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Le sud-ouest français dans l'espace européen : vers une collaboration interrrégionale en matière de relations culturelles extérieures ?

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par Thomas Perrin
Université Paris III - Sorbonne Nouvelle - DESS de Relations interculturelles 2001
  

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PARTIE C

Mise en oeuvre de projets

I. Pertinence de la collaboration interrégionale comme modalité de mise en oeuvre des relations culturelles extérieures : les régions du sud-ouest français.

"Je pense qu'une Région [...]ne se définit pas par ses frontières. Où est la frontière entre Midi-Pyrénées et l'Auvergne? Où est le Rouergue? Peut-on le dire? Je crois qu'une Région se définit par sa manière de vivre [...] et en même temps par ses projets communs ou ses formes de créativité contemporaine. Au fond une Région se définit par sa culture "globale"(M. Giscard d'Estaing in La politique culturelle des régions, Actes, 1996, 78).

1. L'idée de "bassin culturel" : légitimité et limites

La notion de bassin culturel part du constat que les trois régions du sud-ouest français, au-delà des frontières administratives, ont en commun des traits culturels, ceux-là mêmes qui encouragent le développement des relations culturelles avec la péninsule ibérique et le Maroc.

Ces influences culturelles communes, pour ne pas dire cette "culture commune", donnent de la cohérence à un travail tissé entre ces trois régions concernant les relations culturelles extérieures et trouve une partie de son fondement dans l'Histoire49(*) et dans le fait que le découpage des régions françaises, "concocté à la fin des années 50 dans des bureaux parisiens[...]par des technocrates en mal d'imagination" (Dupuy & Gilly, 1997, 41), n'a pas toujours tenu compte des liens et traditions culturels. Le sud-ouest français est un exemple de ce dépassement nécessaire - et spontané - de l'échelon régional, surtout concernant les affaires culturelles. "C'est le cas du Millavois attiré vers Montpellier, mais aussi de certaines zones du Gers ou du Tarn-et-Garonne qui regardent vers l'Aquitaine. Inversement, la région de Castelnaudary ne doit son rattachement à la région Languedoc-Roussillon qu'à de subtiles tractations administratives" (id., 7).

De plus, il est généralement admis que les régions françaises, compte tenu de l'histoire politique de la France, ont une certaine difficulté à se constituer une identité qui, de fait, apparaît comme une identité "de circonstance"50(*).

Concernant le sud-ouest français, deux idées force dans cette notion de bassin culturel pourraient sous-tendre des collaborations interrégionales :

§ Le bassin culturel méditerranéen

Cette idée a connu un regain d'intérêt depuis la Conférence de Barcelone. On a pu parler de "Méditerranée créatrice[...], mouvement culturel profond[...], un des rares lieux de résistance possible à ce formidable mouvement d'homogénéisation culturelle qu'est l'occidentalisme" (Fabre, 1993, 147-149). Pourtant cette affirmation de l'existence d'une culture méditerranéenne relève en grande partie d'un imaginaire des pays nord-méditerranéens, pour ne pas dire occidentaux. Depuis l'image de l'Antiquité méditerranéenne reconstruite par les humanistes des Lumières et leurs successeurs du XIXème siècle, jusqu'aux tauromachies de Picasso, en passant par la grande synthèse historiographique de Fernand Braudel, "la Méditerranée demeure, pour la plupart des pays du Sud de la Méditerranée, une projection politico-économique et culturelle du Nord" (Hadhri, 1997, 96) ; une "Méditerranée imaginaire[..,]antipode de la modernité" (Chadziiossif, 1997, 58).

Si les Sciences sociales reconnaissent une certaine unité civilisationnelle méditerranéenne, celle-ci se manifeste surtout au travers des échanges commerciaux et des formes représentatives d'organisation politique (id., 60-63). Quant au bassin culturel méditerranéen, c'est avant tout un "lieu de dialogue entre les cultures européennes et islamiques" (Jouve, 1997, 107), entre le Nord et le Sud.

Les relation culturelles méditerranéennes peuvent en premier lieu s'articuler autour du patrimoine, "susceptible d'être exploité à bon escient pour revigorer et renforcer les sentiments d'appartenance commune des peuples de la Méditerranée" (Hadhri, 1997, 100). On peut penser au programme communautaire Euromed Heritage ou encore au rôle que peut jouer le musée dans le dialogue culturel méditerranéen51(*), démarche dans laquelle s'inscrit le projet de création prochaine à Marseille d'un musée des Civilisations européennes et de la Méditerranée.

Par ailleurs, garder à l'esprit que la Méditerranée est avant tout "un trait d'union[...]entre des hommes[...]dont les cultures s'adossent les unes aux autres" (Rieutord, 1997, 37) permet de développer des relations culturelles loin des ambiguïtés du discours culturel méditerranéen qui peuvent mener à des dérives identitaires eu égard au contexte historique et géopolitique méditerranéen52(*).

"Il n'y a pas de Méditerranée pure[...]. Le Portugal, bien que manifestement non européen par sa géographie, participe à la Méditerranéité" (Edgar Morin in Roussillon, 1999, 240).

§ Le bassin culturel occitano-catalan

Aujourd'hui la langue et la culture catalanes ont acquis une visibilité très forte, notamment grâce à l'impulsion politique de la Généralité de Catalogne, mais les cultures occitane et catalane ont une origine et un développement liés.

"[L'évocation de ces cultures] nous renvoie à une très ancienne et illustre unité historique, linguistique et culturelle, les pays catalans et occitans ayant tissé des liens socio-politiques entre le IXème et le XIIIème siècles, élaboré ensemble à cette époque une littérature et une création artistique de très haut niveau qui est aux sources de la culture européenne et a donné naissance à deux langues romanes jumelles dans leurs variétés respectives, le Catalan et l'Occitan" (in Eurocongrès des espaces occitans et catalans, brochure promotionnelle, 2000).

Géographiquement cette "culture globale" concerne "une zone charnière de l'Europe méridionale où elle s'articule avec l'ensemble atlantique et l'Europe septentrionale et comprend 14 régions d'Europe" (id.). Les régions Aquitaine, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon sont parmi les régions incluses dans cette zone53(*). Bien qu'elle ait surtout connu son heure de plein développement à l'époque médiévale, la culture occitano-catalane est encore vivante aujourd'hui.

Le Catalan est langue officielle de la Généralité de Catalogne, une des Communautés qui comptent le plus sur l'échiquier politique espagnol, voire communautaire, et des variantes de l'Occitan ont été récemment reconnues langues officielles dans le Val d'Aran - haute vallée de la Garonne - ainsi que dans les vallées du piémont italien. Par ailleurs les langues occitanes font l'objet d'études et de recherches universitaires à travers le monde : Japon, Etats-Unis, Allemagne, Brésil, etc.

Un Eurocongrès des espaces occitans et catalans, qui a lieu depuis fin 2000 jusqu'à fin 2001, ouvert à Marseille, pré-clôturé à Toulouse et clôturé à Barcelone, témoigne de la vitalité du monde associatif et du soutien institutionnel - pouvoirs régionaux surtout - dont bénéficie la culture occitano-catalane que l'on souhaite associer à des problématiques de fond et d'actualité - organisation de l'espace communautaire, démocratie linguistico-culturelle, mondialisation, etc. Récemment, lors des élections municipales de Toulouse, "tous les partis ont été travaillés au corps par la culture occitane, sauf l'extrême droite, et l'idée de création d'une Maison de l'Occitanie a été plusieurs fois avancée" (entretien avec le chargé de la langue et de la culture régionales en Midi-Pyrénées).

L'idée de bassin culturel est d'autant plus pertinente qu'il n'y a jamais eu d'Etat occitan à proprement parler. L'Occitanie est un ensemble culturel et non politique, représentatif d'une culture sud-européenne, "une culture parfois plus européenne de sens que la culture officielle" (id.). Cette culture est à la fois fédératrice et tournée vers l'extérieur, regroupant de nombreux dialectes et patois, un peu à la manière de l'Arabe classique par rapport aux Arabes dialectaux. Elle doit être appréhendée aux niveaux régional, interrégional, transfrontalier et méditerranéen, car "on ne peut comprendre cette langue et cette culture sans faire référence aux cultures ibériques, italiennes et arabo-andalouses" (id.).

On le voit, l'idée de bassin culturel ne s'applique au sud-ouest français que dans la perspective de son ouverture et notamment ses ouvertures transpyrénéenne et méditerranéenne.

Bien entendu cette notion comporte des limites évidentes et part souvent de constructions dans lesquelles l'imaginaire joue une grande part. Même si l'unité culturelle de certaines communautés est indubitable - Pays basque, Catalogne, Pyrénées, communautés immigrées, etc. - l'action culturelle du gouvernement catalan de Jordi Pujol, au pouvoir depuis 1980, par exemple, a été présentée comme "centrée sur la normalisation linguistique et la création d'un imaginaire collectif" (in Pôle sud n°10, 1999, 66). On voit les dérives que peut amener, en Méditerranée par exemple, la création d'un imaginaire collectif culturel (cf. Roussillon, 2000).

