WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Représentations multiples et espaces forts: Le cas de la ville de Nanterre


par Tristan Blin
Université Paris X Nanterre - Master I aménagement et urbanisme 2005
  

sommaire suivant

REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier tout d'abord, l'ensemble des personnes interviewées dans le cadre de ce mémoire. Elles ont répondu à mes questions avec une application et un enthousiasme remarquables et j'ai pu découvrir à leur contact une ville complexe et particulièrement intéressante.

Je tiens aussi à remercier sincèrement Monsieur Dufaux qui m'a soutenu et conseillé sur ce questionnement, plutôt hétéroclite, autour des représentations. Ses différents commentaires m'ont permis d'enrichir ma démarche. Je le remercie aussi pour sa disponibilité.

Mes amis, ma famille m'ont tous aidé dans la réalisation de ce travail et je leur suis profondément reconnaissant de l'intérêt qu'ils lui ont accordé et du soutien moral qu'ils m'ont apporté.

Je tiens à remercier plus particulièrement, Elena et ma mère qui ont eu le courage de supporter mes fautes d'orthographe et parfois ma mauvaise humeur. Ainsi que mon père qui m'a guidé et conseillé dans ce travail.

SOMMAIRE

- Introduction..................................................................p.3

- Partie I : Démarche de recherche........................................p.12

- Partie II : Analyse des entretiens...............................p.31

- Partie III : Réflexion en urbanisme...........................p.70

- Conclusion............................................... p.85

- Bibliographie............................................ p.87

- Annexes.................................................. p.89

REMARQUE : Par respect pour les personnes interviewées, cette version destinée à Internet, ne comporte pas le recueil d'entretiens présent dans la version intégrale du mémoire.

Au regard de l'histoire de l'urbanisme français, force est de constater, que nous sommes aujourd'hui installés dans un paradigme de dialogue entre une multitude d'acteurs. Dans cette nouvelle donne d'un urbanisme négocié, l'habitant tient une place croissante. Cette conception de la démarche urbanistique, relativement récente, apparaît il y a une vingtaine d'années et connaît depuis une constante évolution.

Pour marquer l'importance de cette évolution il est nécessaire de revenir sur la période précédente. L'urbanisme des années 60 -70 se caractérise par la prédominance de l'Etat en tant que décideur. C'est lui qui décide et qui impose. Cet urbanisme unilatéral généralise l'espace, les villes, les habitants et de fait se détache de tout particularisme local. La volonté de traiter l'espace comme une unité comparable sur l'ensemble du territoire a permis de transposer des projets d'une ville à l'autre. Ainsi, les grands projets de rénovation (destruction du bâti ancien et construction d'un ensemble neuf) réalisés dans une partie des grandes villes françaises répondent à la même logique de conception. La part Dieux à Lyon, Mériadec à Bordeaux , la place Occitane à Toulouse sont tous construits selon les préceptes du fonctionnalisme: une construction sur dalle, des passages de circulation voués aux piétons et dégagés des nuisances de la voiture... D'autre part, la logique de zoning, apanage de cet urbanisme, dégage dans la ville des secteurs types voués à l'élaboration de ces programmes. Or l'intégration de ces espaces au reste de la ville est peu travaillée. Aussi, les habitants voient leur cité évoluer par des logiques externes modelant des morceaux de ville.

Cette période qui, rappelons-le, a permis de répondre rapidement à une crise grave du logement s'attache à aménager l'espace de manière rationnelle tout en oblitérant le dialogue avec les premiers utilisateurs de cette production, les habitants.

Cette conception s'est vue bousculée par l'essor des compétences communales (loi Defferre en 1982 et la réforme constitutionnelle de 2003) et par la demande de plus en plus importante d'une concertation entre ceux qui font la ville et ceux qui vivent la ville.

La réflexion contemporaine laisse un espace de dialogue ouvert à l'habitant. En ce sens, chaque projet se doit de proposer une concertation entre élus, professionnels et habitants permettant un débat autour du projet.

