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Quelle place pour la poésie dans l'édition de littérature pour la jeunesse en France (1992 - 2012) ?

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par Agnès Girard
Université du Maine - Master 1 Littérature Jeunesse 2013
  

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C - Une reconnaissance

En analysant les prix qui récompensent les créations des éditions Møtus, en faisant un détour sur les étalages des bibliothèques et des librairies, et en consultant les revues de littérature pour la jeunesse, nous pourrons tester la visibilité de ses productions. Ceci constituant un des critères pour rendre la poésie plus accessible, nous pourrons ainsi vérifier si l'objectif est atteint.

1 - Les prix de poésie

Le nombre de prix littéraires en France, très médiatisés pour la plupart, rythme les saisons des lecteurs et des éditeurs. Tout est établi de façon à ce que les sorties des ouvrages,

1Ibid.

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susceptibles de recevoir un prix, entrent dans un calendrier annuel préétabli. La durée médiatique du livre lauréat est courte et le prix reçu laisse la place à un second prix programmé. A l'instar du catalogue, le prix est aussi une vitrine pour l'éditeur et permet un accroissement des ventes considérable de l'ouvrage sélectionné, ainsi que celui des ouvrages nominés. Or en poésie générale, il existe beaucoup de prix mais pratiquement aucun n'est relayé par les médias. Ici encore, le passage de l'information se fait dans un cercle intime de connaisseurs et d'amateurs (Prix Max jacob, Prix Guillaume Apollinaire, Prix du Printemps des Poètes...) relayés par des cercles de poètes, des villes, des maisons de poésie, des sites internet qui souvent sont en même temps à l'origine de ces prix.

Pour ce qui est de la littérature pour la jeunesse, peu de ces prix de poésie se font le relais des publications pour la jeunesse. D'ailleurs, il en existe peu et l'on peut se demander si la double étiquette de « genre mineur » n'est pas dans ce domaine presque palpable. La littérature pour la jeunesse, et la poésie en particulier suscitent des débats vifs sur sa légitimité qui auraient tendance à réduire aussi sa visibilité et son besoin de reconnaissance, à côté d'une littérature plus générale. Pourtant et grâce à des relais qui veulent sortir la poésie de son carcan, quelques initiatives, même rares, sont à souligner. Il faut cependant, à y regarder de plus près, constater aussi que quelques grands prix de littérature pour la jeunesse, de renom, ne prennent pas non plus la position de passeur de poésie. En effet, Les prix Sorcières, par exemple qui est peut-être le prix le plus médiatisé en littérature pour la jeunesse ne propose pas de catégorie poésie. Rappelons que le Prix Sorcières est un prix qui distingue chaque année, depuis 1986, une oeuvre de la littérature jeunesse, sélectionnée parmi les publications par l'Association des Libraires Spécialisés Jeunesse (ALSJ) en partenariat avec l'Association des bibliothécaires de France (ABF) depuis 1989. Pourtant, la revue « Citrouille » de l'ASLJ publie tous les mois un magazine d'information sur la littérature jeunesse, dans lequel apparaît la rubrique Théâtre, Poésie, Contes. De même, le très prestigieux Salon du livre et de la presse jeunesse de Seine Saint-Denis décerne « les pépites » du salon, prix qui récompensent de nouvelles créations. Parmi les huit catégories proposées, aucune ne décerne de prix pour la poésie pour la jeunesse. Inutile de chercher dans les médias la place de la poésie, elle ne s'y trouve pas encore de façon très visible. Il est nécessaire de rentrer dans un cercle plus spécifique de poésie pour y trouver des prix qui encouragent la création poétique pour la jeunesse.

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Parmi ceux-là, le prix Poésyvelines des collégiens est un prix départemental mis en place en 2010 par le Conseil général des Yvelines et qui prend appui sur la Maison de Poésie de Saint Quentin en Yvelines. Ce prix récompense un recueil de poésie contemporaine d'expression française. Un jury de collégiens, sous la responsabilité d'un adulte, envoie son classement à un jury départemental qui regroupe les sélections. Le prix des découvreurs de la ville de Boulogne-sur-mer est un prix décerné sur le même principe. Depuis 1997, ce prix est décerné par un jury ouvert constitué de lycéens et de collégiens de troisièmes (plus d'un millier pour l'édition 2011) de différents établissements volontaires de l'ensemble des académies de France. De nombreuses initiatives encore par des médiathèques ou bibliothèques de ville, soutenues par les villes et les départements proposent des Prix afin de médiatiser le fonds de poésie, de le rendre plus vivant, en proposant la lecture de poètes contemporains et une sélection de poèmes préférés des lecteurs. C'est le cas par exemple du prix Mon poète à moi qui s'adresse aux plus petits (4 à 6 ans). Ces initiatives restent locales et les répercussions nationales ne sont pas flagrantes. Il n'existe pas, par exemple, de liste des ouvrages sélectionnés accessibles et on ne peut pas savoir si les éditions Møtus y sont bien représentées .