Certaines personnes présentent même la culture occitane, en dépit de sa dimension fédératrice, comme une "construction politique réactionnaire d'opposition, différente d'un mouvement naturel réel", tout en reconnaissant, d'une part une "parenté culturelle, un espace de romanité", d'autre part la présence de "connexions naturelles en brièveté de déplacement, entre Tarbes [Midi-Pyrénées] et Pau [Aquitaine], Millau [Midi-Pyrénées] et le Languedoc"54(*) discours dans lequel on retrouve le lien entre culture et aménagement du territoire.

Néanmoins l'idée d'une culture commune, à partager, peut donner de l'impulsion à des collaborations interrégionales tournées vers l'extérieur, sur certains thèmes et projets spécifiques et peut créer une "dynamique sud-européenne de carrefour, de passage, pour capter des influences et faire des synthèses créatrices"55(*).

2. L'interrégional face au local(isme)

"La réponse localiste confine à l'autarcie inavouée"56(*).

En ce qui concerne les facteurs identitaires, point essentiel à prendre en compte lorsque l'on travaille dans l'espace régional, l'échelle interrégionale peut tempérer une approche localiste, trop restreinte face au contexte de l'international, sachant que les Affaires étrangères et extérieures relèvent en général de compétences étatiques et que les régions françaises sont de taille assez modeste et disposent de "masses critiques" réduites face à nombre de leurs homologues européens. On peut prendre l'exemple du Land de Bavière jumelé à la fois avec Midi-Pyrénées, PACA et Languedoc-Roussillon, un Land pour trois Régions.

L'échelle interrégionale va ainsi à l'encontre de tout provincialisme dont, d'après un chargé de mission en Midi-Pyrénées, de nombreux élus font encore preuve et qui les empêche de voir plus loin que "Paris et le désert français". Cela rejoint l'avis du peintre Henri Cueco qui, lors des discussions sur les transferts de compétences, a évoqué dans les FRAC "deux maux complémentaires : le parisianisme et le régionalisme" (Moulinier, 1995, 164).

En extrapolant quelque peu on pourrait dire qu'au niveau culturel-identitaire, l'approche interrégionale est plus structurante et permet d'éviter toutes sortes de dérives - dont les conflits de l'ex-Yougoslavie sont un exemple, extrême certes, mais dont pourrait se rapprocher l'exemple du mouvement séparatiste basque.

De plus le cadre interrégional apparaît également plus structurant pour les relation interculturelles envers les minorités ethniques car l'on peut se poser la question, comme cela a été le cas lors du colloque Les stéréotypes nationaux et la construction européenne, tenu à l'UNESCO en 2000, de savoir si les minorités ethniques ne s'identifient pas plus facilement à une nation plutôt qu'à une région.

Ainsi l'échelle interrégionale apparaît comme un compromis pertinent entre les avantages d'instaurer des relations à un niveau local (cf. partie B., chapitre III.1.) et la "largeur de vue" nécessaire au développement des relations culturelles internationales.

Enfin c'est aussi en terme de visibilité internationale des projets que la collaboration interrégionale paraît pertinente. Concernant le sud-ouest français, il est plus cohérent pour les trois régions pyrénéennes de développer ensemble leurs relations culturelles extérieures dans des contextes "globalisant" tels que "l'isthme sud-européen", "l'arc méditerranéen occidental", participant de "l'articulation nord-sud à travers l'espace européen". Ainsi, les "systèmes complexes interrégionaux de développement durable comportent le plus souvent[...]une identité culturelle et patrimoniale qui renforce la lisibilité à l'échelle mondiale" (Guigou, 1999, 8).

Par ailleurs, la cohérence de regroupement interrégional se retrouve, au-delà des intérêts géostratégiques et médiatiques, à un niveau plus concret.

3. La mise en commun des capitaux respectifs

La pertinence de la collaboration interrégionale répond également à des considérations plus matérielles, ou tout au moins pragmatiques. Les budgets culturels des Conseils régionaux sont limités par d'autres priorités. On peut de là imaginer la part des dépenses consacrées aux affaires culturelles internationales qui ne bénéficient pas de ligne budgétaire assez clairement définie.

"Sauf au niveau des communes d'une certaine importance, les budgets culturels sont faibles et donc la part que l'on peut consacrer aux activités extérieures reste limitée.[...]Par ailleurs, force est de reconnaître que ce type d'actions a du mal à s'insérer dans l'agenda des services culturels territoriaux : souvent, ce n'est pas le service chargé de la culture qui gère les activités culturelles internationales"

(Moulinier, 1995, 265)

Ainsi on constate que "entreprendre une opération de détournement des flux artistiques [et notamment les flux internationaux], qui se dirigent tous vers Paris, lieu de la reconnaissance, est particulièrement difficile pour une autorité régionale ne disposant que de faibles moyens" (Pongy & Saez, 1994, 310).

Quant aux DRAC, autres acteurs financiers principaux, elles ne disposent que de faibles crédits déconcentrés du DAI et "le soutien à des échanges (le plus souvent transfrontaliers) n'est pas sans soulever d'épineuses questions de compétences et de préséances, tant avec les autorités préfectorales qu'à l'intérieur de l'administration culturelle" (Négrier in Perret & Saez, 1996, 120) ; ou encore, "Les DRAC, quoique peu dotées de crédits déconcentrés pour 'l'international", sont souvent dans une position favorable bien que n'ayant pas de droit à l'action internationale. Mais ce n'est une priorité pour aucune DRAC" (Moulinier, 1995, 265). Par exemple la DRAC Midi-Pyrénées a disposé de 250 000 francs de crédits déconcentrés du DAI en 1999, et de 240 000 francs en 200057(*).

Dans un tel contexte, les collaborations interrégionales apparaissent comme synonymes de mise en commun des moyens financiers, mais aussi humains, techniques, etc., ouvrent sur la possibilité de lancer des projets ayant une réelle envergure et des retombées internationales.

A ce propos il est à noter que même si, dans ce mémoire, on s'attache à considérer en priorité la collaboration interrégionale entre DRAC et Conseils régionaux, celle-ci concerne aussi, par extension, les associations et réseaux - les réseaux ne sont-ils pas interrégionaux par leur nature transversale ? -, établissements culturels et artistiques, etc. Il est désormais reconnu que de nombreux établissements culturels régionaux "rayonnent" sur une échelle interrégionale, voire transfrontalière et internationale58(*).

Par ailleurs, les recherches prospectives dont la collaboration interrégionale fait l'objet font apparaître ses avantages : "Des pôles interrégionaux apparaissent ainsi comme une solution organisationnelle qui se prête à une adaptation et à une modernisation des terminaux déconcentrés de l'Etat" (Leclerc et alii, 1996, 119). Concernant plus particulièrement les DRAC, il est à noter que la loi du 06 février 1992 relative à l'administration territoriale de la République incite dans son titre III à la coopération interrégionale (Chapitre Ier). Ainsi, "le chapitre III [du décret du 1er juillet 1992 portant charte de la déconcentration et qui accompagne la loi du 6 février 1992] précise que les services déconcentrés peuvent réunir certaines de leurs fonctions en constituant un "pôle de compétences pour l'exercice d'actions communes selon les modalités qu'ils déterminent conjointement et sous l'autorité du préfet" (Moulinier, 1995, 137).

Parallèlement, l'intégration européenne accélère le mouvement de recomposition régionale, notamment le "regroupement fonctionnel des régions : l'Allemagne, tout en préservant ses seize Länder, a défini six grandes régions fonctionnelles et six hubs intercontinentaux, l'Italie où Romano Prodi, alors Président du conseil avait le projet de passer de vingt-deux régions politiques à douze régions techniques et opérationnelles" (Guigou, 1999, 5); mouvement amorcé en 1991 par la Commission de la politique régionale de l'aménagement du territoire du Parlement européen (Leclerc et alii, 1996, 46). Toujours dans le contexte européen, la collaboration interrégionale au niveau français se présente comme une solution dans la recherche d'un certain équilibre de compétences et de moyens quand on constate que "la région est l'acteur institutionnel le plus faible du système culturel français[...]. Les Communautés autonomes espagnoles s'imposent chaque jour davantage comme des acteurs majeurs en Espagne" (Pongy & Saez, 1994, 293).

La collaboration interrégionale se présente donc comme une modalité de mise en oeuvre bien adaptée aux affaires culturelles extérieures de régions proches et permettrait au sud-ouest français de faire "frontière commune" avec la péninsule ibérique et de s'inscrire dans l'arc méditerranéen.

