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La culture, opportunité politique, économique, touristique et sociale au profit des villes ? exemple de la ville de Nancy et ses grands rendez-vous

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par Mathilde Jannot
Université de la Sorbonne nouvelle- Paris III - Master 1 2010
  

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B. Les professionnelles de la culture : directrice des affaires culturelles et conservatrices, garantes des institutions.

1. La directrice des affaires culturelles, une intermédiaire ?

La directrice des affaires culturelles (DAC), Mme Véronique Noël, définit son rôle comme celui d'une « généraliste de la culture »173puisqu'elle travaille avec tous les équipements ayant attrait à la culture, institutionnels comme associatifs. Elle travaille avec les élus, assure une coordination entre les événements culturels et la garantie d'une politique culturelle équilibrée. Elle doit avoir l'initiative de développer des actions qui ne le sont pas. Elle vérifie « l'irrigation culturelle du territoire. »174 De fait, Mme Noël assume une position d'intermédiaire entre la mairie et les acteurs culturels. Elle traduit les exigences de la mairie tout en défendant les intérêts respectifs des acteurs culturels. Ce rôle n'intervient pas uniquement dans la politique de grands événements mais c'est un travail de terrain. Si le rôle de décision d'un grand événement revient aux élus, la coordination de la programmation se fait avec le chef de mission. « La programmation des grands événements n'arrive pas au hasard. Elle est possible parce qu'il y a des habitudes de travail, des discussions régulières entre les professionnels. Un établissement n'est pas seul dans la ville il constitue avec les autres un des acteurs d'une politique culturelle. Celle-ci n'est pas le résultat d'une succession de programmations (tel un mille-feuille) mais bien l'articulation de ces programmations entre elles. L'événementiel est un objectif parmi d'autres. Cela ne "s'impose" pas aux professionnels. C'est un temps fort qu'ils intègrent dans leurs projets. »

173 Entretien téléphonique avec Mme Véronique Noël le 11/03/2010.

174 Entretien téléphonique avec Mme Véronique Noël le 11/03/2010.

Ainsi, dans ces temps forts, la DAC joue un rôle renforcé de coordinatrice auprès des conservatrices afin d'assurer une programmation harmonisée, mais aussi de médiation pour garantir la diversité la plus complète.

2. Les conservatrices, scientifiques dans une « tour d'ivoire » ?

L'événement est donc une ouverture sur le travail permanent que fournissent les conservatrices au musée. Chaque musée de France, depuis la loi Musées de janvier 2002, se doit de respecter des règles. On pourra constater ci-après, que le grand rendez-vous possède un effet accélérateur et renforce ces missions.

(1) « Conserver, restaurer, étudier et enrichir les collections » 175

Selon Mme Chavanne, conserver et travailler sur les collections fait partie intégrante du métier de conservateur. Elle considère toutefois que c'est une tache quotidienne et que c'est au professionnel de savoir concilier son travail quotidien avec des travaux ponctuels. « Conserver pour conserver n'a pas de sens. Conserver, c'est donc tisser des liens avec hier, aujourd'hui et demain, avec tous ceux qui ont été ou seront des témoins ou des acteurs, non plus de simples visiteurs ». 176 Ainsi, par des expositions temporaires, on peut éviter l'écueil des musées qui consiste à conserver un « patrimoine mausolée » sacralisant le passé sans s'interroger sur le présent.177 Chacune des conservatrices n'a pas vu d'objections à monter une exposition sur une thématique événementielle, dans la mesure où elles ont réussi à le concilier avec les tâches permanentes du musée. Ainsi, lors de l'entretien téléphonique avec Mme Chavanne, elle m'expliquait que dès son entretien d'embauche (en 2000), il était question de préparer « Nancy 2005, le temps des Lumières » et une des questions qui lui avait été posée d'emblée consistait à savoir combien de temps elle souhaitait rester à Nancy. La préparation de « Nancy 2005, le temps des Lumières », ne lui empêchait pas outre l'intérêt porté aux collections permanentes, de monter six expositions par an et de se consacrer à des tâches plus administratives.

