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L'impact macroéconomique d'un consortium d'exploitation pétrolière : le cas de l'unité de production de Doba au Tchad

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par Siniki BOPABE
Université Catholique d'Afrique Centrale - Maitrise 2007
  

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II. Les faiblesses du commerce extérieur

Elles sont liées à la ventilation sectorielle des activités productives et aux problèmes d'ordre structurel.

A. LES FAIBLESSES SECTORIELLES DU COMMERCE EXTÉRIEUR

En raison de la sectorisation du commerce extérieur, les faiblesses de celui-ci entrent dans la même dynamique. En effet, la filière coton qui constituait la manne nourricière de cette économie avant le début de production pétrolière au Sud du pays connaît depuis quelques années de problèmes.

1. LE SECTEUR PRIMAIRE ET LA CRISE DE LA FILIÈRE COTON

Après avoir constitué le moteur de la croissance tchadienne, le secteur du coton est entré en crise depuis quelques années et ce, pour différentes raisons. A cela s'ajoutent d'autres contraintes au niveau des autres secteurs.

Dans le secteur du coton, le prix de vente au Tchad, déjà parmi les plus bas au monde, a subi les effets de la chute des cours mondiaux combinée à la dépréciation du dollar. Le coton est ainsi devenu de moins en moins rémunérateur pour les paysans. De plus, la société qui commercialise le coton, la CotonTchad (créée en 1971), dont l'activité principale est l'égrenage (90% de son activité à travers neuf (9) usines) est entrée en crise.

La crise du secteur du coton, qui représentait le tiers des recettes d'exportation avant l'arrivée du pétrole, a commencé voilà plusieurs années, notamment avec la chute des cours internationaux et les problèmes de gestion de la société cotonnière du Tchad, la CotonTchad, opérateur exclusif. Entre 1970 et 1988, les surfaces cultivées avaient déjà diminué du tiers, passant de 300 000 hectares à 200 000 hectares. Au total, après une moins bonne récolte en 2003 due à la baisse des superficies plantées, la campagne 2004-2005 était meilleure61(*).

La chute de la production s'explique en grande partie par le prix d'achat -peu incitatif- et par des problèmes de commercialisation. La production paysanne est souvent payée avec retard (jusqu'à 6 mois). Cette situation décourage la production et a des effets très négatifs sur le plan de la réduction de la pauvreté en milieu rural. Le gouvernement et ses partenaires ont arrêté une liste de mesures à prendre-la feuille de route- pour préparer une privatisation effective de la CotonTchad en juin 2007.

La production du coton est soumise aussi aux aléas climatiques. En effet, les bonnes conditions climatiques et le relèvement substantiel du prix au producteur en début de campagne font prévoir une production de coton graine passant de 126 800 tonnes à 180 000 tonnes (195 000 selon les données officielles de la division des statistiques agricoles), soit une hausse de plus de 40% après, il est vrai, une baisse de 19% sur la campagne 2003-200462(*).

Graphique 13 : Evolution de la production de coton-graine

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2003

2004

2005

Années

En milliers de tonnes

Source : INSEED

La production de coton est très variable. Elle atteignait 186 300 tonnes en 1999-2000, mais elle a nettement diminué en 2002-2003, avant de remonter à 220 000 tonnes en 2003-2004. Les exportations de coton fibre sont passées de 58 000 tonnes à 46 000 tonnes de 2003 à 2004, soit une baisse de 20%63(*). D'après l'INSEED, les recettes issues de la vente de coton fibre ont diminué en 2004 à 40,02 milliards FCFA (75,6 millions de dollars), contre 44,65 milliards FCFA en 2003 (77 millions de dollars), soit -10% dus à la baisse des cours.