Elle ne peut être qu'encouragée par des déclarations telles que ; "c'est dans le domaine économique et culturel que le mouvement de recomposition des régions est, de loin, le plus avancé et le plus rapide" (Guigou, 1999, 4). Cependant le développement du "culturel" reste dépendant d'autres domaines, ce que les conditions de réalisation des projets, abordées au chapitre suivant, illustrent parfaitement.

II. Exemples et perspective de réalisation de projets.

1. Exemples

a. La coopération culturelle transfrontalière

vue de la DRAC Midi-Pyrénées

La coopération culturelle transfrontalière et interrégionale franco-espagnole figure au cahier des charges de la DRAC depuis plusieurs années et concerne de nombreux projets59(*) :

- Une étude sur le sujet, La coopération culturelle transfrontalière entre la région Midi-Pyrénées, l'Espagne et l'Andorre, a été réalisée en 1994 à la demande conjointe du Conseil régional et de la DRAC60(*).

- Deux projets "moteurs" ont été soutenus par le DAI de 1996 à 1998 et effectivement mis en oeuvre : Les Itinéraires transpyrénéens du patrimoine et le Réseau des musées pyrénéens61(*).

Parallèlement, la DRAC a collaboré à l'élaboration d'un Schéma des services collectifs culturels, à l'échelle interrégionale, en partenariat avec Aquitaine et sous le contrôle de la MIIAT Grand Sud Ouest.

Ces projets s'inscrivaient dans la dynamique générale de coopération transfrontalière développée alors à la DRAC62(*).

- Le bilan des différents projets, réalisé en juillet 2000 dans le but de relancer la coopération transfrontalière et interrégionale, fait ressortir l'aspect transversal et multilatéral de la coopération, ainsi que le nombre et la diversité des initiatives et des potentialités63(*).

Actuellement, d'après des entretiens récents auprès des responsables de la DRAC, la coopération culturelle franco-espagnole64(*) semble être dans une phase de "ralentissement":

- Certains projets continuent d'être réalisés mais sans réelle évolution en terme d'envergure et de développement (festival Cinespaña, festival Résistances, association Avant Mardi, projets autour des arts de la rue, etc.).

- D'autres projets sont pour l'instant suspendus, en attente de décisions notamment concernant la procédure de mise en oeuvre et le financement : le Réseau des musées pyrénéens - départ de M. Collin de son poste de chargé de la culture en Languedoc-Roussillon, et coordinateur de la réalisation du Guide des musées pyrénéens65(*) -, les Itinéraires transpyrénéens du patrimoine, le Guide transfrontalier des sources d'archives, etc.

- Quelques nouveaux projets seulement semblent en passe d'aboutir, notamment dans le secteur de l'archéologie (valorisation du patrimoine culturel et naturel des vallées de Luchon-Bénasque, exposition itinérante sur les sites de production de céramiques sigillées).

De cette façon on est encore loin de relations culturelles pérennes et structurantes, malgré les volontés - et la nécessité - de les développer.

Cet état de fait met en évidence plusieurs points relatifs à la mise en oeuvre des projets :

- Les financements communautaires représentent un soutien potentiel important des relations culturelles66(*), notamment au travers du programme INTERREG A et B.

- La contribution des DRAC ne peut être efficace sans une implication conjointe des collectivités, en particulier les Régions et leurs services concernés.

- Ainsi, l'aboutissement des projets en région dépend en grande partie de décisions et d'orientations politiques de la part des élus.

Enfin, il apparaît que l'établissement des relations culturelles souffre d'un manque d'articulation et de structuration à plusieurs niveaux :

- Collaboration inter-institutionnelles DRAC-Régions.

- Collaboration interrégionale, soit entre les DRAC, plus encore entre les Régions.

- Collaboration transfrontalière et transnationale, particulièrement d'un point de vue juridico-logistique, qu'il s'agisse des relations entre les différents interlocuteurs selon leurs compétences propres, ou du choix d'une (de) structure(s) porteuse(s) de projets apte(s) à recevoir des financements multilatéraux.

b. Action régionale et para-régionale

§ L'Association de coopération interrégionale - Les Chemins de Compostelle

Cette association a été fondée en 1990 par les Régions Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon et Aquitaine, suivant une "volonté de mise en oeuvre d'actions communes et concertées entre les Régions du Grand Sud" (entretien Mme A. Mayol). Les missions de l'association se déclinent selon trois axes : mise en valeur touristique dans une optique de tourisme culturel, action culturelle et pédagogique, coordination et relais des institutions locales.

D'après Antoinette Mayol, directeur de l'association, celle-ci est considérée par le Conseil de l'Europe - qui fait figurer les chemins de Compostelle parmi les Itinéraires culturels européens - comme tête de réseau française des "associations jacquaires"67(*) qui sont extrêmement nombreuses en France comme à l'étranger. L'association se positionne comme un centre de ressources - pour la formation et l'information -, comme un "laboratoire pour l'innovation et la réflexion" et comme relais européen.

L'association développe son action autour du thème de "l'itinérance au long cours", considérée comme "une soupape de sécurité face à "l'enclosure" urbaine". En effet, selon une étude menée par la Fédération espagnole des pèlerins à pied, sur 166 239 cheminants en 1999, 80,5% proviennent du milieu urbain. Ainsi les chemins de Compostelle apparaissent comme un "non-lieu", espace de liberté, "chemins du contre-pouvoir nécessaire à toute démocratie" (entretien Mme. A. Mayol).

La thématique des chemins de Compostelle est appréhendée à l'échelle interrégionale, transnationale et interculturelle, comme on peut le voir à travers les travaux réalisés ou en projets :

- Mise en valeur - balisage, aménagement de l'hébergement, etc. - des Voies du Sud par le chemin d'Arles-Saint Gilles en collaboration avec PACA, et par les chemins transpyrénéens du Camino francés en collaboration avec des partenaires des autonomies espagnoles - Navarre et Aragon notamment.

- Dans la continuation, projet de mise en valeur des chemins du piémont italien - Via francigena - en collaboration avec des partenaires italiens. Pour cela l'association va organiser un séminaire des Présidents des Régions françaises et italiennes concernées.

- Mise en place d'une formation de prestataires de l'accueil - offices de tourisme, syndicats d'initiatives, établissements d'hébergement, guides, etc. - sur les Voies du Sud. Cette formation a été organisée par les trois Régions pyrénéennes via l'association et en partenariat avec le Commissariat à l'aménagement des Pyrénées de la DATAR et le GRETA du Cominges-Luchonais. Un des points-clés de cette formation a été une présentation historique et culturelle des chemins, afin de "donner une véritable dimension culturelle au tourisme" (A.Mayol). En présentant d'une part les Voies du Sud comme voies de relation entre la civilisation arabo-andalouse et la civilisation de l'Europe méridionale, d'autre part les apports réciproques entre ces cultures, Mme. A. Mayol souhaite "dépasser les idées reçues contemporaines" liées à l'immigration et à la "culture des quartiers".

- Cette intention de donner une dimension interculturelle au travail de l'association se traduit par exemple par le projet de développer des liens avec l'Itinéraire de l'Héritage al-Andalus, autre itinéraire culturel européen "parrainé" par le Conseil de l'Europe. Ainsi cela confirmerait la place et le rôle du sud-ouest français dans un axe de développement des relations culturelles entre sud-ouest européen et Maghreb, notamment avec le Maroc. Il est à noter que le projet d'Itinéraire de l'Héritage al-Andalus a reçu l'appui du Roi d'Espagne, du gouvernement autonome andalou et du ministère marocain de la Culture et de la Communication68(*).

- L'association va participer au montage d'un projet dans le cadre du programme communautaire Culture 2000, action 3-1 b : "promouvoir et approfondir le thème des lieux de mémoire et des moments culturels et historiques partagés par les Européens". Ce projet, impliquant divers partenaires européens des milieux éducatif - enseignement général et spécialisé - et culturel - associations - vise à "établir des passerelles entre les échanges européens opérés à l'époque médiévale par la fréquentation des itinéraires des chemins de Saint Jacques de Compostelle et la construction européenne contemporaine dans le domaine de la création artistique, du patrimoine culturel et des sciences. Favoriser les échanges concrets et virtuels sur cette thématique par la création d'un site Internet".

Ainsi, l'expérience de l'association permet de mettre en exergue certains points relatifs à la mise en oeuvre de projets :

- L'organisation de la collaboration interrégionale française - voire internationale, est toujours très compliquée à cause du morcellement territorial qui engendre un morcellement des compétences très difficile à coordonner. De plus ce phénomène, d'après Mme. Mayol, éloigne les populations du pouvoir et renforce le décalage entre "ceux qui vivent et ceux qui font le pouvoir" - à ce sujet on peut penser au projet actuel de créer des mairies d'arrondissement à Toulouse, échelons supplémentaires de l'administration municipale. Pourtant la collaboration interrégionale a de l'avenir, surtout concernant les projets à dimension européenne et internationale : "les élus savent que c'est nécessaire et que "l'union fait la force", mais en même temps ils tiennent à conserver l'autonomie sur leur territoire".