175 Article L.441-1, Livre IV, titre IV, Code du patrimoine.

176 Cf. S. Grange, « Le territoire du conservateur », Musées et collections publiques de France, n°221-222, décembre 1998-mars 1999, p.103.

177Cf. F.Thorel, « Patrimoine mausolée, patrimoine valeur refuge, patrimoine citoyen », Musées et collections publiques de France, n°221-222, décembre 1998-mars 1999, pp.105-106

Les événements ont eu également un effet accélérateur sur la restauration des collections, non seulement dans les musées mais aussi sur le patrimoine. Ainsi tous les espaces du XVIIIe siècle de la ville outre la Place Stanislas, les Places de la Carrière et Sainte Catherine, les églises Saint-Sébastien et Notre-Dame de Bonsecours et le salon carré de l'hôtel de ville ont été restaurés sous l'impulsion du Comité Patrimoine et Projets urbains. De même, toutes les collections XVIIIe du Musée des Beaux Arts ont été rénovées.

Par les moyens considérables qui sont engagés, il devient possible de mener des chantiers de grande ampleur, ainsi, Mme Thomas m'avouait que :

« En 1999 pour l'Année de l'Ecole de Nancy, j'ai essayé que le musée profite au maximum de cet évènement pour obtenir des budgets et des travaux qui étaient reportés depuis des années. »178 « Les collections permanentes ont cependant été rénovées par la pose de nouvelles tentures et l'amélioration de l'éclairage et de l'électricité. Deux opérations importantes ont été menées. L'une concerne la rénovation du jardin (...), la restauration de trois édifices situés dans ce jardin, l'aquarium classé monument historique, le monument funéraire de Mme Nathan et l'installation de la porte des ateliers Gallé.179 »

Ces événements sont donc aussi l'occasion d'étudier les collections qui sont à disposition, parfois oubliées dans les réserves ou mal connues parce que en mauvais état, avant d'emprunter à d'autres musées. Dans cette optique, par les moyens mis en place lors de « l'Année de l'Ecole de Nancy », la conservatrice du Musée de l'Ecole de Nancy affirme que l'opération a permis de multiplier une politique d'expositions temporaires mais aussi de renouveler l'exposition des collections permanentes. Depuis 1999, on distingue au Musée de l'Ecole de Nancy, deux types d'expositions :

- Les expositions dossiers qui sont constituées sur les fonds propres du

musée avec pour vocation d'apporter un éclairage nouveau sur un theme précis. Celles-ci ont une récurrence annuelle.

- Les expositions temporaires s'appuyant sur des prêts et collaborations

mais aussi sur les fonds propres. Celles-ci avaient été quelque peu laissées
à l'abandon depuis 1993. Le musée n'avait d'ailleurs bénéficié que de sept

178 Mme Valérie Thomas, conservatrice du MEN, mail du 12/03/2010

179 Cf. V. Thomas, op.cit, p.37.

expositions temporaires180 depuis son ouverture en 1964. Depuis 1999, deux expositions temporaires sont en moyenne présentées chaque année.

On voit dès lors qu'un tel événement peut impulser un nouvel an au sein de la vie d'un musée. Il est important que le musée ne se repose pas sur ses acquis laissant ainsi au visiteur l'image d'un musée poussiéreux du XIXe siècle. Au regard des publications établies lors des expositions temporaires des deux autres musées, on peut remarquer que cet élan avec un développement important en 1992 annonçant une croissance exponentielle et intense des expositions temporaires.181

