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Essai sur les élites traditionnelles au Maroc

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par El Mostafa AAOURDOU
Université Moulay IsmaàŻl Meknes - Maroc - Master en science politique 2012
  

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Partie II : Renouvellement de l'élite politique dans la logique de l'hérédité

Les mécanismes de transmission politique intergénérationnelle obéissent à des règles qui varient selon les sociétés et les époques.121(*) Dans le contexte marocain, où le poids de la tradition ne cesse de peser sur la scène politique marquée par un équilibre ténu, l'hérédité constitue un mécanisme de renouvellement des élites. En étirant la notion d'hérédité, nous sommes amenés à faire une distinction entre : hérédité politique effectuée suite à une socialisation dans la politique, et hérédité politique débouchant sur une transmission de mandat électif, des postes et positions au sein des groupes au pouvoir. Cette pratique fait appel aux méthodes de cooptation qui président à la sélection des candidats. Par conséquent la notion d'héritage politique est réduite aux successions familiales, formes les plus visibles et plus nombreuses dans la reproduction du personnel politique marocain, mais d'autres pratiques délaissent les filiations objectives et biologiques au profit des usages symboliques et métaphoriques du paradigme de la parenté122(*).

Le phénomène de transmission n'est pas une réminiscence d'un état antérieur de la compétition politique, il pérennise une situation déjà enracinée dans la société. Le système notabiliaire au Maroc, a résisté aux différentes tentatives de son éradication après le départ du protectorat, en plus il a pu s'imposer avec force sur la scène politique, grâce aux facteurs de domination qu'il a hérités123(*).

La transmission semble être plus fréquente au sein de tous les milieux politiques, économiques et religieux, à  «  droite » qu'à « gauche ». Par la suite, on est en droit de signaler que l'élection est toujours indirecte, au deuxième degré, puisque la sélection a été faite par ailleurs au sein de la famille ou dans le clan ou le groupe du candidat, l'individu marocain n'a d'existence qu'au sein de son groupe d'origine ou du clan qui le soutient. L'élite marocaine use des méthodes précédemment aboli en occident. Leurs instruments sont : le paternalisme, l'autoritarisme, l'exploitation et la répression, par ces moyens, les membres de l'élite tentent de préserver leurs privilèges. Issus des familles alliées, fortunées, instruites, hautement placées, ils font partie des privilégiés qui ont fait des études supérieurs. Ils font de l'arbitraire un principe d'autorité, et de l'exploitation un régime économique. Il s'agit d'un système basé sur les traditions de dévolution intergénérationnelle (chapitre I) tant que ce système fonctionne il n'y a ni développement, ni démocratie (chapitre II).

Chapitre 1 : Rotation de l'élite politique : un continuum des traditions

Les concepts d' « élites » et la « circulation  des élites » ont été élaboré par les théoriciens libéraux pour s'opposer au concept marxiste des classes et leur antagonisme124(*). Ces théoriciens ont voulu rétorquer les principes marxistes, et montrer qu'il n'existe pas de stratification de classes dans ces sociétés, mais il s'agit seulement des strates où l'on peut entrer et sortir facilement. Les individus travailleurs, ambitieux et intelligents peuvent grimper l'échelle sociale, quelque soit leurs origines et quelque soit le rang qu'ils occupaient auparavant au sein de la société.

Dans l'ancienne monarchie marocaine, le successeur du sultan était choisi parmi les membres de la famille Alaouite par les oulémas. Partout dans le monde quatre techniques sont employées pour la désignation des autorités suprêmes de l'Etat : la cooptation, l'élection, la conquête et l'hérédité125(*). Au Maroc, la conception du pouvoir est liée aux formes traditionnelles d'organisation sociale du pays, encore vivaces aujourd'hui.126(*)Les marocains étaient en grande majorité issus des tribus, l'esprit de cette appartenance les habite encore. Ces entités étaient constituées de segments antagonistes, les tensions permanentes animent l'équilibre. La pression et la menace permanentes servent à renforcer la structure et l'identité des unités composantes de cette société. Les élites qui ont commandé l'activité nationale après l'indépendance, ont appris à se servir de l'attirail classique des régimes modernes : partis politiques, syndicats, groupes de pression... Mais dans la pratique, ils se comportent selon des règles puisées dans le traditionalisme de la société marocaine. La classe dirigeante au Maroc, est constituée essentiellement des fils de la minorité de privilégiés, qui ont pu faire leurs études sous le protectorat. « Des hommes issus des familles alliées qui ont accédé aux privilèges du pouvoir, ils ne veulent plus en être dessaisi, ils sont des héritiers, ils méprisent les compétences, les capacités, ils haïssent le progrès et le changement. Le renouvellement des élites se déroule dans des conditions politiques et sociales marquées par la primauté des pratiques héritées de la tradition sur les méthodes nouvelles »127(*). Une telle situation favorisant la stabilité du régime, préside à la reproduction des mêmes structures et reconduit au pouvoir les anciens favoris.