- Dans ces conditions le rôle de l'association est d'impulser une méthodologie commune, une sorte de "livre blanc de la collaboration interrégionale".

Par ailleurs, l'association a été un moment pressentie pour être la structure porteuse du secrétariat permanent du Réseau des musées pyrénéens et des Itinéraires transpyrénéens du patrimoine, ce qui aurait été une première étape dans la collaboration DRAC-Régions.

Pour raisons politiques cette idée n'a pas abouti, ce qui illustre la difficulté de la coopération entre DRAC et Régions, malgré le cadre formel du Contrat de plan Etat-Région, notamment la Convention interrégionale des Massifs69(*). Il est à noter que lors de récentes réunions entre le Commissariat à l'aménagement des Pyrénées de la DATAR et la Région Midi-Pyrénées des Commissions ont été mises en place pour l'élaboration de projets dans le cadre de cette Convention, dont une Commission chargée entre autres des affaires culturelles. Ce processus dénote tout de même une certaine lenteur administrative et une priorité donnée à la coopération culturelle toute relative.

§ Le service chargé des langue et culture régionales en Midi-Pyrénées

La proximité interculturelle des cultures occitanes et maghrébines et la nécessité de la collaboration interrégionale70(*) ont suscité plusieurs projets de la part de ce service :

- Un groupe de musique régionale occitane travaille avec un chanteur marocain sur un oratorio de poèmes en occitan et en arabe et prépare une tournée pour 2002, qui ira de Grenade sur Garonne à Grenade en Andalousie.

- Des parcours architecturaux sur le thème de "L'influence d'al-Andalus dans l'architecture locale" sont organisés, notamment en faveur des jeunes des quartiers.

- Parallèlement des conférences sont données sur le thème de l'influence arabo-andalouse sur la culture occitane.

- La signature récente d'une convention entre Midi-Pyrénées et la Région de Marrakech laisse entrevoir des possibilités de développer un axe culturel pertinent autour des cultures régionales respectives occitane et berbère.

- Les Régions PACA, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées et l'Autonomie de Catalogne réfléchissent à un projet commun de développement d'un Chemin de l'Art roman et de création d'une agence de voyage virtuelle. On retrouve là les préoccupations propres aux Régions en matière de relations culturelles internationales par rapport au patrimoine et au tourisme culturel.

M. Surre-Garcia, chargé des langue et culture régionales en Midi-Pyrénées, regrette lui aussi les blocages de la collaboration interrégionale, et reconnaît que "c'est l'avenir. La formalisation est difficile. On a tous les éléments mais on tarde. Même si on retarde l'avenir en France il est incontournable".

Concernant plus particulièrement la culture occitane il préconise une "interrégionalité active", par le repérage des structures porteuses de projets les plus efficaces dans chaque région : l'Institut occitan de Pau en Aquitaine, le Centre interrégional de développement de l'Occitan (CIRDOC) - "mémoire de l'Occitanie" - en Languedoc-Roussillon, le Centre de ressources occitan et méridional en Midi-Pyrénées, résultat d'une convention entre l'Université de Toulouse-Le Mirail, Midi-Pyrénées et le rectorat de Toulouse. Ensuite il s'agit d'associer à ce "réseau moteur" des structures relais pertinentes, telles que le Conservatoire occitan, la Maison des cultures du monde à Toulouse, les lieux d'enseignement spécialisés, etc. Ainsi peut prendre forme un réseau d'enseignement et d'action culturelle, instrument adapté à la réalisation de projets interrégionaux et internationaux "dans un esprit sud-européen".

c. AFAA et réseau culturel français à l'étranger

§ AFAA - Pôle collectivités territoriales

Le pôle AFAA-collectivités soutient les projets de coopération culturelle internationale des collectivités, projets auxquels des établissements du réseau culturel français à l'étranger peuvent s'associer, comme par exemple lors de la tournée de la compagnie de cirque Les Acrostiches au Maroc du 1er octobre au 31 décembre 2000, qui a donné lieu à un partenariat avec l'Ecole du cirque de Rabat, sous forme de stages. Ce projet a été soutenu par la ville de Toulouse et l'AFAA, et piloté par l'Institut français de Casablanca.

On peut donc imaginer le développement d'un partenariat entre l'AFAA, les régions du sud-ouest français et les réseaux en Espagne, au Portugal et au Maroc.

A l'heure actuelle seules des villes du sud-ouest ont une convention avec l'AFAA, axée sur des points précis et limités : Montpellier pour le festival Montpellier Danse, Bordeaux dans le cadre de son jumelage avec Bilbao, Biarritz concernant le Centre chorégraphique national qui inscrit dans son cahier des charges un travail interrégional sur l'arc pyrénéen. Quant à la ville de Toulouse, son partenariat avec l'AFAA n'est actuellement "pas très dynamique" selon M. Ovtchinnikoff, responsable du pôle collectivités à l'AFAA. Il souhaite à présent nouer des liens avec les Régions plutôt que les villes, car un travail à l'échelle régionale permet de prendre en compte l'ensemble des artistes travaillant sur ce territoire, ce qui offre plus de possibilités que sur un territoire municipal. Actuellement l'AFAA négocie la signature d'une convention avec la région Aquitaine. Par ailleurs, le Service culturel de l'Ambassade de France en Espagne semble vouloir développer des liens privilégiés avec le sud-ouest français, en travaillant par exemple avec le Centre dramatique national de Toulouse (TNT).

De plus, les objectifs actuels du pôle AFAA-collectivités peuvent favoriser le développement des relations culturelles au sud-ouest de l'Europe : il s'agit d'une part de signer des conventions avec des collectivités étrangères, en concertation avec le réseau culturel concerné, d'autre part de multiplier les financements multiples entre DRAC, AFAA et collectivités, comme cela est par exemple le cas entre la région PACA, la DRAC PACA et l'AFAA, pour une diffusion théâtrale à Lisbonne.

Même si on ne peut pas parler de relations très structurées entre l'AFAA, les collectivités du sud-ouest français et le réseau culturel français au sud-ouest de l'Europe, toutes les possibilités existent pour développer de telles relations.

§ Le réseau culturel au Maroc71(*)

Comme on l'a vu, le poste de coopération et d'action culturelle français au Maroc est un des plus importants du réseau diplomatique.

D'après M. Deschamps, conseiller de Coopération et d'Action culturelle adjoint chargé de la Coopération culturelle et artistique, ancien DRAC Midi-Pyrénées, il y a au Maroc une très forte demande en ingénierie culturelle, gestion d'établissements, montage de projets, etc. Le savoir-faire français en la matière est fort de près de quarante années d'expérience.

Lors de séances de formation des fonctionnaires marocains de l'Institut supérieur d'art dramatique, M. Deschamps a fait intervenir des professionnels du sud-ouest français - Théâtre Garonne de Toulouse, Le Parvis de Tarbes. Il reconnaît qu'en étant originaires de cette région "on les imagine plus proches des problématiques du Sud. Ils sont du Sud du Nord, ici c'est le Nord du Sud, c'est là où les écarts sont les moins importants". Il réaffirme ainsi les affinités culturelles qui, doublées d'une proximité géographique, peuvent favoriser le développement des relations internationales au sud-ouest de l'Europe.

Concernant les collaborations multilatérales, il ne semble pas y avoir au Maroc actuellement de véritable dynamique franco-hispano-portugaise. D'une part la culture ne semble pas être une priorité pour l'Ambassade du Portugal, d'autre part il y a peu de rencontres informelles entre responsables des réseaux culturels, ce qui pourtant favoriserait la mise en oeuvre de projets communs. A ce propos M. Deschamps évoque l'habitude qu'il avait prise, lorsqu'il travaillait pour le réseau culturel en Allemagne, de retrouver ses homologues européens pour des déjeuners hebdomadaires.

Actuellement il a l'intention d'organiser, avec ses collègues italiens, espagnols et portugais, une "journée-exposition porte ouverte" commune. C'est-à-dire que chacun d'eux invite un artiste marocain à exposer chez lui et ouvre sa maison aux visiteurs pendant une journée, afin que ces derniers puissent, le long de ce circuit, découvrir les oeuvres et rencontrer les artistes. Cela permet de poser un regard sur la culture d'accueil et permet de dépasser les strictes actions de diffusion, ouverture nécessaire à un développement équilibré des relations culturelles. Cette initiative montre que la mise en oeuvre de projets peut se faire de manière relativement informelle, ce qui représente "la force et la faiblesse du système culturel". On peut penser que de telles initiatives devraient sortir du cadre quasi-privé pour avoir lieu dans les Instituts ou autres lieux d'exposition ouverts au grand public.