Par ailleurs, les priorités des politiques d'aménagement ont changées. La rationalisation de l'espace a laissé place à d'autres problématiques qui intègrent la dimension humaine. Nanterre, après plusieurs décennies d'aménagement fonctionnaliste oriente ses ambitions autour de projets tels que l'amélioration des secteurs en difficulté, le désenclavement de certains quartiers, l'effacement des fractures physiques présentes sur le territoire communal. La prise en compte des habitants dans la production de la ville tient une place de plus en plus importante.

Dans cette logique, comprendre comment le citadin vit sa ville devient un enjeu pour les décideurs et les professionnels de l'aménagement. Pendant longtemps, on a considéré la ville comme un espace de vie où l'individu pouvait exercer les quatre fonctions principales décrites par Le Corbusier (habiter, travailler, se divertir et circuler). Néanmoins, le rapport qu'entretiennent les habitants vis-à-vis de leur ville est plus complexe. La ville n'est pas uniquement physique, fonction ou flux.

On doit pour comprendre l'espace urbain tel qu'il est, s'intéresser à l'homme, à sa manière d'agir bien sûr mais aussi à sa manière de voir la ville, de la comprendre, de l'imaginer. En ce sens, l'imaginaire et la représentation apparaissent comme des nouvelles dimensions à mobiliser pour affiner notre compréhension du rapport entre les citadins et leur ville.

Aussi, ce mémoire s'intéresse à la thématique des représentations dans une réflexion qui a trait à l'urbanisme.

Toutefois, avant de préciser le sujet de ce mémoire il convient de s'intéresser à la notion de représentation. C'est une notion complexe et polysémique. Elle s'est forgée à partir d'un raisonnement autour de notre rapport au réel. Notre relation au réel découle de ce que l'on perçoit et de l'intégration de cette information dans notre système cognitif qui nous permet d'appréhender et d'agir sur le réel. Le cognitif étant l'ensemble des pensées, savoirs, connaissances et représentations d'un individu agissant sur son comportement. La représentation est donc une construction mentale qui apparait soit de manière idéelle (image mentale) soit de manière matérielle (carte) et qui donne forme et signification à un objet réel1(*).

A cette acceptation générale un certain nombre de sciences humaines a conceptualisé des variantes. De la réflexion scientifique sont ressortis plusieurs types de représentations (représentation individuelle, collective, sociale). Aussi, lorsque nous utilisons le terme de représentation il convient de préciser quel est le concept mobilisé et à quel champ disciplinaire nous faisons référence.

En sociologie, le terme apparait dans l'oeuvre Emile Durkheim, « Représentations individuelles et représentations collectives ». Dans cet ouvrage, E. Durkheim présente le concept de représentation collective comme « l'ensemble des croyances et sentiments communs à la moyenne des membres d'une société » 2(*). Ainsi chaque société aurait des représentations collectives qui dépasseraient les représentations individuelles. Par exemple le calcul du temps à travers les calendriers semble être une représentation collective de la temporalité dans une société donnée. Ce concept met en lumière ce qu'un groupe humain établit en société, a comme représentation partagée, commune.

En 1961, Serge. Moscovici (psychologie sociale) présente dans son livre « La Psychologie : Son image et son public » le concept de représentation sociale issue de deux champs, celui de la sociologie (E. Durkheim) et celui de la psychologie génétique (J. Piaget). Serge. Moscovici, à travers ce concept, réalise un pont entre l'individu et le collectif. Pour lui, la représentation sociale se définit comme « l'élaboration d'un objet social par une communauté avec l'objectif d'agir et de communiquer »3(*). En ce sens, la représentation comprendrait deux éléments, celui de la création d'une représentation et celui d'agir, de communiquer à travers cette représentation préalablement établie. Dans une représentation sociale on a donc, d'un côté un contenu (image, opinion...) se rapportant à un objet (élément du réel) et de l'autre un sujet (communauté, groupe).

