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Apéritif et sociabilité. Etude de la consommation ritualisée et traditionnelle de l'alcool

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par Anaàs Gayot
Université d'Aix-en-Provence - Master 1 d'anthropologie sociale et culturelle 2007
  

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C - Le tabou de l'alcoolisme

L'objectif de mon étude ne se centrait nullement sur les problématiques que supposent l'alcoolisme et le "fléau social" dont il fait l'objet. Mais les sciences sociales, quand elles étudient le "boire", y font trop souvent allusion pour que cette question soit négligée. Bien que les conduites d'alcoolisation peuvent être excessives et revêtir un caractère pathologique, pourquoi les chercheurs ont-ils tant de mal à offrir une autre réalité _ complémentaire _ à ce phénomène ?

a- La naissance d'un concept

Un détour historique nous apprend que c'est Magnus Huss qui inventa le concept d'"alcoolisme" en 1849. On pense dés lors différemment l'excès d'alcool. Effectivement, l'"ivrognerie" avant le XIXe siècle était jugée moralement mais très rarement institutionnellement. La médicalisation de l'alcoolisation, faisant de l'alcoolisme une maladie psychiatrique à la fin du XIXe siècle, marque une nouvelle ère dans la manière de concevoir le buveur. Indépendamment de l'ivresse, la toxicité de la molécule d'éthanol pour l'organisme est mise à jour. Les grandes polémiques entre addiction déviante et plaisir festif prennent donc naissance à cette période.

La médicalisation du phénomène est, d'une part, attribuée au fait que l'on a dénoncé la déchéance morale de certaines personnes trop alcoolisées comme facteur de la criminalité, d'après Robert Chapuis193(*). D'autre part, considérant que l'"ivrognerie" touchait principalement les couches populaires, ou du moins se sont elles que l'on désignait ainsi, l'alcoolisme, nous rappelle Jean-Pierre Castellain, apparut quand la bourgeoisie fut à son tour "victime des effets négatifs de ses apéritifs"194(*). Notons qu'à cette période, il est courant de boire de l'absinthe. Cette boisson, consommée en apéritif et interdit pour ses ravages occasionnés, pour sa folie engendrée, était très prisée. De nombreux ouvrages y font références, les récits de descriptions de scènes où l'on s'alcoolise abondent, notamment dans Le populaire à table : Le Boire et le Manger au XIXe et XXe siècles. Antoine Court décrit avec précision les breuvages absorbés par le personnage Alphonse Allais. L'absinthe se boit à 17 heures en apéritif. Ce garçon, qui appréciait toutes sortes de boissons, admet que les apéritifs sont des "cochonneries" qui "démolissent la santé". Mais il ne peut s'en passer195(*). La sociologue Anne Steiner, explique que dans les cafés de Belleville au XIXe siècle, les blanchisseuses se font payer la "zézette" (mélange d'absinthe et de vin blanc) par la patronne. Alors qu'au contraire, les femmes qui ne travaillent pas, buvant absinthe ou autre alcool fort dans un bar, font figure d'alcooliques196(*). Le bien-boire est, sans conteste, l'ami du travailleur ou de la travailleuse. L'alcoolisme, lui, est lié "aux transgressions des normes du groupe"197(*). L'apéritif se répand à cette période. Le concept d'alcoolisme également. La littérature s'empare du premier et la médecine du second. La main mise de la médecine sur ce phénomène, à long terme, n'a-t-elle pas altéré la recherche ?

* 193 _ CHAPUIS, Robert. 1989. Op. Cit., p. 104.

* 194 _ CASTELAIN, Jean-Pierre. 1989. Manières de Vivre Manières de Boire : alcool et sociabilité sur le port. Paris : Imago, p. 14.

* 195 _ COURT, Antoine. 2005. « Boire, entre convivialité et déchéance ». In M. Piarotas : Le populaire à table : Le Boire et le Manger au XIXe et XXe siècles. Saint-Étienne : Publications de l'Université de Saint-Étienne, p. 24.

* 196 _ STEINER, Anne. « Belleville : d'un café à l'autre ». In C. Bernand (dir.) : Désirs d'ivresse : alcool, rites et dérives. Paris : Autrement, p. 94.

* 197 _ BERNAND, Carmen. 2000. « Boissons, ivresses et transitions ». In C. Bernand (dir.) : Désirs d'ivresse : alcool, rites et dérive. Paris : Autrement, p.53.

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