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L'alternance politique au Sénégal : 1980-2000

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par Adrien THOUVENEL-AVENAS
Université Sorbonne Paris IV - Master 2 2007
  

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5.3. Un entre-deux tour mouvementé :

Une fois n'est pas coutume, les résultats du premier tour de l'élection présidentielle ne sont contestés ni par le pouvoir, ni par l'opposition. Les contrôles de l'ONEL, les actions efficaces du FRTE, la présence de nombreux observateurs internationaux le jour du scrutin ainsi que l'implication réelle des radios privées et des journalistes de la presse écrite durant la campagne ont permis au scrutin du 27 février 2000 d'être pratiquement irréprochable.

Toutefois, une période de flottement suit l'annonce de la mise en ballottage du Président sortant. Les rumeurs les plus folles circulent dans les rues de Dakar. Il est dit notamment qu'Abdou Diouf va se désister en faveur de Moustapha Niasse et annoncer son retrait définitif de la vie politique sénégalaise 151 . Cette confusion est la conséquence directe du silence postélectoral d'Abdou Diouf et de l'agitation interne qui secoue le parti gouvernemental.

En effet, malgré la quasi-certitude qu'Abdou Diouf ne pourrait pas être élu au premier tour, le PS ne s'est pas préparé psychologiquement à devoir mener un second tour d'élection présidentielle 152 . Les premiers communiqués socialistes se veulent pourtant rassurants. Les directeurs de campagne PS déclarent qu'un second tour est une bonne chose, qu'il montre la maturité de la démocratie sénégalaise et n'annonce en rien la défaite d'Abdou Diouf. Pour étayer sa démonstration, le PS évoque l'exemple de... Jacques Chirac 153 . Cependant, on note un changement d'attitude du parti gouvernemental. Contrairement à leurs propos antérieurs, les socialistes invitent à présent Moustapha Niasse et Djibo Kâ à les retrouver, comme l'indique les propos d'Abdourahim Agne : "il n'y a pas de divergences de fonds, car ils

150 Diop-Diouf-Diaw, "Le baobab a été déraciné : L 'alternance au Sénégal", pp.1 58, PoA 78, juin 2000.

151 Le Soleil, 2 mars 2000.

152 Ousmane Tanor Dieng l'avoue lui-même implicitement quand il déclare au cours de la campagne : "le deuxième tour ne fait pas parti de mes préoccupations. Je travaille pour élire notre candidat au premier tour. Ma manière de travailler est de faire les choses les unes après les autres. ". "OTD confirme : l'obj ectif du PS demeure la victoire au premier tour", Le Soleil, 13 février 2000.

153 L'exemple de Jacques Chirac est quelque peu déroutant. Bien qu'il soit un ami personnel d'Abdou Diouf, le Président français est avant tout un homme de droite, donc plus proche idéologiquement de Wade. De plus, Jacques Chirac en 1995 a terminé le premier tour des élections présidentielles en deuxième position, derrière Lionel Jospin. L'exemple utilisé par le PS ne fait donc finalement que relayer la thèse qu'une victoire d'Abdoulaye Wade est belle et bien envisageable au second tour... Le Soleil, 2 mars 2000.

(Moustapha Niasse et Djibo Kâ) se réclament tous les deux du socialisme démocratique. Nous pouvons avoir des contradictions dans la vie" 154.

Ousmane Tanor Dieng ne fait quant à lui aucune déclaration officielle, étant donné que depuis l'annonce des premiers résultats, il est accusé par certains caciques du PS d'être l'unique responsable de la "déroute électorale". On critique son omnipotence, son omniprésence mais aussi son incompétence. Le plus virulent à son encontre est le maire de Rufisque, M'baye Jacques Diop. Ce dernier demande à Abdou Diouf "de tirer toutes les conséquences du scrutin" et destituer son homme de confiance 155 . La PS offre ainsi le spectacle d'une formation complètement désunie et au bord du gouffre. La maison bâtie par Senghor est sur le point de s'écrouler sur elle-même, ce qui fait dire à certains proches d'Abdoulaye Wade : "si nos adversaires se chargent eux-mêmes de Diouf, nous n'aurons plus qu'à nous croiser les bras en attendant que le fruit tombe" 156.

Néanmoins, Ousmane Tanor Dieng bénéficie touj ours de l'appui de quelques membres influents du bureau politique, tels que Aminata Mbengue Ndiaye ou Abdourahim Agne. Les médias d'Etat le soutiennent également. Par exemple Le Soleil dénonce dans ses colonnes les attaques portées à l'encontre du premier secrétaire socialiste 157.

De manière à clore un conflit qui porte préjudice à sa campagne, Abdou Diouf convoque son directoire. Il sort donc de son mutisme et réapparaît en public le 1er mars 2000 pour mettre fin, provisoirement, à la crise qui touche le PS.

