WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Intégration des adolescents adoptés d'origine étrangère au Québec

( Télécharger le fichier original )
par Delphine MOYTIER
Université de Caen - Master IUP Management Social Santé 2006
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

Conclusion générale du mémoire

Ce travail nous aura montré que l'adoption est un vaste chantier à explorer. Le thème de l'intégration des adolescents adoptés d'origine étrangère l'est encore plus. L'adoption n'est pas un phénomène familial anodin, il peut poser des difficultés aux jeunes et aux familles concernées. Même si l'adoption est un acte d'amour et de désir d'enfant, il est certain que les adolescents se poseront toujours des questions sur leur identité, sur leurs racines ; même s'ils n'en parlent pas. C'est quelque chose de tellement personnel que cela peut même devenir tabou parfois.

Notre travail nous a donc permis de comprendre le phénomène de l'adoption, à travers le regard des adolescents adoptés au Québec, à Montréal. Nous avons pu ainsi entrer dans le vécu même des adolescents adoptés, comprendre comment ils ressentaient la notion d'abandon, qui a un sens fort au niveau sociologique et psychologique.

Une des questions principales du mémoire était du connaître les facteurs qui favorisent, qui aident l'adolescent à s'intégrer. Est-ce le fait d'appartenir à une association d'aide à l'adoption ou une association autre ? Est-ce le fait de rechercher et de trouver ses origines qui permet de faire le « deuil » de son enfance, de son adolescence, afin de commencer sa propre vie ?

Comme nous l'avons dit longuement dans ce mémoire, l'adolescence peut être une période confuse pour certains jeunes. Ceux qui ont été adopté ont des besoins particuliers en terme de création de leur identité et d'équilibre entre leur besoin d'encadrement et de liberté. Ils doivent composer avec des sentiments de rejet et d'abandon et ils ont besoin de se réapproprier leurs racines. Lors de demande de retrouvailles, nous avons vu que des parents adoptifs ouverts et compréhensifs, qui ne se sentent pas remis en question par la démarche de leur adolescent, peuvent aider beaucoup celui-ci à trouver son chemin. Avec cette aide, les adolescents adoptés peuvent franchir cette étape cruciale de leur vie aussi bien que les adolescents qui n'ont pas été adoptés. Ils peuvent même forger des liens familiaux encore plus forts qui continueront de nourrir leurs relations futures.

Les enfants adoptés à l'étranger ne font pas exception aux autres enfants adoptés de façon interne (au Québec). Ils ont eux aussi à assumer l'expérience de perte et de deuil que représente la rupture définitive avec leur famille biologique (en cas d'adoption fermée). Il a de plus la perte de la culture d'origine, mais nous avons vu que de nombreux adolescents s'intéressent à cette partie, et entament des recherches sur le pays, ou sur leur famille biologique. Les adolescents adoptés doivent donc apprendre à vivre avec ce qu'ils sont, leur passé, leur histoire, et leur vie au sein de leur famille adoptive, au sein de la société québécoise.

Tout au long de la partie analytique de ce mémoire, nous avons apporté des réponses aux hypothèses que nous nous étions posés. Il y a différents éléments qui favorisent l'intégration et la création d'identité des adolescents adoptés.

Nous avons pu voir que le contexte familial est très important pour le développement des adolescents adoptés, afin de favoriser leur intégration au sein de la société québécoise. Le danger pour les parents adoptifs est d'avoir le sentiment d'avoir « sauvé » leur enfant de la misère de son pays en l'adoptant. Il ne faut pas que l'adoption soit fait comme un geste humanitaire car cela provoque bien souvent des problèmes entre les parents et l'enfant adopté. Le non-intéressement des parents pour la culture d'origine de l'adolescent est perçu comme une négation d'eux-mêmes. L'intérêt porté à la culture d'origine et sur l'adolescent est très important pour son développement et son estime personnelle. Les relations qu'entretient l'adolescent avec ses parents peuvent se refléter dans les relations qu'il aura avec la société en général.

L'implication familiale dans le milieu de l'adoption peut être importante pour l'intégration sociale et familiale des adolescents. Les adolescents dont les parents sont actifs dans le milieu de l'adoption ont moins de difficultés que les autres à parler de leur adoption. Pour résumer, le plus le milieu familial est ouvert au sujet de l'adoption, et plus l'adolescent sera à l'aise avec cela. Par exemple, le fait d'appartenir à une famille nombreuse où tous les enfants ont été adoptés aide à l'intégration et au sentiment d'être bien. Les relations familiales élargies sont elles aussi importantes. En particulier lorsqu'un conflit éclate dans la famille à cause de l'adoption de l'adolescent. Celui-ci peut ressentir une forte culpabilité, et une honte par rapport à son adoption.

Une des hypothèses du mémoire était de vérifier si le comportement des adolescents vis-à-vis de l'adoption avait un impact sur l'adolescent et son intégration. D'après ces entretiens, nous pouvons dire que les adolescents perçoivent de façon positive d'avoir été mis tôt au courant de leur adoption. Le dialogue parent enfant est extrêmement important dans les relations familiales. Il l'est encore plus dans le cas d'une adoption internationale de surcroît.

L'intégration familiale de l'adolescent sera largement favorisée si les parents adoptifs ont toujours abordé la question de l'adoption, et su répondre aux différents questionnements de l'adolescent. Plus de la moitié des adolescents ayant fait l'entretien ont confié que le fait de savoir qu'ils avaient été adoptés les a aidé à se développer et s'intégrer. L'adoption dans le secret n'en aurait été que plus lourde à porter.

C'est pourquoi les adolescents adoptés reconnaissent majoritairement que le fait d'avoir toujours su qu'ils avaient été adoptés les a aidé à se construire et à s'intégrer dans la société ; car ils savaient qui ils étaient.