Toutefois, le relèvement contracyclique, en avril 2004, du prix aux producteurs de 160 FCFA (0,3 dollar) le kilo à 190 francs CFA (0,35 dollar)64(*), alors que le cours mondial du coton était orienté à la baisse après deux années de redressement, n'a pas suffi à inverser durablement la tendance. En réalité, il n'est pas certain que l'État soit en mesure de subventionner chaque année la production ; cette subvention ne garantit d'ailleurs pas l'amélioration de la rentabilité de la CotonTchad.

En même temps, En 2004, les ventes de bétail et de gomme arabique s'annonçaient en hausse, respectivement de 10,4% et 6,7% (en volume).

2. LES SECTEURS SECONDAIRE ET TERTIAIRE

En ce qui concerne la Compagnie Sucrière du Tchad (CST), la progression de cette industrie est gênée par la fraude du sucre très importante en provenance du Cameroun et surtout, du Nigeria qui concurrence le sucre tchadien.

Dans son ensemble, le secteur industriel ne contribue qu'à hauteur de 13% du PIB ; l'apport des industries manufacturières est encore plus faible (11% du PIB) et dû essentiellement à quelques entreprises agro-alimentaires (brasserie, manufacture de cigarettes et compagnie sucrière) ainsi qu'à des unités de transformation du coton (huilerie, savonnerie).

Dans le domaine glacier, on note qu'en 2004, la production de boissons gazeuses a également diminué selon les BGT (Boissons et Glacières du Tchad), passant de 90 354 hectolitres en 2003 à 88 280 (-2%). En revanche, la production de cigarettes a enregistré un boom, la MCT (Manufacture de Cigarettes du Tchad) ayant produit 48,3 millions de paquets en 2004 contre 36 ,6 millions en 2003, soit une hausse de 32,1%. Cette performance est due au dynamisme de la consommation, après une croissance faible de 2% en 200365(*).

Au total, l'activité du secteur secondaire aurait chuté de près de 12% en 2004. Elle pâtit, d'une part, de l'arrêt des travaux de recherche dans le secteur pétrolier - qui ont connu leur apogée entre 2000 et 2002-2003, et, d'autre part, de la crise dans le secteur du coton qui a ralenti l'activité d'égrenage.

L'activité dans le BTP (Bâtiment et Travaux Publics) est de nouveau dynamique (+25% en 2004), après un léger ralentissement en 2003 de +4% seulement. Bien qu'insuffisante pour satisfaire la demande, la production d'électricité a été meilleure en 2004 (+10,8%), après un recul en volume (-13,4%) en 2003.

Le secteur privé reste peu dynamique et l'importance des PME/PMI dans l'activité économique est difficile à évaluer par manque de données. Au Tchad, est PME toute entreprise détenue en majorité par des Tchadiens dont le capital est inférieur à 100 millions FCFA (188 900 dollars). Au-delà, il s'agit de grandes entreprises, au nombre de trente (30) environ dans le pays.

En outre, les formalités pour la création d'entreprises sont assez contraignantes : d'après Doing Business, 19 procédures en 75 jours sont nécessaires pour constituer une entreprise au Tchad, contre 11 procédures en 63 jours en moyenne sur le continent africain. D'après le ministère en charge des PME/PMI, le secteur principal d'exercice de la PME est l'agro-industrie. En 2004, 89 nouvelles entreprises auraient vu le jour (et 65 auraient renouvelé leur enregistrement), contre 227 en 2003, année pour laquelle il n'était pas encore obligatoire de renouveler son enregistrement. Comme il n'y a pas de suivi des entreprises, ces chiffres concernent les créations brutes à la suite des déclarations d'intention66(*).

En somme, le secteur industriel est très restreint et constitué entre autres des BDL, de la MCT, de la STEE et des BGT. Le reste est constitué pour la plupart des petites unités informelles mal maîtrisées et à très faible valeur ajoutée. Le développement d'un secteur de transformation permettra d'accroître les emplois, et donc les revenus.

Par ailleurs, ce secteur moins sensible aux aléas climatiques, sera plus apte à assurer une croissance régulière, à condition de lever les obstacles liés à la réglementation, aux infrastructures économiques de base, etc.

