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Agents géographiques et société libertaire


par Gérard Gonet-Boisson
Université de Pau et des Pays de l'Adour - DEA de Géographie 2000
  

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Introduction :

Doit-on continuer à opposer individus et société ? A l'efficacité gestionnaire et régulatrice de l'une devrait se soumettre les aspirations et les buts des autres. Cependant, les conflits actuels, souvent liés à la fragmentation économico-politique et culturo-religieuse du monde liés à une désaffection croissante des individus aux règles politiques des régimes dirigeants nous invitent à une étude renouvelée de la diversité des façons de concevoir l'occupation et l'utilisation humaines sur la face de la terre, ainsi que des moyens de les atteindre.

Notre réflexion veut s'inscrire dans le courant de la géographie dite critique. L'" intérêt émancipatoire "1(*) de la géographie anarchiste (ou libertaire) est omniprésent. Tant dans les moyens que dans les fins qu'elle veut susciter dans l'organisation des sociétés et donc dans la distribution et la répartition humaine à la surface de la planète, elle préconise le poids " fondamental de l'individu " dans les schèmes de l'organisation spatiale.

L'interrogation majeure, ou problématique centrale, qui découle de cette réalité sémantique, veut se poursuivre par une interpellation théorique (géographique) face à une certaine forclusion des idées de cette "philosophie "sociale particulière concernant plus particulièrement les propositions d'organisation et de répartition des hommes et de leurs institutions :

Comment la pensée géographique libertaire a-t-elle conceptualisé les rapports à l'altérité entre l'être individuel (ou agent géographique) et le collectif (ou société humaine) dans une perspective historique, et comment a-t-elle tenté de projeter un modèle sociétal cohérent à l'échelle mondiale ? Quels outils la méthodologie libertaire a-t-elle élaboré, pour construire son corpus théorique ? Est-elle à la source d'une conception spatiale différente des lieux humanisés ? Les lieux d'expression démocratique de la société libertaire imaginée reposent-ils sur une perception différenciée de l'épanouissement social et politique de l'agent géographique ? En terme d'analyse spatiale, la pensée libertaire engendre-t-elle une inscription sculpturale différente dans la structure des réseaux engendrés par les types de relation inter et intra humaines qu'elle préconise ? L'organisation sociétale préconisée par ces géographes libertaires se traduit-elle par une lecture différenciée de l'espace géographique ? La part incongrue réservée dans les ouvrages géographiques à la géographie libertaire, nous incite, de par notre statut de chercheur qui veut que tout essai théorique est du ressort du domaine scientifique, de faire une lecture spatialisée des rapports de l'homme à la nature et des hommes entre eux afin de participer à la validité (ou à la non validité) de la pertinence de l'approche libertaire de l'espace en terme de stratégie alternative à la gestion des sociétés humaines. La prise de conscience récente et progressive de la dimension planétaire des enjeux sociaux et environnementaux implique que soient revus les grands courants intellectuels de la modernité.

Sans les détailler, nous devons au préalable exposer les principes de base d'une société libertaire telle qu'elle a été suggérée par les différents penseurs du mouvement anarchiste. L'abord de ce point nous amènera à dépasser le cadre réflexif de la politologie classique en ne considérant plus l'anarchisme comme une idéologie singulière, mais aussi et peut-être surtout, comme une méthode (une méthodologie ?) permettant une réflexion pertinente sur les moyens et les fins en matière de politique.

Si Élisée Reclus (1830-1905) est reconnu comme le plus grand géographe français libertaire, nous devons cependant puiser nos références à d'autres sources. Le contexte épistémologique et théorique de la fin du dix-neuvième siècle, nous incite à élargir nos terrains d'investigations. Pour ces raisons, nous baserons notre réflexion sur les travaux d'Élisée Reclus, mais aussi ceux de Kropotkine (1842-1921), et de Godwin (1756-1836), sans oublier les militants actuels et bien sûr les travaux scientifiques. Cette présentation des principes méthodologiques de l'anarchisme constituera le premier volet de notre travail de recherche.

Dans le cadre de notre recherche et dans la lignée de la géographie critique, en premier lieu l'agent géographique doit être plus précisément défini. Pour cela diverses approches sont nécessaires pour argumenter.