Il décide au cours de cette réunion de maintenir Ousmane Tanor Dieng à la tête du PS. Il peut difficilement faire autrement, lui qui une semaine auparavant a présenté explicitement Ousmane Tanor Dieng comme son successeur à la ville de Thiès : "je vous le confie comme le Président Senghor vous avez confié son directeur de cabinet, le jeune Abdou Diouf" 158 . Si ce maintien a été considéré a posteriori comme une erreur par certains 159 , on juge que la reconduction de Tanor Dieng est purement fictive. En effet, on note durant la campagne électorale du premier tour une surabondance d'articles au sujet d'Ousmane Tanor Dieng dans Le Soleil, le plus souvent dithyrambiques 160 . Or, après la réunion du 1er mars et sa reconduction à la tête du bureau politique PS le 4 mars 2000, le ministre d'Etat disparaît presque totalement des médias d'Etat, ce qui n'est jamais très bon signe pour un homme politique au Sénégal 161.

Il semble donc que Tanor Dieng ne soit confirmé que provisoirement, Abdou Diouf devant maintenir un semblant de cohésion au sein de son parti. "L'excommunication de Tanor Dieng" en pleine campagne du second tour ne ferait en effet qu'aggraver une situation déjà bien délicate suite à la démission de Mbaye Jacques Diop.

Ce dernier est pourtant considéré avant la campagne présidentielle comme l'un des soutiens les plus sûrs d'Abdou Diouf. Maire de Rufisque, unique "bastion" socialiste au sein d'une

154 Khalifa Sall, responsable des élections au PS, dit le même jour au Soleil : "nous sommes disposés à discuter avec tous ceux qui peuvent contribuer à la réélection du Président Diouf". Le Soleil, 2 mars 2000.

155 Francis Kpatindé, "L 'alternance en ligne de mire", Jeune Afrique, 7 mars 2000.

156 Francis Kpatindé, "L 'alternance en ligne de mire", Jeune Afrique, 7 mars 2000.

157 "Le directoire fait bloc derrière Tanor", Le Soleil, 1er mars 2000.

158 Le Soleil, 25 février 2000.

159 Habib Thiam juge que le maintien de Tanor Dieng par Abdou Diouf est "une réaction humaine mais pas politique". Habib Thiam, Par devoir et amitié, pp.213, Paris, Rocher, 2001.

160 Voir à titre d'exemples : "Tanor dénonce les cigales de l'opposition", Le Soleil, 16 janvier 2000 ; "Tanor fait un tabac à Banjul", Le Soleil, 28 janvier 2000 ; "Tanor à New York : les socialistes revigorés", Le Soleil, 14 février 2000 ; "OTD à Mbour : le bon choix, c'est le Président Abdou Diouf", Le Soleil, 20 février 2000 ; "Le directoire fait bloc derrière Tanor", Le Soleil, 1er mars 2000.

161 Une seule fois le nom de Tanor Dieng apparaît dans les colonnes du Soleil au cours du second tour, et ceci à l'occasion... du retour en grâce de Djibo Kâ au PS. "Le oui de Djibo Kâ", Le Soleil, 15 mars 2000.

région dakaroise au couleur libérale - le candidat socialiste obtient d'ailleurs 3 9,25 % dans le département de Rufisque au premier tour - Mbaye Jacques Diop est l'un des 94 membres du directoire de campagne dirigé par Ousmane Tanor Dieng. Il n'hésite pas durant la campagne à attaquer à plusieurs reprises aussi bien Wade que les deux dissidents socialistes : "je suis plus ancien qu'eux (Moustapha Niasse et Djibo Kâ) dans le parti. J'ai les militants de Rufisque derrière moi, mais je n 'ai pas, comme eux, cla qué la porte. Et pourtant, ils ont dans le passé eu plus de faveurs que moi" 162.

Très engagé durant le premier tour, le maire de Rufisque est victime de représailles : deux de ses maisons sont incendiées le 23 février 2000 par des militants de l'opposition. En guise de soutien, Abdou Diouf lui rend visite le lendemain de l'incident 163.

L'union affichée entre les deux hommes s'effrite après la communication des résultats du premier tour. Mbaye Jacques Diop, en plus de réclamer le départ de Tanor Dieng, soumet l'idée à Abdou Diouf de se retirer de l'élection présidentielle : "si vous pensez, comme beaucoup parmi nos camarades, qu'il ne serait pas décent, en l'état actuel de la situation, que vous mainteniez votre candidature au risque de connaître un désaveu de l'électorat, nous serions prêts, un certain nombre de camarades et moi, à demander la permission de nous organiser en conséquence, afin que votre oeuvre à la tête de l'État et du Parti Socialiste [notre oeuvre commune] soit perpétuée et que votre pensée politique, ainsi que les valeurs du socialisme démocratique, soient préservées" 164.