On remarque qu'il existe des différences importantes entre le concept de représentation collective et celui de représentation sociale. La représentation collective se perçoit au niveau de l'ensemble de la société alors que la représentation sociale est construite au sein du groupe ; de plus le concept de Moscovici présente une double dimension de la représentation, le processus d'élaboration et l'objectif de communication et d'action.

Dans le champ de la géographie le terme de représentation recouvre une difficulté sémantique. En effet, le terme de représentation a longtemps été utilisé uniquement dans son sens premier, c'est-à-dire dans l'action de décrire quelque chose. De fait, la représentation géographique renvoyait aux cartes et aux monographies. Néanmoins certains courants de la géographie se sont intéressés à cette dimension mentale du rapport qu'entretiennent les hommes vis-à-vis de leur environnement. Plusieurs approches vont émerger de ce questionnement.

Kevin Lynch émet l'idée que les individus organisent mentalement un schéma (carte mentale) de la ville, « L'observateur choisit, organise et charge de sens ce qu'il voit. »4(*) Par ailleurs, il émet aussi l'idée que l'on peut faire ressortir un ensemble d'images collectives « Chaque individu crée et porte en lui sa propre image, mais il semble qu'il y ait une grande concordance entre les membres d'un même groupe. Ce sont ces images collectives, exprimant l'accord d'un nombre significatif de personnes, qui intéressent les urbanistes dont l'ambition est de modeler un environnement destiné à être utilisé par beaucoup de gens. »

Armand Frémont dans son article intitulé « La région, essai sur l'espace vécu » paru en 1972, revisite la notion de région et montre que l'on ne doit plus se limiter à la définition « d'espace de vie » qui renvoie à une aire de pratique collective. Mais il faut tenir compte d'un autre aspect, « un espace vécu », à travers lequel les hommes entretiennent une multitude de liens affectifs, spirituels, symboliques vis-à-vis des lieux. « L'homme n'est pas un objet neutre à l'intérieur de la région, comme souvent on pourrait le croire à la lecture de certaines études. Il perçoit inégalement l'espace qui l'entoure, il porte des jugements sur les lieux, il est retenu ou attiré, consciemment ou inconsciemment, il se trompe et on le trompe... »5(*).

La réflexion sur les représentations montre la complexité de notre rapport au réel. En ce sens, l'étude de l'espace urbain, espace produit par l'homme, demande une approche complexe qui tienne compte de cette dimension mentale.

Dans cette optique, ce mémoire s'interroge sur les représentations des Nanterriens vis-à-vis de leur ville et plus précisément des lieux qui la composent.

Il convient donc de présenter le terrain de recherche.

Cette étude s'intéresse au cas de la ville de Nanterre, commune de première couronne de l'Ouest parisien.

Nanterre est préfecture des Hauts-de-Seine, en juin 2004 elle comptait 86 700 habitants et sa part de logements sociaux s'élève à 54% du Parc d`habitation. C'est une ville chargée d'histoire qui a connu entre autres, les grandes grèves de 1936, les bidonvilles et Mai 68.

D'un point de vue géographique, la ville est limitrophe de neuf communes : au Nord les villes de Colombes et de Bezons, à l'Est les communes de La Garenne-Colombe, Courbevoie, Puteaux, au Sud, Suresnes et à l'Ouest Rueil-Malmaison, Chatou et Carrière sur Seine. D'autre part, le territoire de Nanterre est bordé par la Seine sur toute sa frange Ouest.

La ville compte neuf quartiers administratifs.

Nanterre est ses quartiers administratifs.

Source auteur.