A la lecture des principaux écrits anarchistes effectuée dans le cadre de notre recherche, il en ressort que le sens commun des libertaires conçoit l'agent géographique comme l'être humain, le détenteur de deux savoirs dont celui-ci mesure la réalité et le poids : le savoir hérité de ses ancêtres, et le savoir constitué par son action quotidienne à la surface de la terre et qu'il ajoute à celui hérité. C'est la prise en compte de ses deux paramètres qui transforme l'individu en agent géographique dans la mesure où le savoir et l'action ainsi mises en synergie alimentent son regard porté sur son environnement terrestre et lui permet de répondre aux questions inhérentes au sens et au rôle de sa présence sur l'interface de la terre. La différenciation entre l'individu et l'agent géographique est soulignée par le fait que ses souhaits d'action issus de cette réflexion préalable débouchent fatalement sur le terrain social et influencent directement son rôle de marqueur terrestre. Le problème du rapport de l'Homme à l'environnement terrestre est ici valorisé, non à travers son degré de liberté ou de soumission vis à vis d'un déterminisme géographique, mais plutôt vis à vis d'un déterminisme humain : quelle part de l'individuel la société est-elle prête à admettre, à utiliser et à valoriser comme élément organisateur de l'humanité ?

Si le bagage scientifique du dix-neuvième siècle manque de précision conceptuelle, Élisée Reclus n'y échappe pas ; néanmoins il appréhende la fonction particulièrement géographique de l'homme à la surface de la terre. Il détecte déjà que l'occupation et l'utilisation humaines sont régies par des règles que l'homme a lui-même établies au cours des âges grâce à l'évolution de l'espèce humaine.

L'autre différenciation entre l'agent et l'individu est purement étymologique. Un agent est celui qui agit, qui transmet une action. Si la définition paraît claire et est fréquemment utilisée en géographie physique (ne parle-t-on pas d'agent d'érosion en citant l'eau, par exemple) elle peut aussi permettre une clarification sémantique en géographie humaine. Agent semble plus pertinent qu'acteur, couramment admis en géographie économique par exemple, au regard des définitions données par les dictionnaires. Si cet avis peut sembler a priori subjectif, une comparaison des définitions données par le " Petit Robert ", dictionnaire de langue française reconnu, et " Les Mots de la Géographie ", dictionnaire critique de géographie concernant les mots acteur, agent, sujet et individu mérite notre attention.

 

Etude sémantique comparative

 

Petit Robert

Mots de la Géographie

Acteur

Artiste dont la profession est de jouer un rôle à la scène ou à l'écran ; personne qui prend une part active, joue un rôle important.

Celui qui agit (les acteurs agissent sur l'espace selon leurs moyens et leurs stratégies...)

Agent

L'être qui agit, qui transmet une action (opposé à patient, qui subit l'action)

Celui qui agit, terme un peu désuet...de nos jours on parlerait plutôt d'acteurs...

Sujet

1° sens : personne soumise à une autorité souveraine.

2° sens : être individuel, personne considérée comme le support d'une action, d'une influence.

3° sens : être vivant soumis à l'observation.

1° sens : qui est sous. Soumis, dépendant: on est sujet du seigneur ou de l'Etat...

2° sens : depuis Kant, le sujet est aussi celui qui parle, qui agit. De cette manière, comme être connaissant, il s'oppose à l'objet, qui lui est extérieur mais qui lui va être soumis.

Individu

1° sens : tout être formant une unité distincte dans une classification.

2° sens : corps organisé vivant d'une existence propre et qui ne saurait être divisé sans être détruit.

3° sens : unité élémentaire dont se composent les sociétés.

Personne, être humain, quel qu'en soient le sexe, l'âge, la nationalité, le métier, mais le terme est peu employé car il a une vague connotation péjorative...

La synonymie accordée par R.Brunet aux mots acteur et agent ne se prête pas à la clarification sémantique du langage géographique. Par contre, Le Petit Robert apporte lui, une précision, il élimine du mot agent la notion de simulacre incluse dans le mot acteur. La part d'initiative issue de l'individu est admise de fait et est surtout considérée comme l'élément moteur de l'action.

La définition de l'individu est, elle, très nettement mathématique (par trop comptable) et très éloignée d'une définition reclusienne qui considère l'être humain comme d'essence sociale. En cela, le choix de l'emploi du concept d'agent géographique se démarque très nettement de la branche individualiste du mouvement anarchiste. Élisée Reclus, anarchiste en même temps que géographe marque ainsi sa nette préférence pour l'être social. Même si le terme d'agent géographique est peu utilisé dans ses oeuvres, il en mentionne toutefois le sens particulier dans l'un de ses premiers ouvrages géographiques majeurs, sens que nous adopterons maintenant dans le cadre de notre recherche.

