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Touristicité et urbanité. Pour une évaluation de la qualité des lieux.


par Mathieu SOMBRET
Université Paris VII - Denis Diderot - Master Géographie " Tourisme, Espace, Société" 2007
  

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Université Paris 7 Denis Diderot

U.F.R Géographie, Histoire, Science de la Société

Master de Géographie, spécialité Tourisme, Espaces et Sociétés

TOURISTICITE ET URBANITE

POUR UNE EVALUATION DE LA QUALITE DES LIEUX

Mathieu SOMBRET

Directeurs Rémy Knafou et Philippe Duhamel

La photographie de couverture est tirée du Blog de Seb ( http://seb.over-blog.com).

Je tiens à le remercier d'avoir accepté que j'utilise une photo de ses pieds sur Time Square.

Pourquoi une telle photo ? Parce qu'elle est l'image d'un touriste dans une métropole mondiale (si ce n'est La métropole mondiale), pieds nus, donnant l'impression d'être à l'aise, comme à la plage. Ici se mêle tourisme, métropole et bien être.

Introduction

C'est l'urbanisation elle-même qui constitue une maladie chronique dont le séjour au grand air serait le remède chaque année renouvelée. [...] la vie artificielle des villes, d'où les arbres, les plantes sont de plus en plus chassés, appelle un retour instinctif vers les cadres qu'offre la nature.

Georges Chabot, 1957, L'évasion urbaine

A New York, faites comme les New-yorkais.

Hélez un taxi uniquement si la lumière sur le toit est allumée. Elle comprend trois ampoules ; si celle du milieu est allumée, il est libre. Les lumières latérales signifient qu'il n'est pas en service. Si elles sont toutes éteintes, c'est qu'il transporte déjà un passager. Il n'y a bien que les touristes pour héler un taxi dont toutes les lumières sont éteintes !

Lonely Planet, 2007, New York

50 ans séparent ces deux textes, certes différents par leurs auteurs, mais ils sont le signe d'un changement. Quand le géographe Georges Chabot écrit son évasion urbaine, nous sommes en pleine démocratisation du tourisme. Les départs massifs sont perçus, par l'auteur, comme la conséquence de la dégradation des conditions de vie dans les villes. Le seul recours face à cette « maladie chronique » est le retour « instinctif » à la nature. Ne laissant pas de grande liberté au touriste (puisque c'est son instinct qui parle), celui-ci fuirait la ville pendant ses vacances. D'ailleurs l'auteur ne parle jamais de la ville comme lieu de vacances puisqu'elle se vide durant les congés et que « la vie ne tourne plus, dans les villes, qu'au ralenti (p.8). Pourtant Georges Chabot avait conscience que toutes les villes ne se vidaient pas au moment des vacances : « Seuls certains centres de tourisme peuvent compenser les départs par un nombre équivalent d'arrivées » (p.8). Ce texte est intéressant car il reflète une certaine pensée sur le tourisme à une époque où la ville se faisait « dépasser » par les vacances au bord de mer ou à la montagne. Mais a-t-on vraiment fuit la ville ?

50 ans après où en sommes-nous ? La majorité des touristes sont toujours des urbains et une partie d'entre eux vont passer leurs vacances en ville, voir dans les très grandes villes. Les métropoles mondiales comme New York, Londres ou Paris accueillent chacune autant de touristes que des pays entiers. Les guides touristiques offrent un large choix pour les villes du Monde et il est parfois plus facile de trouver un guide pour une ville que pour le pays. Alors pourquoi cet engouement pour les villes, ou tout du moins pour certaines grandes villes ? Ne remet-il pas en cause l'idée répandue d'une fuite de la ville, comme le disait déjà Chabot en 1957 ? Le guide Lonely Planet nous donne peut-être un élément de réponse lorsqu'il nous apprend à faire « comme les New-yorkais ». En effet, des urbains veulent aller vivre, pendant leurs vacances, dans la ville d'autres urbains et tentent de faire comme eux. Et même si ce sont des urbains, avec leurs réflexes d'urbains, une métropole comme New York a ses règles de vie que l'on doit apprendre. Par conséquent, il n'est plus question de fuir la ville ou « d'évasion urbaine », mais de « tourisme urbain ».

Pourrait-on aujourd'hui écrire que les touristes retournent à la nature par l'appel de leurs instincts ? Non, sauf si l'on ne prend pas en compte que le tourisme urbain génère des flux de population jamais atteint et qu'ils ne cessent d'augmenter, que les retombées économiques pour les villes réceptrices sont devenues une manne financière sûrement indispensable et que le tourisme est pour ces villes une porte ouverte sur le Monde. C'est pourquoi ces deux textes sont le signe d'un changement.

Néanmoins, Georges Chabot n'avait pas totalement faux lorsqu'il écrivait que « le citadin se répand dans la campagne mais il y apporte ses habitudes, sa mentalité, il les y implante en quelque sorte » (p.8). Si le citadin - touriste - apporte ses habitudes à la campagne, peut-il l'apporter à la ville qu'il visite pendant ses vacances ? L'hypothèse serait de dire que le touriste apporte dans ses valises sa vie urbaine, qu'il influence son lieu de séjour et en retour son lieu de résidence permanent. Par sa venue, et par son retour (chez lui), le touriste influencerait les lieux pour deux raisons. D'abord son lieu de séjour par son regard, ses valeurs, ses pratiques, parce que lui aussi habite (temporairement) le lieu. Ensuite par son expérience touristique, qui peut-être considérée comme un projet existentiel1(*). Le touriste va influencer son propre lieu de vie, avec ce qu'il rapporte de son voyage, aussi bien matériellement que symboliquement. C'est donc un véritable « habiter touristique» de la ville qu'il faut étudier.

C'est là un des enjeux de travailler sur le tourisme urbain, celui de l'influence du tourisme sur la ville, autrement dit son impact. Cette transformation influence la ville dans ses caractéristiques, c'est-à-dire dans sa qualité de lieu. Quels sont les transformations et les enjeux du tourisme pour la ville ? Comment le tourisme transforme la qualité des lieux ? Est-ce que la qualité joue un rôle dans la venue des touristes ? Comment peut-on évaluer cette qualité ?

L'objectif de ce travail est d'essayer d'apporter une nouvelle façon d'étudier le tourisme urbain, tout en pensant le tourisme et la ville comme deux phénomènes liés entre eux. Les études précédentes ont trop souvent pensé le tourisme et la ville comme deux phénomènes à part. A nous de remédier à cette lacune.

Pour cela nous utiliserons une notion, la qualité. Le but est de montrer qu'en liant tourisme et ville on peut réfléchir, selon une approche originale, sur la qualité des lieux.

La première partie de ce travail sera consacrée à la bibliographie critique sur le tourisme urbain. Elle montre les nombreuses lacunes sur l'étude du tourisme urbain, le faible intérêt pour les transformations qu'engendre le tourisme sur la ville et surtout l'absence de la notion de qualité.

La deuxième partie présente la problématique et les enjeux du projet : travailler sur la touristicité et l'urbanité pour évaluer la qualité des lieux.

Enfin, dans la dernière partie, nous aborderons l'approche méthodologique pour mettre en place ce travail de recherche.

* 1 Equipe MIT (2002) p. 102.

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