Section 1 : contexte politique de l'élitisation

Le Maroc est un état segmentaire, au sens le plus large, il l'est aussi du fait que sa population a été organisée en lignages segmentaires. Raison pour laquelle le comportement des acteurs politiques, aujourd'hui est modelé à la fois par, les idéaux politiques traditionnels et par le factionnalisme moderne. Si les sociétés de transition sont portées au factionnalisme, c'est en grande partie à cause des incertitudes de la situation politique et de la rapidité des transformations sociales128(*). La disparition des régimes coloniaux a élargi le champ des rivalités des groupes en présence et accru les ressources matérielles qu'ils s'efforcent de contrôler. Il est rare que les factions mesurent exactement leurs forces ni celles de leurs adversaires, mais toutes sont fermement décidées à prendre leur part du butin. Elles se lancent, pour s'impressionner les unes les autres, dans des démonstrations de force qui déclenchent des réactions en chaine. Que cela se termine en une empoignade générale ou sur un face à face rageur, l'intensité et la généralisation de la compétition sont un fait indéniable129(*). En effet les marocains se sentent appartenir fondamentalement à une tribu, à une religion, à une famille, à un quartier, à un métier, à un groupe économique, parfois même à une région, ce qui fait du Maroc un mélange divisé. Waterbury s'attendait à ce que les hostilités soient ouvertes, mais rien de cela n'arrive. L'utilisation défensive du pouvoir et de l'autorité constituent la caractéristique constante de l'attitude politique des marocains. Le pouvoir sert à maintenir, conserver et protéger et non à détruire et ouvrir130(*). De même, il ne faut pas négliger la toute-puissance des structures politiques anciennes, leur capacité de réadaptation et de récupération. Tous ces éléments confèrent au système marocain une force de conservation et de permanence que l'ensemble de son ouvrage pose comme quasi-infaillible131(*). Un autre groupe segmentaire, dont les éléments sont le produit de l'impact de la culture étrangère luttait depuis l'indépendance, pour conquérir le pouvoir, son attitude est façonnée par la nature segmentaire de la compétition politique et par la culture traditionnelle. Les partis politiques, officiers, groupes économiques, syndicats tous sont des favoris, aucune organisation ne représente les intérêts des couches inférieures de la société. Ces comportements politiques débouchent sur une immutabilité politique (paragraphe I), partant de son rôle du principal acteur politique, le pouvoir procède à une domestication des élites pour prévenir toute concurrence à son autorité (Paragraphe II).

Paragraphe1 : immutabilité politique au Maroc

La classe dirigeante n'a pas rompu avec le passé, elle est son héritière, et cette prolongation des traditions influence le champ politique. Le climat d'apparente inimitié entre les différentes factions ne doit pas faire allusion. Tension et conflits ont longtemps animés la cohésion des composantes de la société marocaine. La communauté et la défense des intérêts contrebalançaient cette segmentation. En outre les liens familiaux, sociaux et économiques réparent ce que les antagonismes politiques auraient détruits. C'est ainsi que tous les mouvements transperçant la société marocaine seraient en dernier ressort insignifiants. Cette invariance toucherait aussi bien les structures en place (A) que les stratégies déployées(B).

* 121 - Dominique Colas, sociologie politique, éditions PUF, 1994, p. 62.

* 122- Christophe Charles, op. cit, p .33.

* 123 -Ali Benhaddou, op.cit, p. 88.

* 124 - Duverger Maurice, sociologie de la politique, éléments de science politique, Puf, 1973. p. 216

* 125 - Maurice Duverger : sociologie de la politique, op.cit, p. 188.

* 126 - John Waterbury, le commandeur des croyants, op. cit. p. 24.

* 127 - Wardi (M), être notable au Maghreb, Institut de recherche sur le Maghreb contemporain, Maisonneuve, 2006, p. 77.

* 128 -Ibid, p. 77.

* 129 - John Waterbury, op. cit. p. 92.

* 130 - Ibid, p. 93.

* 131 - Abdellah Saaf, Images politiques du Maroc, op.cit, p . 77.

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