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Apéritif et sociabilité. Etude de la consommation ritualisée et traditionnelle de l'alcool

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par Anaàs Gayot
Université d'Aix-en-Provence - Master 1 d'anthropologie sociale et culturelle 2007
  

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b - La tendance des "apéros" au foyer

Contrairement à toutes mes données, l'unique document faisant référence à l'apéritif à domicile est celui de Jean-Pierre Poulain. En effet, ce sociologue, spécialiste de l'alimentation s'intéresse au phénomène d'"alimentarisation" de l'apéritif, donnant parfois lieu à une "culinarisation". Par conséquent, le chercheur s'intéressera davantage aux apéritifs découlant des invitations à domicile. Ceux-ci mettent en évidence l'importance des mets préparés à cet effet et les manières de recevoir.

Bien que ma recherche bibliographique se réfère quasiment exclusivement aux lieux publics, Jean-Pierre Poulain précise que contrairement à l'augmentation de la restauration hors foyer, l'apéritif tend de plus en plus à se prendre chez soi. Il ajoute que le nombre de cafés est passé de 79 000 en 1983 à 50 740 en 2000. Devant cette baisse, le sociologue met en parallèle, ce qu'il nomme, la "privatisation" de l'apéritif. Elle est mise en lien avec l'augmentation des invitations à domicile. Ce déplacement de l'extérieur vers l'intérieur des foyers s'exprimerait, d'abord tout doucement, à partir de la fin de la seconde Guerre Mondiale et se serait largement amplifié aujourd'hui.

On reconstitue alors l'espace public dans l'espace privé. L'apéritif, que l'on prenait sur la table haute de la salle à manger ou de la cuisine, se prend dans un salon muni de canapés, de fauteuils et d'une table basse. La télévision aurait-elle un lien avec cette mutation ? L'aspect confortable alliant intimité et liberté de créer sa propre ambiance sans contraintes, serait-il la cause de ce dynamisme ? Cette "privatisation", ajoute-t-il, s'inscrit dans la tendance du "nesting" vu comme l'évolution du "cocooning" des années quatre-vingt. "Le cocooning s'apparente à un phénomène de repli sur soi et de recentrage sur la maison (...). Par contre le nesting du début des années 2000, désigne un retour des individus vers une maison moins cloisonnée, (...) plus ouverte sur la famille et les amis"140(*). L'espace privé est ici mis en avant. Il concerne avant tout des invitations familiales ou entre intimes, puisque faire entrer quelqu'un dans son intérieur c'est lui dévoiler une partie de soi. Aussi, préfère-t-on prendre l'apéritif dans des cafés comme premier rendez-vous car il demande moins d'implication, renchérit le sociologue.

Face au conformisme grandissant et aux lois sur l'alcoolisation de plus en plus stricte, il est fort possible que la tendance des pratiques privées s'accentue. Dans cette même lignée, les actions du type "repas de quartier" ou "apéritifs de quartier" sont des initiatives venant contrebalancer cette tendance, afin de relancer la sociabilité.

On réalise l'impact de l'espace temps sur le comportement et les envies de chacun. Ainsi, le confirme Dominique Picard : "dans la mise en scène de la convivialité, l'espace et le temps ne sont pas de simples décors, mais des éléments qui participent à la définition des situations."141(*) L'alcoolisation nécessite d'un espace et d'un temps précis, conjugués par la société pour exister en toute légitimité. L'apéritif, par la stabilité de ses horaires et de ses espaces, est une expression évidente de cette nécessité sociale. De plus, il peut s'exprimer de diverses manières, ce qui amplifie l'engouement occasionné et la persévérance de la pratique. Pour être socialement accepté comme un acte traditionnel et donc respecté par tous, il doit répondre à des conditions enracinées dans le temps.

* 140 _ POULAIN, Jean-Pierre. 2005. Op. Cit., p. 9.

* 141 _ PICARD, Dominique. 2003. Op. Cit., p.39.

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