Travailler sur cette commune présente un double intérêt. Tout d'abord, les différentes phases d'aménagement des 50 dernières années et les grands travaux d'infrastructures d'intérêt national ont crée d'importantes coupures ; la ville supporte deux axes autoroutiers l'A14 et l'A86 et plusieurs lignes de chemin de fer dont la ligne A du Réseau Express Régional (RER). La commune apparaît morcelée en plusieurs quartiers où l'on retrouve les différentes phases d'aménagement et les architectures qui en résultent. Le territoire de la ville ressemble à un patchwork urbain avec des coupures plus moins prononcées entre les quartiers. De fait, l'étude des représentations apparaît d'autant plus pertinente que ce territoire est déstructuré et propose un paysage urbain hétérogène. Le deuxième intérêt qu'offre Nanterre est la présence d'un grand projet d'aménagement en cours de réalisation. Le projet Seine Arche, piloté par l'EPASA (Etablissement Publique d'Aménagement Seine Arche) transforme une partie du territoire nanterrien. Cette opération s'inscrit dans un prolongement de l'axe historique Parisien (Palais du Louvre - Arc de Triomphe - Arche de la Défense). Il poursuit l'axe en traversant Nanterre d'Est en Ouest jusqu'aux bords de Seine. D'une ampleur impressionnante, il est un enjeu majeur pour Nanterre. Le projet Seine Arche veut apporter une réparation à la ville6(*). Cette O.I.N. (Opération d'Intérêt National) à l'objectif d'améliorer la structure urbaine de Nanterre en tenant compte du tissu existant et de l'avis des habitants. En ce sens, il apparaissait intéressant d'intégrer ce projet dans notre travail.

Il est important de préciser les limites de ce travail. Tout d'abord, cette recherche est de type exploratoire et n'a pas pour ambition de valider des hypothèses. De plus, notre analyse souffre de l'absence d'entretiens d'habitants du Mont Valérien, du Vieux Pont et du Parc Nord. Ensuite, l'analyse différentie les lieux d'habitations selon les limites administratives qui ne correspondent pas forcément à la notion complexe de quartier. En ce sens, beaucoup d'interviewés subdivisent les quartiers administratifs.

Ce mémoire qui s'inscrit dans la formation de la première année du Master professionnel d'aménagement et d'urbanisme proposé par Paris X, résulte d'un travail long de six mois. Cette période à la fois courte et longue m'a permis de me confronter aux exigences du travail de recherche. Les difficultés d'élaboration d'une démarche, les carences méthodologiques, et surtout le doute personnel ont ponctué cette étude. Néanmoins, le plaisir de travailler autour d'un questionnement personnel et les rencontres humaines réalisées lors du travail de terrain on rendu cette expérience particulièrement riche et positive.

L'intérêt porté à la dimension mentale découle d'une réflexion personnelle. Depuis maintenant un an la question du rapport entre le citadin et la ville m'intrigue. La ville est un objet complexe. Elle regroupe sous son toponyme un espace donné d'où ressortent des quartiers, des rues, des zones avec des caractéristiques propres. Aussi, le territoire d'une ville apparaît pluriel. De fait mon idée était que si la ville est multiple, la perception de celle-ci ne peut être exhaustive. Chaque perception, de chaque individu, représentera une partie, plus ou moins large, plus ou moins complète du territoire. Ainsi, si nous demandions à des citadins de nous décrire leur ville par les lieux qui la composent, nous aurions des cartographies multiples. Par ailleurs, j'étais conscient que certains lieux devaient cumuler un grand nombre de représentations. Dès lors, en superposant les différentes cartes produites par les habitants on pourrait faire ressortir des lieux importants dans la représentation collective des habitants.

Comme nous l'avons indiqué précédemment ce travail s'inscrit dans une formation professionnelle. Et la poursuite de mes études s'oriente sur les problématiques de logement. Aussi, la thématique de ce mémoire peut sembler éloignée de mon projet professionnel. Ceci dit, les discutions avec les habitants de Nanterre m'on permis de prendre pleinement conscience de l'importance du lieu de résidence dans l'affect des gens. Et j'ai pu voir à Nanterre une politique de la ville particulièrement active par rapport au problème de logement.