"L'homme, cet " être raisonnable " qui aime tant à vanter son libre arbitre, ne peut néanmoins se rendre indépendant des climats et des conditions physiques de la contrée qu'il habite. Notre liberté, dans nos rapports avec la Terre, consiste à en reconnaître les lois pour y conformer notre existence. Quelque soit la relative facilité d'allures que nous ont conquise notre intelligence et notre volonté propre, nous n'en restons pas moins des produits de la planète attachés à sa surface comme d'imperceptibles animalcules, nous sommes emportés dans tous ses mouvements et nous dépendons de toutes ses lois... Après avoir été longtemps pour le globe de simples produits à peine conscients, nous devenons des agents 2(*) de plus en plus actifs dans son histoire." 3(*)

Cette citation, loin de sembler souscrire à la pensée de Montesquieu4(*) qui attribue une influence majeure d'un élément naturel sur les sociétés humaines, Élisée Reclus, tout au long de son oeuvre de géographe et en particulier dans L'homme et la terre, met en valeur les interactions constantes entre les éléments naturels (" le milieu statique " 5(*)) et les éléments humains (" le milieu dynamique " 6(*) ) ainsi que la complexité du milieu géographique7(*) et souhaite que les peuples conscients de ces réalités spatiales puissent finalement devenir les agents de leur propre organisation et répartition à la surface de la terre.

Un autre emploi du vocable agent peut être mentionné. Dans un article intitulé " L'homme et la nature - De l'action humaine sur la géographie physique " 8(*), Élisée Reclus utilise cette expression dans le sens que nous avons précédemment défini :

" Délivrés, grâce à l'intervention insensée de l'homme, des oiseaux qui leur faisaient la guerre, les tribus des insectes, fourmis, termites, sauterelles, s'accroissent en nombre de manière à devenir, elles aussi, de véritables agents géographiques." 9(*)

Cette vision " reclusienne " de l'agent géographique s'inscrit, nous semble-t-il, de surcroît dans la réflexion suscitée par le couple géographe Pinchemel depuis presque une décennie. " La face de la terre : éléments de géographie " mentionne dès les premières pages de leur ouvrage que :

" L'homme est agent géographique quand il défriche, draine, cultive, construit, substitue au milieu naturel, un milieu artificiel qu'il serait plus satisfaisant d'appeler " humain ". 10(*)

Ces volitions humaines constituent le premier élément fondamental du triptyque de la pensée des Pinchemel : le " savoir ".

Le deuxième volet, qui est le résultat direct, la conséquence spatiale de " l'être qui agit "11(*) suscite la curiosité du géographe, car en effet :

" L'action géographique des hommes entraîne l'inscription de traces, de lignes, de surfaces, de volumes, les uns visibles : routes, champs, bâtiments, d'autres non directement perceptibles : trames communales, frontière des Etats, flux de relations. Points, lignes, surfaces, volumes sont, au sens le plus fort, une écriture géographique ". 12(*)

Le propos du présent mémoire est de déchiffrer justement cette écriture géographique d'une société aux messages culturels particuliers, la société libertaire. Si comme toutes les sociétés, la société libertaire a son écriture, c'est à sa traduction factuelle sur le support terraqué que notre recherche va s'attacher. Elle devra mettre en évidence l'" indissociabilité "13(*) du savoir et de l'action avec la pensée (troisième volet du triptyque), en l'occurrence la pensée libertaire.

Une précision doit, ici, être soulignée. A la différence de Philippe Pinchemel, dans l'entretien qu'il a donné à la revue Historiens et Géographes, Reclus, ne fait aucune différence entre " agents géographiques réels " (les architectes, investisseurs par exemple) et les " consommateurs " de milieu " (les citoyens en l'occurrence). D'ailleurs Pinchemel, précise de lui-même :

" (...) nous (les citoyens) avons le droit, d'abord, de connaître dans quelles conditions s'élaborent ces transformations géographiques qui ont des répercussions sur notre vie quotidienne ; et nous avons le droit aussi de protester et d'intervenir, en montrant les mauvaises utilisations du sol, les mauvaises décisions, les conséquences des mauvaises décisions. C'est en cela que l'éducation géographique est capitale : ouvrir à l'intelligibilité du Monde, à toutes les échelles. " 14(*)

Reclus à n'en pas douter aurait souscrit à ce propos.