On trouve aussi des initiatives plus médiatisées : le prix poésie des lecteurs lire et faire lire initié par l 'association Lire et Faire Lire et le Printemps des Poètes tous les ans, depuis 2003. Le principe est de faire découvrir quatre ouvrages de poésie, sélectionnés par un comité de professionnels du livre, aux enfants des écoles maternelles et primaires et des collèges. Après ces lectures, le recueil du lauréat est choisi : les choix des lecteurs sont recensés, par l'intermédiaire d'un bulletin de vote, au niveau départemental puis au niveau national par Lire et faire lire. Møtus a vu ses ouvrages nominés six fois sur treize sélections et ces auteurs obtiennent le prix trois fois (en 2004 pour Le rap des rats de Michel Besnier, en 2006 pour Poèmes sans queue ni tête, d'après Edward Lear, adapté par François David, et en 2008 pour Grand-mère arrose la lune, de Jean Elias ) et détient, de ce fait, le palmarès des prix obtenus sur les huit maisons d'éditions représentées depuis 2003. Ce palmarès est une façon de récompenser le travail de l'éditeur, confirmant ses choix et sa volonté de se placer sur le marché d'une poésie jeunesse vivante. L'autre prix reconnu sur le territoire français est le prix Joël Sadeler1. Créé en 2001 à l'initiative de l'association L'épi de seigle pour promouvoir la poésie pour la jeunesse, ce prix s'adresse aux éditeurs francophones et récompense un

1SADELER Joël : poète sarthois décédé en 2000.

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ouvrage de poésie jeunesse publié l'année précédente, d'un auteur vivant. En juillet 2003, il devient, le prix Joël Sadeler-Ville de Ballon et l'association Donner à Voir reprend la maîtrise des contacts avec les éditeurs, la constitution du jury, l'annonce et la publication des résultats. Là encore, les éditions Møtus se distinguent puisqu'en douze années de sélection, trois de leurs ouvrages ont obtenu le prix (en 2005 pour Mes poules parlent, en 2009 pour Je dors parfois dans les arbres et en 2012 pour Un éléphant au paradis). Fait marquant, sur les dix éditeurs d'où proviennent ces ouvrages, aucun n'a été nommé plus d'une fois, seules les éditions Møtus le sont trois fois.

Outre les prix obtenus pour les publications de poésie, les éditions Møtus ont été remarquées pour Les bêtes curieuses (illustré par Henri Galeron) à travers sa nomination au prix de l'illustration Hans Christian Andersen 2012. C'est le plus grand prix international qui récompense, tous les deux ans, les auteurs et illustrateurs de littérature pour la jeunesse. La plus haute distinction pour un auteur de livre pour enfants parfois surnommé « le petit prix Nobel de littérature ». Les seuls auteurs et illustrateurs français à l'avoir obtenu sont René Guillot en 1964 avec Le grand livre de la brousse et Tomi Ungerer en 1998. Motus a obtenu aussi le prix Bernard Versele1 pour son recueil poétique Mes poules parlent en 2007. L'ouvrage Noir / Voir a reçu le prix de La Nuit du Livre2. Les illustrations d'Aude Léonard dans ce premier recueil Le soleil meurt dans un brin d'herbe ont aussi été remarquées. Elle figure dans le catalogue international « Illustrarte » 2007 où près de 1500 illustrateurs venus de soixante pays sont sélectionnés à la Biennale Internationale de l'illustration pour enfants de Lisbonne, pour le grand prix, les mentions spéciales et la sélection de cinquante illustrateurs pour le catalogue et l'exposition. Lisa Nanni qui a illustré Du sucre sur la tête3 fait partie de la sélection du catalogue « Illustrarte » 2012.

Les prix de poésie, contrairement à ce qu'ils indiquent, ne sont pas des récompenses financières qui permettraient à un auteur une autonomie créatrice. Par contre, ils sont pour les auteurs et les illustrateurs une reconnaissance dans le domaine littéraire de jeunesse et dans celui de la poésie en particulier, un encouragement à la création. Par ces différents prix et récompenses des auteurs ou illustrateurs que les éditions Møtus ont accompagnés, on peut

1Le Prix Bernard Versele est prix littéraire récompensant les oeuvres de littérature pour la jeunesse. Il a été créé en 1979 en hommage à Bernard Versele, psychologue qui a consacré sa vie professionnelle aux enfants. Il récompense des ouvrages choisis par un jury composé d'enfants de 3 à 13 ans. Ils étaient 45 000 à participer à ce choix en 2012.

2La Nuit du Livre® est un prix littéraire original qui célèbre la beauté dans les livres, ces chefs-d'oeuvre qui révèlent deux talents : celui de l'auteur, qu'il soit écrivain, photographe ou illustrateur, mais aussi celui du fabricant.

3Op.cit.

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d'ores et déjà parler de l'éditeur comme un « découvreur » de poésie, étape indispensable à sa médiation.

Certes, ces prix sont impulsés par des cercles de poésie déjà convaincus de sa nécessité, mais ils contribuent à une représentation et une visibilité bien réelle dans ce vaste monde de la littérature de jeunesse.

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"L'imagination est plus importante que le savoir"   Albert Einstein