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La remise en cause des frontières africaines. Cas de la RDC

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par Olivier DIEMBY MALENGA
Université technologique Bel Campus à  Kinshasa en RDC - Licence en relations internationales option politique internationale 2012
  

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2.3. Le tracé définitif des frontières de la RD Congo

Les frontières internationales actuelles de la RD Congo sont les résultats des conventions, traités, accords, protocoles et arrangements suivants (Cfr. Annexe 3) :

· 5 février 1885

L'EIC a abandonné la rive droite du Congo, c'est-à-dire le bassin du Kwilu-Niari suivi du 29 avril 1885, pour la rive droite de l'Ubangi. Ainsi, est définitivement fixée la frontière occidentale sur l'Ubangi jusqu'au 4ème parallèle nord, afin de permettre à la France d'avoir accès à la vallée du Nil.

· 21 mai 1891

Signature d'un accord entre l'EIC et le Portugal, fixant la frontière entre la RD Congo et l'Angola. Tous les territoires situés entre les 6ème et 8ème degrés de latitude Sud reviennent à l'EIC tandis que le Portugal s'octroie ceux s'étendant entre le Kwango et le Kasaï depuis le 8ème degré de latitude Sud.

· 12 mai 1894

Est signée entre l'EIC et l'Angleterre la convention fixant les frontières entre l'EIC et le Soudan, entre l'EIC et l'Ouganda et entre l'EIC et la Tanzanie. En fait, cet accord concède à Léopold II à "bail", le sud Soudan égyptien. Objet de protestations généralisées de la part des puissances, Léopold II se contente du traité anglo-congolais du 09 mai 1906, abrogeant le bail sur le Bar el-ghazal de l'enclave de Lado sur le haut Nil. En 1910, Léopold II meurt et l'enclave est rendue au Soudan. Cette convention concernait également la frontière entre l'EIC et la Rhodésie du Nord (République de Zambie).

· 19 avril 1897

Signature entre l'EIC et la France du Protocole sur les frontières entre l'EIC et l'Afrique Orientale Française (République Centrafricaine).

· 10 mai 1910

Signature du protocole fixant les frontières orientales de l'EIC avec l'Ouganda, le Rwanda et l'Urundi.

· 14 mai 1910

Signature à Bruxelles entre les "délégués du Roi des Belges et ceux du gouvernement de l'Empereur de l'Allemagne, Roi de Prusse, de l'arrangement en vue de la fixation du tracé d'une frontière définitive entre la colonie du Congo et le Protectorat allemand de l'Afrique Orientale au nord de Tanganyika-Rwanda-Urundi".

· 16 mai 1910

Signature entre la Belgique et les autorités anglo-soudanaises, de l'arrangement portant sur la remise de l'Enclave de Lado au Soudan.

· 11 août 1910

Signature entre la Belgique et l'Allemagne de la convention portant approbation de l'arrangement du 14 mai 1910.

· 14 juin 1911

Approbation, confirmation et ratification de la convention ci-dessus par le Roi des Belges (Albert 1er). Signature à Bruxelles, du Procès-verbal de l'échange des ratifications de l'empereur de l'Allemagne, Roi de Prusse et du Roi des Belges sur la convention conclue entre l'Allemagne et la Belgique, le 11 avril 1910, pour déterminer les frontières du protectorat allemand de l'Afrique orientale et de la colonie belge du Congo. Ces actes ont été trouvés exacts et concordants et l'échange a été opéré.

· 1926

Signature entre la Belgique et le Portugal du Traité Saint-Paul de Luanda portant arrangement sur la frontière entre l'EIC et l'Angola.

Comme on peut le constater, l'actuelle délimitation de la frontière nationale requit donc un travail ardu et long. Elle fut le fruit de nombreuses négociations nombreuses mais où n'entraient nullement en ligne de compte les formations ethniques en place. C'est ainsi que les anciennes entités politiques ont été dispersées. L'ancien royaume du Kongo fut découpé entre l'Angola, l'EIC et le Moyen-Congo ; l'empire Lunda entre l'Angola, l'EIC et la Rhodésie du Nord ; l'empire Luba entre l'EIC et la Rhodésie du Nord, le domaine des Bami se retrouve à la fois à l'EIC et au Rwanda-Urundi ; les Zandé entre l'EIC et le Soudan et l'Ubangi-Chari ; les Ngbandi entre l'Ubangi-Chari et l'EIC.