Par ailleurs ce type de projet confirme le poids croissant que la société civile est amenée à jouer dans le développement des relations culturelles. Néanmoins, et alors que le réseau culturel français travaille beaucoup avec des associations - comme par exemple l'Association échanges interculturels pour l'organisation d'un colloque international sur le thème "Patrimoine et échanges" (Le Matin du Sahara et du Maghreb, 27 octobre 2000)- cette émergence de la société civile au Maroc est "encore en devenir et il convient de rester vigilant quant aux raisons sociales des ONG et associations".

Concernant la coopération multilatérale il faut aussi signaler l'action de la Délégation de la Commission européenne au Maroc au titre des activités culturelles locales du programme communautaire MEDA. La Délégation organise chaque année, en coopération avec les réseaux culturels européens locaux, le festival Jazz aux Oudayas, dont l'Institut français de Rabat assure le suivi logistique en tant que prestataire de services, ainsi que la Semaine du film européen. Par ailleurs la Délégation va soutenir la construction au Maroc d'un réseau de vingt cinq "Maisons de la Culture". Sur ce projet le Service de coopération et d'action culturelle de l'Ambassade de France au Maroc a déjà organisé, en partenariat avec ses homologues belge et allemand, des séminaires de présentation par des professionnels de leur expérience nationale respective de Maisons de la culture, à l'attention des responsables marocains chargés de ce projet, afin qu'ils puissent juger les différentes formules, éviter les erreurs commises et "trouver leur équation".

Ce projet est d'autant plus intéressant qu'il s'inscrit dans une tendance à la décentralisation culturelle au Maroc. Selon M. Achaâri, ministre marocain de la Culture et de la Communication, l'Espagne est "un exemple réussi d'intégration régionale", ce qui permet "la diffusion du patrimoine et de la culture dans la vie des régions". Il souhaite lui-même procéder au renforcement de la régionalisation culturelle , en terme de déconcentration - mise en place de Directions régionales de la Culture -, de décentralisation - création de Conseils régionaux de la Culture - et d'aménagement culturel du territoire - construction du réseau des Maisons de la Culture72(*). Ce processus de régionalisation culturelle renvoie au développement, de part et d'autre de la Méditerranée, de la coopération décentralisée, amenant les régions à devenir des acteurs de moins en moins négligeables des relations culturelles. C'est par exemple la région Nord du Maroc et PACA, Midi-Pyrénées et la région de Marrakech, qui nouent des liens et entrevoient des solidarités accrues. Même si la dimension culturelle de ces projets de coopération est encore mineure - il est prévu de jouer aux quilles lors de la visite de la délégation régionale Midi-Pyrénées dans la région de Marrakech cet été...- et semble rester un produit d'accompagnement d'une démarche économique - voire politique -, elle est inévitable, et ce d'autant plus que les services culturels décentralisés et déconcentrés sont en passe de trouver des homologues marocains, pour une harmonisation des relations.

Néanmoins, pour reprendre l'exemple français, la coopération décentralisée semble à l'heure actuelle, malgré ses bonnes intentions, mal s'articuler avec la politique gouvernementale et "les gens sont envoyés avant qu'il y ait un vrai projet" (entretien M. Deschamps). "Les contradictions réelles entre coopération décentralisée et diplomatie culturelle sont un autre aspect des ajustements rendus nécessaires par l'essor des réseaux de villes et de régions" (Perret & Saez, 1996, 124). On en revient à la difficulté d'organiser un partenariat entre Etat et collectivités, entre services déconcentrés et services décentralisés. "L'entrée des collectivités territoriales sur la scène des échanges culturels internationaux pose de manière nouvelle le problème du partenariat" (id.).

A ce propos la signature récente d'un accord de coopération entre la Région Midi-Pyrénées et la Région de Marrakech, déjà évoquée, peut permettre d'illustrer les possibilités "d'ajustement" entre coopération décentralisée et diplomatie culturelle. M. Vincent Mellili, directeur de l'Institut français de Marrakech, tient à souligner le rôle actif que l'Institut est prêt jouer dans cette coopération décentralisée au niveau culturel. Par son expertise du "terrain" local, l'Institut est à même de dresser un état des besoins en terme de développement culturel, de promouvoir des projets auprès du milieu culturel et artistique, d'aider et d'orienter dans la formation de partenariats, etc.

Ainsi le développement de l'axe Midi-Pyrénées-Région de Marrakech peut permettre d'expérimenter et de mettre en oeuvre de nouvelles formes de partenariat entre Etat et collectivités dans un contexte international, même si le volet culturel de ce partenariat n'est à l'heure actuelle qu'en phase de (pré)conception, la coopération concernant en premier lieu des aspects industriels et commerciaux - agroalimentaire, etc.

d. Autres projets "régionaux"

Il convient également de prendre en compte "la grande ruée intellectuelle et artistique vers la coopération culturelle méditerranéenne" (Tlili, 1997, 136) qui s'est accrue depuis à peu près vingt ans73(*).

On peut citer pour exemple de projets : le Festival du Film méditerranéen de Montpellier, le programme communautaire MEDA, la Mostra du cinéma méditerranéen de Valence, l'action de l'Institut catalan de la Méditerranée et du Centre Nord-Sud du Conseil de l'Europe à Lisbonne, d'Interarts (Barcelone), de la Fondation René Seydoux et de la Fondation européenne de la Culture- avec par exemple le fonds de mobilité Roberto Cimetta -, etc.

Considérant que le processus de Barcelone est un soutien supplémentaire à cette coopération et que "le mot "partenariat" est devenu incontournable" (Tlili, 1997, 137), il est possible de trouver parmi ces multiples projets et initiatives des structures charnières ou des relais sur lesquels le développement des relations culturelles au sud-ouest de l'Europe peut s'appuyer.

2. Perspectives de mise en oeuvre

Les projets présentés en partie précédente montrent que, en dépit des différentes et nombreuses initiatives en cours et en dessein, les relations culturelles au sud-ouest de l'Europe ne sont pas aussi intenses et structurées que dans d'autres zones transfrontalières comme au Nord et à l'Est de la France par exemple, où l'on constate respectivement "le développement en réseau d'une eurorégion anglo-franco-belge" (Leclerc et alii, 1996, 69) et "la vitalité des coopérations avec les entités étrangères voisines : Saar-Lor Lux, Rhin supérieur, Communauté de travail du Jura "(id., 71).

Pourtant, comme on a pu le voir précédemment, le développement des relations culturelles au sud-ouest de l'Europe présente un réel intérêt par rapport à des problématiques contemporaines de fond - régionalisation, construction européenne, projet euro-méditerranéen, relations Nord-Sud -, à condition que ces relations soient structurées afin de durer.

La mise en oeuvre de projets concrets, structuration de base des relations, renvoie à une notion-clé, le partenariat, considéré comme bilatéral et multilatéral à la fois.

"Le partenariat est devenu la règle en matière culturelle" (Thuriot, 1999, 258).

§ Le partenariat bilatéral est à prendre au sens "générique", c'est-à-dire qu'il ne renvoie pas à des relations spécifiques entre deux pays, mais qu'il s'agit plutôt du partenariat entre institutions et société civile qui doit sous-tendre les relations culturelles dans leur ensemble, chacun des deux partenaires étant un acteur indispensable de ces relations. D'une part les institutions sont indispensables en terme d'encadrement et de financement, d'autre part la voix de la société civile garantit des projets créatifs, pertinents par rapport à un "terrain" culturel donné, adaptés aux évolutions sociales et démocratiques. Aujourd'hui les acteurs de la coopération non-gouvernementale "ne sont plus ressentis comme mendiants ou quémandeurs face aux institutions, mais comme des partenaires" (Institutions territoriales et réseaux culturels européens. Actes du colloque., 1998, 52). Les ONG peuvent non seulement agir en maître d'ouvrage des projets conçus ou initiés par des institutions, en y apportant une "interprétation originale, signe de leur autonomie" (Dialogue culturel Nord-Sud et collectivités territoriales. Actes du colloque., 1992, Postface, 65), mais encore proposer elles-mêmes des projets à réaliser en collaboration avec les institutions.

Ceci peut paraître une évidence maintes fois répétées, mais le développement des relations culturelles au sud-ouest de l'Europe ne peut se faire que dans le cadre d'un partenariat bilatéral "global" institutions-société civile.

§ Le partenariat multilatéral renvoie au contexte géopolitique et institutionnel du sud-ouest de l'Europe, où l'on trouve plusieurs types de structures ayant chacune son rôle et ses compétences propres, différents d'un pays à l'autre, parfois d'une région à l'autre dans le cas des autonomies espagnoles. D'après M. Vincent Melili, directeur de l'Institut français de Marrakech, la coopération décentralisée donne lieu à "une multitude de possibilités et de partenariats".