Il convient enfin de préciser mon implication par rapport au sujet de ce mémoire.

Tout d'abord, la thématique des représentations ne m'est pas tout à fait étrangère. En effet, mon intérêt pour le sens que les individus donnent à leur environnement à émergé avec l'enseignement d'un de mes professeurs de Licence, M. Orain. Par la suite, j'ai voulu approfondir ma connaissance autour de ce sujet.

En ce qui concerne Nanterre, c'est avec un regard neuf que j'abordé ce terrain d'étude, ma connaissance de Paris et surtout de la région parisienne étant limitée. De longues marches à pied dans la ville ont été nécessaires pour pouvoir me construire une image de Nanterre.

La réflexion de ce mémoire est construite en trois temps. La partie I, intitulée démarche de recherche, présente la réflexion théorique et les apports extérieur qui l'on influencé. La partie II, titré Travail d'analyse, propose une analyse des entretiens réalisés. La partie III, nommée réflexion urbanistique expose le projet Seine-Arche et une lecture croisé du projet et des résultats de l'étude.

Partie I : Démarche de recherche

Ce travail de recherche construit autour de la thématique des représentations nanterriennes s'inscrit dans la continuité d'une étude de l'urbanité nanterrienne réalisée en 2000 par les sociologues Patrice Sechet et Isolde Devalière. Les résultats de cette étude permettent d'établir des constantes dans la représentation collective nanterrienne qui ont trait à la thématique de l'urbanité. En ce sens, ce travail permet de comprendre comment, de manière générale, les nanterriens se représentent la centralité, la qualité urbaine, la modernité...

Aussi, les apports du travail de P. Séchet et I. Devaliére ont fortement influencé ce travail de mémoire. Néanmoins l'approche proposée ici est différente et les éléments recherchés le sont tout autant. Le caractère géographique de ce travail se veut complémentaire à l'étude. En effet, les deux travaux cherchent à mettre en évidence des représentations qu'entretiennent les nanterriens vis-à-vis de leur ville. Ainsi, au regard de l'importance de cette recherche sur l'urbanité nanterrienne il apparaît nécessaire d'en connaître les principaux résultats pour appréhender la réflexion de ce mémoire de manière pertinente.

De fait, dans un premier temps cette partie s'attache à présenter un résumé du travail de P. Séchet et I. Devaliére. Ensuite, elle présente la problématisation du mémoire et dans un troisième temps, une présentation méthodologique des différentes techniques utilisées dans ce travail.

A . Une recherche sur l'urbanité nanterrienne.

L'étude de P. Séchet et I. Devaliére, intitulée « Habiter, Centralité, Modernité. Force et déséquilibre de l'urbanité nanterrienne dans les représentations des habitants » a très fortement influencé la réflexion de ce mémoire ; en ce sens il convient d'en présenter un résumé.

Cette étude cherche à identifier les caractéristiques d'une urbanité nanterrienne. Par urbanité, les auteurs entendent une configuration de pratiques et de représentations urbaines qui structurent un sentiment d'appartenance à une entité urbaine, une appropriation de certains lieux urbains, des mécanismes d'attachement et une certaine dimension de plaisir urbain.7(*)

Ce concept exprime l'idée que les pratiques et les représentations d'un lieu créent, au moins en partie, une identité d'appartenance à ce lieu. De fait, cette étude s'intéresse à deux aspects. Tout d'abord, elle cherche à identifier les pratiques et les représentations urbaines qui entrainent un sentiment d'appartenance à la ville. Ensuite elle cherche les images, les représentations et les pratiques que les nanterriens apprécient ou qu'ils rejettent de la ville.