Ainsi, par la même occasion, on peut procéder à l'inventaire ou au récolement. Ce qui constitue également un enrichissement pour les musées, puisque c'est une façon d'envisager l'exposition future des collections permanentes. Ainsi, Mme Thomas n'est « pas certaine que le MEN participera à l'opération Renaissance car nous avons d'autres priorités (Récolement qui est une obligation légale) qui ne rentrent pas dans ce cadre. »182Qui plus est, il est difficile, contrairement à 2005, de voir un héritage de la Renaissance dans l'Ecole de Nancy. Parallèlement, le Musée Lorrain numérise, dresse un inventaire systématique des collections qu'il restaure pour 2012 depuis 2005.183 La nécessité de concentrer toutes les énergies disponibles en un temps très court remet en cause l'habitude des modes de fonctionnement des musées. Tout le monde met l'énergie dans le même sens pour arriver à un résultat qui fait consensus. Ainsi, si les musées de Nancy coopèrent toujours - pour des sujets qu'ils peuvent avoir en commun-, que ce soit dans le cadre de grandes manifestations culturelles ou d'expositions de moins grande envergure.184 Une pérennité des relations inter muséales apparaît plus visible depuis « l'année de l'école de Nancy ». Ainsi en 2007, la ville de Nancy a proposé d'aborder la thématique du verre à l'occasion de l'exposition Luxembourg - Grande Région, capitale européenne de la culture avec des financements moins conséquents que pour 2005 ou

180 Cf. Annexe n°6.

181 Ce relevé n'est pas établi scientifiquement avec une grille d'étude. Il se fait par le relevé des années des catalogues d'expositions déposés à la Bibliothèque nationale de France. Malheureusement, ces deux musées répondent à la communication institutionnelle et ne disposent pas, à la différence du Musée de l'Ecole de Nancy, d'un site web consacré. Ainsi, on ne trouve pas d'archivage des expositions temporaires passées mais uniquement la programmation événementielle à venir.

182 Mme Valérie Thomas, mail du 12/03/2010

183 Eric Moinet dans F.Roze (dir.), Saint-Nicolas et les Lorrains, entre histoire et légende, Nancy, Musée Lorrain, 3 décembre 2005-27 février 2006, Metz, Editions Serpenoise, 2005, p.11

184Mme Roze, Conservatrice au Musée Lorrain, Mail du 26/03/2010.

1999. De même, avec le trio d'expositions sur Victor Prouvé en 2008. Comme le rappelle Mme Thomas : « cela se fait uniquement lorsque le sujet ou les collections des musées s'y prêtent, cela n'est pas fait systématiquement. ». Mme Noël mentionne toutefois que si ce n'est pas la déclinaison d'un sujet dans les trois musées sur une même période, les musées se concertent pour assurer une offre régulière d'expositions temporaires répartie sur l'année. D'ailleurs, cette collaboration régulière permet aussi de faciliter les prêts entre musées. Ce que mettait en exergue Mme Chavanne pour l'exposition « De l'esprit des villes » qui a fait l'objet de prêts nombreux du Musée Lorrain. En outre, de nouvelles réserves suite à la rénovation du Musée Lorrain185vont être communes à l'ensemble des six musées de l'agglomération nancéienne, ce qui peut leur permettre de coopérer plus facilement lors de prêts. La rénovation des bâtiments permettra l'ouverture de nouveaux espaces afin de devenir « le musée de tous les Lorrains » en répondant aux missions muséographiques contemporaines.

Par ailleurs, les musées ne restent pas figés, sans faire d'acquisitions. Le Musée Lorrain a pu acquérir le trésor national de Pouilly sur Meuse en vue de l'événement Renaissance. Le Musée des Beaux Arts a poursuivi une politique d'exposition de la production contemporaine dans l'espace permanent par le biais d'acquisition ou de dépôt du Fonds National d'Art Contemporain sans trahir les collections qui sont au musée.186 Le Musée de l'Ecole de Nancy bénéficie quant à lui de l'aide du Fonds Régional d'Acquisition des Musées de Lorraine.

