprétation, etc. Si ces catégories témoignent d'une certaine érudition musicale que seuls les mélomanes peuvent atteindre, la dynamisme de la revue Gramophone donne une assez bonne connaissance des milieux les plus impliqués ; en 1931, une enquête révèle que le lectorat de la revue appartient non plus seulement aux classes supérieures mais aussi largement aux classes moyennes : sur 460 répondants, on trouve 102 enseignants, 72 salariés, 64 employés de bureau ou vendeurs (« clerks »), 51 techniciens, 39 juristes ou docteurs, 38 fonctionnaires86. Conjointement, la présence récurrente de lettre d'ouvriers ou de petits employés dans les colonnes de la revue pour faire part de son expérience est également un bon indice de l'accès nouveau de ces catégories de population au médium87 même s'il reste difficile au final d'établir un panorama précis sur l'ensemble de la population anglaise88.

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