Une dernière justification de l'usage préférentielle du concept d'agent géographique au lieu et place d'acteur géographique repose sur une réflexion épistémologique. La science sociale, dont la géographie est une composante, a tendance à construire son corps théorique à partir de concepts globalisants. Le poids de l'analyse statistique prise ces dernières années dans la géographie corrobore cette vision. Si elle a certes permis de révéler des phénomènes jusque là soupçonnés, elle a, aussi tendance, par les nombreux indicateurs qu'elle utilise, à favoriser le regroupement au détriment de l'unité. Selon Desrosières, la notion même de moyenne statistique remplit cette fonction :

" du moment qu'elle exprime une valeur qui n'appartient pas à un élément isolé, elle confirme l'existence du groupe en tant que réalité supra-individuelle ". 15(*)

Rarement le niveau théorique d'observation du champ géographique se fixe sur l'individu. L'unité semble une valeur trop unique pour être théorisable. Même si la sociologie ou la géographie, lors d'utilisation d'outils de terrains particuliers comme le questionnaire ou l'entretien, semblent justement se concentrer sur le rôle et le poids de l'individuel dans la détermination et la compréhension d'un phénomène sociologique ou géographique, les résultats de ces investigations se concluent le plus souvent sur l'élaboration de règles générales sensées être appliquées sur d'autres groupes humains ou sur d'autres espaces. Sans prétendre à un retour empiriste de la science qui ne satisfait plus la géographie ou toute science digne de ce nom, une tentative d'élaboration d'une grille de lecture plus fine peut se concevoir.

Là réside l'interrogation majeure de ce travail : peut-on conceptualiser une théorie opérationnelle, - car cela reste le but essentiel de la recherche en science -, à partir de la plus petite unité de mesure offerte sur le terrain géographique symbolisée par l'agent géographique ? La part revendicative de l'individu est de plus en plus prégnante dans nos sociétés globalisées et globalisantes. Ce niveau d'analyse du champ géographique a déjà été suggéré par des géographes, en particulier les géographes libertaires, sans que leurs analyses aient été incorporées dans le corps théorique des sciences sociales enseignées aujourd'hui. Cette ré-actualisation de ce niveau d'analyse mérite que l'on s'y attarde de nouveau et tels sont la motivation et l'enjeu de ce travail de recherche entrepris cette année.

D'ailleurs, le terme d'agent géographique s'incorpore tout à fait, nous semble-t-il, dans l'actualité du discours théorique de la géographie d'aujourd'hui et du discours aménagiste en particulier. Les instances gouvernementales n'ont-elles pas préconisé dans leurs orientations futures qu'elles entendent donner à la politique d'aménagement du territoire quatre priorités, dont :

" celle du partenariat et de la mise en oeuvre de la démocratie participative "? 16(*)

Cette volonté d'inclure les " Français " aux décisions concernant l'aménagement de leur cadre de vie répond à une forte demande " citoyenne " de mieux équilibrer les processus de décisions. Ceux-ci doivent :

" accroître l'association des citoyens (...) grâce à des procédures de délibération ". 17(*)

ou encore :

" la consultation directe des habitants ". 18(*)

La définition sémantique des termes agents, acteurs et individus énoncée, la deuxième partie de notre travail portera, à partir des écrits scientifiques et militants des théoriciens libertaires d'hier et d'aujourd'hui, à traduire en termes géographiques les rouages institutionnels préconisés par ces derniers. Cette grille de lecture purement géographique des écrits libertaires, au-delà d'apporter une contribution théorique à la géographie dite critique, permettra surtout une confrontation directe avec les apports scientifiques de la géographie actuelle :

- La théorie de la formation socio-spatiale dans sa tentative de définir des niveaux de configuration spatiales résultants de formes de gestion ou de pouvoir spécifiques, sera sollicitée et peut-être enrichie ;

- L'analyse spatiale, branche de la science géographique en plein développement ces dernières années sera, elle aussi, mise à contribution pour nous aider à mieux comprendre et mieux traduire en termes d'organisation spatiale la pensée géographique libertaire.

