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L'histoire oubliée des Tirailleurs sénégalais de la Seconde Guerre mondiale

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par Moulaye AIDARA
IEP Aix-Marseille et UMR 5609 ESID CNRS ( Montpellier III) - DEA histoire militaire, sécurité et défense 2000
  

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CHAPITRE PREMIER :

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE

1. Les sources écrites :

Les archives publiques :

- Archives du SHAT ( Service Historique de l'Armée de Terre)

Carton 9n268 : D1 Note sur la participation à la campagne de 1939- 40 des unités indigènes

Carton 9n268 : D4 Avancement des sous-officiers et des hommes de troupes.

Carton 9n269 : Situation générale des troupes coloniales en 1922/ Effectif-Relevé- Recrutement ( N° 654CS/A)

D1 Tableau de répartition des 2000 créoles des Antilles destinés à des dépôts d'infanterie de la Métropole.

D5 Utilisation des militaires indigènes dans les unités de DCA, N° 1546/1686I6S, signé Falvy le 27 octobre 1939.

D9 Troupes coloniales sur la côte française des Somalis ( 193561939).

Carton 9n270 : Renseignements concernant certaines formations des troupes coloniales.

D4 : Création du 25ème RTS à Souge ( 16 avril 1940), note N° 56 du 12 mars 1940/ Tenue des troupes ( note N° 83/IGC du général Bührer).

D10 : Mise sur pied de la force mobile coloniale/ Elargissement de la motorisation aux 10ème et 12ème RAC ( accord N° 8605I du 25 octobre 1934)/ Centre de motorisation de Fréjus ( N° 234 I/85 du 2 mai 1934).

D12 : Moral et état d'esprit ( 1920-1939) / Rapport de Tnchoréré ( enseignement technique à donner aux enfants de troupes, St-Louis, 28 février 1939)/ Circulaire sur les permissions N° 10221/8/ Lettre du Maire de Fréjus du 25 octobre 1934.

- Archives du CHETOM ( Centre d'Histoire et d'Etude des Troupe Outre-Mer) - Fréjus

Carton 15H20 : Uniforme des troupes coloniales.

Carton 15H28 : L'AOF dans la guerre.

Carton 15H30/D5 : Race de l'AOF : extrait de la mission du Lieutenant-Colonel Mangin 1910-1911.

Carton 15H134/D1 : Les militaires indigènes pendant la guerre 1914-1918/ Effectifs fournis et pertes subies.

Carton 15H136/D2 : Pertes subies pendant la Grande Guerre.

Carton 15H141/D1 : Unités coloniales sur le front français en 1939-1940.

Carton 15H142/D1 : Stationnement des troupes coloniales au 1er juillet 1939 et en septembre 1940.

Carton 15H154/D1 : Blanchiment du 9ème en octobre 1944 dans le Doubs

D3 : Magnan sur l'opération Brassard

Carton 15H160 : Stationnement des troupes de marine

B) Archives privés du CHETOM :

Carton 17H23 : Fonds Astésiano.

Carton 17H25/D1 : Résistance et propagande.

Carton 17H39/D2 : Evasion.

Carton 18H05 : Témoignages et dons divers du Docteur Hai.

C) Les ouvrages :

- LAWLER Nancy, soldats d'infortune : Les Tirailleurs ivoiriens de la Seconde Guerre mondiale, L'Harmattan, 1996.

Ouvrage central car l'auteur utilise des enquêtes orales en Côte d'ivoire. Elle réalise ainsi plus d'une centaine d'interviews dans un champ d'action plutôt vaste. L'auteur est retourné plusieurs fois revoir les personnes interviewées.

- CONOMBO Joseph Issoufou, Souvenirs de guerre d'un Tirailleur sénégalais, Paris, L'Harmattan, 1989, 200p.

Témoignages personnels du Docteur Conombo qui fut partie de la 9ème DIC. Son approche chronologique de la guerre en fait plutôt un récit. Instruit à l'époque de la guerre, son témoignage est aussi d'une importance capitale.

- MICHEL Marc, L'Appel à l'Afrique : contributions et réactions à l'effort de guerre en AOF ( 1914-1919), Paris : Sorbonne, 1989.

L'auteur est très certainement un des meilleurs spécialistes sur le sujet. Il a écrit l'ouvrage le plus complet sur les Tirailleurs sénégalais de la Grande Guerre. Ouvrage indispensable pour l'étude des TS même de la Seconde Guerre mondiale.

- MANGIN Charles, La force noire, Paris, Hachette, 1910, 364p.

