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Le sud-ouest français dans l'espace européen : vers une collaboration interrrégionale en matière de relations culturelles extérieures ?

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par Thomas Perrin
Université Paris III - Sorbonne Nouvelle - DESS de Relations interculturelles 2001
  

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3. LA COOPÉRATION NON-GOUVERNEMENTALE :

SOCIÉTÉ CIVILE, ASSOCIATIONS ET RÉSEAUX

La coopération non-gouvernementale est capitale car elle implique des acteurs de la société civile, dont la participation aux affaires culturelles est une évidence sinon une nécessité.

En France, d'une part la liberté d'association a été qualifiée de principe à valeur constitutionnelle (Thuriot, 1999, 280), d'autre part les associations constituées par des étrangers sont reconnues comme "pourvoyeuses d'une insertion sociale complétant ou favorisant l'intégration" (id. 280-281). Les associations sont donc amenées à jouer un rôle-clé dans les relations et projets à caractère interculturel (id. 267).

De plus, l'enracinement des projets culturels et artistiques au coeur de la société civile et de la vie locale constitue une défense face aux dérives d'instrumentalisation. Les multiples associations, fondations et autres ONG à caractère culturel qui existent en Europe et au Maroc ont aujourd'hui, notamment grâce aux progrès des NTIC, la possibilité de se fédérer et de travailler "en réseau". "Le phénomène de la gestion de la vie associative en "mode réseau" est un phénomène culturel en lui-même" (Institutions territoriales et réseaux culturels européens. Actes du colloque, 1996, 125). Comme pour les régions, le contexte européen a favorisé l'émergence des réseaux culturels : "Le Conseil de l'Europe comme l'Union européenne soutiennent l'action des réseaux européens tels que l'Union des théâtres de l'Europe, la Ligue européenne des écoles d'art, les Pépinières pour jeunes artistes, Banlieues d'Europe, etc." (Lombard in Courants, n°4-avril 1997, Editorial).

La coopération non-gouvernementale, organisée en réseaux, contrebalance et dépasse les rigidités institutionnelles : "Un réseau n'est un réseau que s'il affirme réellement dans ses échanges, sa communication ou ses éventuels projets, un fonctionnement fondamentalement anti-vertical" (Institutions territoriales et réseaux culturels européens. Actes du colloque., 1996, 47).

De ce point de vue le développement des réseaux serait "le constat d'un besoin d'échange et de communication directe face à l'extraordinaire institutionnalisation de la société" (id., 40). Il est vrai que le travail en réseau est synonyme de souplesse - "le réseau est caractérisé par des relations empreintes de souplesses et non dénuées d'efficacité" (Bekkouche, 2000, 46) - de rencontres et d'ouvertures. De cette façon les réseaux se présentent comme des acteurs-clés des relations culturelles internationales. De plus, on estime que les dépenses des associations et ONG européennes "correspondent, pour leur action internationale, à un total dépassant sans doute les 10 milliards de francs, soit de un à cinq fois les charges publiques. Si l'on inclut les questions liées à l'éducation dans la coopération culturelle, on peut estimer au tiers environ de ce total les aides dans le secteur qui nous occupe" (Roche, 1998, 79).

Les réseaux dépassent les frontières, "les concepts d'identité et d'ouverture se combinent et se confrontent dans ces expériences supraterritoriales" (Institutions territoriales et réseaux culturels européens. Actes du colloque., 1996, 13). On retrouve ici les enjeux évoqués en partie A : le réseau, à la fois local et transnational, s'inscrit dans la dialectique entre cosmopolitisme et localisme : "la dimension transnationale de ces réseaux suppose du recul dans la réflexion dégagée des contraintes locales mais pourtant reposant sur des actions concrètes, enracinées et tributaires des mêmes éléments" (id., 23). Ainsi, le réseau favorise le désenclavement des idées, le décloisonnement des disciplines et des points de vue. "Le réseau est donc une culture de la diversité, c'est la pratique de l'enrichissement par l'autre" (Alègre, 1993, 102).

Malgré leur image de contre-exemples des institutions, les réseaux leur restent liés de façon parfois équivoque : il existe un risque d'institutionnalisation des réseaux, mais cette institutionnalisation n'est-elle pas "rendue nécessaire par l'évolution des contraintes et notamment celles du dialogue avec ces institutions mêmes ? " (Institutions territoriales et réseaux culturels européens. Actes du colloque, 1996, 24).

En effet on peut considérer que l'institutionnalisation reste pour les réseaux le meilleur moyen de "se donner une forme. Certains réseaux, comme l'IETM17(*) par exemple, ont fait le choix d'une formalisation de leur structure qui facilite leur visibilité, le cas échéant leur financement et leur consultation de la part des institutions" (id., 52).

De plus les institutions peuvent trouver un intérêt à se rapprocher des réseaux afin de "mieux faire connaître leur point de vue et corriger une image peu flatteuse de leurs actions qui flotte encore vaguement dans les milieux artistiques ou éducatifs européens" (Roche, 1998, 93).

A contrario le fait pour les réseaux de "s'organiser [...] de manière relativement formelle et même pyramidale" peut constituer un "danger" si l'on considère qu' "un réseau garde sa vie et sa richesse en restant relativement informel[...]La structuration forte[...]induit des effets, même s'ils n'ont pas été voulus, de recherche de pouvoir et parfois des tendances de holding" (Institutions territoriales et réseaux culturels européens. Actes du colloque., 1996, 118).

Par ailleurs une confusion peut être introduite par les différentes acceptions du terme qui font que l'on nomme "réseaux" des institutions telles que les réseaux culturels à l'étranger, le réseau des Scènes nationales, bien qu'il s'agisse certes de réseaux mais qui n'entrent pas dans le champ de la coopération non-gouvernementale.

Malgré leur tendance à la bipolarité les réseaux doivent rester fidèle à leur nature transversale et décentralisée - au sens large du terme. C'est d'ailleurs à travers cette acception extensive que l'on peut rapprocher les réseaux, outils de coopération de la société civile, des Régions, institutions de proximité. Le rapprochement de ces deux acteurs infra-étatiques se confirme à travers leur développement presque parallèle : "Il y a donc bien sûr une image institutionnelle des régions, et pourtant elles-mêmes n'ont pas attendu que leurs structures soient institutionnalisées pour fonctionner de manière officieuse et notamment en réseaux" (id., 66).

"On ne fera pas la politique culturelle sans la population. On ne pourra pas toucher la population sans des relais, et les associations, avec tous leurs défauts, sont aujourd'hui le seul relais capable de faire entrer dans les faits la décentralisation" (La politique culturelle des régions, Actes, 1996, 27).

Quoiqu'il en soit les réseaux et autres structures non-gouvernementales se présentent comme des acteurs majeurs des relations culturelles au sud-ouest de l'Europe, qu'il s'agisse d'un "réseau de terrain" franco-espagnol dont parle ce directeur d'une compagnie basée en Aquitaine (Institutions territoriales et réseaux culturels européens. Actes du colloque., 1996, 30) ou, de façon plus générale - et lyrique - d'un "lieu de diversité active et contagieuse" qui doit contribuer à "fabriquer un grand ensemble politique, économique et social basé sur sa diversité interne et la cultivant", faisant de l'Europe un "projet utile au monde entier" (id., 124)18(*).

* 17 Informal European Theatre Meeting, Bruxelles.

* 18 Pour plus d'information sur les réseaux culturels européens cf., entre autres, Autissier, 1999, 101-116,.

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