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Touristicité et urbanité. Pour une évaluation de la qualité des lieux.


par Mathieu SOMBRET
Université Paris VII - Denis Diderot - Master Géographie " Tourisme, Espace, Société" 2007
  

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Première partie : Bibliographie critique sur le tourisme urbain

Ce premier travail expose nos lectures, ce qui peut paraître redondant, mais c'est la base d'un travail de recherche. Cela permet à la fois de mettre en place les barrières pour notre problématique et de voir ce qui a déjà été fait pour connaître les lacunes sur le sujet. L'organisation est faite par ordre chronologique des textes (ouvrages, revues, articles), pour permettre de voir une certaine évolution (ou non ?) des écrits sur le sujet.

Comment les liens entre ville et tourisme sont traités dans la littérature scientifique ? Comment appréhende-t-on les transformations que le tourisme engendre sur la ville ?

Mullins P., Tourism urbanization, in International journal of urban and regional research, Vol. 15, n°3, 1991, pp.326-342

Cet article de Patrick Mullins ne concerne pas directement le tourisme urbain, mais l'urbanisation due au tourisme. Il est néanmoins très intéressant et apporte une réflexion passionnante sur la question du tourisme en tant que producteur d'espace urbain.

Pour Mullins, la ville touristique est une nouvelle forme d'urbanisation. Ainsi il distingue la ville du XIXe siècle, fille de la production des biens et du commerce, de celle du XXe siècle, ville de la consommation. Selon l'auteur, l'urbanisation due au tourisme est la forme la plus dramatique de la nouvelle urbanisation car elle n'est fait que par et pour le plaisir (pleasure), c'est-à-dire la consommation et les loisirs. Mais en quoi est-ce dramatique ? N'est-ce pas plutôt le point de vue de l'auteur qui condamne le plaisir et la consommation ? Peut-on considérer les loisirs et le tourisme comme les usines et les mines du XIXe siècle, c'est-à-dire comme des facteurs d'urbanisation2(*).

Après avoir définit des concepts tel que « consumption », « postmodern city », « mass consumption », l'auteur met en place un outil d'analyse pour étudier le développement de la Gold et Sunshine Coast en Australie. Ces villes sont différentes des autres villes autraliennes, parce qu'elles sont le fruit de la consommation et des loisirs (« consumption of pleasure »). Elles se caractérisent par une rapide croissance de la population et des emplois, par la création d'une classe moyenne et d'une organisation résidentielle des villes.

Ce texte est avant tout un travail conceptuel sur la notion de « tourism urbanization » qui ouvre la réflexion sur notre société de consommation et de loisir.

Law C. M., 1993, Urban tourism. Attracting vistors to large cities, Mansell, Coll. Tourism, leisure and recreation, Londres, 189p.

Dans le premier ouvrage de synthèse sur le sujet en Anglais, Law tente d'évaluer le secteur du tourisme dans les grandes villes, principalement d'Amérique du Nord et d'Europe occidentale. Il part du constat d'un rapide développement du tourisme urbain depuis les années 1980, suite au déclin des activités économiques existantes. Le tourisme est encouragé, car il est perçu comme une dynamique pour revitaliser en partie la ville et régénérer des secteurs. Ce changement d'attitude du tourisme vis-à-vis de la ville pousse les villes non touristiques, comme les villes industrielles, à développer du tourisme. Cette reconversion des villes industrielles en crise par le tourisme est un thème que l'auteur va développer tout au long de son ouvrage.

Le tourisme urbain est définit comme un ensemble d'activités reliées entre elles qui permettent aux villes d'attirer des visiteurs, ce qui couvre aussi bien le « tourisme de loisirs » (leisure tourism) que le « tourisme d'affaire » (business travel).

Law propose un travail sur le tourisme d'un point de vue surtout économique, principalement sur les équipements. L'urbain est vu comme une ressource qu'il faut valoriser pour attirer les visiteurs : « Some cities are at the top of a hierarchy in terms of their ability to attract tourists because they are well endowed with the tourist ressources mentioned above. Other cities are lower in the hierarchy because they have fewer resources, but they may wish to develop the tourist industry.» (p.14). Tout d'abord il n'existe de ressource « que si elle est connue, révélée, et si l'on est en mesure de l'exploiter ; sinon ce n'est pas encore une ressource » (Brunet, 1993, p.433). Ensuite il n'est pas pertinent de parler de « ressource » pour les villes en bas de la hiérarchie touristique, ni même pour celles d'en haut. Qui aurait pu croire au succès du musée Georges Pompidou à Beaubourg, tant son architecture a été décrié ? Car il est plus facile de parler de « ressource » ou de « potentiel » touristique quand il y a du tourisme3(*).

Basant son travail sur cette idée de « ressource » à développer, l'auteur va écrire quatre chapitres sur les équipements produits, revalorisés ou utilisés par et pour les touristes. Ces équipements sont perçus comme le moyen d'améliorer l'attractivité touristique des villes, aussi bien pour les touristes que pour les hommes d'affaires et autres congressistes.

Le chapitre X, au titre intéressant  « Assessing the impact of tourism in cities », n'est en vérité qu'un chapitre de méthodologie. Il revient sur la difficulté d'évaluer l'impact du tourisme, puisque celui-ci se situe dans différents secteurs (hôtels, restaurants, transports, magasins, etc.). Pour essayer d'en évaluer l'impact, l'auteur propose une méthodologie en trois étapes : évaluer le nombre de visiteurs, la consommation de ces visiteurs (directe, indirecte et induite) et le nombre d'emplois créés. Cette méthodologie correspond bien au positionnement scientifique de l'auteur et elle semble pertinente. Pourtant elle ne suffit pas pour évaluer correctement l'impact du tourisme. Quels sont les impacts sur l'espace de la ville ? L'urbanisme est-il modifié par le tourisme ? Comment la politique locale réagit-elle ? L'ouvrage n'y répond pas, même si à la fin du chapitre nous trouvons quelques lignes sur les changements d'image que le tourisme peut apporter, mais sans exemples. De même pour les effets négatifs que peut engendrer le tourisme : saturation des routes et de l'espace public, pollution de l'air, augmentation des déchets dans les rues, attirance des criminels, etc. Tout cela en quelques lignes, sans exemples, ni argumentation. C'est bien trop court pour une évaluation des impacts du tourisme.

* 2 Aujourd'hui, les parcs à thème deviennent de véritables promoteurs immobiliers. Ainsi, la compagnie Disney à Marne-la-Vallée termine d'urbaniser le dernier secteur de cette ville nouvelle, Val d'Europe. Cf. « J'habite la cité idéale », in Le Monde 2, n°152, 13 Janvier 2007. Pour une vision plus mondiale, et plus critique, voir l'article de Susan G. Davis, Quand les parcs à thème gangrènent les villes, in Le Monde diplomatique, Janvier 1998

* 3 La géographie du tourisme a été friand de « ressource », « vocation » et autre « potentiel » touristique. Notions aux caractères trop relatifs et non pertinents pour la compréhension du tourisme.

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