Mis en minorité, Mbaye Jacques Diop démissionne du PS le 2 mars 2000 pour se rapprocher immédiatement de... Moustapha Niasse. Il rejoint une opposition qu'il avait qualifiée en 1998 de "plus bête du monde" 165 . Pour se justifier, il explique à la presse qu'il subit "depuis quelques années, exactions, injustices, ostracisme et une réelle marginalisation" 166 . Mbaye Jacques Diop milite ainsi durant le second tour pour l'alternance politique, prédisant une victoire à 90% d'Abdoulaye Wade dans son fief de Rufisque. Pleinement engagé dans le projet wadiste, il n'hésite pas à s'afficher en compagnie de son nouveau favori le dernier jour de campagne dans les rues de Dakar.

Le changement radical de cap effectué par le maire de Rufisque est le cas le plus exemplaire de la transhumance politique effective durant l'entre-deux tour. De nombreux dirigeants socialistes décident de quitter le bateau PS, au bord de la dérive, pour rejoindre l'équipage d'Abdoulaye Wade - rassemblé au sein du Front pour l'Alternance (FAL) 167 - l'objectif étant pour eux de conserver les mêmes pouvoirs et les mêmes privilèges au lendemain d'une alternance politique imminente.

Bien qu'officiellement le départ de Mbaye Jacques Diop ne soit pas dirigé contre Abdou Diouf 168 , cet événement a un impact très négatif sur sa campagne. La maison socialiste se vidant à vue d'oeil, le Président sortant tente alors personnellement de faire revenir Moustapha Niasse et Djibo Kâ à ses cotés. Il demande notamment à la France, Denis Sassou-Nguesso

162 "Mbaye Jacques Diop : Abdou Diouf sera réélu dans la transparence", Le Soleil, 22 février 2000.

163 "Deux maisons de Mbaye Jacques Diop incendiées", Le Soleil, 24 février 2000 et " Abdou Diouf chez Mbaye Jacques Diop", Le Soleil, 25 février 2000.

164 Francis Kpatindé, "L 'alternance en ligne de mire", Jeune Afrique, 7 février 2000.

165 Le Soleil, 15 octobre 1998.

166 Le Soleil, 3 mars 2000.

167 Fal veut dire également "élire" en wolof. Francis Kpatindé, "En attendant le 19 mars...", Jeune Afrique, 14 mars 2000.

168 Mbaye Jacques Diop dit en effet : "Nous (Mbaye Jacques Diop et Moustapha Niasse) avons construit la jolie maison qu 'est le PS d'aujourd'hui. Si nous ne nous sentons plus à l'aise chez nous, nous sommes obligés d'aller chercher ailleurs. Mais ce n'est pas de gaîté de coeur que nous le faisons, car le Président Abdou Diouf est un homme de grande qualité ". Le Soleil, 5 mars 2000.

(Président du Congo) et Omar Bongo (Président du Gabon) de jouer les intermédiaires pour faire entendre raison à ses deux anciens ministres 169 . Sans grands résultats.

En effet, le FAL apparaît solide, doté d'un programme cohérent, articulé autour du ticket Wade-Niasse. Pour s'assurer définitivement le soutien de Moustapha Niasse, le candidat PDS lui propose le 2 mars 2000 de devenir, en cas de victoire, son Premier ministre. Sans surprise, Niasse privilégie cette offre à celle du Président sortant. Il conserve ainsi le cap qui est le sien depuis son coup d'éclat du 16 juin 1999 : oeuvrer pour le départ d'Abdou Diouf 170 . L'ancien ministre d'Etat franchit donc définitivement le Rubicon et bâtit avec Wade un programme commun pour le second tour. Il reprend les grands thèmes développés par le FRTE depuis de nombreuses semaines : mise en place d'un gouvernement de transition dirigé par Moustapha Niasse jusqu'à la dissolution effective du Parlement élu en 1998, élaboration d'une nouvelle Constitution instaurant un régime parlementaire, suppression du Sénat etc.

Ce binôme apparaît complémentaire aux yeux des contemporains et semble capable de rallier à sa cause une grande partie du pays : le candidat libéral bénéficie d'une très grande popularité auprès de la jeunesse dakaroise et des centres urbains tandis que Niasse a le soutien de nombreux senghoristes et un bastion électoral assez conséquent dans la région de Kaolack et ses alentours. De ce fait, si on additionne les résultats du premier tour, le ticket Wade-Niasse supplante le score réalisé par Abdou Diouf, 47,73 % contre 41,33 %.

Moustapha Niasse étant définitivement ancré dans l'opposition, Abdou Diouf table sur les abstentionnistes du premier tour, qui représentent... 1 047 012 électeurs, et sur un ralliement tardif de Djibo Kâ pour espérer l'emporter. En effet, le fondateur de l'URD est quelque peu délaissé par Abdoulaye Wade durant l'entre-deux tour, même si promesse lui est faite d'avoir un ministère important dans le futur gouvernement Niasse.