(2) « Rendre les collections accessibles au public le plus large, concevoir et mettre en oeuvre des actions d'éducation et de diffusion visant à assurer l'égal accès de tous à la culture» 187

Le musée est un service public c'est à dire une activité exercée par une collectivité publique en vue de donner satisfaction à un besoin d'intérêt général. On peut penser comme Frédéric Thorel qu'« outre les oeuvres il y a le public ; le premier patrimoine à protéger est le patrimoine humain (...). L'action du musée peut contribuer à restaurer le

185 E. Moinet dans F.Roze (dir.), Saint-Nicolas et les Lorrains, entre histoire et légende, Nancy, Musée Lorrain, 3 décembre 2005-27 février 2006, Metz, Editions Serpenoise, 2005, p.11

186 Entretien téléphonique avec Mme B.Chavanne, le 14/04/2010.

187 Article L.441-1, Livre IV, titre IV, Code du patrimoine.

patrimoine humain, quelquefois ruiné, abîmé, dans nos quartiers ou ailleurs, en faire un public concerné par la sauvegarde d'un patrimoine à partager (
·
·
·.) ".188 Il s'agit en premier lieu du public local. Nous l'avons d'ores et déjà abordé en première partie de ce mémoire. L'élargissement des publics peut aussi se faire grâce au tourisme qui amène un public extérieur, qui ne fréquente pas forcément les musées qui l'entourent quotidiennement. Les musées se sont efforcés pour chaque événement de promouvoir les actions de médiation culturelle et d'adapter leurs discours à tous les types de publics. Les musées ont su s'associer aux projets associatifs d' « aventures partagées » dont le but était d'ancrer un projet mobilisant les acteurs institutionnels dans un quartier de la ville. Ainsi, les associations du Haut du Lièvre, avaient organisées une réalisation d'oeuvres contemporaines de l'exposition « Pour de vrai ". Les Musées des Beaux Arts et de l'Ecole de Nancy disposent, depuis 1999, d'un service éducatif commun. Celui-ci permet alors de sensibiliser les jeunes publics et les adolescents grâce à des visites et animations spécifiques qui leurs sont réservées. Ce service permet également d'accueillir de façon plus encadrée les groupes scolaires. Le service éducatif propose en amont des formations pour les enseignants et des fiches pédagogiques permettant d'anticiper ou prolonger la visite. Pour les publics en groupe, type associations, centres de loisirs, MJC..., ce service offre des thèmes de visite et des ateliers plus spécifiques. Il a mis en place des actions à destination des publics individuels lors des premiers dimanches du mois avec des visites animées pour les enfants. Les troisièmes dimanches du mois, les trois musées proposent des rendez-vous familiaux avec une visite ou une animation qui leur est consacrée. En outre, pour les enfants de quatre à douze ans, le service éducatif a mis en place des stages qui ont lieu les mercredis ou pendant les vacances scolaires. Si cette expérience a été initiée pendant un grand événement, elle remplit une des missions obligatoires du musée189 et reste de façon permanente au musée. Par ailleurs, le public étudiant peut, depuis 2006, disposer de la « Carte Jeunes Nancy Culture " permettant notamment de visiter, de manière illimitée, les musées de la ville après s'être acquitté du paiement de la carte190. Plusieurs

188 Cf. « Patrimoine mausolée, patrimoine valeur refuge, patrimoine citoyen ", Musées et collections publiques de France, n°221-222, décembre 1998-mars 1999, p.106.

189 « Chaque musée de France dispose d'un service ayant en charge les actions d'accueil du public, de diffusion, d'animation et de médiation culturelles. Le cas échéant, ce service peut être commun à plusieurs musées. " (Article L.442-7, Livre IV, titre IV, Code du patrimoine)

190 Le coüt de la carte est de 5€ pour les résidents d Nancy et la Communauté Urbaine, 10 € pour les autres étudiants (jusque 26 ans). Cette carte, toutefois , n'est pas spécifique aux musées, elle permet en outre, des réductions pour les activités culturelles de la ville et sa Communauté Urbaine.

