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Frantz Fanon et l'intégration régionale en Afrique Centrale: défis et perspectives de la CEEAC


par Vinny-Toussaint Dark Nkouma Emane
ISM Dakar - Master sciences politiques et relations internationales: option diplomatie et geostrategie 2024
  

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Paragraphe 2 : Historique, missions et structures de la CEEAC depuis 1983

L'Afrique centrale, confrontée dès les premières années post-indépendance à des défis économiques, politiques et sécuritaires majeurs, a vu naître la nécessité d'une coordination régionale plus étendue que celle assurée par l'UDEAC et la CEMAC. C'est dans ce contexte que la Communauté Économique des États de l'Afrique Centrale (CEEAC) a été créée en 1983 à Libreville, afin de constituer un cadre institutionnel permettant de renforcer la coopération entre les pays de la sous-région et de promouvoir leur intégration économique, politique et sécuritaire. Dans ce cadre, la CEEAC s'est dotée de structures institutionnelles spécifiques, articulées autour d'un Conseil des chefs d'État, d'un Comité de direction, et d'un secrétariat permanent, destinées à assurer la prise de décision, la coordination des politiques régionales et la mise en oeuvre des programmes communautaires. Ces institutions reflètent une approche intergouvernementale, qui cherche à concilier souveraineté nationale et coopération régionale, tout en offrant un cadre institutionnel capable de gérer les enjeux complexes de la sous-région.

L'analyse historique, institutionnelle et fonctionnelle de la CEEAC permet ainsi de comprendre les fondements et les mécanismes de l'intégration régionale en Afrique centrale. Ce paragraphe se propose donc d'explorer successivement l'historique de la CEEAC, ses missions principales, ainsi que l'organisation et le fonctionnement de ses structures, afin d'offrir une vision complète de cette institution et de son rôle stratégique dans la sous-région.

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A- Historique et évolution de la CEEAC

Figures 1 : Cartographie des pays membres de la CEEAC

La Communauté Économique des États de l'Afrique Centrale (CEEAC) voit le jour le 18 octobre 1983 à Libreville, au Gabon, suite à l'adoption du traité établissant l'organisation. Cette initiative s'inscrit dans le double contexte de la construction sous-régionale en Afrique centrale et des ambitions panafricaines portées par l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA).44 Comme nous l'avons mentionnés avant la création de la CEEAC résulte notamment de la fusion de l'Union Douanière et Économique de l'Afrique Centrale (UDEAC) et de la Communauté Économique des Pays des Grands Lacs (CEPGL), visant à créer un cadre d'intégration plus large et plus ambitieux.45

44 Traité instituant la CEEAC (1983) : https://www.ceeac-eccas.org/wp-content/uploads/2020/09/Trait%C3%A9-portant-Cr%C3%A9ation-de-la-CEEAC.pdf . Consulté le 21/05/2025 à 13h

45 Mope Simo, G. "L'intégration régionale en Afrique centrale: enjeux et perspectives." Annuaire Français de Relations Internationales, vol. 15, 2014, p. 712. Disponible sur : https://www.cairn.info/revue-annuaire-francais-de-relations-internationales-2014-page-711.htm . Consulté le 21/05/2025 à 13h

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Le contexte géopolitique des années 1980 en Afrique centrale était marqué par une forte hétérogénéité des systèmes politiques et économiques, allant des économies pétrolières (Gabon, Congo) aux économies agricoles, en passant par des États en situation de fragilité avancée. Cette diversité constituait à la fois un défi et une nécessité pour l'intégration régionale. La création de la CEEAC répondait également à la logique de création de grandes communautés économiques régionales sur le continent, suivant le modèle de la CEDEAO en Afrique de l'Ouest.46

Conformément à son traité fondateur, la CEEAC s'assignait comme objectifs principaux « la promotion et le renforcement d'une coopération harmonieuse et un développement équilibré et auto-entretenu dans tous les domaines de l'activité économique et sociale ».47 Plus spécifiquement, l'organisation visait à établir une union douanière, un marché commun, et à coordonner les politiques sectorielles entre ses onze États membres.48

Le traité définissait un programme ambitieux comprenant notamment l'élimination progressive des barrières tarifaires et non tarifaires, l'établissement d'un tarif extérieur commun, la libre circulation des personnes et des biens, et la coordination des politiques dans les domaines des transports, des télécommunications, de l'énergie et de l'industrie.49 Dans le domaine politique, la CEEAC se donnait également pour mission de promouvoir la paix et la sécurité dans la région, objectif qui deviendra crucial dans les années suivantes.