Dans un premier temps, Djibo Kâ refuse le rapprochement proposé par Abdou Diouf. Reçu par le chef de l'Etat au palais présidentiel, il l'invite même à "ne pas se présenter au second tour du scrutin, parce que c'est la demande populaire la plus partagée" 171 . Ces propos scandalisent les hauts-dirigeants PS, puisque Djibo Kâ s'était visiblement engagé avant la rencontre à appeler ses militants à voter en masse pour le candidat socialiste. En dupant Abdou Diouf, on pense que le fondateur de l'URD cherche à prendre sa revanche sur celui qui l'a clairement écarté du pouvoir en 1995 en faveur d'Ousmane Tanor Dieng 172.

Nonobstant ce pied de nez au régime dioufiste, le secrétaire général de l'URD prend les jours suivants ses distances avec le FRTE. Si l'URD conclue avec la coalition Alternance 2000 un programme commun de gouvernance, on apprend par l'intermédiaire du Soleil que contrairement aux autres dirigeants de l'opposition, Djibo Kâ n'assiste pas personnellement à la réunion du FAL du 11 mars 2000 173.

Cette attitude s'explique par l'immense influence du ticket Wade-Niasse au sein du FAL, qui laisse peu de place au fondateur de l'URD, et surtout par la mise à l'écart d'Ousmane Tanor Dieng, qui offre une possibilité à Djibo Kâ de prendre les commandes du PS. Possibilité accrue après l'appel présidentiel du 13 mars 2000.

169 "Bongo à la rescousse de Diouf", Jeune Afrique, 4 avril 2000.

170 Voir à ce sujet : Assou Massou, "Moustapha Niasse : Diouf sera battu", Jeune Afrique, 22 janvier 2000 ; "Trois questions à... Moustapha Niasse ", Le monde, 18 février 2000 ; "Que peut apporter Niasse à Wade ? ", Jeune Afrique, 7 mars 2000.

171 "Second tour difficile pour le Président Abdou Diouf ", Le monde, 4 mars 2000.

172 Cette "théorie de la vengeance" est soutenue par Habib Thiam dans ses mémoires politiques à la page 214. Habib Thiam, Par devoir et amitié, Paris, Rocher, 2001.

173 Le Soleil, 12 mars 2000.

"J'invite Djibo Kâ, secrétaire général de l'URD, à se tenir prêt pour mener, à mes cotés et avec toute l'équipe victorieuse, les changements de politique, de structures et de méthodes que veut le pays. Je demande également au Renouveau démocratique, qui a une réalité politique significative, de se mobiliser en synergie avec le PS. "174.

Cet appel fait suite à un remaniement du programme d'Abdou Diouf. Dans l'espoir de briser le front antidioufiste, le Président sortant tente d'idéologiser la campagne, à la manière de

l'initiative tanorienne d'octobre 1999. Il renoue avec une phraséologie socialiste quelque peu abandonnée depuis le début des années 1980. Il évoque notamment une politique de plein

emploi et de lutte contre la pauvreté, la constitution d'un gouvernement de gauche plurielle etc. Pour convaincre l'électorat sénégalais, Abdou Diouf synthétise son "nouveau" programme en dix points 175 :

1/ Formation d'un gouvernement de majorité plurielle de gauche

2/ Organisation d'un référendum sur la nature du régime politique sénégalais

3/ Epongement des dettes du monde rural

4/ Baisse du taux d'intérêt du crédit agricole de 7,5 à 3 %

5/ Amélioration de la situation des personnes du troisième âge :

- Généralisation de la retraite à 60 ans

- Mensualisation des pensions de l'IPRES

- Défiscalisation des pensions de retraite

- Gratuité des soins de santé à partir de 60 ans

6/ Mise en place d'un fonds de 30 milliards FCFA pour le financement des projets destinés aux femmes 7/ Augmentation de 50 % du nombre des boursiers et recrutement des sortants de l'école normale supérieure et des écoles de formation des instituteurs

8/ Augmentation de 30 milliards FCFA du fonds national d'action pour l'emploi destiné à la création d'emplois pour les jeunes

9/ Création d'une banque pour le développement

10/ Création d'un département ministériel des émigrés chargé :

- De négocier les accords avec le pays d'accueil, favorisant le co-développement

- De l'assistance des émigrés

- De l'organisation de leur réinsertion au retour

Ces dix points visent avant tout à séduire les ruraux, les jeunes et le troisième âge. En

proposant l'effacement de la dette rurale, la gratuité des soins pour les personnes âgées et la création d'un fonds spécial pour les jeunes, Abdou Diouf semble prêt à abandonner sa

politique macroéconomique prudente pour mettre l'accent sur le développement. Il prend donc en considération les critiques de l'opposition qui lui reprochent depuis le début de la

campagne d'avoir favorisé durant son septennat le rééquilibrage des budgets de l'Etat et non le remplissage des ventres creux des Sénégalais.

