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Mutations urbaines : pratiques et perceptions


par Bertrand BOUTEILLES
Université de la Réunion - Master 1 de géographie 2010
  

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1.2 La ville et le quartier aujourd'hui à La Réunion

Peut-être plus que l'espace symbolique, l'espace réel est avant tout un produit de la société agissant sur son espace physique. Dans les villes, l'homme, de façon collective ou individuelle, organise son espace. Il subdivise sa ville en quartiers, construit des axes pour les transports, tente de maîtriser l'étalement de son aire urbaine...Autrement dit il structure peu à peu son espace, produit un maillage selon son tempérament et les obstacles qu'il rencontre.

Ainsi, comme J.-P. PAULET nous pensons que « le relief guide l'extension urbaine, et le plan est le résultat d'un certain nombre de choix de la société qui édifie la cité. [...] Chaque ville est en ce sens unique car son histoire lui est propre, cette combinaison repose toujours sur un nombre limité de formes géométriques (aréolaires, linéaires, ruptures, quadrillages ou dissymétrie). »30

25 LEFEVRE, D., Organisation de l'espace à Maurice et à La Réunion, 1986.

26 JAUZE, J.M., Dynamiques urbaines au sein d'une économie sucrière: La région Est - Nord-Est de La Réunion, 1997.

27 DUPONT, G., Saint-Denis de La Réunion, ville tropicale en mutation, 1990.

28 Entres autres E; WOLFF ou M. WATIN

29 PAULET, J.P., Manuel de Géographie urbaine, 2009.

30 PAULET, J.P., Manuel de Géographie urbaine, 2009.

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Le développement urbain de Saint-Denis

Le plan actuel de Saint-Denis est la parfaite illustration de son développement, puisqu'à lui seul, il nous permet de comprendre rapidement les différentes périodes de structuration urbaine qu'a connu la ville. Nous distinguerons essentiellement trois phases majeures, mentionnées par Guy DUPONT dans son ouvrage sur Saint-Denis31: « La première s'étend de la création et de l'expansion originelle aux années 1860 (fig.1 période 1); la deuxième caractérisée par la léthargie et même la récession urbaine couvre la période de 1860 à la deuxième guerre mondiale (fig.1 période 2); la troisième enfin faite d'une croissance explosive, puis soutenue, [...] que nous connaissons depuis la fin de la deuxième guerre mondiale (fig.1 période 3) ». C'est durant cette période que la densification des zones planes s'est développée, avec un étalement vers les hauts de la commune facilité par le tout automobile.

Fig. 2: Les trois temps du développement urbain de Saint-Denis

31 DUPONT, G., Saint-Denis de La Réunion, ville tropicale en mutation, 1990.

Les trames urbaines: une caractéristique de quartier ?

La trame urbaine, comme la trame de tissu, correspond à la façon dont les voies de circulation et le bâti sont agencés. Cette organisation globale des réseaux et du bâti peut permettre de faire ressortir des particularités liées à l'histoire de la construction d'un quartier.

La trame dépend de deux facteurs principaux:

· la volonté de la société qui planifie plus ou moins fortement l'espace: la régularité des motifs de la trame

· le milieu naturel sur lequel l'action de l'homme s'exerce: la forme de la trame

 
 

Cette trame est liée à une
planification forte s'appuyant
sur un espace non encore
structuré, qui reste totalement
à organiser .

 

Hypercentre de Saint-Denis Motif régulier, forme de

damier

Cette trame est composée
d'une voirie simple; c'est à
dire que c'est autour de la
voirie, construite en premier,
que le bâti est ensuite
implanté.

Quartier de La Montagne Motif régulier, forme de

chandelier

Dans ce troisième exemple, la
structure viaire est complexe
et fragmentée. La nouvelle
voirie s'adapte au bâti
existant et aux axes
précédemment tracés

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Quartier de La Source Pas de motif régulier, forme

complexe

Sans se prononcer de façon exclusive, nous pouvons tirer de ces exemples deux conclusions:

· Quand la trame est composée de motifs réguliers, l'emprise du quartier est plus facile à déterminer, ce qui n'est pas le cas du quartier de La Source.

·

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Les formes géométriques simples (chandelier, damier) sont associées à des périodes de forte planification urbaine qui s'exerce sur des espaces vides. A contrario, dans des quartiers comme La Source où l'histoire urbaine est plus chaotique, et pour lesquels les mutations se sont étalées dans le temps, le motif et la forme de la trame urbaine sont complexes.

Des fonctions urbaines structurantes

Dans un premier temps, les fonctions urbaines ont été assimilées à la ville; on peut aujourd'hui tenter de comprendre comment sont réparties les différentes fonctions dans son organisation. Non pas pour comprendre « les lieux comme s'ils étaient prédestinés exerçant une fonction en vertu d'une vocation »32 mais bien pour établir des « pôles d'activité plus ou moins bien accomplis » 33 comme nous le recommande R. BRUNET.

La BD TOPO® Pays de l'IGN34 distingue huit classes d'objets dans une zone agglomérée: administratif, culture et loisirs, enseignement, gestion des eaux, industriel ou commercial, santé, sport et transport. Si l'on ajoute les fonctions résidentielles (essentiellement au-dessus des 100m d'altitude) et militaires (à l'ouest de la Rivière des Pluies et au pied de La Montagne), on couvre la majorité des fonctions urbaines.