Instigateur de l'idée d'utilisation des troupes indigènes coloniales en France. Son oeuvre en explique les raisons ainsi que ses propres expériences avec les troupes noires dont il juge que la fidélité n'est pas à mettre en doute. Il y'a cependant un certain paternalisme dû à l'époque, de même que beaucoup de préjugés sur les Africains. Il n'en demeure pas moins que l'effort de Mangin fut de connaître au mieux les noirs et ses conseils seront utiles pour la mise sur pied des troupes coloniales.

2. Les sources orales : sources orales et Histoire, le débat permanent .

Un débat engagé depuis longtemps sur les sources orales de l'histoire de l'Afrique nous montre que le problème est fort complexe48(*). Deux grands livres apparus dans les années 1980 : Oral Historiography de Henige ( 1982) et Oral Traditions as History de Vansina Jan ( 1985) tentent de ramener le débat au premier plan. Les deux livres donnent les outils méthodologiques, embrassant tous les aspects de la recherche historique « sur le terrain », c'est à dire aussi bien la collecte des sources orales, que leur exploitation - avec les problèmes posés par le passage de l'oral à l'écrit - et leur interprétation critique.

Jan Vansina, qui a longtemps travaillé en Afrique centrale ( Gabon, Congo) et orientale ( Rwanda, Burundi) a rassemblé tout ce qui, dans le passé porte la marque de l'oralité. Il invite à détecter dans les récits les stéréotypes culturels et les « wandersagen », c'est à dire les clichés qui circulent dans les aires géographiques parfois très vastes. Ces auteurs invitent les historiens à briser les barrières qui séparent les disciplines, à recourir à la linguistique, à se faire anthropologue mais aussi littéraire en appliquant dans l'analyse des récits les mêmes méthodes que ceux- ci, pour en dégager les éléments qui embellissent ou qui en assurent la progression dramatique. Notre tâche qui est de donner une place au témoignage oral n'est donc pas des plus faciles.

« Le corpus des traditions orales, est sans cesse remodelé et réorienté ; des événements et des sujets acquièrent une nouvelle importance, tandis que d'autres passent à l'arrière plan ».

Ainsi, le poids du présent social et des intérêts à défendre dans le présent est assez lourd sur le contenu des récits historiques qu'ils infléchissent49(*).

Par ailleurs, « le travail de la mémoire » est du domaine de la recherche des psychologues. Dans la mémoire, « certains matériaux sont rejetés, des significations nouvelles sont rajoutées à d'autres, des causes secondaires sont niées et des séquences temporelles disjointes » ; ce processus est universel et il faut interroger le narrateur à deux ou plusieurs dates différentes pour en tirer la part du réel et de l'imaginaire :  «  Il faut surprendre l'esprit humain » dit Perrot.

Henige va plus loin et affirme « aucun des documents historiques n'a davantage souffert des intérêts personnels, vérité générale qui s `applique à toutes les sociétés et à toutes les généalogies50(*) ».

Les deux auteurs sont en fait peu convaincus par la fidélité des sources orales. Cependant, c'est l'unique moyen de donner la voix à « ceux qui n'ont point de voix » et en particulier aux minorités, aux vaincus, aux « oubliés » de l'histoire : indiens, noirs aux USA, mineurs au RU, Tirailleurs sénégalais de l'Empire français.

Il ne faut certes pas négliger l'apport des sources écrites quand celles ci existent car au seuil de toute enquête orale, on se trouve confronté à un problème complexe : l'aire territoriale que peut couvrir de façon exhaustive un chercheur isolé est nécessairement restreinte51(*).

Il faut dans notre cas régulièrement se référer aux sources écrites car celles ci existent. L'avantage majeur est que tous les Tirailleurs interrogés à Dakar parlent assez bien français. Ils oublient rarement les dates et sont très précis sur les lieux, les bateaux qu'ils ont pris, les officiers dont ils n'oublient presque jamais le nom ( même s'il est un peu déformé parfois) ; cela montre combien ces hommes sont attachés à cet événement de leur vie. Il n'en serait certainement pas de même si nous avions interrogé des Tirailleurs du fond du Sénégal où le Tirailleur réintégré dans son milieu d'origine n'a parfois plus parlé le français depuis. Notons aussi que beaucoup de Tirailleurs ont gardé comme des trophées tous leur diplôme et jusqu'aux cadeaux offerts par les habitants de la Métropole pendant leur séjour en France. Ces objets semblent devenir le gage de leur bonne foi. Il est aisé pour l'enquêteur de vérifier les dires de l'interviewé car ce dernier a souvent la preuve de sa participation à telle ou telle opération, preuves protégées tant bien que mal des intempéries du temps.

