WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

La politique étrangère américaine à l'épreuve des évènements du 11 septembre 2001: Le cas irakien

( Télécharger le fichier original )
par Mamadou DIA
Université de Toulouse I Sciences Sociales - Master de Relations Internationales 2005
  

précédent sommaire suivant

SECTION IV : Désaccords euro-transatlantique

La guerre en Irak a démontré aux sceptiques sur les relations américano-européennes traversant une phase très difficile car jamais depuis la fin de la guerre froide, Américains et Européens ne se sont aussi éloignés dans la gestion des crises du monde. Cette divergence de perception sur la manière de gérer les affaires du monde trouve son explication, entre autre, dans la différence de perception du monde entre les membres de l(administration Bush et les Européens. Dans cette optique nous allons étudier ces conceptions qui nous permettront de mieux appréhender cette opposition qui a atteint son paroxysme lors de la guerre en Irak.

A - Perceptions différentes dans le règlement des affaires du monde

Pour l'un des idéologues de la Maison-Blanche, la vision politique des Européens découle de leur faiblesse, celle des Américains résulte de leur puissance et de leurs responsabilités mondiales.167(*) Les Européens mettent aujourd'hui l'accent sur la diplomatie. Cette culture stratégique représente un rejet délibéré du passé européen. L'Union européenne est le produit d'un siècle de guerres intestines abominables. Les Européens sont passés du monde anarchique décrit par Hobbes à celui souhaité par Kant. Américains et Européens ont échangé leurs statuts et leurs points de vue. Aujourd'hui, les Etats-Unis sont les plus forts ; ils se comportent comme les grandes puissances d'autrefois l'ont toujours fait. Les Américains garantissent la sécurité de l'Europe ; ils ont pris pour eux le fardeau de maintenir l'ordre mondial. « La plupart des Européens n'ont pas compris que leur passage dans l'ère post-moderne n'a été possible que parce que les Etats-Unis n'ont pas pris le même chemin » prétend il confirmé par Stevens Everts cité par Kagan : « la différence essentielle est une affaire de culture et de philosophie que de moyens car les Européens se préoccupent surtout des problèmes qui peuvent être résolus par l'engagement politique et par des investissements massifs ».168(*) Pour Pierre Barnès, l'Amérique aime l'Europe, bien sûr, mais seulement dans la mesure où celle-ci se cantonne dans une relative impuissance car l'auteur considère que la France est la seule depuis le Général de Gaulle à nourrir la conception d'une Europe - puissance qui ferait jeu égal avec les Etats-Unis, au sein d'une alliance rééquilibrée.169(*) Les Américains ont créé une société de libre entreprise et de libre-échange qui cherche à réduire le rôle de l'Etat et lui assigne avant tout le devoir d'assurer l'égalité des chances alors que les Européens accordent, pour leur part, un grand prix à la protection sociale et aspirent à une société de solidarité, garantie par l'Etat-providence. La vision européenne de l'ordre international s'appuie sur une double conviction : d'abord les problèmes actuels ne se situent plus à l'échelle d'une seule puissance. L'une est davantage axée sur la liberté, le rôle des communautés et la religion, l'autre se veut plus sociale et plus vigilante envers les dérives possibles des mécanismes du marché car comme le disait le général de Gaulle parlant des mécanismes du marché car comme le disait le Général de Gaulle parlant des relations franco-américaines : « Quand le monde est difficile, quand le danger plane au-dessus des peuples, cet élément moral que constitue l'accord naturel de nos deux pays est d'un prix et d'un poids exceptionnel. »