Djibo Kâ croit certainement que le nouveau discours dioufiste, moins libéral et plus
"senghorien" que le précédent, peut inciter l'aile la plus radicale de l'URD à accepter une union avec le PS. C'est pourquoi le fondateur de l'URD répond favorablement à l'appel

présidentiel le 14 mars 2000, soit cinq jours avant le second tour de scrutin. Pour les contemporains, il s'agit là d'un véritable coup de théâtre, puisque rien ne laissait présager une réconciliation Diouf-Kâ 176 . Les membres de l'URD sont aussi pris au dépourvu, n'ayant

semble-t-il pas été avertis au préalable du ralliement de leur secrétaire général. Dans sa grande

majorité, la formation politique condamne fermement l'alliance conclue par Kâ avec le camp présidentiel. La direction exécutive de l'URD invite de ce fait ses militants "à poursuivre le

travail et à accepter les responsabilités qu 'ils occupent au sein du FAL (...) d'autant que c 'est

174 "L'appel à Djibo Kâ", Le Soleil, 14 mars 2000.

175 Le Soleil, 17 mars 2000.

176 Le Monde, 16 mars 2000.

la majorité de l'URD qui est dans le front" 177.

L'initiative de Kâ est finalement un acte isolé, qui ne garantit en rien un report convenable des voix de l'URD en faveur de la formation socialiste, car contrairement à l'AFP de Moustapha Niasse, l'URD n'a pas été bâti uniquement autour de son secrétaire général. Bien qu'il bénéficie d'une grande aura dans sa formation, la constitution hétéroclite de l'URD - rassemblant à la fois des dissidents socialistes, la clientèle de Kâ et des membres d'anciens partis marxistes - pousse plus les sympathisants à suivre la voie du sopi qu'à rallier sa position.

Malgré l'incertitude entourant la "qualité" de ce soutien, la propagande étatique fête la "réconciliation de la grande famille socialiste". Du jour au lendemain, l'URD retrouve les faveurs du pouvoir, Le Soleil devenant même une tribune d'expression pour certains cadres du Renouveau, chose inimaginable... une semaine auparavant 178.

Le retour de Djibo Kâ aux cotés d'Abdou Diouf bouleverse l'ordre établi, le Président promettant d'accorder une large place à ses nouveaux alliés dans l'organigramme PS après les élections. Cette future réorganisation du parti laisse présager l'évincement définitif de Tanor Dieng, comme l'atteste la position présidentielle du 5 mars 2000.

"Moi je suis un démocrate sincère. Le parti est un parti démocratique avec une démocratie interne. Les hommes sont choisis par la base et ensuite, au sommet, c 'est un congrès qui décide de ceux qui doivent diriger le parti. Cela dit, si je suis réélu comme Président de la République, pour ce qui est de mes responsabilités au niveau de

l 'Exécutif, bien sûr que j 'opérerai des changements. Non seulement au niveau des structures, des politiques, mais aussi au niveau des hommes. C 'est clair et net. Maintenant, il appartiendra aux militants du Parti socialiste à décider s 'ils veulent garder leurs responsables ou bien s 'ils ne veulent pas les garder" 179.

Dans une autre conférence de presse, datée du 18 mars 2000, Abdou Diouf exprime sa volonté de voir Djibo Kâ réintégrer le PS. Il annonce aussi la tenue prochaine d'un congrès extraordinaire socialiste pour prendre en compte les demandes du Renouveau. Le chef de l'Etat laisse ainsi implicitement entendre que le fondateur de l'URD sera le prochain locataire de la Primature en cas de réélection180. Par conséquent, dans l'esprit dioufiste, Djibo Kâ va supplanter Ousmane Tanor Dieng à la tête du PS et de l'Etat.

Cette perspective de changement provoque une nouvelle dynamique dans la campagne dioufiste. En outre, Abdou Diouf bénéficie au même moment d'un "engouement tidjane" autour de son nom. A l'inverse des Mourides, qui restent officiellement neutres - Touba a cependant voté majoritairement pour le candidat sopiste au premier tour 181 - la confrérie tidjane apporte son soutien au Président sortant par l'intermédiaire de son Khalife général. Ce dernier invite les fidèles à voter Diouf, en dépit de l'appel contradictoire des niassènes qui eux, calquant leur position sur celle de Moustapha Niasse, convient les électeurs à rejoindre le camp wadiste.

177 "Le oui de Djibo Kâ ", Le Soleil, 15 mars 2000.

