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Apéritif et sociabilité. Etude de la consommation ritualisée et traditionnelle de l'alcool

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par Anaàs Gayot
Université d'Aix-en-Provence - Master 1 d'anthropologie sociale et culturelle 2007
  

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II - Une documentation spécifique à l'apéritif

Les sciences humaines et sociales proposent une documentations diversifiées sur les questions du boire. Excepté l'article de René Clarisse75(*) et le rapport de presse conduit par Jean-Pierre Poulain76(*), seulement quelques lignes, parfois un paragraphe, sont consacrés au sujet précis de l'apéritif. Il est alors souvent cité en exemple venant alimenter les arguments d'une alcoolisation en dehors ou intégrant le repas77(*). Dans les textes anciens, sa valeur est tantôt positive par son rôle médical, tantôt négative quand on s'y réfère pour dénoncer les ravages de l'alcool. Les récits, plus récents, lui confèrent une dénomination assez positive liée à la famille, aux amis et à la sociabilité. Je vais distinguer, dans ce chapitre, deux types de documentations. Une documentation descriptive à valeur ethnographique et les sources analytiques.

A - Les descriptions des spécialités apéritives : une source ethnographique

Les sources ethnographiques sont abondantes. On les retrouve plus précisément dans des livres cherchant à revaloriser un patrimoine culturel à travers des recettes "retrouvées"78(*). On les retrouve également dans des guides alimentaires ou dans des dictionnaires spécialisés dans l'alimentation et la gastronomie. Des ouvrages anthropologiques sont aussi des sources descriptives essentielles.

La France, multiculturelle quant au choix de ces breuvages apéritifs ou non, offre une diversité de boissons. On les apprécie selon des préférences régionales liées à l'agriculture _ et donc au sols producteurs _ ou aux lieux de production de l'alcool. Les exemples du champagne à Reims, du pastis à Marseille, ou encore du vermouth à Chambéry, nous prouvent qu'"avant de passer à table, la France, se montre - une fois de plus - multiple"79(*). Chaque région de France honore de manière traditionnelle et singulièrement une ou des boisson(s) apéritive(s). Quelles sont-elles ? Pourquoi de telles préférences ? En quoi sont-elles révélatrices d'un sentiment identitaire ?

a - Les livres de recettes

L'effervescence des manuels de recettes apéritives confirment que "le rituel de l'apéritif", est une pratique courante en France. L'expression "rituel de l'apéritif" s'est d'ailleurs vulgarisée par l'intermédiaire de ces ouvrages.

La mode des réceptions apéritives appartient à la sphère privée et donne la possibilité de proposer une multitude de boissons et de "mises en bouche". Le raffinement se doit d'être pensé. Vins Apéritifs Maison de Marie-Françoise Delargière et Chantal James80(*), ou encore L'heure de l'apéritif de Georgeanne Brennan81(*), proposent des compositions de boissons. Elles suggèrent également des astuces pour que la réunion apéritive soit originale et prenne des allures de fête. Bougies, napperons, verres et bouteilles décorés sont suggérés. Dans Vins Apéritifs Maison, on préfère nommer les apéritifs "vin maison", "vin parfumé", "élixir de convivialité", "bonheur à savourer" ou encore "saveurs à déguster"82(*). Ces ouvrages prennent des formes de manuel de savoir-vivre notamment quand Marie-Françoise Delargière et Chantal James suggèrent aux lecteurs : "Si vous voulez honorer la personne la plus âgée d'un repas de famille, réservez-lui le plus beau verre de votre collection"83(*).

Devant le regard obscur des ouvrages de "société", la documentation gastronomique donne un autre regard sur les pratiques ritualisées et traditionnelles de la consommation d'alcool. Elle propose un éventail de recettes, des recettes de cocktails et d'apéritifs, des diversités locales, des conseilles de mariage entre plats et boissons. Elle incite au boire, sous-entendant le "bien-boire" et le rôle majeur de la dégustation des saveurs. On ne parle pas d'"alcoolisation" mais de convivialité et de goût. En effet, l'objectif de ces guides cherche à transmettre l'art de la convivialité et de la réception à travers les plaisirs du palais. L'objectif est aussi de permettre de retrouver un savoir-faire perdu. À l'inverse des manuels de savoir-vivre, le concept de gloutonnerie ou de modération ne sont jamais invoqués. Ils ne font pas l'objet du contenu de ces volumes, qui sont surtout des appels à la détente.

* 75 _ CLARISSE, René. 1986. « L'apéritif : un rituel social », Cahiers internationaux de Sociologie, vol. LXXX, p. 53-61.

* 76 _ POULAIN, Jean-Pierre. 2005. Op. Cit.

* 77 _ Nous explorerons cet aspect dans la dernière partie.

* 78 _ voir l'ouvrage FABIANI, Gilbert. 2002. Élixirs et boissons retrouvés. Barbentane : Équinoxe.

* 79 _ GIRARD Sylvie, MEURVILLE Élysabeth de. 1990. L'atlas de la France gourmande, sous la direction de Jean Sellier. Paris : Jean Pierre de Monza, p. 24.

* 80 _ DELARGIERE, Marie-Françoise, JAMES Chantal. 2002. Vins Apéritifs Maison. Aix-en-Provence : Édisud.

* 81 _ BRENNAN, Georgeanne. 1997. L'heure de l'apéritif. Traduit de l'anglais et adapté par Valérie Julia. Paris : Flammarion.

* 82 _ DELARGIERE, Marie-Françoise, JAMES Chantal. 2002. Op. Cit., p. 2.

* 83 _ DELARGIERE, Marie-Françoise, JAMES Chantal. 2002. Ibid., p. 6.

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