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Le développement de l'industrie musicale en Grande-Bretagne de l'entre-deux-guerres aux années Beatles : une trajectoire d'innovation globale?

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par Matthieu MARCHAND
Université Michel de Montaigne - Bordeaux III - Master Histoire 2012
  

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CHAPITRE 7 : LES SUPPORTS DE LA CRÉATIVITÉ

Plus les techniques de reproduction se sont imposées et plus les performeurs populaires sont devenus des faiseurs de son car ils trouvèrent matière à création. Rapidement, les innovations techniques individualisèrent rapidement le travail de chacun des artistes soucieux d'expérimenter, leur donnant une palette de ressources pouvant être étendues à l'infini. Alors qu'aux États-Unis dans les années cinquante, les compagnies discographiques recrutaient les artistes et décidaient quel répertoire ils enregistreront, le papier musique demeurait toujours à la base du système de production puisque l'on confiait le plus souvent au chanteur un morceau au préalable déjà composé. Libre à lui par la suite de faire du procédé d'enregistrement un facteur plus ou moins évident de réussite afin de transformer l'écriture du morceau en une réinterprétation personnelle. Dans tous les cas, la distinction auteur-compositeur/interprète y est très nette306. Néanmoins, les Beatles montrent que les règles du jeu durant les années soixante ont changé : le groupe n'est plus seulement l'interprète de tubes composés par d'autres, mais il compose désormais soi-même, n'hésitant pas à faire du studio et des machines (la bande magnétique, par sa plus grande maniabilité, remplace l'ancienne partition) les vecteurs de toutes les possibilités et de toutes les audaces. L'album qui en résultait ne comprenait plus de reprises, mais il était dès lors le fruit d'un travail minutieux, à la fois sur le plan sonore mais également sur le plan visuel.

If Le studio d'enregistrement : symbiose entre technologie et créativité

A/ Pourquoi le studio ?

306 C'était notamment le cas au Brill Building américain, véritable usine à tubes, ou dans certains labels comme Motown ou Stax, au sein desquels des équipes d'auteurs-compositeurs produisaient des chansons destinées à être enregistrées par des artistes sous contrat.

Le studio constitue l'environnement de départ du nouveau processus de travail, et vient confirmer la place nouvelle des technologies, non plus seulement comme un simple prolongement qui venait s'ajouter à la performance du chanteur ou de l'instrumentiste (v. Chapitre 4), mais dans une perspective nouvelle de composition, détachée spatialement et temporellement des contraintes du « direct ».

Figure 19

Le studio d'enregistrement moderne se constitue d'une salle où se placent les musiciens, captés par des micros, une autre où se trouvent les techniciens et les appareillages (la cabine, ou control room), séparées par une vitre. Les sons passent par un amplificateur (qui est augmenté d'un vumètre et d'un potentiomètre permettant d'augmenter le volume lors de passages trop doux ou de le diminuer au contraire pour éviter la distorsion du signal) et sont relayés ensuite par un haut-parleur. Le système se perfectionne avec la table de mixage, augmentant les possibilités de contrôle du volume sonore, mais aussi de filtrage.

Tiré de : ANGELO, Mario d', La renaissance du disque : les mutations mondiales d'une industrie

culturelle, Paris, La Documentation française, 1989, p. 20.

Devant leur succès considérable, la décision des Beatles de mettre fin à leurs représentations publiques à partir de 1966 est très significative des obstacles qu'ils rencontrent alors lors de leurs prestations scéniques : couverts par les hurlements du public, les systèmes de sonorisation de l'époque sont alors incapables de faire le poids dans les stades immenses dans lesquels ils se produisent. Réduits à à peine effleurer le chant et le jeu instrumental, totalement noyés par les cris des fans alors que les façades sonores n'apparaîtront qu'en 1968-1970307, il paraît difficile dès lors de permettre un quelconque sursaut créatif sans se détacher des contraintes du direct.

307 KOSMICKI, Guillaume, Musiques électroniques : des avant-gardes aux dance floors, Marseille, Le mot et le reste, 2009, p. 153.

L'audacieuse décision des Beatles permet donc de comprendre que le phénomène de la Beatlemania ne peut être réduit à une simple stratégie marketing selon les normes que j'ai pu montrer lors du précédent chapitre. Ce fut du moins le cas jusqu'au milieu des années soixante, afin de permettre le lancement du groupe sous l'impact de l'inconséquence tant musicale que littéraire des premiers tubes, uniquement portés par l'enthousiasme communicatif de l'interprétation. Or, le statut de « groupe culte » qu'on lui accorde à l'heure actuelle tient plus dans l'émergence d'un authentique talent mélodique par la quête de progressions harmoniques moins prévisibles, bientôt celle d'une plus grande liberté de ton, influencée par les fulgurantes audaces poétiques et littéraires de Bob Dylan. Surtout, les progrès technologiques ont transformé peu à peu le studio, jusque-là simple lieu de captation, en terrain d'expérimentation artistique à part entière, mise à profit par le producteur George Martin dont l'influence sur la musique du groupe n'est plus à prouver. C'est en studio et nulle part ailleurs que s'invente la musique de l'avenir ; véritable instrument de création, il va permettre à Martin de s'orienter peu à peu dans des voies de plus en plus expérimentales que les enregistrements et les technologies instrumentales en plein développement vont pousser à bout. Certains sociologues remarquent d'ailleurs à juste titre le paradoxe esthétique qui habite la musique pop, entre d'une part une forme musicale

simple, et en contrepartie une production technique des plus affutées pour produire un son toujours plus précis308. Le travail se concrétise surtout à partir de Rubber Soul en 1965 et de Revolver en 1966, en même temps que sort en parallèle sur le label Capitol l'album Pet Sounds des Beach Boys (1966), tout aussi révolutionnaire, et le single « Good Vibrations » du même groupe.

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9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.



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