La guerre en Irak a montré aujourd'hui que cette unité tant voulue ne résiste pas aux intérêts des uns et des autres. Les relations transatlantiques en sont désormais au stade de l'affrontement conceptuel chronique. L'intérêt de la prise en compte des réalités transatlantiques, et précisément de l'affrontement en cours, serait notamment de chercher une issue qui soit une recherche de règlement des problèmes ainsi apparus, plutôt que de les écarter. Le seul moyen d'en savoir plus est de nous tourner vers les commentateurs. Justement, ils deviennent prolixes, explicites et sans ambages en ce qui concerne ces relations transatlantiques, essentiellement du côté américain. Ce fait est intéressant parce que ces commentateurs, la plupart d'entre eux dans tous les cas, sont en général impeccablement politically correct par rapport aux consignes générales. S'ils n'hésitent plus à prendre position, c'est que les conditions politiques générales le permettent. La réalité devient pressante. Robert Kagan, du Carnegie Endowment for International Peace et aussi un des rédacteurs en chef du Weekly Standard, avec un article de l'International Herald Tribune170(*), publié le 27 mai, et qu'on peut lire comme un commentaire de la visite de Georges Bush en Europe, a une approche exprimée avec mesure (quoique certaines appréciations sur le comportement de l'administration Bush peuvent prêter à contestation, et paraître à certains involontairement ironiques) mais radicale sur le fond : « l'administration Bush fait de gros efforts pour avoir une bonne alliance mais Européens et Américains ne partagent pas les mêmes points de vue sur le monde. Sur l'importante question de la puissance - l'utilité de la puissance, la moralité de la puissance-, ils ont choisi des voies différentes ».171(*) Ce que Kagan met en évidence, c'est le divorce des conceptions du monde des Européens et des Américains. Mais est-ce un divorce ou une mise en évidence ? On se heurte continuellement à la question de savoir si, plutôt qu'une évolution rapide qui séparerait les deux partenaires en passe de devenir différents, étrangers, et peut-être plus, on ne se trouve pas plus simplement devant la mise à jour d'une situation qui fut dissimulée pendant la période guerre froide, avec la très forte pression de ce qui était présenté comme une menace subversive générale (l'URSS et le communisme) et la menace de guerre nucléaire. Georges W Bush insensible à la distinction entre l'Union et l'Alliance atlantique - toutes deux considérées comme des organisations internationales, la première subordonnée à la seconde - n'hésite pas à décréter que l'Europe doit s'étendre à tous les pays du continent eurasiatique situés à l'Ouest de la Fédération de Russie. L'OTAN doit assurer pleinement la sécurité de ce vaste ensemble et l'hôte de la Maison-Blanche n'envisage l'organisation européenne en la matière que strictement encadrée par l'Alliance sous direction américaine.

Le Quadriennal Defense Review, publiée le 30 septembre 2001, est très clair quant à la place de l'Europe et de la coopération transatlantique dans les perspectives américaines : l'Europe n'existe pas. Elle n'est pas mentionnée une seule fois au long des 71 pages comme un acteur défini.172(*) Le mot Europe n'est employé que comme définition géographique d'une zone de positionnement d'unités américaines ou dans l'expression « alliés européens », c'est-à-dire sous l'angle de l'OTAN, jamais sous l'angle de l'Union européenne. La notion de « Transatlantique » n'a non plus aucune place dans la QDR. Quant à la coopération, elle désigne suivant les cas, des relations en cours avec la Russie (pour sa part deux fois mentionnées, seule parmi les grandes puissances à être dans ce cas), ou plus généralement la notion vague de « coopération de sécurité avec les alliés », jamais les relations industrielles avec les pays de l'Union européenne, ni sur des programmes d'armement.

Le ministre de la Défense, Donald Rumsfeld, souhaite que les priorités stratégiques portent désormais sur l'Asie, et non plus sur l'Europe et le bassin méditerranéen. Il prône la mise en place de nouveaux instruments et de structures qui privilégieraient les armes à longue portée et réduiraient la dépendance à l'égard des bases à l'étranger173(*) alors que cette attitude est perçue aux Etats-Unis même comme une forme de mépris de l'administration Bush pour une partie de l'Europe expliquant au plus fort de la crise précédent la guerre en Irak, l'expression de Rumsfeld « vieille Europe » pour qualifier la France et l'Allemagne.174(*)

* 167 Robert Kagan, La puissance et la faiblesse, les Etats-Unis et l'Europe dans le nouvel ordre mondial, 2003

* 168 Ibid.

* 169 Pierre Barnès, « Les Etats-Unis et le reste du monde, les chemins de la haine », Harmattan, Paris, 2002, 284 p

* 170 Robert Kagan, « Different philosophies of power » International Herald Tribune 27 mai 2002

* 171 Robert Kagan, « Different...... » opcit

* 172 Pour de plus amples informations consulter le site www.i-d-europe.org

* 173 « La guerre au long cours » Politique Internationale n° 93

* 174 John Vinocur « Trans-Atlantic Quarrel : An indifferent Washington shrugs» International Herald Tribune 20 Janvier 2004

précédent sommaire suivant