Dans ce contexte que l'on peut qualifier de "post-structuraliste", par analogie avec le texte "étoilé" en "lexies" se répondant les unes aux autres, le partenariat multilatéral peut permettre de coordonner les actions tout en gardant une envergure et une visibilité sur l'ensemble de la région sud-ouest de l'Europe. Le partenariat multilatéral peut prendre différentes formes selon les différents acteurs culturels impliqués :

- Au niveau du sud-ouest français un partenariat à l'échelle interrégionale permettrait de franchir un grand pas, en impliquant DRAC et Régions voisines dans un (des) projet(s) commun(s) à l'international. Il est aussi envisageable d'associer d'autres structures aux relations culturelles, comme par exemple les délégations académiques aux Relations internationales et à la Coopération des Rectorats (D.A.R.I.C.) ou les services chargés des relations internationales des universités, notamment au travers de conventions de partenariat pour le renforcement de l'action culturelle éducative européenne et internationale.

- Dans un deuxième temps il est possible pour les DRAC du sud-ouest de s'associer au réseau culturel français à l'étranger - en l'occurrence Espagne, Portugal et Maroc - par la signature de protocoles d'accord, comme cela a été le cas entre la DRAC Midi-Pyrénées et l'Institut français de Valence en 199574(*), pour la mise en commun des logistiques, l'échange d'information sur la scène artistique, etc. Cela apporte aux DRAC une ouverture internationale de premier plan à travers des "lieux de convergence" (Dialogue culturel Nord-Sud[...], 1992, Postface, 62) et peut permettre au réseau culturel de "trouver les conditions d'une nouvelle légitimité [par] sa capacité à devenir partenaire" (Roche, 1998, 88). Dans le même ordre d'idée on peut penser à l'établissement de conventions entre l'AFAA-Pôle Collectivités territoriales, et des collectivités espagnoles, portugaises et marocaines, sachant que l'AFAA souhaite développer des partenariats dans ce sens et compte signer d'ici peu une convention avec la ville de Genève75(*).

- Un autre partenariat structurant et "légitimant" est celui qui peut s'établir entre les réseaux culturels français, espagnol et portugais au sud-ouest de l'Europe et ainsi créer une véritable synergie au niveau des relations culturelles entre ces pays, en sachant que chaque réseau est un partenaire potentiel des structures culturelles locales - institutions et ONG -, comme par exemple l'Institut français de Rabat avec le ministère marocain de la Culture et de la Communication, l'Institut Cervantès de Toulouse avec la DRAC et la Région Midi-Pyrénées - à noter que L'Institut Cervantès de Toulouse est membre de l'Association de coopération interrégionale-Les Chemins de Compostelle - , ou encore l'Institut français de Séville avec le service culturel de l'autonomie d'Andalousie, etc76(*).

- Le partenariat décentralisé - au sens restrictif - entre collectivités peut également contribuer au développement des relations culturelles, comme par exemple l'Eurorégion Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Catalogne - qu'il faudrait "réactiver" -, les conventions de coopération entre régions espagnoles - Valence, Andalousie - ou française - PACA - et la région Nord du Maroc, ou encore entre Midi-Pyrénées et la région de Marrakech.

- Enfin, les institutions communautaires, notamment la délégation de la Commission européenne au Maroc, et internationales - UNESCO, Conseil de l'Europe - peuvent apporter leur soutien - surtout moral - et être des appuis nécessaires au développement des relations culturelles. On peut penser par exemple à l'action de l'Association de coopération interrégionale-Les Chemins de Compostelle auprès de l'UNESCO pour l'inscription des Chemins de Compostelle au Patrimoine Mondial en 1998.

D'après R. Weber du Conseil de l'Europe "les structures du Conseil de l'Europe permettent une coopération efficace entre décideurs politiques, experts gouvernementaux, parlementaires, élus locaux et régionaux, organisations et associations non-gouvernementales, universitaires, enseignants, artistes et chercheurs" (Weber in Saez, 1995, 88).

"L'Union européenne, le Conseil de l'Europe et l'UNESCO sont des partenaires pour les Etats, pour les grandes institutions mais aussi pour les acteurs de terrain dans la définition de valeurs et de grands principes qui sous-tendent la culture européenne conçue comme un cadre respectueux des diversités culturelles et des identités nationales[...], [cependant] ces organisations internationales sont relativement impuissantes face à la concurrence culturelle des systèmes internationaux de communication de masse qui fonctionnent sur d'autres finalités (économiques surtout), d'autres règles du jeu (la concurrence, d'autres cibles (l'individu d'abord), d'autres logiques de transmission privilégiant des messages simples" (id., 122, 123).

De cette façon on voit que, même s'ils peuvent compter sur l'appui des institutions intergouvernementales, les acteurs "régionaux" - collectivités et services déconcentrés, réseaux culturels à l'étranger - restent les mieux à même, étant des acteurs du "terrain", d'instaurer des relations culturelles fructueuses et viables au sud-ouest de l'Europe.

Les différents partenariats envisagés montrent que le développement des relations culturelles peut bénéficier d'un "effet d'enchaînement" amenant à un partenariat multilatéral d'ensemble à l'échelle du sud-ouest de l'Europe.

Par exemple une DRAC peut, en s'associant avec une Région, s'inscrire dans le partenariat qu'a engagé celle-ci avec une Région marocaine. Inversement la Région pourra participer, via la DRAC, au partenariat entre cette dernière et un établissement du réseau culturel français au Portugal. Par ailleurs, l'Institut Cervantès à Rabat pourrait, via ses homologues à Lisbonne et Toulouse, s'inscrire à son tour dans ce partenariat.

On pourrait multiplier les conjectures et exemples de ce type, dont la crédibilité est renforcée par les facilités de communication induites par les NTIC et le développement du travail "en réseau".

Cet "effet d'enchaînement" renvoie à la notion "d'interdépendance généralisée" entre acteurs institutionnels (Pongy & Saez, 1994, 292) et amène à constater que le partenariat multilatéral est loin d'être effectivement réalisé. En effet si l'interdépendance généralisée amène des modes de coopération divers - contractualisation, développement des lieux de concertation et des instances d'harmonisation des politiques - elle se manifeste aussi par "le développement des compétences concurrentes et "met en évidence l'équilibre instable sur lequel reposent les relations entre acteurs institutionnels de niveau différent" (id.).

D'après les exemples de projets et d'initiatives présentés en partie précédente il apparaît que "l'équilibre instable" évoqué ci-dessus est dû en grande partie à des relations interpersonnelles plutôt qu'à des contraintes juridiques qu'il est de plus en plus possible de surpasser - le principal problème étant généralement de trouver une structure porteuse de projets, fiable et apte à recevoir des financements multilatéraux et internationaux.

Ainsi l'émergence de partenariats pour la mise en oeuvre de projets dépend surtout des volontés politiques - comme pour l'Eurorégion dont il a été question plus haut - et personnelles - comme par exemple la volonté de directeurs d'Instituts culturels de travailler ensemble -, d'autant plus que le partenariat multilatéral, tel qu'envisagé dans ce mémoire, suppose un certain changement des habitudes de travail. Au désenclavement des cultures induit par les relations internationales correspond le décloisonnement des modes de mise en oeuvre des projets - ne pourrait-on pas parler de désenclavement des cultures de travail ?

Concernant ne serait-ce que le partenariat Etat-collectivités, n'est-il pas toujours d'actualité de le considérer comme "un partenariat à inventer" (Dialogue culturel Nord-Sud[...], 1992, Postface, 92), alors même que "la coopération culturelle décentralisée trouvera ses meilleures chances dans un partenariat entre Etat et collectivités territoriales" (id.) ? Plus récemment, un professionnel de la culture interrogé sur le sujet a estimé, d'après son expérience en DRAC, que l'Etat et les collectivités sont "presque toujours en positions de rivalité, voire d'hostilité". Malgré le rapprochement Etats-Régions à travers les contrats de Plan, l'élaboration de Schémas interrégionaux des services collectifs77(*), cette configuration est loin d'être effective. D'une part des tensions subsistent entre services centraux et décentralisés - "si l'état nation a déjà du mal à assumer la décentralisation à l'intérieur de son territoire, il a encore plus de mal à concevoir l'interrégionalité et a fortiori quand elle s'exprime de manière transfrontalière" (id.) -, d'autre part la collaboration entre structures homologues et voisines ne va sa toujours de soi, chacun travaillant sur son territoire et dans son intérêt propre. On parle alors de "politiques individualistes et compétitives[...]. Les relations Etats-collectivités peuvent parfois poser des problèmes politiques aigus. Deux cas se présentent : la position autonome et l'antagonisme politique" (Roche, 1998, 75).

La collaboration interrégionale française semble donc difficile à mettre en place malgré tout l'intérêt que chaque partenaire pourrait en tirer, surtout au travers des relations culturelles internationales. Ainsi M. Guigou constate en 1999 :

"Le chemin est long entre la théorie et la pratique. Alors que [...]la coopération transnationale au sein de l'Union européenne ne cesse de s'enrichir, l'interrégionalité en France n'a pas débordé le cénacle des initiés[...]. Réticences des uns [les élus], prudence des autres[l'Etat][...]. Du côté des exécutifs régionaux, la mobilisation interrégionale est faible" (Guigou, 1999, 10).