Pour ce faire les auteurs s'appuient sur une méthodologie originale. Ils réalisent une enquête auprès de 52 Nanterriens représentatifs de leur ville quant à l'âge, au sexe, à l'emploi, aux CSP (Catégorie Socioprofessionnelle), et quant aux différents quartiers de Nanterre. Les 52 participants sont soumis à un test à partir d'images urbaines (l'image urbaine ayant pour objectif de stimuler l'imaginaire urbain).Les personnes doivent donc classer des photos urbaines et commenter leur classement.

Trois paquets de photos sont présentés :

- Le premier paquet (60 images) comporte 50% d'images de Nanterre et 50% d'images exogènes. L'interviewé doit répartir les photos en plusieurs tas (5 à 10), sur la thématique générale de la qualité urbaine (selon ses propres critères). Ensuite il doit commenter son classement (expliquer ce qu'il a fait et ce que représentent ses tas). L'étude recueille le classement et les commentaires.

Ce premier test éclaire les modes de structuration des représentations urbaines c'est-à-dire comment s'organisent les représentations autour de la qualité urbaine et quel est le poids relatif de Nanterre et de « la ville en général » dans cette structuration.

- Le deuxième paquet est constitué uniquement d'images nanterriennes et doit être réparti sur les tas créés lors de la répartition du premier paquet. L'objectif étant de compléter l'appréhension des scènes urbaines locales et ainsi mieux saisir les représentations actives sur le territoire de Nanterre.

- Le troisième paquet comporte uniquement des images exogènes à Nanterre pouvant faire référence au futur de Nanterre. Elles sont extraites de livres et de revues professionnelles. Elles montrent des courants urbanistiques et architecturaux. Les interviewés les répartissent sur les tas des deux autres paquets mais ils doivent également indiquer ce qui leur semble souhaitable pour l'avenir de Nanterre.

Cette enquête cherche à comprendre comment le sujet (l'interviewé) organise ses représentations, à travers les images proposées, selon la thématique de la qualité urbaine.

Les données recueillies sont ensuite codées et traitées statistiquement en utilisant les méthodes de l'analyse factorielle et de l'analyse hiérarchique.

L'analyse factorielle situe chaque variable dans un espace pluridimensionnel et définit les axes factoriels qui ramassent successivement le plus de variances.

L'analyse hiérarchique permet de regrouper les variables en différents groupes significatifs. Chaque groupe correspond à peu près à une région de l'espace pluridimensionnel.

L'analyse factorielle se construit autour de 5 axes, qu'il convient de présenter :

Le premier axe oppose un pôle de plaisir urbain et un pôle de déplaisir urbain. Ceci montre que les considérations affectives ont une part importante dans le travail de classement des interviewés. En effet, les interviewés ont une tendance forte à rapprocher la thématique de la qualité urbaine avec les notions « plaisir-déplaisir ».

Par ailleurs, sur cet axe de lecture (plaisir-déplaisir) les interviewés portent un point de vue plus tourné autour de la question du bien-être que de l'utilité des lieux urbains. Les nanterriens se représentent le plaisir urbain à travers le bien être ressenti dans les espaces et non à la dimension pragmatique des lieux. C'est un élément qui est souligné dans l'étude car il s'oppose à une représentation dominante présentant le discours « utilitaire » des habitants comme déterminant dans la production de l'espace urbain sans tenir compte des éléments plus subjectifs, moins rationnels tels que l'esthétique, la forme, le goût...

L'axe apprend aussi d'autres informations dans l'analyse de ses pôles. Le pôle du plaisir urbain, titré « envie d'habiter », montre des images urbaines très fortement marquées par la présence de « nature » (aspect végétal). Paradoxe récurrent dans le discours des citadins, le plaisir urbain émane de la conjugaison d'un artefact, la ville, et du naturel, le végétal.

Le pôle du déplaisir urbain montre un ressenti négatif pour les formes trop géométriques et la froideur de certains aménagements. Et aussi, une critique des espaces laissés à l'abandon, en dégradation (tout ce qui a trait au manque de soin et d'attention).