En France, ce fut le général Christienne, alors chef du Service Historique de l'Armée de l'Air ( SHAA) qui décida de développer l'histoire orale d'abord pour tenter de remplacer, compléter et expliquer les archives écrites. L'analyse de ces dernières faisait apparaître de graves lacunes notamment en ce qui concerne l'aviation avant 1914 et durant la Première Guerre mondiale. Il fallait donc le plus vite possible, compte tenue de leur âge, recueillir le témoignage des survivants de l'époque. Cependant les interviews concernaient surtout des personnes ayant eu de hautes responsabilités. Le témoignage oral « par le haut » devrait-on dire.

En ce qui concerne les TS, le témoignage oral « par le bas » est la seule possible puisque peu de tirailleurs avaient de hautes responsabilités dans l'armée française de l'époque.

La richesse des premiers témoignages recueillis en France montre une fois pour toute l'importance du témoignage oral que les USA utilisaient déjà depuis des décennies. Le témoignage oral permet d'écrire une histoire plus humaine et plus individuelle.

En douze ans, plus de 500 personnes ont été interrogées soit 1500 heures d'écoute, 90 officiers généraux, 294 officiers supérieurs et subalternes, 99 sous-officiers ; 13 ingénieurs ; 2 contrôleurs généraux ; 17 civils. De l'aviation d'avant-guerre à la guerre d'Algérie, en passant par la Deuxième Guerre mondiale, ce fut un grand succès.

Les témoins sont interrogés sur des faits précis ou sur l'ensemble de leur carrière. C'est la méthode adoptée pour l'interview des Tirailleurs sénégalais de Dakar. Nous les avons laissés parler de tout ce qu'ils jugeaient important et à la fin de leur récit, nous leur posions des questions précises sur tel ou tel point.

Il faut par ailleurs tenir compte des aspects juridiques car souvent l'auteur ne se rend pas compte de sa responsabilité52(*).

- Comment concilier et exercer en toute légalité ces différents droits ?

- Faut-il dans mes prochains interviews mettre sur pied un contrat entre les deux parties ?

- Le laboratoire de recherche dont je fais partie constitue t-il une caution juridique et morale ?

Car il s'agit là d'un travail historique, pas d'un terrain de règlement de comptes des uns et des autres. Beaucoup d'historiens se méfient en fait du témoignage oral. Ils pensent que «  la source par excellence de l'histoire est évidemment écrit » et que l'histoire orale est « un mélange du vrai, du vécu, de l'appris et de l'imaginaire »

Mais Hérodote, père de l'histoire n'a t-il pas fait le recueil de témoignages oraux ? Son effort fut de consigner tout cela à l'écrit car « les hommes passent mais les écrits demeurent » ; C'est donc plus la consignation par écrit des sources orales qui est importante. L'avantage majeur des sources orales est certainement l'abondance des détails. Les Tirailleurs s'attardent sur des détails ( décor ) qui à priori ne sont pas importants. Il faut donc tout noter pour en comprendre le sens. Il faut aussi accepter la lenteur du narrateur, en ne lui coupant pas la parole, ce qui est mal vu, surtout en Afrique. Les questions posées doivent rester ouvertes. L'enquêteur doit savoir s'effacer. Il doit apprendre à avoir la confiance des interviewés en revenant les voir plusieurs fois53(*), faire petit à petit partie du décor.

J'ai appris que le fait de citer le laboratoire de recherche ( peut être parce qu'il est en France) donnait tout de suite un vif intérêt et un gage de sérieux. Les Tirailleurs en général se sentent plus attentifs lorsqu'ils savent que je suis venu de la France pour les rencontrer. Par ailleurs, j'ai appris qu'un certain nombre de personnes se sont intéressées au sujet, sans but universitaire, et détiennent des documents privés très riches.

Ainsi, à condition d'être utilisée avec précaution et discernement, le témoignage oral apporte des éléments indispensables à l'écriture de l'histoire. Elle sert non seulement à expliquer et à comprendre les archives écrites mais aussi à comprendre l'histoire des mentalités pour reconstruire le passé et l'identité collective : celle des Tirailleurs sénégalais de la Seconde Guerre mondiale par exemple.

« Un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle » Cette formule d'Amadou Hampaté Ba54(*) est certainement plus vraie encore en Afrique où la littérature orale est centrale. Le vieillard est garant de la mémoire collective et de l'histoire qu'il transmet aux plus jeunes dans les veillées nocturnes organisées à cet effet. Le griot, gardien de cette mémoire, est alors le pilier de ce système. La mémoire est alors nécessairement vivante, elle est vie, le baobab majestueux dont les fruits, les feuilles, le tronc servent à l'homme.