Pourtant la collaboration interrégionale n'est que le premier pas vers un véritable "espace unique d'intégration interrégionale" (Leclerc et alii, 1996, 20), qu'il serait temps de franchir.

"Pourquoi les régions - dépassant le stade primaire de la coopération interrégionale à géométrie variable - ne coopéreraient-elles pas entre elles d'une façon pérenne pour concevoir et mettre en oeuvre des projets de grande ampleur ? " (Guigou, 1999, 4).

Plus qu'une impulsion centrale, peut-être une décentralisation administrative plus poussée est nécessaire pour cela : "Les collectivités devraient pouvoir s'associer et créer les outils juridiques qui leur sont nécessaires sous contrôle a priori et autorisation de l'Etat, sauf si celui-ci est également partie prenante, par simples délibérations concordantes dans leurs assemblées respectives" (Thuriot, 1999,240).

Naturellement de tels obstacles se retouvent en dehors du cadre français, lorsque par exemple des responsables culturels d'une autonomie espagnole rechignent à traiter avec des agents d'une DRAC sous prétexte que ceux-ci sont des représentants d'un pouvoir central. Dans ce cas-là si les DRAC ne s'associant pas avec les services culturels de la région, comment effectuer la médiation ? On rencontre les mêmes obstacles dans les difficultés à rapprocher et coordonner les coopérations bilatérales et la coopération extérieure menée par l'Union européenne (cf. partie A. chapitre III), ou encore dans la quasi-absence de coordination des politiques culturelles régionales en Espagne (in Pôle Sud n°10, 1999, 71).

Il y a bien lieu ici de parler de limites dues à des rigidités mentales et administratives.

Ce constat met en évidence le rôle essentiel que la société civile est appelée à tenir.

M. Moulinier estime qu'il convient de "donner toute se force [à] la décentralisation civique [pour] approfondir la démocratisation culturelle" (Moulinier, 1995, 277). Quant à Guy Raffi il constate que "dans la plupart des domaines[...]l'activité associative précède l'action publique qui vient plus tard prendre le relais et donner aux associations les moyens de leur développement" (Thuriot, 1999, 282). On peut également penser qu'un "recentrage" des affaires culturelles au coeur de la société civile permettrait de tempérer les excès de la "technocratisation" à outrance du culturel, phénomène grandement critiqué et déploré, comme le font par exemple M. Marc Fumaroli dans L'Etat culturel, ou encore MM. Jean Molino et Alexis Tadié dans Esprit (cf. Bibliographie).

Les associations et autres ONG à caractère culturel, lieux de recherche, de réflexion et d'innovation, peuvent trouver les moyens, notamment en s'associant en réseaux et en proposant des projets, de donner aux institutions l'impulsion nécessaire au développement des relations culturelles de manière adaptée au contexte international et européen. Mais encore faut-il que ces ONG soient suffisamment autonomes par rapport au soutien institutionnel, dont elles ont néanmoins un besoin évident, afin de ne pas dépendre des blocages politiques et autres.

Bien entendu les relations interpersonnelles sont également un facteur-clé de l'activité des ONG, dont on peut se rendre compte lorsque des associations travaillant sur le même thème - par exemple des "associations jacquaires" - refusent de collaborer ou de s'associer en réseau.

Dans le même ordre d'idée, M. Emmanuel Négrier (chercheur au CNRS, CEPEL de Montpellier I) constate à propos des échanges culturels internationaux au niveau territorial :

"Nous retiendrons le caractère sélectif de ces pratiques d'échanges : elles fonctionnent toutes à la marge, au gré des relations personnelles et meurent le plus souvent avec elles. Elles sont peu connues, peu ou pas codifiées et apparaissent le plus souvent réservées aux acteurs dotés d'une connaissance préalable et fine des instances existantes et des opportunités disponibles. On retrouve cette caractéristique dans le domaine des politiques européennes" (Négrier in Perret & Saez , 1996, 121).

Ainsi le milieu culturel et artistique apparaît profondément humain, ce qui lui confère un caractère fécond et indispensable mais peut contribuer à l'amoindrir et le minimiser.

III. Nature et fondements des projets : aspects

Les relations culturelles peuvent exercer, on l'a vu, une influence positive sur le développement général du sud-ouest de l'Europe. Pour cela on peut penser que la mise en oeuvre de projets doit obéir à une certaine éthique, à un certain "cahier des charges".

1. Buts

§ Tout d'abord il s'agit d'éviter toute récupération excessive des projets par les sphères politiques et médiatiques. Bien entendu l'appui politique est indispensable au même titre que la médiatisation des projets, mais la finalité des relations culturelles n'est pas une action "de surface".

L'instrumentalisation et la "technocratisation" de la culture sont des risques assez connus et décriés - "Qu'advient-il de l'art quand il se dissout dans la culture, sous ses deux visages de la marchandisation et de l'intervention publique ?"78(*) - pour faire en sorte d'essayer de trouver, autant que possible, un compromis entre le projet, la dimension politique et la communication.

§ Le bien-fondé du développement des relations culturelles au sud-ouest de l'Europe implique des relations pérennes, inscrites dans la durée, ce qui est potentiellement réalisable compte-tenu des implications et des intérêts respectifs que l'on rencontre dans la région. Ainsi les projets mis en oeuvre doivent contribuer à instaurer des relations durables et profondes, ce qui peut-être considéré comme une garantie de sérieux et d'engagement et peut du même coup valoriser ces projets - aux yeux des financeurs, publics, médias, etc.

§ L'aspect "décentralisé" des relations culturelles dans une telle région ne fait aucun doute, et les projets doivent correspondre à ce critère de réalisation, qui concerne deux points:

- D'une part l'implication active des collectivités territoriales, notamment du côté français - seulement une partie du territoire national est plus directement concernée par ces relations -, sans oublier que l'Espagne est le pays des autonomies et que le Maroc aspire à une régionalisation de l'administration culturelle.

- D'autre part l'implication de la société civile à travers la coopération non-gouvernementale apparaît comme une clé du développement durable et efficace des relations culturelles.

§ La dimension interculturelle et tout ce qu'elle implique - en terme d'action socioculturelle, de politiques de traduction, etc. - est indispensable, car elle donne tout leur sens aux relations. La constance de la dimension interculturelle dans les relations peut permettre d'éviter un "interculturalisme à géométrie variable" (Négrier in Perret & Saez, 1996, 124) et participe de la pérennité de ces relations.

2. Nature

§ Il serait intéressant de trouver un équilibre entre des projets événementiels et des projets "de fond".

- Les projets événementiels, "de grande envergure", comme présentés par le DAI ou le programme communautaire Culture 2000, permettent d'acquérir rapidement une large visibilité et satisfont aux exigences médiatiques de la sphère politique et institutionnelle. Il peut s'agir par exemple d'une participation active et conjointe à une manifestation telle que les capitales européennes de la culture, notamment lorsqu'il s'agit d'une ville du sud-ouest de l'Europe, comme c'est la cas avec Porto en 2001. Ces projets dynamisent en quelque sorte les relations en même temps qu'ils peuvent sensibiliser et rassembler un large public pour un premier contact.

- Les projets "de fond" impliquent un travail de proximité, une inscription dans la durée, donnent du corps aux relations dont ils constituent une base solide. Ces projets permettent de ne pas se limiter à l'éphémère et au superficiel.

§ Des projets mobilisateurs-fédérateurs permettent d'impliquer un large public, sans toutefois pallier à l'exigence de qualité. Ils permettent également de susciter les échanges et la mobilité, qu'il s'agisse de personnes, d'oeuvres, d'idées, etc. De plus, soutenir et développer des "projets communs et mobilisateurs" est également "un moyen d'encourager la coopération interrégionale" (Leclerc et alii, 1996, 46).

§ L'aspect transversal des projets ne peut qu'être un avantage pour le développement des relations et correspond à une tendance actuelle. Si l'approche transversale fait défaut, "il en résulte que le spécialiste l'emporte sur le généraliste, le corporatisme sur le localisme, le contenu sur la démarche, les acteurs sur les publics, etc." (Moulinier, 1995, 245). On peut penser par exemple à des projets s'inscrivant dans des programmes éducatifs ou de formation (cf. Latarjet, 1992, 27), dans des politiques de co-développement économique et social, dans des politiques touristiques - en évitant bien sûr les dérives et excès du "tourisme culturel" -, dans des programmes de recherche, etc. Le partenariat entre éducation et culture apparaît primordial aujourd'hui que, "l'école a compris que la culture est un très bon média pédagogique", pour reprendre les mots de M. Vincent Melili. Par ailleurs, l'éducation ne doit-elle pas aujourd'hui être considérée comme une exception culturelle, alors qu'elle est de plus en plus soumise à une logique de marché, notamment l'enseignement supérieur ?79(*)

L'aspect transversal peut aussi se traduire par le fait que des services publics organisent et/ou encadrent des projets concernant des cultures ethniques, communautaires, ce qui apparaît comme un compromis pertinent entre particularisme et universalisme80(*).