Fig. 3: Les classes d'activités de Saint-Denis

La corrélation entre quartier et fonction urbaine pourrait être définie assez finement (en calculant par exemple le ratio surfacique entre bloc IRIS de l'INSEE et classe d'activité de la BD TOPO). Toutefois, pour notre travail, nous en resterons à une analyse plus simple et intuitive.

Nous noterons donc qu'un certain nombre de quartiers peuvent être associés à leur fonction

32 BRUNET, R. et alii., Les mots de la géographie: dictionnaire critique, 1993.

33 BRUNET, R. et alii., Les mots de la géographie: dictionnaire critique, 1993.

34 Institut Géographique National, BD TOPO® Pays Version 1.2 - Descriptif de contenu, 2002.

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spécifique (administrative, commerciale...), ce qui structure fortement leur espace. En revanche d'autres quartiers ne présentent pas de fonction majeure suffisamment forte, et sont considérés alors comme des quartiers de résidence à habitat individuel ou collectif, comme La Source.

Quartier

Fonction principale

Bellepierre

Résidence (individuel)

Centre-ville

Administrative et commerciale

Champ Fleuri

Sportive et administrative

Commune Prima

Industrielle et commerciale

Le Chaudron

Résidence (collectif)

La Source

Résidence (collectif)

Petite-Ile

Militaire et industrielle

Moufia

Enseignement

Fig. 4: Quartiers de Saint-Denis et leurs fonctions principales

Le quartier comme échelle de recherche

La première approche que l'on peut avoir du quartier est liée directement à l'organisation spatiale et sociale de la ville. « Portion assez quelconque de l'espace »35, on a vu précédemment qu'il pouvait déjà se distinguer par ses fonctions, sa structure, son histoire...

Mais ces critères n'en font pas toutefois un véritable territoire, c'est à dire un espace approprié. Pour cela il faut, de plus, tenir compte de la perception de ses habitants, de l'homogénéité de leurs représentations et de leurs habitudes de vie. Autrement dit, il faut « passer d'une géographie de l'objet quartier à une géographie du sujet producteur de cet objet, étant entendu qu'entre objet et sujet la relation est dialectique »36. Ainsi nous reprenons à notre compte l'idée que le quartier est d'abord « medium fort subtil de l'interaction sociale »37 où le flou de ses limites est peu à peu levé par les habitants eux-mêmes.

Quant à la spécificité du kartié réunionnais, Michel WATIN nous indique qu'il tend, surtout en milieu urbain, à disparaître: « A la diversité sociologique du kartié créole succède maintenant un quartier sociologique homogène où l'accès à la résidence est fonction des revenus. »38

Reste toutefois que c'est sur ce territoire que se cristallise une vie sociale spécifique. En témoignent l'organisation spatiale de l'espace par les boutiks, le marché forain et autres terrains de jeux, les relations inter-individuelles entre voisins et amis qui se connaissent de longue date,

35 BRUNET, R. et alii., Les mots de la géographie: dictionnaire critique, 1993.

36 HUMAIN-LAMOURE, A.L., Le quartier comme objet en géographie, 2009.

37 DI MEO, G., Géographie sociale et territoires, 1998.

38 WATIN, M., Les espaces urbains et communicationnels à La Réunion: Réseaux et lieux publics, 2005.

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les structures associatives, sportives et culturelles qui peuvent permettre d'approfondir l'histoire du quartier...39

Aussi le terme de quartier, dans la mesure où il indique une échelle tout en signifiant des liens noués entre l'espace et ses habitants, nous semble approprié pour la suite de notre recherche.

La mobilité et l'espace public

Il apparaît de plus en plus que les notions de mobilité et d'espace public sont intimement liées. En effet, plus les habitants d'un quartier ont la possibilité d'aller ailleurs trouver ce qu'ils désirent -que ce soit pour des raisons professionnelles, pour des achats ou pour leurs loisirs, plus le risque est grand qu'ils négligent leur environnement immédiat. « Avec la démocratisation de la voiture, et l'amélioration du réseau routier, sortir du kartié ne constitue plus du tout un acte exceptionnel. Les individus peuvent plus facilement qu'avant [...] entretenir des relations suivies avec des personnes [...] dispersées sur toute l'île. »40 A cela M. WATIN ajoute les réseaux de télécommunication et la transformation de l'espace médiatique comme catalyseurs d'espaces publics.

Dans la mesure où ces notions de mobilité et d'espace public ont un impact direct sur les habitudes des populations, nous pouvons en déduire que c'est l'idée même de territoire qui est modifiée.

Dans notre travail, ce lien est confirmé par les projets d'aménagement du Boulevard Sud, dont l'objectif, en plus de fluidifier la circulation, consiste à « être générateur d'espaces publics dignes de ce nom. »41

C'est à dire qu'au-delà de la structure urbaine proprement dite, il nous faut à présent nous pencher sur des aspects plus humains de la géographie urbaine de La Source, et définir plus précisément les idées de perception, de pratiques et d'identité des groupes humains qui se rattachent à ce quartier.

39 En ce sens le livre de Clairy Andoche et des jeunes du foyer de La Source aux éditions Azalées en est un très bon exemple (cf. bibliographie).

40 WATIN, M., Les espaces urbains et communicationnels à La Réunion: Réseaux et lieux publics, 2005.

41 DDE REUNION, Le Boulevard Sud: un boulevard urbain - un boulevard humain, 1996.

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