« La plus grande France », la France de l'Empire, a su répondre à l'Appel de la Métropole. Celui dont on pouvait faire « un fantassin, un cavalier, un méhariste, un canonnier [...], un soldat du train, un sapeur [...], un ouvrier d'artillerie, un matelot, un chauffeur, un mécanicien...55(*) » est avant tout un soldat-indigène. Le prix du sang payé par les Africains de la Première Guerre mondiale est lourd ( plus de 22% des effectifs pour les Sénégalais) ; Cela ne leur permet pourtant pas le changement de statut promis par Blaise Diagne56(*).

J'avais une motivation supplémentaire dû peut-être à ce sentiment d'abandon dont étaient victimes les Tirailleurs sénégalais malgré leur sacrifice. Il me fallait en outre être très prudent car un travail d'histoire doit être dénué de tout jugement personnel comme le dit si bien le Pr. Jauffret dans les tables de loi.

Je me fais alors le griot de Bakary Goudiaby, Ogotiembé Guindo, Mbaké Sèye, Aly Fall, Cheiboud Abdella Ben57(*) « frères noirs [et arabes] à la main chaude couchés sous la glace et la mort »58(*).

Misant l'essentiel sur le témoignage oral, suivant l'exemple de Nancy Lawler pour la Côte d'Ivoire ( plus d'une centaine d'interviews), je décidais de partir à Dakar où je pus recueillir des témoignages que je pourrai affiner et comparer aux sources écrites. J'arrivai à Dakar en janvier, au moment où tout le monde s'attèle aux préparatifs de la fête de l'Aïd el kébir. Grâce à Dieu et à l'intervention du secrétaire de la maison, je pus réunir une quinzaine d'entre eux à la Maison des Anciens Combattants.

Les tirailleurs sénégalais qui ont participé à l'enquête sont :

- M. CISSE Issa ( 9ème DIC, 18ème RTS, M 92444).

- M. DIOP Ousseynou ( M 1129).

- M. DIOP Ablaye ( M 2180, Algérie, Nouvelle-Calédonie).

- M. DIOP Babacar ( M 1616, originaire).

- M. KANE Mamadou ( 1ère BAT, 11ème RTS, M 795, originaire).

- M. DIARRA ( M 44480).

- M. NDIAYE Demba ( M 461223).

- M. DIONE ( M 41923).

- M. DIEDHIOU ( ?)

- Groupe composé d'une veuve de guerre et de 5 autres tirailleurs qui tiennent à rester anonyme.

3. Les sources audio-visuelles :

- SEMBENE ousmane, Thiaroye 44, long métrage

- DEROO Eric, Histoire oubliée, documentaire

- Région Rhône-Alpes, Le Tata sénégalais de Chasselay, doc.

- SFP, « En attendant Fred », émission, 1989

* 48 Cf. Perrot Hélène ( Université de Paris 1 ; UACNRS 363)

* 49 Lors de mes entretiens, tous les Tirailleurs passaient un temps fou à me parler de l'injustice des pensions. Ce qui me faisait perdre beaucoup de temps sur le récit même qui m'intéressait plus.

* 50 Oral Historiography, p 97

* 51 Nous sommes limités dans notre enquête au Sénégal mais une approche plus objective est de prendre plusieurs échantillons en Afrique de l'ouest ( Sénégal, Mali, Burkina-Faso, Guinée) et en Afrique de l'est ( Tchad, Cameroun, Congo).

* 52 La loi du 11 mars 1957 sur la propriété littéraire et artistique, celle du 3 juillet 1985 relative aux droits des auteurs et aux droits des artistes - interprètes, enfin celle du 17 juillet 1970 défendant le droit de la personne sur sa propre image.

* 53 Comme l'a fait Nancy Lawler

* 54 Appelé « le sage de Bandiagara », il montrera toute sa vie l'importance de la mémoire orale par les nombreux romans et livres qu'il a écrit.

* 55 Charles Mangin,  La force noire, 1910, pp. 238

* 56 « En versant le même sang, vous allez acquérir les mêmes droits »

* 57 Leurs tombes sont au Tata sénégalais de Chasselay. Un ami du nom de Bakary Goudiaby y retrouve d'ailleurs la tombe portant son nom.

* 58 L. S. Senghor, Poème liminaire in Hosties noires,,Paris, seuil, 1956, pp.81 à 83.

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