178 Aliou Ndao Fall, "Non, Djibo Kâ n'a pas trahi", Le Soleil, 17 mars 2000.

179 Le Soleil, 6 mars 2000.

180 "Abdou Diouf face à la presse : mon appel au changement a trouvé un écho favorable", Le Soleil, 19 mars 2000.

181 Une alliance tacite se noue entre Abdoulaye Wade et le Khalife général des Mourides durant l'entre-deux tour. Wade insiste sur ses liens avec la confrérie, se rend à Touba et se revendique comme étant un talibé du Khalife général. Il rompt ainsi avec la "neutralité religieuse socialiste" en vigueur depuis l'indépendance en déclarant : "dans n'importe quel pays, le dirigeant se réclame d'une communauté". Le Soleil, 14 mars 2000.

Le chef de l'Etat enregistre également le ralliement des Moustarchidines, qui ont pourtant formulé au premier tour des critiques acerbes à son encontre. Ce positionnement de l'association a été, selon les socialistes, l'une des principales causes du mauvais score dioufiste à Dakar : "le vote des Moustarchidines nous a fait beaucoup de mal. Pratiquement partout à Dakar, Wade a toujours deux cents voix de plus" 182.

Le pouvoir estime que les Moustarchidines ont une influence telle qu'un soutien en faveur de Diouf peut permettre au chef de l'Etat de retrouver une certaine aura auprès de la jeunesse dakaroise. L'objectif est bien évidemment de réduire l'écart de 202 650 voix qui a séparé Abdou Diouf du ticket Wade-Niasse au premier tour dans la région de la capitale.

On comprend mieux pourquoi le candidat socialiste exprime une grande satisfaction à l'annonce du ralliement de Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy, à quelques heures seulement du second tour de scrutin. Diouf qualifie alors cet appui de "pêche miraculeuse" 183.

Cependant, ces soutiens masquent bien mal les difficultés dioufistes. Outre l'agitation qui traverse le PS, Abdou Diouf fait face à une polémique qui enfle durant le second tour. Wal Fadjri, journal indépendant sénégalais, révèle à la veille du premier tour de scrutin, le 19 février 2000, que les 140 parlementaires sénégalais se sont octroyés en catimini une revalorisation salariale conséquente. Dans un pays où le pouvoir d'achat décline d'année en année, cette nouvelle est très mal perçue par une grande partie des électeurs, qui font le rapprochement entre cette augmentation salariale et le laxisme dioufiste vis-à-vis des manigances socialistes. Par conséquent, l'ébruitage de cette affaire renforce "leur désir d'en finir avec des gens perçus comme se servant mais qui ne servent pas l'Etat" 184 . Diouf essaie tant bien que mal de se démarquer du comportement de ses parlementaires. Il condamne fermement leur initiative, en s'abritant - une nouvelle fois - derrière la sacro-sainte séparation des pouvoirs pour justifier sa méconnaissance du dossier.

"L 'affaire du sursalaire que les députés de l 'Assemblée nationale se sont octroyés m 'a affligé. Souvenez-vous du Plan d'urgence en 1993 et des sacrifices qui ont été consentis par tous les salariés sénégalais. Moi-même, j 'avais demandé que mon salaire de président de la République soit réduit de moitié. Je gagnais environ sept cent mille FCFA à l 'époque. Depuis, mon bulletin de solde affiche trois cent cinquante mille FCFA. Aujourd'hui encore, c 'est ce que je gagne chaque mois. Je n 'ai pas voulu revenir sur cette décision même après la dévaluation

Les députés n 'ont pas pris cette décision après une discussion budgétaire. C 'est en leur propre sein qu 'ils ont décidé de puiser dans leur propre budget. Nous sommes en régime de séparation des pouvoirs selon la Constitution. Moi, je suis le chef de l 'Exécutif. Le Législatif a son autonomie de gestion. S 'ils m 'avaient demandé mon avis ou bien s 'ils m 'avaient tenu informé, ils ne l 'auraient pas fait. Je l 'ai appris comme tout le monde à la lecture de vos journaux." 185.

En condamnant l'initiative parlementaire lors de ses deux conférences de presse d'entre-deux tours, Abdou Diouf laisse apparaître son embarras. En effet, cette affaire ne fait qu'appuyer le besoin de changement défendu par Abdoulaye Wade. Si ce dernier conserve durant le second tour un discours particulièrement offensif à l'égard du Président - il le surnomme "monsieur je m'engage" et effectue à chacune de ses marches bleues un sondage à main levée provocateur

182 Le Soleil, 1er mars 2000.

183 "Le vote décisif des Moustarchidines" et "Abdou Diouf face à la presse : mon appel au changement a trouvé un écho favorable", Le Soleil, 19 mars 2000.

184 Hamad Jean Stanislas Ndiaye, "La communication politique dans les élections au Sénégal : l'exemple du PS (Parti Socialiste) et de l'AFP (Alliance des Forces de Progrès) en l'an 2000", Université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal).

