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Analyse des causes et consequences de la pauvrete rurale Etude de cas de la Republique d'Haiti

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par Onan JULES
Universite d'Etat d'Haiti - Licence en Science Economique 2006
  

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III.1.3.a.- Dégradation des ressources naturelles

Il existe un lien étroit entre la pauvreté rurale et la dégradation de l'environnement. En effet, la dégradation des ressources comme les terres et les forêts et le phénomène comme la pénurie d'eau douce privent la population des ressources fondamentales pour le développement.

En Amérique latine, la plupart des pauvres des zones rurales cultivent des terres particulièrement vulnérables à l'érosion. En effet, sans en être la cause principale, la pauvreté rurale conduit fréquemment à une dégradation des ressources. A cet effet, dans leur étude du cercle vicieux qui frappe les agriculteurs les plus pauvres, Lopez et Valdès tirent les conclusions suivantes: «A mesure qu'augmente la population, en particulier dans les zones où existent peu de possibilités d'emploi non agricole, se produit un processus d'intensification des cultures. Cette intensification dans le contexte de fragilité des sols conduit généralement à une dégradation rapide des sols, à moins que de lourds investissements soient consentis pour les protéger».18(*)

La pauvreté compromet la capacité d'assumer la gestion de la dégradation des sols car elle limite la possibilité d'économiser pour investir dans la protection des terres cultivées. Ainsi, promouvoir une gestion durable des ressources naturelles est un domaine qui doit faire partie intégrante de la politique communautaire vis-à-vis des pauvres des zones rurales.

III.1.3.b.- Exode rural

Le phénomène de l'exode rural est aussi lié à la pauvreté dans les zones rurales.

En effet, le terme d'exode rural, souvent employé dans le passé, est plus une expression destinée à émouvoir qu'une réalité. Exode au sens strict, signifie un départ en masse. Sous cette appellation, on désigne le plus souvent la migration des ruraux vers les villes, dès lors que celle-ci est relativement importante et continue.

De nos jours, les migrations massives de ruraux vers les villes concernent avant tout les pays en voie de développement. Pour l'ensemble des pays en voie de développement, on peut estimer que le flux net en direction des villes est de 18 à 20 millions de personnes chaque année. En Inde, c'est le cas pour près de 3 millions de personnes19(*).

En effet, c'est moins la misère des ruraux qui est à l'origine des mouvements que la différence du niveau de vie entre la campagne et la ville. Pour François Latortue20(*), le phénomène d'exode rural exprime la tendance à l'équilibre des revenus et de productivité dans tous les secteurs de la production. En fait, c'est l'un des grands problèmes de l'agriculture. Le phénomène d'exode rural s'explique par les difficultés inhérentes à l'exploitation agricole et les conditions particulièrement défavorables du travail agricole.

Les causes principales de l'exode rural découlent de plusieurs facteurs qui couvrent à peu près tous les aspects de la vie économique et sociale. Ce sont essentiellement les difficultés de la vie paysanne qui se traduisent par une faiblesse de revenus, l'insuffisance et l'inadéquation des services offerts en milieu rural et parallèlement l'attrait de la ville.

Certes, d'autres facteurs peuvent occasionner les mouvements des populations rurales, tels que: le facteur psychologique, la politique, les contraintes culturelles etc. ..., mais les causes les plus puissantes demeurent la situation socio-économique précaire des paysans. Car, assez généralement, c'est sous l'aiguillon de la faim, de la misère que se produisent les mouvements des populations. Les ruraux ne se résignant plus de leurs situations intolérables, attirés par le mirage dans les villes ou dans l'autre monde, s'émigrent puisqu'obligés à chercher autre part de nouvelles conditions de vie.

