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Apéritif et sociabilité. Etude de la consommation ritualisée et traditionnelle de l'alcool

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par Anaàs Gayot
Université d'Aix-en-Provence - Master 1 d'anthropologie sociale et culturelle 2007
  

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b- Le déterminisme des sciences biologiques

L'alcoologie est, par définition, une discipline médicale traitant l'alcoolisme et sa prévention. En France, elle ne fut que tardivement étudiée par les sciences sociales, contrairement aux États-Unis. Les sciences humaines et sociales, nous explique l'anthropologue Lionel Obadia176(*), ont alors du trouver leur place dans les "prédéterminations" des sciences biologiques.

Comme Lionel Obadia le fait, Claudine Fabre-Vassas, dans un article de 1989177(*), expose clairement le piège dans lequel se confine l'analyse des pratiques d'alcoolisation. L'influence des sciences de la vie, qui évaluent précisément les effets d'une absorption, heurte la réflexion anthropologique. Depuis le XIXe siècle le concept d'alcoolisme est tellement imprégné dans les pays industriels qu'il est difficile pour les sciences sociales d'en faire abstraction. Aussi, nous dit Claudine Fabre-Vassas, la notion d'"anomie" fut très souvent employé et avec elle le constat de conduites de désordre et asociales liées à l'alcool. Ne plus suivre les codes et les normes de la société provoque l'exclusion du buveur.

c- Le recours à l'analyse des comportements

Pour recentrer la recherche anthropologique, de manière objective, extirpée du travail des biologistes, Mary Douglas, citée par Claudine Fabre-Vassas, opte pour l'analyse des comportements, au travers la boisson consommée du groupe. Des questions relatives au rituel, à la place cérémonielle due au partage et à l'échange symbolique, au rôle de la boisson dans les relations sociales, pourront voir le jour. L'ébriété comme la pathologie, pourront être examinées de nouveau, sous un angle différent.

L'étude de l'apéritif en tant que moment de sociabilité entre dans ce champ. Et, si parfois aller "boire l'apéritif" s'accompagne d'abus d'alcool, l'ivresse reste collective s'inscrivant alors dans un principe d'organisation et de valeur. Notons que les dictionnaires définissent l'apéritif comme une boisson alcoolisée consommée avant le repas et par extension comme un moment de la journée. Aucune allusion au fléau alcoolique ou à l'ivresse n'est décrite. Au contraire, on parle de "fraîcheur" dans l'apéritif du matin et de "puissance de pensée" et de "sagesse" dans l'apéritif du soir178(*). On porte l'accent sur la composition des apéritifs, leurs vertus et leurs goûts particuliers et divers. La littérature romanesque, quant à elle, rectifie cette vision. Elle fait amplement allusion aux dérives et excès causés par les pauses apéritives, largement décrit dans Le populaire à table : Le Boire et le Manger au XIXe et XXe siècles179(*). Des professeurs d'universités reprennent et analysent les descriptions du boire et du manger des personnages de la littérature et des films populaires. Une distinction très nette se fait entre l'alcoolisme et la gloutonnerie, la mesure et la dégustation.

Bien que l'apéritif ne désigne pas systématiquement l'ivresse, et suggère au contraire la tempérance et la bienséance, nous ne pouvons délaisser cette question qui fait l'objet d'une conséquente bibliographie.

* 176 _ OBADIA, Lionel. 2006. Op. Cit.

* 177 _ FABRE-VASSA, Claudine. 1989. « La boisson des ethnologues », Terrain, n°13, (Boire).

* 178 _ Léon Paul Fargue, "A la terrasse", dans le Figaro, 8 août 1939. Cité par DREY, Alain (dir.). 2005. Dictionnaire culturelle en langue française. Paris : Dictionnaire Le Robert, p. 394.

* 179 _ PIAROTAS, Mireille (études réunies par), CHARRETON, Pierre (études présentées par). 2005. Le populaire à table : Le Boire et le Manger au XIXe et XXe siècles. Saint-Étienne : Publications de l'Université de Saint-Étienne, C.I.E.R.E.C., travaux 119. (littérature populaire).

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