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La culture, opportunité politique, économique, touristique et sociale au profit des villes ? exemple de la ville de Nancy et ses grands rendez-vous

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par Mathilde Jannot
Université de la Sorbonne nouvelle- Paris III - Master 1 2010
  

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Conclusion

On a tenté de montrer, au travers de l'exemple de Nancy, dans quelle mesure la culture peut jouer un rôle au sein d'une politique globale.

Socialement, le rendez-vous présente un intérêt, il permet un accès du plus grand nombre à la culture et aux événements qui lui sont rattachés, se voulant ainsi comme un temps festif, de rencontres, de « croisements » autour d'un patrimoine en commun. Patrimoine, possédant une vertu fédératrice voire identitaire renforçant ainsi le sentiment d'appartenance à la ville. Les habitants de Nancy et de sa Communauté Urbaine pouvant alors partager des référents communs. Les musées et le patrimoine, plus généralement la culture, semblent devenir l'apanage des collectivités territoriales et notamment des villes. Gérer une ville ne se réduit manifestement plus à la régie d'actes techniques. « Garantir la cohésion sociale, fédérer les talents, mettre en présence des sensibilités, des générations, bref faire en sorte que les gens se reconnaissent dans leur ville, aient envie de se l'approprier, de la découvrir (...) »212semble désormais être aussi une des fonctions que la ville doit remplir. Les trois musées de Nancy qui nous intéressent entendent jouer un rôle moteur dans la vie culturelle tant au quotidien que poussés par des temps forts. Ils permettent à chacun de découvrir et s'approprier leurs collections en restant des lieux de partage des connaissances et du patrimoine, contribuant ainsi à l'enrichissement personnel. Les musées, à travers ces grands événements entendent opter pour une réflexion sur l'avenir, ne se contentant pas de s'appuyer sur un patrimoine glorieux. Ils rendent possible

212 André Rossinot dans N. Descendre, Le Bottin des Lumières, p.8-9.

le dialogue de leurs collections avec la création contemporaine. Emanant d'une volonté politique, les grands rendez-vous, en condensant les possibilités culturelles stimulent une offre constante. Cependant, il faut veiller à ne pas uniquement stimuler l'offre pour accroître la demande au risque de diluer l'intérêt des publics. Il faut veiller à proposer en continu une « irrigation culturelle » du territoire avec des propositions variées en restant ouvert à ce que souhaitent les habitants locaux.

Pour autant, « (...) 87% des personnes interrogées souhaitent que ce type d'événements soit renouvelé à l'avenir (
·
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·) »213. Cela signifie que l'opération est correctement articulée et que les investissements financiers ne sont pas futiles. Les énergies des organisateurs du projet sont communes pour un même projet, les administrateurs institutionnels s'appuyant sur un large réseau de partenaires qui prolongent intellectuellement les enjeux financiers engagés pour proposer une offre fiable et de qualité. Le projet se doit d'être une réussite intellectuelle et culturelle, il doit aussi être une réussite touristique - par la fréquentation qu'il engendre - et économique avec des retombées, de préférence positives. Cependant, il ne pourrait pas être qu'une réussite touristique et économique. Si « pendant longtemps, on a considéré que mêler les problèmes d'argent aux problèmes de culture constituait une sorte de non-sens, quasiment une incongruité. Certains conservent d'ailleurs toujours l'arrière-pensée qu'il ne faudrait pas parler d'argent quand on parle de culture. Mais nous savons bien que tout doit se mesurer, et que l'argent constitue l'un de ces moyens de mesure (même si ce n'est évidemment pas le seul). S'il ne faut pas trop parler d'argent, il faut toujours parler d'efficacité, car il est inadmissible de ne pas être efficace dans quelque domaine que ce soit où on utilise de l'argent, qu'il soit public ou privé. »214. Cette efficacité se mesure également avec les retombées plus immatérielles telle la présence médiatique, l'attractivité engendrée et aussi la pérennité intellectuelle et physique qu'il va léguer à la postérité. Actes, publications participent à cette dernière, les rénovations apportées aux bâtiments et aux objets paraissent être engagées pour plusieurs générations, de même que les projets intellectuels qui sont le fruit de ces événements.