185 Le Soleil, 6 mars 2000.

pour démontrer l'ampleur du chômage dans le pays 186 - Abdoulaye Wade tente aussi de

ratisser au-delà de son électorat traditionnel, urbain et jeune. Pour accomplir et réussir sa tâche, Abdoulaye Wade modifie essentiellement... son apparence. Il abandonne le costume de

ville et renoue avec le boubou traditionnel, de manière à séduire un monde rural fortement attaché aux traditions vestimentaires sénégalaises.

A l'instar de son concurrent, Abdou Diouf s'évertue à élargir son électorat. Dans ses discours

et ses déplacements, il vise principalement les populations urbaines et la jeunesse. Pour séduire une population qui lui est "historiquement" hostile, Diouf change ses habitudes. Il

adopte une attitude plus décontractée et moins distante.

Il participe ainsi à l'émission radiophonique populaire "xel xelli" (partage des connaissances

en wolof) alors que contrairement aux autres candidats, il avait refusé de prendre part à celleci lors du premier tour 187 . Il établit un lien direct avec l'électorat sénégalais, puisqu'il répond

durant deux heures aux questions posées par les auditeurs de Sud FM. A cette occasion, le Président sortant tente de "casser" son image de nanti, en insistant sur ses origines modestes et en rappelant qu'il a du, pour poursuivre ses études, avoir recours à une bourse 188.

Le chef de l'Etat essaie également lors de ce second tour de séduire la presse nationale et

internationale. Distant par nature, Abdou Diouf a négligé comme à son habitude le pouvoir médiatique au cours de ses trois premières semaines de campagne, à l'inverse d'Abdoulaye

Wade, qui n'a pas hésité à engranger les interventions officielles et officieuses. Mesurant la sympathie des médias pour la candidature wadiste, Abdou Diouf multiplie les points presse

durant l'entre-deux tour. En une dizaine jours, le pouvoir organise pas moins de quatre conférences de presse, soit plus que durant la totalité du septennat dioufiste. En plus de

défendre son bilan et d'exposer son projet, ces rencontres sont l'occasion pour le candidat PS de faire son mea culpa vis-à-vis des journalistes.

"Vous savez, c 'est peut-être un défaut chez moi. Je ne vais jamais vers la presse. Ce n 'est pas dans mon tempérament. C'est la presse qui vient vers moi. Puisque vous le voulez, je vi ens vers vous. Parce qu 'on m 'a dit que la presse veut vous entendre, que vous lui parliez. Pendant la campagne, j 'ai eu à parler à quelques journalistes, le plus souvent de la presse étrangère, qui sont venus me le demander. Mais la presse de mon pays ne m 'a pas posé de question. Je suis l 'homme le plus accessible. Car vous lisez tous les jours la fiche d'audiences. Si la presse nationale a besoin de moi, je suis à sa disposition. Encore une fois, je suis le serviteur du peuple et de l 'une de ses composantes honorables, la presse nationale" 189.

Enfin, Abdou Diouf abandonne les grands meetings pour privilégier les contacts de proximité

et les réunions avec des groupes d'électeurs. Mal à l'aise et mal conseillé, ce changement d'attitude n'a pas l'effet escompté. Les initiatives dioufistes mettent non pas en lumière son

accessibilité mais plutôt son manque de spontanéité, rendant les démarches présidentielles parfois caricaturales. Parmi les ratés les plus "grossiers" : la réception d'un panel de femmes

sénégalaises... à "la maison du Parti socialiste" et la visite d'un marché de poissons en début d'après-midi, heure à laquelle les étalages des poissonniers sont généralement... vides 190.

Ces anecdotes démontrent à elles seules la médiocrité de la campagne du second tour. Ce fait

est dû principalement au manque de préparation des candidats et des institutions. Rien n'a été prévu en cas de second tour : ni débat télévisé, ni calendrier électoral, ni rallonge financière,

ni durée de campagne officielle etc.

186 La question rituelle étant : "chômeurs, levez la main".

187 Avant mars 2000, Abdou Diouf n'a d'ailleurs jamais participé à une émission de radio privée.

188 Le Soleil, 12 et 13 mars 2000.

189 Le Soleil, 6 mars 2000.

190 "Jacques Séguéla, un sorcier blanc au service du Président", Le Monde, 16 mars 2000.

Pour ce qui est du débat télévisé, l'entourage d'Abdoulaye Wade fait pression afin que cette confrontation ait lieu. En effet, la verve et le "wolof imagé" du candidat libéral lui donne un avantage certain sur le Président sortant, peu à l'aise face aux caméras. Outre les qualités oratoires d'Abdoulaye Wade, Diouf craint que le chantre du sopi se serve de cet événement pour "lui balancer n'importe quoi" 191 . Ayant plus à perdre qu'à gagner, le chef de l'Etat minimise l'importance d'un tel débat.