3. Thèmes

Enfin on peut penser, sans aucune exhaustivité, à quelques thèmes généraux autour desquels pourraient se développer les relations culturelles au sud-ouest de l'Europe :

§ La (les) culture(s) méditerranéenne(s) comme contre exemple(s) de la culture "mondialisante" nord-atlantique,

"Culturellement, la communauté euratlantique signifie la suprématie de l'occidentalisme, [lequel] s'affirme comme l'Utopie achevée de l'homme de la consommation[...]Images sans traces qui renforcent leur emprise sur les esprits et qui, grâce au jeu du libre échange, sont d'ores et déjà devenues le quasi monopole des sociétés de production américaines" (Balta, 1993, 146).

Crédibilité, enjeux et perspectives.

§ L'ouverture atlantique "alternative" du sud-ouest de l'Europe : vers les cultures sub-sahariennes via le sud marocain et latino américaines via la façade atlantique ibérique, développement de liens culturels concrets et privilégiés.

§ Le pluralisme culturel comme caractéristique des cultures méditerranéennes et européennes : exemples historiques et contemporains au sud-ouest de l'Europe.

De tels projets pourraient être montés en partenariat avec des classes d'Histoire, des associations de quartiers, des sites patrimoniaux et musées, etc.

"La Méditerranée[...]demeure un ensemble à la diversité culturelle problématique. C'est dire que, pour fondées qu'elles soient, les actions mises sur les rails seraient insuffisantes si elles ne s'accompagnaient pas d'une réflexion et d'une action touchant au coeur des relations interculturelles" (Bistolfi, 1997, 125).

Le pluralisme culturel n'est-il pas également un "facteur de rapprochement et de dialogue en Méditerranée" (Hadhri, 1997, 99-100) ?

§ Culture, sciences humaines, humanités et culture scientifique et technique : correspondances et interactions.

On peut penser aux idées développées à ce sujet par Marc Fumaroli dans ses écrits et reprises lors d'une conférence sur le thème "Les humanités ou la critique de la spécialisation", donnée le 15 novembre 2000 au Collège de France dans le cadre de l'Université de tous les savoirs, organisée par la Mission 2000 en France. Marc Fumaroli constate le discrédit jeté sur les sciences humaines, par leur trop forte prétention à être une science exacte, alors même qu'elles se posaient en "guides crédibles et sûrs de ce qui convient à l'homme concret" ("Les humanités sont la mémoire vivante du passé" in Le Monde, 21 novembre 2000). L'avenir pour les sciences humaines ne serait-il pas d'échapper à "une envahissante technosphère" (id.) afin de revenir à leurs sources proprement humaines, par "un programme d'éducation qui achemine à l'humanité par l'étude des langues et des textes classiques, et une culture générale qui aiguise et favorise le discernement de l'humain tout au long de la vie" (id.) ? "Si les sciences peuvent nous aider à réparer avec prudence ce que l'imprudence a ruiné, elles sont incapables de nous dire où passe la frontière du licite et de l'illicite, du meilleur et du pire, de l'humain et de l'inhumain" (id.). Par ailleurs, l'approche humaniste n'est-elle pas indispensable à toute approche scientifique, et vice versa ? La réalisation des projets autour de ce thème est d'autant plus pertinente que le "patrimoine" intellectuel et artistique méditerranéen est une contribution essentielle à la fois aux sciences et aux humanités.

§ Médias, réseaux audiovisuels et Nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), représentation et réception de l'image et politique éducative.

Cette "éducation à l'image" apparaît primordiale eu égard aux défis culturels posés par les technologies de communication moderne, afin de savoir prendre du recul par rapport aux images véhiculées par les médias de masse et apprendre à utiliser ces médias au service d'une communication interculturelle. Ceci est particulièrement vrai pour la région méditerranéenne, à laquelle le sud-ouest de l'Europe est pleinement intégré.

"L'un des objectifs à atteindre serait précisément de parvenir à une meilleure perception de l'autre, à un dialogue plus sincère et plus franc, afin de dissiper les malentendus, apaiser les passions[...]L'évolution de la technologie de télécommunications spatiales vers les réseaux de diffusion directe représente une donnée fondamentale, capable de rendre des services importants à l'ensemble des pays méditerranéens, tout autant qu'elle peut engendrer des situations dangereuses pour les pays en voie de développement dont les valeurs culturelles et les identités nationales peuvent être sérieusement menacées par les images et les messages venus du Nord via les satellites de diffusion directe" (Hadhri, 1997, 101-102).

D'après M. Khachani, membre du comité Averroès81(*), "l'audiovisuel peut jouer un grand rôle dans le rapprochement entre les peuples" (entretien).

"Les images sont omniprésentes, et, parce que la majorité ne sait pas les lire, elles sont devenues un énorme enjeu de pouvoir pour ceux qui sauront en contrôler la production et la distribution. L'apparition du virtuel décuple les possibilités de manipulation. Comment savoir s'il s'agit "juste d'une image" et non d'une "image juste" ? " (Caujolle in Manière de voir, Le Monde diplomatique, mai-juin 2001).

Les projets développés autour de ce thème pourraient par exemple impliquer des artistes utilisant ces nouveaux médias, qui livreraient, en collaboration avec des chercheurs spécialisées, leur vision de cette révolution technologique et les moyens de l'appréhender.

* 49 Cf. partie B., chapitre III. 1.

* 50 Cf. partie A., chapitre III.

* 51 Cf. Marchal, 1997, 141-146.

* 52 Cf. Roussillon, 1999 et partie B. chapitre III.4.

* 53 Cf. cartes Annexe 2.5.

* 54 Entretien avec le conseiller de Coopération et d'Action culturelle adjoint de l'Ambassade de France au Maroc.

* 55 Entretien avec le chargé de la langue et de la culture régionales en Midi-Pyrénées.

* 56 "Le prix de la solidarité", A. Reverchon in Le Monde, 12 septembre 2000.

* 57 Cf. Annexe 4.2.

* 58 Cf. l'exemple du Manège à Maubeuge, Latarjet, 1992, Annexes ; ou encore Thuriot, 1999, 198-231.

* 59 Ce dont j'ai pu me rendre compte lors de mon stage à la DRAC Midi-Pyrénées (mai-juillet 2000), consacré, entre autres, à la relance des projets transfrontaliers et interrégionaux franco-espagnols.

* 60 Cf. synthèse de cette étude en Annexe 3.1.

* 61 Cf. présentation en Annexe 3.3.

* 62 Cf. "DRAC Midi-Pyrénées : établir des liens structurels avec l'Espagne, entretien avec M. Abraham Bengio in Courants, n°2, octobre 1995.

* 63 Cf. tableaux récapitulatifs en Annexe 3.2.

* 64 Cf. liste des projets, Annexe 3.2.

* 65 Cf. Annexe 3.5.

* 66 Cf. Annexe 4.1.

* 67 Association travaillant sur la thématique de chemins de Saint Jacques de Compostelle.

* 68 Cf.Annexe 5.

* 69 Cf. Annexe 6.1.

* 70 Déjà évoquées en partie B. chapitre III, partie C. chapitre I.

* 71 L'étude de terrain sur l'activité et les potentialités du réseau culturel au Maroc est issue de mon expérience lors d'un stage à l'Institut français de Rabat, septembre 2000-février 2001.

* 72 Cf. "Relations maroco-espagnoles : nécessité de considérer l'intégration du patrimoine culturel dans nos habitudes" in Le Matin du Sahara et du Maghreb, 27 octobre 2000.

* 73 Pour une synthèse des diverses initiatives et des nombreux projets cf. Tlili, 1997.

Pour un recensement des lieux d'accueil et manifestations des cultures méditerranéennes en France cf. Culture du Monde en France, le Guide, réalisé par la Maison des Cultures du Monde avec le soutien du DAI du ministère de la Culture et de la Communication (cf. partie B. chapitre II.), guide consultable sur Internet, http://www.mcm.asso.fr.

* 74 Cf. Courants n°2, octobre 1996, 6.

* 75 Entretien M. Ovtchinnikoff, pôle AFAA-Collectivités.

* 76 Cf. à ce sujet le projet création d'un Institut culturel européen à Palerme par la mie en réseau des établissements culturels des pays membres de l'Union européenne.

* 77 Cf. partie A. chapitre II.

* 78 Michel Schneider, La Comédie de la culture, Seuil, Paris, 1993.

* 79 Cf. "L'université américaine vampirisée par les marchands" et "En France, la douce trahison des clercs", in Le Monde diplomatique, mars 2001.

* 80 Cf. Wieviorka et Rex, 1998.

* 81 Cf. partie B. chapitre III.3.

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