Nous pouvons aussi dire que des activités de post-adoption permettent l'intégration sociale des adolescents, qui appartiennent ainsi à un groupe. Ils ne sont plus différents mais compléments d'un groupe qui a besoin d'eux pendant les matchs de soccer par exemple, ou pendant une réunion avec d'autres adoptés.

L'activité sportive ou culturelle peut aussi être le moyen de découvrir de façon ludique sa culture d'origine. Pratiquer une activité en lien avec sa culture d'origine peut être facteur de création d'identité et d'intégration au sein d'un groupe ethnique.

Nous avons aussi vu que certains adolescents ont véritablement connu le racisme, qui peut être un frein à leur intégration au Québec. Certains d'entres eux ont déjà été rejetés, de part leur couleur de peau. Ces rejets peuvent donc parfois expliquer le type d'identité créée par l'adolescent. Il façonne son identité selon ses expériences de relations sociales. C'est pourquoi l'accueil des personnes d'origines étrangères est très important pour l'intégration. La société a un vrai rôle dans cela.

Nous pouvons dire que certains adolescents adoptés peuvent avoir des problèmes d'intégration par rapport aux autres adolescents. Le fait de venir d'ailleurs, d'un autre pays que le Québec ajoute une question au mystère de l'adoption. Ce qui explique la nécessité qu'ils éprouvent à retrouver leurs origines. Cependant, ce besoin de savoir qui l'on est, d'où l'on vient s'exprime différemment selon le caractère de l'adolescent, son milieu d'accueil, ses parents adoptifs, etc.

Le facteur des origines étrangères est un élément important dans l'intégration d'un adolescent. Les adolescents adoptés doivent savoir combattre cela et avancer.

Les adolescents adoptés ont donc relativement une bonne intégration au Québec. Mais cela n'est pas sans mal. Ils vivent le rejet des autres (école, vie de quartier, activités extra-scolaires), des enfants comme des adultes. L'adolescent doit plus que jamais se battre contre les préjugés sur les étrangers qui perdurent au Québec. L'adolescent doit apprendre à concilier sa double identité, québécoise et d'origine. Certains auront besoin de faire des démarches de retrouvailles, pour mettre un visage sur leur famille d'origine. D'autres préféreront garder ces images dans leur imaginaire et se contentent du roman familial qu'ils se sont inventés.

Au-delà des réponses apportées à la problématique, ce travail m'aura beaucoup apporté. Les entretiens, se sont avérés très enrichissants pour moi, et pour les adolescents aussi. Ce fût des échanges très intéressants, tant sur le plan du travail social, car j'ai pu voir quels étaient les besoins de ces adolescents, tant sur le plan humains car les échanges étaient vraiment très intéressants.

Ces entretiens ont de plus permis de « rendre service » aux adolescents, car certains ne connaissaient pas les services de post-adoption de Montréal. J'ai ainsi pu, à la fin de l'entretien, répondre à leurs questions et les orienter vers le service adéquat quand il y avait un besoin. Ce mémoire m'aura permis, d'une certaine manière, de faire un pas dans le travail social, puisque j'ai pu aider certains adolescents en demande de services spécifiques dans le domaine de l'adoption.

J'ai malgré tout conscience que ces entretiens ne reflètent peut-être pas la réalité des adolescents d'origine étrangère, car ce n'est qu'un petit échantillon (quatorze adolescents) qui a répondu à l'appel de cette recherche. Peut-être que les adolescents mal intégrés et ayant des problèmes familiaux ne désirent pas témoigner de tout ceci. Cependant, les entretiens effectués ont permis de représenter différentes catégories d'adolescents. Ils peuvent se diviser en trois groupes ; comme nous l'avons souligné pour les stratégies identitaires. Il y a les adolescents qui se sentent québécois à part entière, et se perçoivent même comme « blancs », de même façon que leurs parents. Ce groupe ne s'intéresse pas vraiment à son pays d'origine. Ils ne se sentent pas concernés par leur culture d'origine et n'éprouvent pas le besoin de faire des retrouvailles. Le second groupe est plus partagé dans une double identité assumée. Ils assument la culture québécoise qu'ils ont en eux, mais aussi la partie plus mystérieuse de leur pays d'origine, qu'ils ne renient pas. Avoir cette double identité les fait sentir citoyen du monde, ils appartiennent à plusieurs cultures et en sont fiers. Enfin le dernier groupe, le plus minoritaire, se sent plutôt appartenir à la culture de leur pays d'origine. Dans ces cas-là, il peut y avoir des problèmes d'attachement avec la famille d'accueil de part les questionnements qui se posent.

Pour répondre à la question de l'intégration, celle-ci se manifeste de façon crescendo selon le groupe identitaire d'appartenance. On pourra dire que plus l'adolescent sent appartenir à sa culture d'origine, et moins il sera intégré. Cela s'explique par le manque qu'il éprouve vis-à-vis de son pays et de sa famille biologique. Alors que le premier groupe se verra assez bien intégré de part son désintéressement à son pays d'origine et son investissement dans sa vie québécoise.

Il convient d'insister sur le fait que la couleur de peau aura posé des difficultés à certains adolescents. La plupart d'entre eux ont déjà ressenti et vécu le racisme à leur âge. On peut donc imagine ce qui les attend durant leur vie d'adulte. Sauront-ils gérer cela au quotidien, avec leur propre famille, leurs propres enfants ? Nous pourrions proposer comme sujet d'ouverture la construction de la propre famille de l'individu adopté. Quels types de familles les personnes adoptées privilégient-elles ? Ont-elles désirés des enfants ? De quelles manières ont-elles eu ces enfants ?

précédent sommaire suivant