"Je ne suis pas demandeur, mais pourquoi pas ; si les modalités en sont bien définies, bien clairement établies. Je pense que c 'est un débat qui peut permettre d 'éclairer l 'opinion publique sur les choix et sur les changements souhaités. Mais encore une fois, il faut que ce soit un débat bien organisé, surtout qui permette en dehors de toute démagogie de parler des vrais problèmes des Sénégalais. Il s 'agit de ne pas être des marchands d'illusions, ne pas promettre la lune, mais de dire ce qui est possible" 192.

Les tractations entre les états-majors du PS et du FAL durent plusieurs jours. Alors que le camp wadiste réclame un "débat à la française", avec la possibilité pour les deux candidats de s'adresser la parole et... de se la couper, les proches d'Abdou Diouf suggèrent un face-à-face à l'américaine, très réglementé, avec des questions connues à l'avance et une impossibilité de communication entre les deux participants. Les deux camps ont donc une vision totalement différente de ce que doit être ce moment clef de la campagne électorale.

En adoptant une position antagoniste à celle de l'opposition, les socialistes désirent empêcher la tenue d'un tel débat. Ils arrivent finalement à leur fin, puisque la confrontation est purement et simplement annulée le 13 mars 2000. Cependant, Abdoulaye Wade saisit cette opportunité pour souligner la mauvaise volonté dioufiste. Il se rend en compagnie de Moustapha Niasse dans les studios de la RTS - la chaîne de télévision sénégalaise - le 14 mars 2000, jour initialement prévu pour le débat. Assis devant un fauteuil vide pendant plusieurs dizaines de minutes, Wade raille son adversaire en déclarant : "j'ai accepté toutes les conditions de ce débat avec Abdou Diouf (...) le combat est fini faute de combattant" 193.

Privés de débat Diouf-Wade, les Sénégalais se détournent d'une campagne jugée décevante par les contemporains, "le débat politicien ayant totalement occulté le contenu réel des programmes" 194. En outre, les deux candidats subissent la concurrence de la tabaski - l'aïdel-kébir - l'une des fêtes musulmanes les plus importantes de l'année. Celle-ci tombe le 17 mars 2000, soit deux jours avant le scrutin.

La date du second tour, qui ne doit certainement rien au hasard, avantage les socialistes. En effet, nombreux sont les habitants des grandes agglomérations qui retournent traditionnellement dans leur village d'origine lors de la tabaski. Les difficultés de transports aidant, une diminution du nombre de votants à Dakar et à Thiès - deux villes où Diouf a largement perdu au premier tour- est à prévoir pour le 19 mars 2000. Les socialistes espèrent donc que la tabaski va permettre un rééquilibrage du poids électoral entre Dakar et le reste du pays, et redonner ainsi une chance de victoire à leur candidat.

En dépit d'un possible affaiblissement de son électorat dakarois, Abdoulaye Wade reste éminemment confiant. Il ponctue sa campagne électorale à Thiès, sur le toit d'un 4x4 accompagné d'Abdoulaye Bathily, Moustapha Niasse et... Mbaye Jacques Diop 195. Présenté comme le nouveau Président du Sénégal par Idrissa Seck, le candidat libéral prononce un

191 Propos d'un des proches conseillers d'Abdou Diouf. Francis Kpatindé, "En attendant le 19 mars...", Jeune Afrique, 14 mars 2000.

192 Le Soleil, 6 mars 2000.

193 "Débat télévisé : Wade à la RTS : je suis venu à l'heure", Le Soleil, 15 mars 2000.

194 Francis Kpatindé, "En attendant le 19 mars...", Jeune Afrique, 14 mars 2000.

195 "Me Wade boucle sa marche bleue à Thiès", Le Soleil, 19 mars 2000.

discours "préventif" à l'égard d'Abdou Diouf. Il lui signale très clairement qu'il ne tolérera aucune fraude électorale.

Bien que le chef de l'Etat appelle les Sénégalais à voter dans le calme et la transparence le jour du scrutin, la tension est très forte dans les rues de Dakar, l'armée et la gendarmerie étant en "état d'alerte maximal"196. Les communiqués alarmistes de certaines organisations prédisant "un coup de force électorale" 197 poussent Paris à demander à ses expatriés de constituer "des provisions de nourriture, d'eau, de bougies, de carburant (...) et de se munir d'une radio pour suivre les résultats du second tour". Touj ours sous le choc du putsch ivoirien, la France envoie à Dakar des renforts militaires pour assurer la sécurité de ses 16 000 ressortissants en cas de nouveau succès socialiste. Dans l'esprit des contemporains, seule une victoire wadiste peut empêcher "la vitrine démocratique sénégalaise" de sombrer dans le chaos.

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