pass Musées existent de façon permanente pour permettre ces actions d'accès égal à la culture, pour les publics adultes.191 En outre, au sein du Musée des Beaux Arts, la mission « nouveaux publics adultes », créée en 2001, a pour vocation d'accueillir les publics handicapés. Le musée a ainsi bénéficié en 2005 du label « Tourisme et handicap ». Certes, l'effet « d'égalité pour tous » n'agit pas uniquement lors des grands événements mais c'est un enjeu que l'on peut intégrer dans le montage de ceux-ci grâce aux moyens déployés. La mission de 2001 se devait d'atteindre l'objectif de 2005, pour qu'il soit beaucoup plus remarqué. Actuellement, ces effets sont prolongés. De même, le musée tente aujourd'hui de s'exporter à travers l'exposition de reproduction d'oeuvres sorties des réserves à destination des personnes hospitalisées au Centre Alexis Vautrin.192Au travers d'une manifestation événementielle, ce sont des missions permanentes et quotidiennes du musée qui sont développées. Par la visibilité que ces événements vont créer, il convient de les intégrer. Dans le projet de rénovation du Musée Lorrain, la création de nouveaux espaces permettra aussi de prendre en compte es problématiques muséales nouvelles.

On peut de manière générale, comme le suggère Noémie Drouguet, trouver que les chiffres de fréquentation apparaissent souvent comme le seul bilan et que seuls les retours dans la presse ou l'efficacité d'une campagne de promotion sont mesurés.193 En effet, « l'année de l'Ecole de Nancy » a connu une forte fréquentation dont témoignent les 380 000 visiteurs des trois expositions et les 75 000 visiteurs de celles présentées à Nancy et hors Nancy »194. En 2005, les 3 expositions ayant bénéficié du label d'intérêt national ont accueilli 103 266 visiteurs dont 32 921 entrées gratuites195. La fréquentation totale du Musée Lorrain sur l'année 2005 s'élève à 85 906 visiteurs contre 70 365 en 2004, celle du Musée des Beaux Arts s'est élevée à 121 147 entrées, contre 83 501 en 2004. 196 Et plus de mille visites de groupes en 2005 ont été enregistrées par l'office de tourisme en 2005 contre 711 l'année précédente197.

191 2 pass « 3 musées » existent : a) Les trois musées qui nous intéressent, la carte est à 8€ pour trois mois, b) Musée du Fer, Aquarium, Jardin Botanique avec une carte à 10€ pour trois mois. Il existe aussi une carte

« pass 6 musées » à 14€ pour trois mois.

192Etablissement hospitalier qui prend en charge le traitement des cancers.

193Cf. N.Drouguet, op.cit.

194 Cf. V. Thomas, op.cit. p.35.

195 « Nancy 2005, le temps des Lumières », le bilan, p .42.

196 Ibid, p.24.

197 Ibid. p.32.

La communication en amont a, il est certain, favorisé les hausses de fréquentations justifiant en 1999 le recrutement d'une chargée de communication au Musée de l'Ecole de Nancy et l'appel régulier du cabinet de relations presses Claudine Collin. La chargée de communication a permis au musée de se doter d'un site web indépendant, ne répondant à pas à une communication institutionnelle, même si son recensement est quand même fait sur les sites Internet de la ville et de l'office de tourisme. En outre, il existe désormais un blog du musée198, permettant de communiquer les actualités récentes du musée et les événements à venir d'une façon plus informelle, se voulant novatrice et donc proche d'un public maîtrisant les NTIC. Cette diffusion permet de renforcer un accès de tous à la culture. En 1999, « l'organisation de l'année de l'Ecole de Nancy a entraîné le recrutement de deux personnes supplémentaires (un régisseur des collections, une responsable du service culturel) et la mutation de deux fonctionnaires de la ville à la conservation.»199 Ce renfort permet ainsi de renforcer les services proposés et d'assurer leur qualité.