Que le tracé frontalier ait été laborieux, cela est évident et il fallut toute l'adresse d'un Léopold II pour y parvenir. Pour s'en convaincre, il suffit de se rappeler par exemple comment s'est déroulée la récupération de l'embouchure du fleuve, pour éviter que le nouvel Etat soit étouffé par l'absence d'un débouché à la mer. Le Portugal, pour faire prévaloir ses droits sur cette embouchure avait eu recours à la protection de l'Angleterre lors du traité anglo-portugais du 26 février 1884 qui interdisait à toutes les puissances l'accès à celle-ci. Comment contourner cet écueil ? Léopold II s'employa d'abord à faire reconnaître l'AIC par la jeune grande puissance des USA. Ce qui fut fait en avril 1884. Ensuite il offrit à la France le droit de préférence sur le territoire congolais. Celle-ci accepta. Ce droit de préemption signifiait que les territoires de l'AIC reviendraient automatiquement à la France en cas de dissolution de cet organisme. L'Allemagne et l'Angleterre se retrouvèrent devant un fait accompli. Pour ne pas avoir à affronter la domination française dans le bassin du Congo, il fallait adopter les positions de celle-ci et reconnaître l'AIC. Ce que fit l'Angleterre le 16 décembre 1884. Le Portugal se retrouva isolé et fut bien obligé de reconnaître l'EIC.23(*)

Parfois, les rivalités frontalières suscitèrent des conflits armés par personnes interposées. Les épisodes de guerre évoqués ont été pour la plupart des batailles menées dans l'espoir d'élargir les frontières au maximum. Certains conflits sont restés célèbres dans l'histoire de la conquête coloniale à cause de l'importance qu'ils ont eue pour la suite des événements. Stanley et Savorgnan de Brazza ont donné le ton dans la course qui les opposa pour l'occupation du Pool. Cette opposition survit encore aujourd'hui dans la position concurrentielle et donc conflictuelle de Brazzaville et de Kinshasa et les rapports tumultueux qu'entretiennent ces deux métropoles. La cession du Kwilu-Niari aux Français a rétréci considérablement l'espace maritime de la RD Congo. Sans cet arrangement, le littoral de la RD Congo aurait été plus long, rendant, par le fait même, possible bien des réseaux d'échange.

L'occupation puis la perte de l'enclave de Lado (voir Cfr. Annexe 4) dans le nord-est ont provoqué des réactions. Comme on l'a vu, malgré l'échec de l'expédition Dhanis, l'occupation du sud du Soudan se réalisa partiellement avec cette enclave. Mais à la Convention du 9 mai 1906, on décida que toute cette région devait être abandonnée au profit de l'Angleterre ; celle-ci préféra ménager l'Egypte, qui avait également quelque ambition sur cette région. On allait évoluer vers le statut du Soudan anglo-égyptien. L'évacuation de l'enclave et du Bahr el-Ghazal se fit en 190724(*). La grande conquête de l'EIC ne demeura plus qu'un souvenir, avec un nom glorieux comme Redjaf, et la victoire de Chaltin.25(*)

Il est donc clair qu'au début, la Conférence de Berlin, étant partie sur des prémisses et des bases fausses, définit des frontières arbitraires sans tenir compte d'aucune structure locale, piégeant toutes les activités entre peuples de même origine. Ce qui fait qu'il y eut des conflits un peu partout autour des frontières de la RD Congo, entre autres ceux opposant les colons de la Rhodésie du Nord et du Congo belge le long de la Luapula et du lac Moero. Toutefois, de toutes les frontières de la RD Congo, celle du sud-est et du nord du pays paraît être les limites officielles du pays les moins contestées actuellement.

* 23 Banning, E., cité par NDAYWEL, I., Op. cit., p .315.

* 24 http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Central_Equatoria_Map.svg

* 25 F.B., cité par NDAYWEL, I., Op. cit., p.315.

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