Le deuxième axe oppose quelque chose qui est de l'ordre d'une forme pure, proche des arts plastiques, à un autre groupe composé d'images représentant des immeubles typiques d'habitat social associés à une présence de verdure. Ce dernier groupe renvoie à quelque chose qui est plus de l'ordre de la combinaison de deux éléments distincts, et donc d'une beauté plus « impure », plus liée au monde socio-urbain et à ses significations.

Le pôle de la « forme pure » (esthétique formelle) supporte des termes comme «inclassable», «contrasté», «artificiel», «beau». Il y a une reconnaissance d'une qualité esthétique mais qui ne correspond pas à l'expérience commune. Les interviewés trouvent donc une certaine valeur mais estiment que ce pôle n'est pas pertinent pour juger de la qualité urbaine.

Le pôle de la « forme impure », renvoie aux interviewés l'impression que l'on réduit quelque chose de dur ou de désagréable par un aménagement « supplémentaire », en général par du végétal. Les interviewés perçoivent une certaine qualité pour l'habiter. Or ce qui rend habitable n'est pas la qualité du bâti mais tout simplement la façon de paysager, de jardiner l'espace urbain.

Le troisième axe oppose le thème de la centralité, de l'animation (propre à l'urbain) à un groupe de « l'inurbain » qui donnerait les représentations de ce qui n'est pas urbain pour les nanterriens.

Le pôle de la centralité, animation, est construit selon une culture nanterrienne, les interviewés parlent de leur centralité, celle qu'ils vivent à Nanterre. Ils perçoivent un coté « village » dans leur centralité. Il y a l'idée d'une centralité d'échelle moyenne, aisément accessible pour le piéton dans sa totalité où l'on trouve un habitat « central » d'échelle pavillonnaire. Le thème de la convivialité est fortement présent. Il y a un sentiment d'interconnaissance, de lien social, « on peut se saluer ».

Le pôle de l'inurbain regroupe trois types d'images. Tout d'abord, la campagne qui s'oppose traditionnellement à la ville. Ensuite l'abandon, le vide urbain, le terrain vague. Et enfin, le formalisme urbanistico-architectural qui serait ressenti comme une sorte de barrière à l'investissement et aux pratiques d'usage. Mais lié à un habitat et des pratiques urbaines, le formalisme peut être admis dans l'urbanité nanterrienne.

Les axes 4 et 5 ont une importance moindre dans l'étude. Cependant les auteurs trouvent intéressant de présenter les significations que recouvrent ces axes.

L'axe 4 oppose un « ailleurs » et un « ici » .L'axe semble construit autour de la thématique du voyage et montre deux modes d'évasion. Le pôle de « l'ailleurs » regroupe des images de nature (exogène à Nanterre) et des images de chemin de fer et de périphérie parisienne. On voit une volonté de partir vers un « ailleurs » géographique et culturel. Sur le pôle de « l'ici » on retrouve des images de cités agrémentées de végétal. Les auteurs interprètent cet ensemble comme un sentiment d'évasion au sein des cités par le végétal. Il y a l'idée de faire entrer de « l'ailleurs » dans « l'ici ».

L'axe 5 oppose le « trop d'ordre » des grandes villes au « grand désordre » des banlieues. Les deux pôles recouvrent un ressenti négatif, l'idéal étant un intermédiaire non représenté. Le pôle du « trop d'ordre » comprend des images de grands ensembles modernes et plus anciens où il n'y a pas de verdure. Le pôle du « désordre » présente des images de désordre urbain à grande échelle.

Cette étude apporte un certain nombre d'enseignements sur les pratiques et les représentations des nanterriens par rapport à l'espace urbain en général, et à leur ville en particulier.