(3) « Contribuer aux progrès de la connaissance et de la recherche ainsi qu'à leur diffusion. »200

Il est important pour les musées de ne pas uniquement s'attacher aux collections anciennes ou s'appuyer sur les recherches déjà effectuées. Une politique d'exposition, même si elle s'inscrit dans une notion de temps différente de celle que se donne le musée, quant à la pérennité et à la conservation, n'a de sens que si la relation avec les oeuvres est sauvegardée et qu'elle contribue à leur déploiement et à des travaux scientifiques autour du thème choisi. Lors de ces grands rendez-vous, c'est l'occasion d'augmenter les connaissances sur un sujet donné (ce que Nathalie Heinich nomme la « fonction documentaire de l'exposition »)201. Les expositions temporaires sont aussi un moyen d'envisager un nouvel angle d'attaque. C'est par exemple la vocation que s'est donné le Musée de l'Ecole de Nancy en créant les expositions-dossiers. Les catalogues d'expositions apportent souvent lors de ces événements, la mention d'un apport

198 http://off.ecole-de-nancy.com/web/

199 Cf. V. Thomas, op.cit, p.37.

200 Article L.441-1, Livre IV, titre IV, Code du patrimoine.

201 Article « exposition » in Encyclopedia Universaelis.

documentaire conséquent, ce dont témoigne la conservatrice du Musée des Beaux Arts: « 1999 aura été une année faste pour le Musée des Beaux Arts, après sa réouverture en février dernier, et le succès remporté par l'année de l'Ecole de Nancy, (...) un programme particulièrement fertile en découvertes ».202 Précédemment, nous avons remarqué que les catalogues d'exposition donnent lieu également à des contributions documentaires plus ou moins nombreuses, universitaires ou de l'Inventaire Général du Patrimoine mais aussi estudiantines. « (...) De nombreux fonds, des revues ont été dépouillés à cette occasion par des étudiants de l'université de Nancy II »203. Ainsi, une thèse était en cours (de Mlle Blandine Otter204) en 1999 à Nancy II, on peut supposer qu'elle a contribué à l'avancée des recherches. Il appartient aussi aux conservateurs de ne pas proposer des manifestations « fast-food »205, offrant un condensé réducteur d'informations. Par leurs recherches, opérées pendant la création de l'exposition, les conservateurs contribuent également aux progrès de la connaissance. Une exposition est anticipée et n'avance pas un propos sans sources. D'où, l'intervention parfois de conservateurs spécialisés qui viennent soutenir un propos. Ainsi, si les trois expositions de 2005 : « Stanislas, un roi de Pologne en Lorraine » au musée Lorrain, « De l'esprit des villes. Nancy et l'Europe au siècle des Lumières » au Musée des Beaux-arts et « La lumière au siècle des Lumières et aujourd'hui » aux Galeries Poirel ont reçu le label d'intérêt national, c'est d'une part pour les actions de médiation culturelle et l'ouverture à un large public, mais c'est aussi un gage de qualité scientifique reconnu par le Ministère de la Culture et de la Communication.

Même si les grands rendez-vous apportent des flux touristiques conséquents et non négligeables, le tourisme se doit de respecter de manière responsable le musée. Les musées par le biais des conservatrices doivent rester éthiquement des lieux de savoir, d'éducation et d'intégration sociale sachant manier qualité et adaptation du service afin d'éviter de devenir des lieux de divertissement. Le risque pour les musées est de devenir des produits de marketing perdant ainsi toute pertinence et toute crédibilité. Au regard de l'évolution des contextes et des nouveaux enjeux muséologiques, il s'agit de redéfinir les priorités sans que les différents contextes n'affectent sa structure. Quant à un éventuel risque d'ingérence

202 Cf. B.Salmon dans C.Destrez, B. Salmon, Jacques Majorelle, rétrospective, Musée des Beaux Arts de Nancy, 1er décembre 1999-31 janvier 2000, Paris, RMN, 1999, p.8.

