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Le développement de l'industrie musicale en Grande-Bretagne de l'entre-deux-guerres aux années Beatles : une trajectoire d'innovation globale?

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par Matthieu MARCHAND
Université Michel de Montaigne - Bordeaux III - Master Histoire 2012
  

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B/ La modernisation des équipements

Parmi les innovations principales qui ont conduit à la réussite commerciale, le studio se modernise et renouvelle dans un premier temps son parc de consoles d'enregistrement, d'abord aux États-Unis : Pete Townshend (leader du groupe The Who) s'émerveille ainsi en visitant le studio Gold Star de Hollywood309. Ce dernier, dont l`agencement scientifique

308 WARNER, Simon, « Genre et esthétique dans les musiques populaires » in DAUNCEY, Hugh, LE GUERN, Philippe (Dir.), Stéréo : sociologie comparée des musiques populaires : France/G.-B., Paris, Irma éditions, Puceul, Mélanie Séteun, coll. « Musique et société », 2008, p. 185.

309 RUFFAT, Guillaume, ARCHAMBAUD, Cyrille, LE BAIL, Audrey, Révolution musicale : les années 67, 68, 69 de Penny Lane à Altamont, Marseille, Le mot et le reste, 2008, p. 52.

permet pour la première fois de retravailler le son au mixage, fut le lieu dans lequel le wall of sound de producteur américain Phil Spector fut expérimenté : une prise de son est réalisée par un groupe important de musiciens, puis le signal est retraité dans une chambre d'écho disposant rapidement de panneaux anti-bruits (à l'époque une cave munie d'enceintes dont le son réverbéré est capté par des micros placés en fonction de la source vers laquelle ils sont orientés). Le résultat donne une puissance unique pour un enregistrement monophonique310. L'homologue britannique à Spector, qui nous intéresse davantage, se nomme Joe Meek. Usant quant à lui pour la première fois de la compression dynamique (réduction des différences entre les niveaux les plus faibles et les plus forts), elle lui permet l'obtention d'une puissance sonore remarquable à chacun des enregistrements. Bricoleur de génie qui fabrique ses propres consoles, perfectionne ses effets, il insère régulièrement des bruits divers dans ses enregistrements, et n'hésite jamais à bouleverser les placements des micros ou à remplacer des éléments de batteries par des objets pour obtenir des sons inédits. Malgré l'échec du label Triumph Records qu'il avait créé en 1960, Meek installe son propre studio au 304 Holloway Road à Islington (Londres) dont lequel il conçoit une série de succès : « Johnny Remember Me » de John Leyton, « Have I the Right » des Honeycombs et, probablement son titre le plus connu, « Telstar » des Tornadoes (1962) : un instrumental révélateur de la musique sur bande qui pouvait désormais être méticuleusement travaillée avant d'être transférée sur disques. Il fut réalisé avec des bandes enregistrées par le groupe sur lesquelles Meek rajouta de nombreux effets et un clavioline pour donner un son très énergique311. Profondément paranoïaque, toujours inquiet de se faire voler ses innovations, Joe Meek finit par se suicider en 1967. Son travail marque de façon représentative d'une part la fin de la pièce unique, où les musiciens jouaient quasiment en direct au début de la décennie, et d'autre part la possibilité de retravailler le son au mixage grâce à de nouvelles gammes d'amplificateurs.

À ces modernisations d'équipement s'ajoute l'apparition d'un nouveau matériel qui contribue à élargir l'appareil sonore. Par exemple, la pédale wah-wah, destinée à la guitare,

310 On peut trouver des exemples intéressants dans des titres plus que célèbres comme le « Be My Baby » des Ronettes, ou encore le « Da Doo Ron Ron » des Crystals. Une compilation reprend la plupart de ses titres à succès de l'époque (Back to Mono).

311 KOSMICKI, Guillaume, op. cit., pp. 150-151.

est lancée vers 1966 : « Ce système simple requiert un filtre passe-bande et un potentiomètre. Le filtre laisse passer une bande de fréquences graves ou aigues en fonction de la position de la pédale qui actionne le potentiomètre. Les sonorités de guitare se trouvent transformées en des « waaaahh » qui ressemblent aux pleurs d'un bébé. »312 Quant à la fuzz box, déjà présente dans les studios depuis 1964 (Dave Davies des Kinks l'utilise sur « You Really Got Me »), elle devient une pièce importante du son psychédélique britannique. Sous la forme d'une pédale qui provoque elle aussi une distorsion du son de guitare, elle renouvelle le son des Hollies comme sur « Then the Heartaches Begin », extrait de l'album Evolution. À partir de 1967, toutes les pédales de distorsion sont dénommées indirectement fuzz box et serviront de base aux expérimentations les plus folles que l'on peut entendre sur des albums comme Disraeli Gears de Cream (dont le guitariste est Eric Clapton) et surtout le Electric Ladyland (1968) de Jimi Hendrix, enregistré au départ aux studios Olympic à Londres.