De manière générale, les nanterriens connaissent assez bien leur ville, et ils ont un intérêt qui déborde le quartier où ils habitent. Pourtant, ils manifestent un avis ambivalent en ce qui concerne Nanterre. Ils aiment beaucoup et ils détestent beaucoup. Ils aiment le centre ville, leurs parcs publics et leurs paysages les plus verts, mais ils détestent la gesticulation architecturale moderne, son gigantisme et sa froideur, les coupures urbaines et le manque de soin apporté à une multitude d'espaces de liaison et de passage.

A l'analyse hiérarchique, les auteurs mettent en avant quatre pôles principaux de l'urbanité selon les représentations nantériennes :

- Le pôle de « l'idéal de l'habiter », (rarement image de Nanterre).

L'idéal de l'habiter nanterrien inclut une présence de la nature qui n'est pas commune à toutes les villes. Il y a une double exigence, une présence de la nature, même modeste sur le lieu d'habitation et, à proximité, une présence plus importante.

- Le pôle de « l'inhabitable » (les scènes nanterriennes sont nombreuses).

Les nanterriens émettent un rejet pour les espaces laissés à l'abandon et les architectures formalistes qui ne permettent pas une appropriation d'usage de la culture locale. En outre, il y a une opposition dans ce groupe entre ce qui est nécessaire et ce qui est gratuit ou inutile. Ainsi les infrastructures sont perçues comme laides mais indispensables alors que le gigantisme et l'architecture moderne est perçu comme inutile, gratuit.

- Le pôle de « centralité - animation » (spécifiquement nanterrien).

La valeur de l'animation centrale, qui inclut la densité des services et de la foule, ainsi que le thème de la convivialité, est mise nettement à part de la représentation de l'habiter. Beaucoup souhaitent habiter le plus près possible du centre ville mais dans un environnement vert et calme.

- Le pôle « du quotidien acceptable pour ses agréments »,

Ce pole du compromis présente les améliorations végétales et de services qui ont été apportées à des quartiers d'habitat peu satisfaisants.

Cette étude permet de dresser un premier tableau des représentations et des pratiques des Nanterriens sur leur ville. Les auteurs ont travaillé à partir d'images pour stimuler et faire ressortir le ressenti des individus. Cette méthode a permis de mettre en exergue certaines représentations collectives (au sens Durkheimien) telles que la relation entre la qualité représentée de l'habiter (« Habiter, concerne tous les lieux appropriables par lesquels une personne peut se sentir en relation ouverte et protégée avec le monde ») et la présence de verdure, la difficile acceptation des formes modernes d'architecture, l'agrément végétal comme élément d'amélioration de bâti peu qualitatif et la représentation de la centralité se combinant à une convivialité. Autant d'éléments qui éclairent les possibles des aménagements futurs de Nanterre.

Néanmoins l'approche proposée n'identifie pas les espaces de la ville (hormis quelques lieux comme le centre ville, la Maison de la Musique...), elle apporte une connaissance sur la représentation de thématiques urbaines mais elle ne permet pas de dresser une carte (géographique) des représentations nantériennes.

* 1 DEBARBIEUX Bernard, « Représentation », Hypergéo, GDR Libergeo, 16 juin 2004.

* 2 DURKHEIM E., 1898, « Représentations individuelles et représentations collectives », Sociologie et Philosophie, Paris, PUF, 1967

* 3 MOSCOVICI Serge « La Psychanalyse, son image et son public », PUF, 1976.

* 4 K. LYNCH, L'Image de la cité (Image of the City, 1960), trad. M.-F. et J.-L. Vénard, Paris, 1969

* 5 A. FRÉMONT, La Région, espace vécu, P.U.F., 1976.

* 6 Michel Calen, directeur général de l'EPASA, veut « réparer et cicatriser les plaies » présentent dans l'urbanisme nanterrien.

* 7 SECHET Patrice, DEVALIERE Isolde, « Habiter, Centralité, Modernité. Force et déséquilibres de l'urbanité nantérienne dans les représentations des habitants » Rapport, Nanterre, Février 2000.

sommaire suivant