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Apéritif et sociabilité. Etude de la consommation ritualisée et traditionnelle de l'alcool

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par Anaàs Gayot
Université d'Aix-en-Provence - Master 1 d'anthropologie sociale et culturelle 2007
  

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B - La question de l'ivresse

L'apéritif désigne la boisson alcoolisée et le moment durant lequel on le boit. Cette double attribution ne le confine pas dans un carcan exclusivement lié à l'alcool, puisqu'on peut participer à un apéritif sans s'alcooliser. Mais la règle veut que des boissons alcoolisées soient proposées (sinon on parle plutôt de thé, de goûter, de "casse-croûte" etc.). Par sa dénomination première, elle implique la consommation d'alcools "doux", "sucrés", "amers", "liquoreux", ou d'alcools forts. Par conséquent l'apéritif s'accompagne toujours d'ivresse, ne fusse-t-elle légère.

a- Ivresse et socialisation

Véronique Nahoum-Grappe180(*) élabore une réflexion à ce sujet. Par le biais de l'histoire et l'anthropologie du boire elle démontre que l'imaginaire social du buveur et la perception actuelle est le résultat d'une longue construction historique. L'acte de boire est alors un geste banal qui regorge de valeurs positives liées à son passé. L'ivresse occasionnée fait elle-même partie de ce passé. Comme l'une des conséquences du boire, elle est une évidence, une banalité à l'intérieur d'une même culture. L'auteur la nomme alors : La culture de l'ivresse, puisqu'elle constitue une norme. Elle se référencie à Mary Douglas qui précise que "l'ébriété exprime aussi une culture, dans la mesure où elle prend toujours la forme de comportements appris, hautement élaborés, qui varient d'une culture à l'autre (...) La teneur générale de la perspective anthropologique, c'est que la fête est normale dans la plupart des cultures et que l'alcool est un adjuvant non moins normal de la fête. Boire est essentiellement un acte social accompli dans un contexte social reconnu. Si l'on doit mettre l'accent sur l'abus d'alcool, le travail de l'anthropologue suggère alors que la façon la plus efficace de le contrôler passe par la socialisation"181(*). La sociabilité de l'apéritif entre dans ce processus de socialisation. L'ivresse procurée par un apéritif convivial est légitimée par la norme sociale, par une conduite répétée.

Puisqu'il est une pause dans la journée du travailleur, il en devient une récompense. C'est pourquoi l'ivresse ne peut pas être l'équivalent de l'ébriété des grandes fêtes. Le moment propice de l'apéritif peut cependant être choisi de manière imprévisible pour fêter une bonne nouvelle ou pour se consoler quand elle est mauvaise. L'ébriété est alors tolérée par tous.

* 180 _ NAHOUM-GRAPPE, Véronique. 1991. Op. Cit.

* 181 _ NAHOUM-GRAPPE, Véronique. 1991. Ibid., p. 31.

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