WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Le développement de l'industrie musicale en Grande-Bretagne de l'entre-deux-guerres aux années Beatles : une trajectoire d'innovation globale?

( Télécharger le fichier original )
par Matthieu MARCHAND
Université Michel de Montaigne - Bordeaux III - Master Histoire 2012
  

précédent sommaire suivant

C/ Musique savante et studio

313 Les exemples les plus célèbres sont le final de « Itchycoo Park » des Small Faces (1967), la version de « You Don't Love Me » de Bloomfield, Kooper et Stills ou « Pictures of Matchstick Men » de Status Quo (1968), qui évoquent le décollage d'un avion à l'origine du nom de skying.

Dernier point, les ressources du studio ne furent pas uniquement mises au point pour la musique populaire, mais servit également pour la musique savante et purement expérimentale. David Bedford, par exemple, adopta avec enthousiasme la notion spatiotemporelle et les techniques vocales et instrumentales de John Cage dans sa Music for Albion Moonlight (1965). Ses 18 Bricks Left on April 21st pour deux guitares électriques (1967) se terminent par une improvisation de cinq minutes qui n'utilise qu'un feedback électrique. Roger Smalley et Tim Souster étudièrent tous les deux avec Karlheinz Stockhausen ; leur ensemble Intermodulation, fondé à la fin des années soixante, explora l'interaction entre électronique et improvisation. L'oeuvre de Smalley, Pulses for 5 × 4 Players (1969), utilise une notation qui accorde un haut niveau de liberté aux musiciens dont les sons sont électroniquement modifiés en studio314. Car si peu de compositeurs anglais n'ont atteint l'avant-gardisme visionnaire de Stockhausen, Krzysztof Penderecki, Steve Reich ou Witold Lutoslawski, il n'empêche que la musique expérimentale fut accueillie avec enthousiasme et, fait original, fut largement diffusée grâce à la BBC et son controller of music (directeur de la musique) William Glock qui se tenait au courant des idées avant-gardistes venues du continent, tout en maintenant une certaine idée de la tradition. Paradoxalement, c'est par le concert que le public s'enticha pour ces années de découvertes : Pierre Boulez, figure de la musique dite « concrète », dirigea pour la première fois le BBC Symphony Orchestra en 1964 et assura les premières britanniques, européennes ou mondiales d'oeuvres représentatives des compositeurs les plus importants de l'époque : Stravinsky, Carter, Holliger, Maderna, Stockhausen, Ligeti, Globokar, Berio, Zimmermann et Messiaen315.

II/ Du single au « concept album »

On l'aura compris, toutes les ressources du studio d'enregistrement sont mises à contribution afin de créer une véritable oeuvre en soi, où rien n'est laissé au hasard. Forgé par le sociologue Bennett que j'ai déjà évoqué, le concept de recording consciousness, bien que difficile à traduire, est significatif d'une tendance du recording à se diffuser dans la plupart des espaces où se joue la musique populaire. Autrement dit, le mode d'organisation du studio et ses technologies de pointe sont transportés par les musiciens dans les équipements, les

314 CROSS, Jonathan, « Compositeurs et institutions en Grande-Bretagne » in NATTIEZ, Jean-Jacques (Dir.), Musiques : une encyclopédie pour le XXIe siècle, Paris, Actes Sud / Cité de la Musique, 2003, Tome I, Musiques du XXe siècle, p. 584.

315 Idem, pp. 582-583.

instruments, les studios de répétition et la scène316, même si ce dernier aspect paraît moins évident en raison de la volonté des artistes qui, précisément, s'approprient la technologie du studio pour envisager un disque qu'il va être difficile d'interpréter sur scène. Chaque face de disque est en effet conçue comme un tout incorporant un panel d'artifices sonores qui vont lui donner une cohérence appropriée, tandis que la place des morceaux et les enchaînements y sont particulièrement soignés. Le pic artistique est pour beaucoup considéré lors de la parution en juin 1967 du mythique Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles. Premier véritable « album concept », il est le fruit de plus de neuf cents heures de production, que George Martin a pu pleinement mettre à profit depuis son départ de Parlophone, pourtant devenu le sous-label d'EMI économiquement le plus rentable, et avec la création en 1965 de l'Associated Independent Recording (AIR), en compagnie de John Burgess et de

Peter Sullivan317. Attention à ne pas trop surévaluer la prééminence du travail de George Martin sur les Beatles ; c'est en effet parce qu'il laissa l'autonomie de créativité à la paire de musiciens Lennon/McCartney que leurs disques eurent autant d'impact. À aucun moment Martin refusa que ses poulains ne touchent à des instruments, à la différence de Joe Meek et des producteurs américains, dont les commanditaires et la nécessité d'engranger des tubes « à la chaîne » étaient un moyen de pression). Le célèbre producteur n'avait aucun doute des talents du groupe qu'ils ont fait mûrir sans la pression du commerce, et ce grâce à une solide culture musicale acquise en écoutant sur les gramophones portables (v. fin du Chapitre 5) des disques américains. Le rôle de Martin fut avant tout de guider et de confirmer des choix esthétiques ; en aucun cas il ne les créait vraiment.

précédent sommaire suivant











9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.



Visitez Arcy sur Cure

Camping du Saucil a(Villeneuve sur Yonne)