Dès ses premières années, la CEEAC a cependant fait face à d'importants défis structurels. Le secrétariat exécutif, établi à Libreville, souffrait de moyens financiers et humains limités, tandis que le manque de volonté politique des États membres et les chevauchements avec d'autres organisations sous-régionales ont entravé la mise en oeuvre effective de son programme

46 N'Diaye, B. "Les organisations internationales africaines." Paris, La Documentation française, 2006, p. 89. Disponible sur : https://www.ladocumentationfrancaise.fr/ouvrages/les-organisations-internationales-africaines . Consulté le 21/05/2025 à 13h

47 CEEAC. "Traité instituant la CEEAC." Article 4, 1983. Op. cit.

48 Commission Économique pour l'Afrique. "Évaluation des capacités des communautés économiques régionales." Nations Unies, 2006, p. 24. Disponible sur : https://repository.uneca.org/handle/10855/21065 . Consulté le 21/05/2025 à 14h01

49 CEEAC. "Traité instituant la CEEAC." Chapitre III, Articles 25-40, 1983. Op. cit.

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d'intégration.50 Le problème du financement chronique se manifestait par le non-paiement des contributions des États membres, paralysant partiellement le fonctionnement institutionnel.

La coexistence avec d'autres organisations sous-régionales, notamment la CEMAC (Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale) qui regroupait les pays de la zone franc, créait une complexité institutionnelle et une concurrence dans les agendas d'intégration. Cette situation conduisait à une dispersion des efforts et des ressources.51

La décennie 1990 a constitué une période de stagnation profonde pour la CEEAC. Plusieurs facteurs ont contribué à cette paralysie : les crises politiques et conflits armés dans plusieurs États membres (République du Congo, République Démocratique du Congo, République Centrafricaine), les difficultés économiques persistantes, et l'absence de mécanismes de financement durable.52

La situation en République Démocratique du Congo, alors déchirée par des conflits successifs, avait des répercussions déstabilisatrices sur l'ensemble de la sous-région. De même, les crises politiques au Congo-Brazzaville et en République Centrafricaine créaient un environnement peu propice aux avancées en matière d'intégration économique. Ces conflits non seulement détournaient l'attention politique des dirigeants de l'agenda d'intégration, mais généraient également des flux de réfugiés et une instabilité transfrontalière.53

Sur le plan économique, les programmes d'ajustement structurel mis en oeuvre dans la plupart des pays membres durant cette période conduisaient à un repli sur les priorités nationales au détriment des objectifs régionaux. La dette extérieure croissante et la détérioration des termes

50 Ngoupandou, E. "La CEEAC face aux défis de l'intégration en Afrique centrale." Afrique Contemporaine, vol. 255, no. 3, 2015, p. 115. Disponible sur : https://www.cairn.info/revue-afrique-contemporaine-2015-3-page-113.htm . Consulté le 24/05/2025 à 14h

51 Matingu, R. "Le paysage institutionnel de l'intégration en Afrique centrale." Revue Juridique et Politique des États Francophones, vol. 72, no. 2, 2018, p. 234. Disponible sur : https://www.ripess.org/wp-content/uploads/2018/12/Revue-Juridique-72-2.pdf Consulté le 25/05/2025 à 12h

52 Mangala, J. "Africa and the New World Era: From Humanitarianism to a Strategic Framework." Palgrave Macmillan, 2010, p. 89. Disponible sur : https://link.springer.com/book/10.1057/9780230115563 . Consulté le 25/05/2025 à 12h

53 International Crisis Group. "Crises oubliées en Afrique centrale." Rapport Afrique no. 45, 2002, p. 12. Disponible sur : https://www.crisisgroup.org/fr/africa/central-africa/democratic-republic-congo/forgotten-crises-central-africa . Consulté le 25/05/2025 à 13h

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de l'échange pour les économies dépendantes des matières premières limitaient davantage les capacités des États à financer les initiatives régionales.54

Cette situation a conduit à une quasi-inactivité de l'organisation pendant plusieurs années, avec une incapacité à mettre en oeuvre ses programmes fondamentaux d'intégration. Le secrétariat exécutif fonctionnait au ralenti, avec un personnel réduit et des ressources insuffisantes pour mener à bien son mandat. De nombreux projets ambitieux, comme l'établissement d'une union douanière ou la mise en place de politiques sectorielles communes, étaient soit reportés soit abandonnés.

