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Apéritif et sociabilité. Etude de la consommation ritualisée et traditionnelle de l'alcool

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par Anaàs Gayot
Université d'Aix-en-Provence - Master 1 d'anthropologie sociale et culturelle 2007
  

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c- Le savoir-recevoir

De manière générale, l'importance réside dans la manière de recevoir ces invités par l'intermédiaire de la qualité des boissons et de la manière de les servir. Porto, Whisky, Cinzano, Raphaël, Vermouth, Byrrh, Pernod sont les apéritifs traditionnels. On peut aussi servir du champagne dans des coupes ou des flûtes qui conservent plus longtemps au vin son pétillement. Les jus de fruits ne sont pas omis et l'on précise qu'ils doivent se servir dans des grands verres. Les liqueurs et les vins chauds se servent dans des petits verres. Le punch ou la sangria, "boissons exotiques", rajoute Sabine Denuelle, peuvent être prévu dans des verres à vins. Une fois les préparatifs ajustés, les boissons sont toujours servies soigneusement par le maître de maison161(*). Ce dernier donne le signal pour boire en levant son verre à la santé de ses hôtes162(*). On peut considérer le toast comme le top départ à la consommation d'alcool, qui, précise Carmen Bernand, ennoblit de façon formel le geste du boire. L'anthropologue décrit le toast comme "une forme de dédicace de la boisson effectuée par un homme". On doit suivre des gestes précis : le verre doit être rempli, on lève son verre, la posture du corps est cambrée, on prononce une allocution et enfin on boit ou on fait semblant. D'après les manuels français de savoir-vivre, il est préférable de porter le toast avec du vin.

Ces règles de savoir-vivre, sous-entendant le respect des règles des manières de recevoir et d'être reçu, sont plus ou moins respectées selon le milieu dans lequel on est convié. Chaque étape est codifiée : "la manière de lancer les invitations, le choix du menu, la façon de dresser la table, d'accueillir les invités, de les placer et même de les pousser gentiment dehors s'ils s'incrustent". Comme le souligne Dominique Picard, "cet « art de recevoir » a son corollaire en « l'art d'être reçu ». Car l'invité n'est pas passif et le couple que forment l'hôte et l'invité illustre bien la complémentarité des rôles dans le savoir-vivre."163(*). Bien que l'apéritif demande moins d'obligeance qu'un dîner, le savoir-boire est une qualité requise quelque soit le milieu.

d- Les enjeux du savoir-boire

La question du savoir-vivre, et plus précisément celle du savoir-boire, se mêle aux questions délicates du plaisir et de l'enjeu moral qu'il induit. Claude Fischler explique que "le choix des aliments et le comportement du mangeur sont inévitablement soumis à des normes religieuses, médicales, sociales, et donc sanctionnés par des jugements"164(*). Comme le sucre ou la viande, l'alcool est marqué par l'ambivalence car ils sont associés au plaisir et à des usages sociaux fondés sur le don, le partage et à des circonstances festives. C'est pourquoi, la consommation solitaire de ces produits est réprouvée et même culpabilisée, continue Claude Fischler. Par conséquent, seul l'usage convivial et sociable des sucreries comme de l'alcool est légitime. Dans cette même perspective, le glouton comme l'ivrogne sont perçus comme des transgresseurs. Ils ne répondent pas à la règle du partage "qui est la substance même du lien social"165(*). Ils menacent la sociabilité élémentaire dans la mesure où ils accaparent et dévorent. La nécessité de festoyer et de trinquer joue donc son rôle dans la représentation du savoir-vivre, garant du lien social.

Offrir de l'alcool reste en France le modèle le plus répandu de comportements socialisants, à condition qu'il réponde aux normes dictées par la société.

Comme toutes pratiques sociales et culturelles, l'apéritif répond à des règles communes. L'écoute et la régularité de ces normes font de l'apéritif une pratique fortement codifiée. C'est justement parce qu'elle est codifiée et répétitive que des manuels emploient à tort, ou naïvement, le mot "rite" ou "rituel" pour qualifier cette coutume. Toute habitude n'est pas rituelle. Les normes actuelles de l'habitude française de prendre un apéritif seraient nées dans l'Algérie coloniale. Les soldats, nous dit Carmen Bernand166(*), prirent l'habitude d'ajouter de l'eau à l'absinthe. L'alimentation au moment de l'apéritif, nous dit Jean-Pierre Poulain167(*), est quelque chose de récent, il daterait des années 1960. Avant, l'apéritif n'était qu'une prise liquide. On constate que les normes de l'apéritif sont constamment en mouvement. C'est pourquoi il pourrait être intéressant de travailler sur les nouvelles normes de l'apéritif. La documentation a, effectivement, donné des informations intéressantes surtout concernant les périodes du XIXe et XXe siècle mais trop peu au XXIe siècle.

* 161 _ Marie France Lecherbonnier, 1996. Guide de savoir-vivre. Paris : Librairie générale française. Cité par Carmen Bernand. 2000. Op. Cit., p. 79.

* 162 _ BERNAGE, Berthe. 1962. Op. Cit., p. 37.

* 163 _ PICARD, Dominique. 2003. Op. Cit., p. 37.

* 164 _ FISCHLER, Claude. 2001. Op. Cit., p. 275.

* 165 _ FISCHLER, Claude. 2001. Op. Cit., p. 344.

* 166 _ BERNAND Carmen (dir.). 2000. « Boissons, ivresses et transitions ». In C. Bernand (dir.) : Désirs d'ivresse : alcool, rites et dérive. Paris : Autrement, p. 41.

* 167 _ POULAIN Jean-Pierre. 2005. Op. Cit., p. 36.

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