Les activités du tertiaire ont également une faible productivité du fait qu'il s'agit de très petites unités opérant dans le secteur informel et essentiellement tournées vers le commerce et le transport. La productivité du secteur est fortement handicapée par l'étroitesse du marché national due à la faiblesse du pouvoir d'achat des populations, aux difficultés de mise à disposition des biens et services et par la fraude à l'importation qui défavorise les opérateurs du secteur formel lourdement taxés par rapport à ceux opérant dans l'informel.

Au-delà de ces problèmes qui, somme toute semblent être « conjoncturels », il existe de réels problèmes qui constituent un frein sérieux pour notre économie.

B. LES PROBLÈMES D'ORDRE STRUCTUREL

Ils sont très variés mais nous ne retenons que l'enclavement et la situation politique du pays qui affectent sérieusement le commerce extérieur.

1. L'ENCLAVEMENT DU PAYS

L'enclavement du Tchad est l'un des plus grands obstacles au développement de l'économie et l'isolement de plusieurs régions est l'un des principaux facteurs de pauvreté. Le port le plus proche, Douala (Cameroun) est situé à 1 700 km de N'Djaména. Le Tchad utilise aussi d'autres accès à la mer : Lagos (Nigeria) à 1 900 km de N'Djaména, Cotonou (Bénin) à 2 000 km, Lomé (Togo) à 2 100 km, Pointe Noire (Congo) à 2 700 km, et port Soudan est situé à 3 350 km67(*). L'enclavement du Tchad est aggravé par des coûts de transport exorbitants à l'intérieur du pays et sur les principaux axes régionaux qui relient le pays à la mer.

Le réseau routier est moins développé déjà à l'intérieur du pays. Ce qui affecte le commerce en saison pluvieuse pour l'acheminent des produits agricoles vers les centres urbains. Jusqu'en fin 2003, le réseau bitumé couvrait à hauteur seulement d'environ 500 km de Massaguet à Gueledeng le territoire national.

Parmi les obstacles au développement des PME, l'enclavement du pays est l'un des plus importants, tout comme les coûts des facteurs de production très élevés.

Le prix de l'électricité, en particulier, est parmi les plus chers d'Afrique (197 FCFA le KW heure, soit 0,37 dollar hors taxes en moyenne), et le coût de l'immobilier reste astronomique : la construction d'un bâtiment peut ainsi peser jusqu'à 70% dans les charges d'une entreprise. La grande majorité des entreprises est composée d'entrepreneurs individuels qui s'autofinancent pratiquement tous à leurs débuts. Par la suite, certains besoins ont du mal à être satisfaits par le système financier actuel, notamment pour ce qui concerne la demande en financement de l'exploitation - crédits de campagne, crédits de stockage, fonds de roulement, etc. - et la demande en investissement - crédits pour l'équipement agricole et moyens de transport adaptés, technologie de transformation alimentaire ou de fabrication artisanale, etc.

Le développement de la microfinance, encore faible au Tchad, pourrait venir combler une partie de cette demande.

2. LA SITUATION POLITIQUE DÉFAVORABLE AU COMMERCE EXTÉRIEUR

Bien que difficiles à mesurer, les problèmes d'insécurité et la mauvaise gouvernance sont de nature à peser sur le climat des affaires. Ils ne favorisent pas, en tout cas, l'initiative individuelle. La sécurité des biens et des personnes reste préoccupante au Tchad, tandis que l'appareil judiciaire est déficient à cause d'un manque de compétences et de moyens matériels.

Les quatre (4) décennies d'histoire politique contemporaine du Tchad sont ponctuées par des mouvements d'oppositions armées qui ont constamment menacé les régimes en place, allant dans la plupart des cas à leur renversement. C'est pourquoi, l'alternance au pouvoir s'est passée par la voie des armes qui a été et semble encore l'être, le seul mode d'accession au pouvoir au Tchad.