213 Cf. Etude IFOP, op.cit, p.17.

214Intervention de R .Mézin dans M.Gabillard, R.Mezin, F. Thorel, « Culture et gestion, le point de vue des élus locaux », P.42

Enfin, s'il nous semblait de prime abord qu'il puisse y avoir une certaine instrumentalisation de la culture, dès lors que notre regard est extérieur. Il apparaît en fait que l'événement soit profitable aux musées dans tous les sens du terme et que tous les professionnels de la culture soient plutôt satisfaits que leurs services puissent être mis à profit lors d'événements d'une telle ampleur. « C'est un travail concerté, le professionnel a besoin du politique pour le budget, l'élu a besoin du professionnel pour l'approche scientifique ».215 L'événement est conçu en amont, il n'est là que parce qu'il s'appuie sur un patrimoine existant pour illustrer son propos et s'articule comme un temps fort par rapport aux programmations que proposent les musées aux publics. La difficulté consiste toutefois à éviter que les investissements conséquents qui sont déployés pour les manifestations événementielles ne soient pas mieux répartis au fil des ans afin d'être disponible de façon pérenne.

Néanmoins, les événements sont bénéfiques aux musées à plus d'un titre. Ils donnent lieu à une fréquentation plus importante et diversifiée en matière de publics grâce aux moyens qui sont déployés proposant ainsi une communication opérationnelle. Ces rendez-vous permettent aux musées de remplir leurs missions de façon accélérée, parce que tous les professionnels oeuvrent dans le même sens. Les moyens étant mutualisés, il devient plus simple de collaborer. L'étude des collections se voit renforcée grâce à leurs restaurations. S'adapter aux nouveaux enjeux sociétaux est un des défis actuels des musées notamment en s'articulant à l'économie, en veillant toutefois à conserver leur intégrité.

On peut se demander à une échelle plus importante, si l'événementiel n'est pas une solution par défaut pour les collectivités suscitée par la fugacité des mandats et la difficulté de reconduire les actions culturelles d'une politique opposée. D'où la nécessité parallèle d'un travail continu d'inscription territoriale de la culture et de mobilisation des acteurs pour éviter leur instrumentalisation.

On constate, spécifiquement pour Nancy, que les trois grands événements ont coïncidé avec la rénovation des trois grands musées. On pourrait s'interroger, dans un autre cadre, sur le jardin botanique, l'aquarium et le musée du fer. Seraient-ils susceptibles d'être aussi porteurs de manifestations telles que « l'Année de l'Ecole de Nancy » et « Le temps des Lumières » l'ont été ? Ce sur quoi un opposant de la majorité ironisait en disant que

215 Entretien téléphonique avec Mme Véronique Noël le 11/03/2010.

Nancy ne pouvait pas en permanence faire des grands événements en « remontant jusqu'aux temps préhistoriques », signifiant ainsi l'épuisement des possibilités patrimoniales comme un des risques pour la ville et sa Communauté Urbaine. On peut lui rétorquer qu'il existe différents angles d'approches d'une thématique muséale et patrimoniale et que souvent, au fil du temps, on revoit ses positions. De même, les investissements consentis en 1999 pour le Musée de l'Ecole de Nancy et le Musée des Beaux Arts, en 2005 pour les collections du Musée des Beaux Arts et le patrimoine XVIIIe de la ville ou pour le Musée Lorrain, ne répondront peut être plus, d'ici peu, aux problématiques sociétales actuelles et qu'il serait alors de bon temps de revoir ces jugements.

En outre, il serait également intéressant de s'interroger sur l'essence festive impulsée pour ces événements. N'existe-t-il pas d'autres moyens de faire venir les gens au musée ? Plus généralement, on se demanderait alors quel sera le futur de l'événementiel et si l'on peut opter pour une voie médiane, entre expositions temporaires et collections permanentes.

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