203 Cf. V. Thomas, op.cit, p.36

204 Elle travaille depuis au service de documentation du Musée de l'Ecole de Nancy.

205 Cf. C.Menz, « Contrat de prestation, marketing, controlling. Au joyeux monde des nouveaux musées. », p.95.

des élus, les conservateurs doivent travailler avec les élus, puisqu'ils en dépendent et qu'ils ont la responsabilité du fonctionnement des musées. Mais doivent-ils préférer un désintérêt des élus à l'égard du musée, qui bien souvent s'accompagne d'un manque de moyens ou doivent-ils se réjouir de leur intérêt ? 206 Comme Sylvie Grange l'indique : « les élus sont l'émanation de la démocratie nous [les conservateurs] en dépendons. Leur rôle consiste à décider, soit qu'ils nous aient demandé de mettre en oeuvre tel ou tel objectif, soit que nous leur en ayons fait la proposition.207 Même si les élus n'ont pas la légitimité scientifique et la liberté intellectuelle du contenu, ils sont les initiateurs du projet. Quoiqu'un sujet d'exposition et son angle d'attaque puissent ne pas être neutres non plus. Les institutions étatiques hiérarchiques (le conseiller musée à la DRAC ou l'Inspection des Musées de France) demeurent garantes de la légitimité, les conservateurs peuvent éventuellement attirer leur attention pour avoir plus de crédit face aux élus.208 L'intérêt de participer à la manifestation est puissant parce que celle-ci apporte visibilité et fréquentation pour le musée, il est presque impossible de refuser une telle opportunité puisque ces musées dépendent de la collectivité. Même si des blocages sont possibles, des intérêts divergents peuvent parfois transcender parce que l'événement laisse une place spécifique à chaque institution dans la programmation.209

Les points de vue des conservatrices de Nancy demeurent assez mitigés. Mme Roze invoque son devoir de réserve lorsqu'on lui demande quelles sont ses méthodes de travail avec la municipalité et si elle a l'impression de conforter un gout convenu. Mme Chavanne y voit un aspect positif pour le musée et avoue, en tant que fonctionnaire municipale, ne pas revendiquer une éventuelle contrainte puisque le fonctionnement des musées se fait sur les crédits publics. Elle trouve également le projet fédérateur puisqu'il amène à la fois un projet et les moyens « d'autant qu'il est assez rare que les villes se préoccupent de la culture, donc lorsqu'elles le font il faut profiter de l'opportunité. ».Tandis que Mme Thomas porte un jugement atténué. Pour elle :

206 Cf. F. Poulard, op.cit, p.200.

207 S. Grange, « Le territoire du conservateur », Musées et collections publiques de France, n°221-222, décembre 1998-mars 1999, p.104.

208 Cf. F .Poulard, op.cit, p.228

209 Cf. V. Appel, C. Bando, H .Boulanger, G. Crenne, V. Croisant , B. Toullec, La mise en culture des territoires, Nouvelles formes de culture événementielle et initiatives des collectivités locales, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 2008

« Tous les problèmes et dysfonctionnements du musée de l'Ecole de Nancy n'ont pas été réglés pour 1999. La ville de Nancy et les autres partenaires ont cependant trop tendance à considérer que le musée a beaucoup profité de l'année de l'Ecole de Nancy. Il est pourtant difficile de conserver aujourd'hui l'impact de cette opération, la fréquentation du musée a été en hausse depuis 2000 mais connaît depuis, une légère baisse. La confusion se fait facilement entre l'investissement important consenti pour l'année de l'Ecole de Nancy et celui proportionnellement plus modeste pour le musée de l'école de Nancy. (...) L'année de l'Ecole de Nancy fut un moment exceptionnel dans la vie et l'histoire du musée de l'école de Nancy. Mais il est très difficile de conserver sur le long terme, le rythme et l'impulsion donnés par l'année de l'Ecole de Nancy, d'où parfois le regret de ne pas avoir eu le choix d'un investissement régulier pour le musée et d'une réflexion plus globale sur le patrimoine Art nouveau à Nancy. »210

Ce qui nous laisse croire que « la tentation du court terme reste forte, avec le lancement d'opérations visibles rapidement et susceptibles de faire venir des visiteurs. »211

210 Cf. V. Thomas, op.cit, p.37.

211 Cf. C. Barçon, « Stratégies touristiques des villes, un délicat équilibre à trouver » dans Cahiers Espaces, n°78, juillet 2003, p. 56.

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