Cependant, si l'exode rural est l'une des conséquences de la pauvreté rurale, il est aussi une cause de la paupérisation rurale entraînant des conséquences graves dans les centres urbains. Ainsi, face aux situations de pauvreté et de malnutrition liées aux problèmes de dégradations de l'activité agricole devenant chaque jour de plus en plus alarmantes, les marges de manoeuvres des paysans demeurent fort réduites. Pour bon nombre d'entre eux, l'unique voie envisageable demeure l'exode rural. Ainsi, chaque année, un nombre élevé d'émigrants laissent les campagnes, se dirigeant, pour la plupart, vers la capitale et les autres villes de province nourrissant l'espoir illusoire d'emplois dans le milieu urbain. Mais, en réalité, ces infortunés ne font que changer leur misère de pôle dans la mesure où ils ne contribuent qu'à alimenter les bidonvilles, lieux de référence de la pauvreté urbaine. Ce qui va entraîner une élévation de la délinquance juvénile, dans le niveau de prostitution, de banditisme etc.

Dans son livre « L'Espace rural haïtien », Ernst Bernardin explique que « Ce phénomène traduit nettement le rejet d'une société inapte à garantir le droit à l'existence et la volonté de survivre sur des cieux plus clément même en bravant les plus graves dangers.21(*) Ainsi, cette situation d'abandon des zones rurales va affecter considérablement la production agricole puisque ceux qui pourraient travailler la terre l'abandonnent et la population aura tendance à s'appauvrir d'avantage puisqu'elle est constituée de vieillards, incapables de travailler.

Ce survol a permis d'identifier certaines causes et conséquences de la pauvreté rurale dans les PVD. Comme déjà signalé, le cas de la République d'Haïti sera étudié spécifiquement.

III.2.- Etat de la situation dans la région Amérique Latine et Caraïbes

La pauvreté, et plus particulièrement la pauvreté rurale, demeure l'un des principaux problèmes de la région globale formée par l'Amérique Latine et les Caraïbes, où 44% de la population totale et 64% de la population rurale vivent en dessous du seuil de pauvreté. La situation des pauvres est généralement plus critique dans les campagnes que dans les villes.

Dans les campagnes d'Amérique latine et des Caraïbes, la pauvreté et la pauvreté extrême constituent un phénomène pluridimensionnel, conditionné par des facteurs culturels, sociaux, et économiques. Elles y revêtent les caractéristiques suivantes :

1. l'exclusion sociale et économique et la discrimination fondée sur l'ethnie et le sexe ;

2. l'absence de services répondant aux besoins essentiels de familles rurales (santé, éducation, logement) ou l'accès limité à ces services. En raison des valeurs sociales et de médiocre développement des organisations rurales, les ruraux pauvres ont du mal à accéder dans des conditions d'équité aux ressources politiques et économiques ; et

3. les revenus sont inférieurs au minimum nécessaire pour permettre à la famille de se procurer les biens et services essentiels dont elle a besoin, y compris la nourriture.

III.2.1.- Formes de la pauvreté rurale en Amérique Latine et dans les Caraïbes

La pauvreté se présente sous deux formes principales dans la région : une forme structurelle et une forme transitoire. La pauvreté structurelle se rencontre principalement au sein des communautés indigènes parmi les femmes rurales et les minorités ethniques. Les victimes de cette forme de pauvreté sont généralement pénalisées par leur insuffisance ou leur manque d'instruction et de moyens de production, par leurs connaissances limitées en matière de production, par leur faible qualification professionnelle et par le manque d'accès aux services essentiels.

La pauvreté transitoire frappe les familles d'agriculteurs et les ménages ruraux qui n'ont que peu ou pas de terre et qui sont particulièrement vulnérables aux changements issus de la reforme structurelle, de l'évolution cyclique de l'économie et de l'instabilité sociale et économique. Tout changement soudain de politique économique ou toute crise a des répercussions sur les revenus agricoles ou non agricoles, et est pratiquement la cause de baises des revenus et de dégradation des conditions de vie.