La relance de la CEEAC intervient en 1999, dans un contexte marqué par la dissolution de la CEPGL et la nécessité de rationaliser le paysage institutionnel de l'intégration en Afrique centrale. Lors de la 9ème conférence des chefs d'État et de gouvernement tenue à Malabo en juin 1999, les dirigeants de la sous-région adoptent un protocole portant restructuration de la CEEAC.55 Cette décision cruciale vise à "redynamiser le processus d'intégration en Afrique Centrale" et à doter la communauté d'institutions plus efficaces, avec un secrétariat général restructuré et un recentrage sur des priorités essentielles, notamment la promotion de la paix et de la sécurité dans la sous-région.56

Le protocole de 1999 introduisait plusieurs innovations institutionnelles majeures. Il transformait le secrétariat exécutif en secrétariat général, avec un renforcement de ses prérogatives et de ses moyens. Il créait de nouveaux organes spécialisés, notamment le Conseil de Paix et de Sécurité de l'Afrique Centrale (COPAX), reconnaissant ainsi le lien fondamental entre sécurité et développement.57 Cette restructuration répondait également à la nécessité de clarifier les relations entre la CEEAC et la CEMAC, en établissant une répartition plus claire des rôles et des responsabilités.

54 Banque Mondiale. "Intégration régionale en Afrique centrale: bilan et perspectives." Document de travail no. 38742, 2007, p. 45. Disponible sur : https://documents.worldbank.org/fr/publication/documents-reports/documentdetail . Consulté le 26/05/2025 à 20h10

55 CEEAC. "Protocole portant restructuration de la CEEAC." Malabo, 24 juin 1999. Disponible sur : https://www.ceeac-eccas.org/wp-content/uploads/2020/09/Protocole-portant-Restructuration-de-la-CEEAC.pdf . Consulté le 26/05/2025 à 21h

56 CEEAC. "Déclaration de la 9ème conférence des chefs d'État et de gouvernement." Malabo, 25 juin 1999.

57 CEEAC. "Protocole relatif au Conseil de Paix et de Sécurité de l'Afrique Centrale." Malabo, 24 juin 1999. Disponible sur : https://www.ceeac-eccas.org/wp-content/uploads/2020/09/Protocole-relatif-au-Conseil-de-Paix-et-de-S%C3%A9curit%C3%A9-de-lAfrique-Centrale-COPAX.pdf . Consulté le 26/05/2025 à 21h

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La dissolution de la CEPGL permettait de rationaliser le paysage institutionnel régional et de concentrer les efforts sur une seule organisation chargée de l'intégration en Afrique centrale. Cette consolidation institutionnelle s'accompagnait d'une nouvelle vision stratégique qui mettait l'accent sur l'intégration physique (infrastructures de transport et d'énergie), la sécurité alimentaire, et la gestion concertée des ressources naturelles.58

Le contexte international de l'époque, marqué par la montée en puissance des processus de globalisation, contribuait également à cette relance en faisant prendre conscience aux dirigeants de la sous-région de la nécessité de constituer des espaces économiques plus vastes et plus cohérents pour faire face à la concurrence internationale.59

Cette phase de relance posait les bases d'un nouveau départ pour l'organisation, même si de nombreux défis persistaient, notamment en matière de financement durable, de coordination entre les multiples initiatives d'intégration, et de mise en oeuvre effective des décisions au niveau national. La période post-1999 ouvrait ainsi un chapitre nouveau pour la CEEAC, avec des ambitions renouvelées mais également une conscience plus aiguë des obstacles à surmonter.60

58 CEEAC. "Plan directeur d'intégration 2000-2010." Libreville, 2000, p. 15. Disponible sur : https://www.ceeac-eccas.org/wp-content/uploads/2020/09/Plan-Directeur-dInt%C3%A9gration.pdf . Consulté le 26/05/2025 à 23h

59 Nations Unies. "Rapport du secrétaire général sur les causes des conflits en Afrique." New York, 1998, p. 22. Disponible sur : https://www.un.org/fr/documents/view_doc.asp?symbol=S/1998/318 . Consulté le 26/05/2025 à 23h

60 Doudou, M. "La relance de la CEEAC: enjeux et perspectives." Revue Africaine de l'Intégration Régionale, vol. 4, no. 1, 2001, p. 67. Disponible sur : https://www.persee.fr/doc/afri_0399-0344_2001_num_32_1_1562 . Consulté le 26/05/2025 à 21H

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