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Apéritif et sociabilité. Etude de la consommation ritualisée et traditionnelle de l'alcool

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par Anaàs Gayot
Université d'Aix-en-Provence - Master 1 d'anthropologie sociale et culturelle 2007
  

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b- Alcoolisme et pathologie

Lionel Obadia, dans un article intéressant, dont le titre explicite « Le "boire" : une anthropologie en quête d'objet, un objet en quête d'anthropologie »198(*), ne s'y trompe pas. Le privilège de l'approche biomédicale ne laisse que peu de place à la collaboration transdisciplinaire. L'impact des idées selon lesquelles l'alcoolisation revêt une dimension "pathologique", sur la réflexion des sciences sociales, est tel, qu'il est difficile de s'en défaire. L'apport transdisciplinaire de l'alcoologie est alors prégnant. Selon l'anthropologue, il en résulterait un double intérêt : "Le premier consiste évidemment dans le fait d'accorder les violons de la recherche sur les enjeux et politiques sanitaires en ouvrant à la compréhension du phénomène complexe qu'est l'alcoolisme. Le second réside dans la formulation de modèles combinatoires associant les aspects biochimiques et socioculturels, les facteurs environnementaux et les mécanismes de socialisation, la psychologie du buveur et l'identification de phases singulières, socialement signifiantes, de l'alcoolisation". Il est ainsi nécessaire que les sciences de l'homme se distinguent des conceptions médicales. Elles analysent autrement les manières de s'alcooliser, sans pour autant exclure l'approche biomédicale. À travers l'histoire, les contextes et les significations d'une pratique sociale et culturelle, telle que l'apéritif, dans ce cas précis l'anthropologie tente de s'en affranchir. On peut considérer qu'actuellement le regard social porté sur "le spectacle du buveur est d'autant plus oblique que la menace d'une pathologie spécifique a été objectivée par la science"199(*). Les sciences sociales pourront-elles rectifier le tire pour que cette perception soit plus nuancée ?

c- Alcoolisme et anthropologie

L'anthropologie sociale et culturelle donne l'opportunité à l'anthropologie du boire d'analyser les conduites d'alcoolisation inscrites dans des pratiques codifiées et signifiantes. Ces conduites culturelles, révélatrices de normes, sont étudiées par Patrick Le Guirriec dans un bourg de Bretagne. Selon lui, l'alcoolisme ne peut pas être expliqué culturellement. L'ethnologue termine son article en affirmant : "lorsqu'on passe des manières de boire à la dépendance, on atteint très vite les limites de l'ethnologie ". Il continue par : "rien ne permet d'affirmer que l'alcoolisation est un phénomène culturel"200(*). Ces affirmations me paraissent excessives, d'autant plus que l'alcoolisme est définit différemment selon les groupes d'appartenance. En effet, l'exemple de Jean-Pierre Castellain, contredit les affirmations de Patrick Le Guirriec. Cet anthropologue travaille en centre hospitalier. Dans son ouvrage Manières de Vivre, Manières de Boire, sur le terrain, il cherche à se situer entre le "tout médical" de l'alcoologie et le "tout culturel" de l'anthropologie. Se dire alcoolique, dit-il, c'est admettre l'individualisme et la culpabilité par rapport au reste de la communauté. Ainsi, "les « symptômes alcooliques » ne sont reconnus qu'après la rupture préalable du lien social et l'exclusion de la communauté"201(*). L'alcoolisme est tabou pour les dockers du Havre parce que l'alcool fonde la corporation virile et fraternelle des travailleurs. L'alcool agit comme moyen d'ouverture aux autres et comme une possibilité d'échanges. Dans sa fonction positive il est porteur de l'expression d'une relation au collectif. L'"abstinent" ne peut être qu'exclu, comme l'usage individuel, marquant ainsi négativement la rupture de ce lien.

La discipline anthropologique, on le voit, tente de décrire une réalité sociale et culturelle dans laquelle il serait plus correct de parler de processus d'alcoolisation. La réalité "pathologique" ne peut pas être niée par l'ethnologie. Sylvie Fainzang en fait l'expérience, en orientant ses recherches sur "une ethnologie du déboire" dans laquelle elle est en contact avec des anciens alcooliques202(*). Un article de Caroline Magny, est encore plus explicite. L'ethnosociologue souhaite réintégrer l'objet d'étude anthropologique "alcoolisme en France" en tenant compte du point de vue des alcooliques et abstinents mais également celui des membres de leur famille. Elle souhaite, pour une recherche plus générale, ouvrir le champ d'étude sur le milieu socioprofessionnel comme sur l'environnement médical des personnes étudiées203(*).

Ces trois exemples montrent qu'il est possible d'étudier de manière ethnologique la "maladie alcoolique". Au travers l'analyse de la sociabilité autour de l'alcool, il est possible d'observer des comportements à tendance alcoolique, comme d'autres comportements, les "abstinents" par exemple. Ceux qui ne boivent pas d'alcool sont, en effet, autant perçus comme suspects que ceux qui boivent trop et seul. Robert Chapuis expose cette réalité qu'il dénonce comme étant "la contrainte sociale à consommer de l'alcool"204(*).

L'alcoolisation est ainsi sujette à des normes précises auxquelles il faut se plier pour ne pas se voir exclure. Ces normes ne sont-elles pas le résultat de l'ambiguïté que suppose l'alcool ?

L'anthropologie du boire aide à l'entendement des réalités de l'alcool, de ses valeurs positives comme négatives. Cependant une partie de la bibliographie délimite l'objet de la recherche à sa dimension alcoolique, ce qui n'est certes pas rien, mais d'autres perspectives sont à envisager pour ne pas donner des éléments de réponse stéréotypés à la problématique. Aussi, bien que la pratique apéritive soit un moment où l'on s'alcoolise, le plus souvent, il est avant tout un acte social marqué par la convivialité.

* 198 _ OBADIA, Lionel. 2006. Op. Cit.

* 199 _ NAHOUM-GRAPPE, Véronique. 1990. « Les "santés" du crocodile en larmes, ou quelques hypothèses sur l'histoire du buveur ». In G. Caro (dir.) : De l'alcoolisme au Bien Boire, tome 1. Paris : L'Harmattan, p. 106.

* 200 _ LE GUIRRIEC, Patrick. 1990. « Alcool, culture et personnalité ». In G. Caro (dir.) : De l'alcoolisme au Bien Boire, tome 1. Paris : l'Harmattan, p. 157.

* 201 _ CASTELAIN, Jean-Pierre. 1989. Op. Cit., p. 154.

* 202 _ FAINZANG, Sylvie. 1996. Ethnologie des anciens alcooliques : La liberté et la mort. Paris : P.U.F.

* 203 _ MAGNY, Caroline. 2005. « Famille et alcool en France aujourd'hui », Cahiers de l'Ireb, n°17, [en ligne], URL : http://www.ireb.com/publications/cahiers%20site.pdf.

* 204 _ CHAPUIS, Robert. 1989. Op. Cit., p. 204.

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