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L'influence de l'aspect culturel dans les stratégies de marketing sportif : un exemple avec deux clubs de hockey sur glace, les Canadiens de Montréal et les Phénix de Reims


par Clément Bretéché
Université Lille 2 - Master 1 Management et Gestion du Sport 2012
  

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1.2 Maurice Richard : le représentant de tout un peuple

En ce qui concerne la notion d'identification du peuple québécois au Canadien de Montréal, c'est en partie grâce à Maurice Richard25 ; né en 1921 à Montréal, ce pur produit montréalais était une véritable source d'inspiration pour les canadiens francophones. En effet, il représentait l'image du québécois qui était dominant dans le milieu anglophone qu'était la L.N.H. Il était donc une véritable source d'inspiration pour la population québécoise puisqu'à cette époque la société québécoise était dominée économiquement et politiquement par les anglophones.

Alors que Maurice Richard était un des meilleurs, si ce n'est le meilleur joueur de la L.N.H., son statut changea dans le milieu des années 1950. Le 13 mars 1955, au cours d'un match opposant les Canadiens de Montréal aux Bruins de Boston, Maurice Richard reçoit un coup au visage de la part de Hal Laycoe et s'en suit une bagarre entre les deux joueurs ; alors qu'un des arbitres de la rencontre, Cliff Thompson, tentait de le maitriser en le retenant par les épaules et par le cou, son adversaire continuait à le frapper. Suite à cela, Richard se retourna et frappa à deux reprises l'arbitre, ce qui lui valut une suspension pour le reste de la saison par le président de la L.N.H., Clarence Campbell. Cette décision était vécue comme une injustice par les supporters des Canadiens de Montréal dans une période où l'équipe luttait pour terminer au sommet du classement de la saison régulière. De nombreux québécois déclaraient alors que la suspension était importante du fait que Maurice Richard soit un canadien-français. Cet évènement prit une toute autre tournure lorsque Clarence Campbell vint à Montréal pour la rencontre opposant Montréal aux Red Wings de Détroit ; ces derniers furent dans un premier temps hués par le public montréalais et alors que les spectateurs jetaient des objets vers Campbell, une bombe artisanale explosa et s'en suit une émeute dans la patinoire et dans les rues de Montréal. Dans le but de rétablir l'ordre dans la ville, Maurice Richard déclara à la radio : « Mes chers amis, parce que je joue toujours avec tant d'ardeur et que j'ai eu du trouble à Boston, j'ai été suspendu. Je suis vraiment peiné de ne pouvoir m'aligner avec mes copains les Canadiens dans les séries de détail. Je veux toutefois penser avant tout aux amateurs de Montréal et aux joueurs du Canadien, qui sont tous mes meilleurs amis. Je viens donc demander aux amateurs de ne plus causer de trouble, et je demande aussi aux partisans

25 Joueur de hockey sur glace professionnel québécois qui a joué pour le Canadien de Montréal de 1942 à 1962, il fut le premier joueur à atteindre la marque historique des 50 buts en 50 matches.

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d'encourager les Canadiens pour qu'ils puissent l'emporter en fin de semaine contre les Rangers et le Detroit. Nous pouvons encore nous assurer le championnat. J'accepte ma punition et je reviendrai la saison prochaine pour aider mon club et les jeunes joueurs du Canadien à remporter la Coupe Stanley. Merci »26.

Quelques jours plus tard, un journaliste québécois, André Larandeau écrivit : « Le nationalisme canadien-français paraît s'être réfugié dans le hockey. La foule qui clamait sa colère jeudi soir dernier n'était pas animée seulement par le goût du sport ou le sentiment d'une injustice commise contre son idole. C'était un peuple frustré, qui protestait contre le sort. Le sort s'appelait, jeudi, M. Campbell; mais celui-ci incarnait tous les adversaires réels ou imaginaires que ce petit peuple rencontre ».

D'autres auteurs appuient l'idée dégagée par le journaliste de Le Devoir, c'est ainsi que Paul Rompré et Gaëtan Saint-Pierre ont écrit dans Essai de sémiologie du hockey : « Ce sentiment nationaliste investi dans le hockey va même plus loin : tout joueur de quelle nationalité soit-il, s'il joue pour les Canadiens de Montréal, travaille, du moins idéologiquement, à la cause de la nation québécoise. Ainsi, il n'a pas seulement fallu que Maurice Richard soit un bon joueur de hockey pour qu'il devienne héros mythique. Il a fallu aussi que le public québécois investisse en lui tout «le sens national», c'est-à-dire la charge de représenter toutes nos frustrations. Pour le public québécois, Maurice Richard, tenace et indestructible, bafoué par des adversaires sans scrupule, par les arbitres, par les magnats de la L.N.H. eux-mêmes, fut le symbole suprême de la résistance à l'oppression anglo-saxonne »27.

En définitive, comme l'a expliqué M.Ê. Garand (2009) : « Le Canadien, ce n'est pas qu'une histoire de hockey, c'est d'abord l'histoire de courage, de sacrifice, de noirceur, de victoire d'un peuple canadien-français qui prend parfois les allures d'un village gaulois. L'histoire du Canadien, c'est une source d'inspiration pour les Canadiens français qui puisent dans la reconnaissance de la valeur, du talent, de la détermination d'une équipe francophone qui s'est construite et écrite au coeur de la lutte qui déchirait les Canadiens français et les Canadiens anglais »28.

26 « Richard demande à la population de se calmer », http://archives.radio-canada.ca/sports/hockey/clips/340/, consulté en mars 2013.

27 Rompré, Paul & Saint-Pierre, Gaëtan, Essai de sémiologie du hockey, Stratégie, n°2, printemps-été 1972, pp. 19-53.

28 Le Canadien de Montréal est-il une religion ou la religion des Canadiens, Colloque « La religion du Canadien », p.12.

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