De 1960 jusqu'à aujourd'hui, plusieurs gouvernements (cinq au total) parmi lesquels quatre (4) politico-militaires se sont succédés.

Tableau 17 : Liste des régimes politiques au Tchad de 1960 à nos jours

Régimes

Période

PPT/RDA (François N'Garta Tombalbaye)

11 août 1960-13 avril 1975

Conseil militaire (Félix Malloum)

13 avril 1975-21 août 1979

GUNT (Goukouni Oueddeï)

21 août 1979-8 juin 1982

UNIR (Hissène Habré)

8 juin 1982-1er décembre 1990

MPS (Idriss Deby Itno)

1er décembre 1990 à nos jours

Source : auteur

Ces périodes sont sans doute cruciales pour comprendre le Tchad moderne. Tous les ingrédients de la crise tchadienne y sont présents : la scissiparité proverbiale des groupes armés, l'opportunisme de leurs dirigeants, les interventions extérieures multiformes (la Libye, la France, les Etats-Unis d'Amérique, le Soudan et la Chine).

Au finish, les épisodes de guerre ont contribué, d'une part, à forcer les paysans à arrêter les travaux champêtres ou à l'exode rural quittant paradoxalement les zones arides vers les refuges dans les terres sèches et d'autre part à abattre un silence sur le projet d'exportation tchadien pendant plus de trois décennies pour que celui-ci ne puisse voir le jour qu'en août 2003 et à maintenir très bas les indicateurs socio-économiques.

SECTION 2: LES PERSPECTIVES D'AVENIR 

« Ainsi la tâche n'est point de contempler ce que nul n'a pas encore contemplé mais de méditer comme personne n'a encore médité sur ce que tout le monde a devant les yeux »

SCHOPENHAUER

Arrivé à ce stade de notre travail, plusieurs questions peuvent être soulevées, notamment en rapport avec les objectifs de la macroéconomie et les problèmes que se propose de résoudre celle-ci car généralement en économie, les faits présents nous imposent de proposer les scénarii futurs. En effet, dans cette discipline, l'équilibre correspond à la résolution des problèmes ou la situation dans laquelle, les plans, les anticipations, les intentions de différents agents sont compatibles. La macroéconomie se propose ainsi de résoudre un certain nombre de problèmes :

Ø le chômage : il est mesuré par le taux de chômage qui est le pourcentage de la population qui est dépourvu d'emploi. Ses causes sont le manque de qualification des chercheurs d'emploi, l'inadéquation entre formation et emploi etc. ;

Ø la pauvreté ou le sous-développement : pour arriver au développement, la croissance économique doit être suivi des transformations structurelles ;

Ø la croissance : elle est souvent mesurée par le PIB ;

Ø l'inflation : il est mesuré par le taux de l'inflation qui mesure l'augmentation en pourcentage du niveau moyen de prix de biens et services, autrement dit, le taux de croissance annuelle en pourcentage de l'indice de prix de détails des biens et services de la consommation. Les causes de l'inflation sont la rareté qui est due à la demande qui est influencée par le niveau des revenus.

En gros, ce travail se propose de mettre à la disposition des décideurs économiques et politiques en particulier les partenaires au développement de l'Etat tchadien, ainsi que de tous les autres acteurs engagés dans le processus d'exploitation du brut tchadien, un outil d'aide à la décision afin de combattre toutes les formes de risques économiques liés à l'exploitation du pétrole. Ainsi, dans le cadre de ce travail, nous nous pencherons sur l'aspect « prévisionnel » pour que le pétrole constitue pour le Tchad une source de croissance et de développement durable. Cependant, avant la réalisation de tous les plans, il faut envisager les conditions nécessaires.

* 61 Source: BEAC.

* 62 Source: INSEED.

* 63 Source: INSEED.

* 64 Source: BEAC.

* 65 Source: BEAC.

* 66 Source: INSEED.

* 67 Source: INSEED.

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