III.2.2.- Ampleur et tendances récentes de la pauvreté rurale

Selon la commission économique des Nations Unies pour l'Amérique latine et les Caraïbes (CEPALAC), la région comptait, en 1999, 211.4 millions de pauvres (soit 7.6 millions de plus qu'en 1997), dont plus de 89 millions en situation de pauvreté extrême. Les taux de pauvreté demeurent beaucoup plus élevés dans les campanes que dans les agglomérations urbaines.

Toujours en citant les chiffres de la CEPALAC, pour une population rurale représentant au total 121 millions d'habitants, on dénombrait, en 1999, plus de 77 millions de pauvres dans les campagnes de la région, dont 7 millions se trouvaient en situation d'extrême pauvreté. La comparaison avec les chiffres de 1980 montre que dans l'ensemble, la proportion des ruraux pauvres est passée de 59.9 % cette année-là à 63.7 % en 1999. En chiffres absolus, le nombre des pauvres vivant en zone rurale était de 73 millions en 1980, tandis que celui des ruraux en situation de pauvreté extrême est passe de 39.9 millions à 46.4 millions en l'espace de deux décennies. Dans ces conditions, les progrès accomplis durant les années 90 en matière de réduction de la pauvreté n'apparaissent pas suffisants pour contrebalancer l'accroissement de la pauvreté observé au cours des années 80.

Source : CEPALC, in, Social Panorama of Latin America, 2000 - 2001

Quelques 8 à 10 millions de ménages ruraux sont dirigés par une femme ; 2 à 3 millions de femmes exercent une activité saisonnière dans l'agriculture ou l'agro-industrie ; et 30 à 40 millions de femmes ayant un partenaire masculin assument la responsabilité partielle ou totale de la production agricole et de petites entreprises rurales. Par suite des conflits intérieurs, de la migration des hommes à l'intérieur du pays et à l'étranger, des catastrophes naturelles et des répercussions de l'ajustement structurel, les femmes rurales sont devenues l'un des groupes les plus pauvres de la population.

III.2.3.- Classification des pauvres ruraux de la région

Selon le rapport 2000/2001 «Attacking Poverty » de la Banque Mondiale, la population rurale pauvre de la région Amérique latine et les Caraïbes comprend : les communautés paysannes indigènes, les pasteurs, les petits agriculteurs, les agriculteurs de subsistance et les paysans sans terre les salaries ruraux, les indigents de l'Amazonie et de la foret dense humide et les petits pêcheurs.

En valeur absolue, le groupe le plus nombreux au sein de la population rurale pauvre de la région est celui des populations rurales indigènes de la région andine, les nombreuses communautés indigènes et ejidos du Mexique, les populations Maya du Guatemala et les Mapuche de la région Sud du Chili. La majorité des familles appartenant à ce groupe vivent dans une extrême pauvreté et constituent les pauvres « structurels » ou le « noyau dur » de la population pauvre de la région. On estime que 24 millions de personnes, soit le tiers des ruraux pauvres de la région, appartient à cette catégorie.

Viennent ensuite les petits agriculteurs, qui représentent 27% de la population rurale pauvre d'Amérique latine et des Caraïbes et comprennent environ 4.6 millions de petits éleveurs, 8.5 millions d'agriculteurs et 11.3 millions d'exploitants qui se consacrent à la fois à l'agriculture et à l'élevage. Le principal trait distinctif de ce groupe est la possession de petites parcelles situées dans des régions arides ou semi-arides, à flanc de collines ou sur les versants de vallées irriguées. La production agricole exploite des terres écologiquement fragiles et est sujette aux caprices du climat.

Le troisième groupe comprend les agriculteurs de subsistance et les paysans sans terre (qui sont de 19.3 millions et 9.3 millions, respectivement). Les premiers sont des petits exploitants tandis que les seconds n'ont qu'un accès saisonnier ou annuel à la terre, qu'ils prennent à bail. Les familles de ces deux catégories d'agriculteurs sont parmi les plus pauvres de la population rurale, avec des revenus qui les placent bien en dessous de la limite de la pauvreté extrême en raison de leur base extrêmement limitée de production agricole et de leur dépendance à l'égard de la demande saisonnière sur les marches du travail ruraux et urbains.