Cependant, la principale modernisation des techniques d'enregistrement qui ne remet pas uniquement au goût du jour des techniques parfois anciennes réside dans la généralisation des studios multipistes. Alors que depuis le début de la décennie, toutes les consoles d'enregistrement fonctionnent à quatre pistes, l'arrivée du huit pistes en 1968 représente une évolution inestimable. Si on revient aux liens qui unissent l'innovation technologique et le son des Beatles, le magnétophone quatre pistes leur déjà permettaient de « tracker » (ou technique de l'overdubbing), à savoir recopier ou de rajouter sur une piste ce qu'ils avaient déjà enregistré sur les trois autres. L'effet de compression permettait à des instruments comme le mellotron (un ancêtre du synthétiseur) de lire des bandes pré enregistrées où figurent par exemple des instruments en solo, des sections orchestrales ou encore des rythmiques toutes prêtes : on en trouve un exemple flagrant sur la chanson « Strawberry Fields Forever » (novembre 1966), dont les montages de bandes (certaines étant même passées à l'envers) contribue à étoffer la texture des sons. L'usage des bandes inversées, issues de l'avant-garde, permettaient en l'occurrence, si on les accélérait ou si on les passait à l'envers, de créer différents effets, celui d'une impression d'ascension, de rêve, ou de reproduction de prise de substances psychotropes. Quant au huit pistes, composé de quatre pistes mono et quatre pistes stéréo, cette technologie permettait d'utiliser plusieurs pistes pour les voix, une pour la batterie, une pour la basse, etc., et, en jouant sur les effets mono/stéréo, de donner du relief à la musique. Ces nouvelles perspectives obligent les ingénieurs à se surpasser pour permettre au bouillonnement créatif des artistes de se matérialiser : respectivement, les albums Revolver

312 RUFFAT, Guillaume, ARCHAMBAUD, Cyrille, LE BAIL, op. cit., p. 53.

et Sergent Pepper des Beatles furent enregistrés sur un quatre pistes pour l'un, et sur un huit pistes pour l'autre. Il en découle des fusions incroyables d'ambiances diversifiées qui s'enchaînent comme des tableaux sonores au sein d'un même morceau. Si il serait fastidieux et trop long pour en faire l'énumération, on peut néanmoins en donner quelques exemples significatifs : sur la chanson « Tomorrow Never Knows », on entend une boucle rythmique à la sonorité particulière, obtenue par l'association de la batterie jouée en direct avec huit magnétophones contrôlant des boucles actionnées au fur et à mesure par les techniciens du studio ; le titre « A Day in the Life » inclue un orchestre symphonique au milieu d'une ballade à tiroirs dans laquelle les voix changent sans cesse de couleur sous l'effet d'une réverbération couplée avec un filtrage ; dans le morceau « Good Vibrations » des Beach Boys, probablement le plus en avance des années soixante, enregistré dans quatre studios différents durant six mois à l'image d'un patchwork sonore, les jeux de volumes sur les potentiomètres lors du mixage sont remarquables tandis que l'usage d'un theremin, fait rare, contribue à l'originalité du morceau qui offre en outre une structure très variée et affranchie du traditionnel couplet/refrain. On pourrait encore multiplier les exemples.

L'innovation intervient également au niveau vocal puisque les voix trafiquées sont une constante de la musique psychédélique. L'un des moyens utilisés pour y parvenir est d'enregistrer la voix à travers une cabine Leslie (du nom de son inventeur Donald Leslie, haut-parleur tournant dont on peut faire varier la vitesse de rotation) puis de l'enregistrer de nouveau, ce qui produit un effet de vibrato intermittent. Les enceintes Leslie étaient souvent couplées avec un orgue Hammond (v. par exemple « Tarkus » du groupe Emerson, Lake & Palmer). Le mégaphone est également souvent utilisé sur disque. Autre technique, le système ADT (Artificial Double Tracking), développé en 1966 par les ingénieurs des studios EMI à la demande des Beatles. Elle consiste à doubler une piste sonore (vocale ou instrumentale) et à la décaler très légèrement pour donner l'impression que deux instruments ou voix ont été enregistrées. Si on augmente le délai, il se forme un effet de phasing, jusqu'à obtenir deux sons distincts. Appelé à l'époque « skying », ce procédé est associé à la musique psychédélique313. De manière générale, l'ADT permet au musicien de ne plus avoir à s'enregistrer deux fois à la suite.

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9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.



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