En effet, les projets fédéralistes ou communalistes libertaires reposent sur une recomposition totale de l'espace humain. Les rapports sociaux, économiques, politiques de la société libertaire diffèrent radicalement de ceux existants aujourd'hui ou ayant existé, il y a encore peu, dans une certaine partie de l'Europe hier. Les motivations de l'action libertaire qui reposent sur les deux principes fondamentaux de liberté et d'égalité économique et sociale, impliquent des refus institutionnels précis : refus de l'État, refus de la logique du profit par exemple. Ces considérations propres à la pensée libertaire entraînent un débat sur la validation des concepts "d'optima individuels et collectifs " : le rôle et la place de l'individu - de l'agent géographique dans le cadre de notre étude - dans l'organisation de la société humaine est remis en question chaque jour un peu plus, et la réflexion libertaire à ce sujet a le mérite d'exister. Cette exigence d'égalité et de liberté des anarchistes débouchent sur un ensemble de projets. Les concepts de " libre association ", " d'autogestion " trouvent leurs applications dans les projets fédéralistes de la pensée anarchiste.

Cet ensemble de lectures et de traductions géographiques nous amène à l'hypothèse centrale de notre travail : la plausibilité de la méthodologie libertaire ne nécessite-t-elle pas l'existence préalable d'espaces " émancipatoires " ? Lieux, pôles, réseaux où la culture et la formation du jugement politique de chaque agent géographique puisse se construire et se développer. La préoccupation de la formation continue des individus pour parvenir à une société composée d'" êtres raisonnables " pour reprendre ici une expression d'Élisée Reclus, confirme que les auteurs libertaires sont soucieux d'atteindre ce stade d'évolution intellectuelle le plus rapidement possible avant d'envisager tout espoir de révolution sociale. Face à ce besoin d'expression de la paidéïa19(*) , nous devons nous demander, en tant que chercheur, si ce concept est opératoire. En quoi peut-il être différent de la notion d'espace public, utilisé par les théoriciens de la démocratie ; et, surtout qu'apporte-t-il de supplémentaire et en fin de compte de décisif en terme de stratégie ? Enfin, dans une préoccupation purement géographique, son existence opératoire inscrit-elle de nouveaux schémas d'occupation et d'utilisation de l'espace terrestre de la part de la société humaine ? Ce sont, sûrement les réponses à ces questions importantes qui font l'intérêt de cette recherche. Des réponses qui empruntent aujourd'hui au domaine de l'utopie, son moteur, mais qui demain, par la réflexion démontreront peut-être sa congruence au réel.

* 1 Selon J.Habermas les sciences dont l'orientation est de nature critique procèdent de cette visée d'émancipation, La technique et la science comme idéologie. Paris : Denoël/Gonthier, 1973.

* 2 Souligné par nos soins.

* 3 La terre, tome II, p.622 cité par B.Giblin dans L'homme et la terre, 1982, p.64.

* 4 Montesquieu. L'esprit des lois. Paris : Garnier-Flammarion, 1979. Chapitres XIV et XVII.

* 5 Reclus Élisée. L'homme et la terre. Bruxelles : Librairie Universelle, 1905. Volume 1, p.37 et 38.

* 6 Ibid., p. 38.

* 7 Ibid, p.110.

* 8 Revue des Deux Mondes, Vol. 54, 15 décembre 1854, pp. 762-771. Ce texte a été reproduit intégralement dans Les Cahiers Élisée Reclus, n° 4, mars 1997, et partiellement dans l'ouvrage de Cornuault Joël Élisée Reclus, étonnant géographe. Périgueux : Fanlac, 1999, 155 p.

* 9 Souligné par nos soins.

* 10 Pinchemel Philippe et Geneviève. La face de la terre. Eléments de géographie. Paris : A.Colin, 1992. p. 16.

* 11 Voir plus haut, la définition d'agent du Petit-Robert.

* 12 La face de la terre... Op. cit., p. 16.

* 13 " Savoir et action géographiques alimentent une pensée et s'en nourrissent tout à la fois.(...) Savoir, action, pensée sont indissociables. " Ibid, pp.16-17.

* 14 Revue Historiens et Géographes n° 367, pp. 69-70.

* 15 Desrosières A. Masses, individus, moyennes : la statistique sociale au XIX° siècle. Paris, Hermès, 1988.

* 16 Comité interministériel d'aménagement et de développement du territoire (CIADT) du 15 décembre 1997.

* 17 Lettre de la DATAR n°161, janvier 1998.

* 18 Extrait du discours du ministre de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement à ce même CIADT.

* 19 Dans le sens grec du terme, c'est-à-dire l'éducation sociale et sociétale du citoyen.

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