La population rurale pauvre d'Amérique latine et des Caraïbes est concentrée à plus de 90% dans quatre grandes zones écologiques :

a) les versants des montagnes en zone subtropicale et les plateaux arides et semi-arides ;

b) les zones tropicales humides et semi-humides ; 

c) les vallées subtropicales ;

d) les plaines côtières.

Trente deux pour cent (32%) de la population rurale pauvre totale de la région vivent dans les zones subtropicales arides et semi-arides, qui couvrent plus de 9 millions de kilomètres carrés.

Les tendances de la pauvreté en Amérique latine et dans les Caraïbes se sont ressenties de l'absence d'améliorations dans la répartition des revenus. Les dernières estimations faites par la CEPALAC indiquent que, dans la plupart des pays, pendant les années 90, la situation ne s'est pas améliorée et elle s'est même aggravée dans certains pays. Dans des pays tels que la Bolivie, le Brésil et le Nicaragua, le revenu par habitant du quintile le plus riche (20% de l'ensemble des ménages) est plus de 30 fois supérieurs à celui du quantile le plus pauvre. Bien que plusieurs pays aient réussi à développer leur économie et à augmenter leurs dépenses sociales, et malgré les préoccupations croissantes que suscitent les inégalités, la disparité des revenus reste l'une des principales caractéristiques des politiques gouvernementales et l'un des principaux défis auxquels elles doivent faire face.

PARTIE IV

IV. LA PAUVRETE DANS LES MILIEUX RURAUX HAITIENS

IV.1.- Généralités

Haïti est un pays des Grandes Antilles occupant près de 27 750 km2 sur l'île d'Hispaniola qu'il partage avec la République Dominicaine.

Parmi les explications courantes de la pauvreté en Haïti, la rareté des ressources naturelles est souvent citée : superficie du territoire limité terre arable en quantité faible limitée, forte pente avec les ¾ du pays montagneux, peu ou pas de ressources minières connues etc. Une telle raison ne paraît pas cependant suffisante quand on compare la superficie d'Haïti à d'autres pays développés mais à faibles ressources aussi, voir Taiwan, la Hollande ou même quelques minuscules pays faisant partie du chapelet d'îles de la Caraïbes, Barbade par exemple qui est un petit pays doté de faibles ressources mais où le taux de pauvreté est faible.

Selon la Banque Mondiale, le seuil de pauvreté pour l'année 1992 en Haïti était de 2099 gourdes ; toujours selon cette même source, dans un rapport publié en 1998 sur les conditions des ménages ruraux haïtiens, le seuil de pauvreté a été estimé à 3321 gourdes en mars 1996, soit environ $220US au taux de 15gdes pour $1US. Bien que les chiffres paraissent montrer une amélioration dans les conditions de vie de la population rurale haïtienne, il ne faut point oublier que, parallèlement à cette amélioration, le taux d'inflation dans l'ensemble du pays affichait des augmentations graduelles qui éliminaient systématiquement les effets réparateurs de ce changement à la hausse du seuil de pauvreté.

L'enquête budget consommation des ménages réalisée par l'Institut Haïtien de Statistique et d'Informatique pour la période 1999-2000, a pu recueillir les informations suivantes pour le seuil de pauvreté en Haïti, chiffres établis selon l'aire géographique à laquelle la population appartient :

* 18 Lopez et Valdès: Pauvreté rurale en Amérique Latine in, www.fao.org

* 19 Données encyclopédiques, 2001 Hachette Multimédia/ hachette Livre

* 20 François Latortue, L'économie rurale et les problèmes de développement en Haïti

* 21 Ernst Bernadin, L'Espace rural haïtien, Avril 1991 ; p 316

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"I don't believe we shall ever have a good money again before we take the thing out of the hand of governments. We can't take it violently, out of the hands of governments, all we can do is by some sly roundabout way introduce something that they can't stop ..."   Friedrich Hayek (1899-1992) en 1984