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La remise en cause des frontières africaines. Cas de la RDC

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par Olivier DIEMBY MALENGA
Université technologique Bel Campus à  Kinshasa en RDC - Licence en relations internationales option politique internationale 2012
  

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2.3.3.1. Autochtones/étrangers

Le Kivu a longtemps été une terre d'accueil pour les migrants originaires du Rwanda. Moins peuplé que celui-ci, il lui a servi d'exutoire démographique : les migrations spontanées ou organisées par l'administration coloniale belge dans le cadre de la Mission d'Immigration des Banyarwandas (MIB) mise en place en 1937, ont drainé des flux de migrants estimés à 200 000 pour la période coloniale et 100 000 pour la première décennie d'indépendance. Bien qu'il n'y ait pas eu de recensement démographique depuis 1984 et que les comptages ethniques soient l'objet de manipulations, il est avéré que les territoires de Rutshuru et du Masisi sont majoritairement peuplés de rwandophones. Dans le Bwisho (au nord-est de Rutshuru) jadis dépendant du royaume du Rwanda leur présence a des racines anciennes. Au Masisi la migration n'a pris toute son importance qu'à partir du mandat belge.

Les populations réputées « autochtones », c'est-à-dire installées avant l'arrivée des migrants rwandais, se sont senti progressivement dépossédées de leurs prérogatives foncières et des droits symboliques qui s'y rattachent. Les tensions se sont cristallisées autour du foncier et de la question de la nationalité. La révision en 1981 dans un sens restrictif des critères permettant de se revendiquer comme Congolais (à l'époque Zaïrois) a privé des dizaines de milliers de Banyarwanda de la nationalité congolaise31(*), envenimant les relations intercommunautaires. A partir de 1990, les perspectives d'un retour à une démocratie électorale ont renforcé la crainte des autochtones, là où ils sont aujourd'hui minoritaires, de passer sous la coupe de ceux qu'ils considèrent encore souvent comme étrangers. A Kinshasa, la Conférence Nationale avait d'ailleurs fermé ses portes aux rwandophones sous prétexte de « nationalité douteuse ». C'est dans ce contexte que les tensions interethniques à Masisi ont dégénéré en 1993 en violences armées opposant les autochtones (principalement les Hunde) et les Banyarwanda (Tutsi et Hutu) ; elles ont provoqué plusieurs milliers de morts. Aujourd'hui les tensions sont à nouveau exacerbées, la guerre ayant tendance à bipolariser les antagonismes entre les Banyarwanda tutsis et les groupes ethniques autochtones du Nord-Kivu récemment regroupés dans le « G7 » (Nande, Hunde, Kuymu, Nyanga, Tembo, Kano, Mbuti)32(*).

2.3.3.2. Hutu/Tutsi

Au début de l'année 1994, il avait été mis un terme aux massacres du Masisi grâce notamment à l'intervention des autorités coutumières. Quelques mois plus tard une catastrophe d'une tout autre ampleur s'abattait sur le Kivu : le déferlement massif des Hutu rwandais fuyant leur pays devant l'avancée victorieuse de l'Armée Patriotique Rwandaise (APR). La guerre du Rwanda, sur fond d'exaspération des haines entre Hutu et Tutsi jusqu'au paroxysme du génocide de 1994, étendit alors ses métastases au Kivu. L'installation durable de plus d'un million de Hutu dans des camps de réfugiés situés à proximité de la frontière rwandaise33(*) contribua à déstabiliser une région déjà fragile, réactivant l'hostilité des autochtones envers les Banyarwanda, mais surtout envers les Tutsi congolais, lesquels ne cachaient pas leurs sympathies pour le nouveau régime de Kigali. Plusieurs milliers d'entre eux avaient d'ailleurs rejoint les rangs de l'Armée Patriotique Rwandaise. Beaucoup participèrent à l'opération militaire initiée par le Rwanda pour éliminer les camps de réfugiés du Kivu. Ils servirent de couverture à l'offensive de l'automne 1996 et firent le lit de l'AFDL34(*) de Laurent Désiré Kabila. Ils prirent part à la destruction des camps et aux massacres massifs de Hutu qui l'ont accompagnée. Si les rescapés Hutu qui forment aujourd'hui l'ossature du Front Démocratique pour la Libération du Rwanda (FDLR) ont pu maintenir leur présence au Kivu, c'est avec la complicité de certaines autorités locales hostiles aux Tutsi. Cette hostilité recouvre souvent des rivalités économiques, comme c'est par exemple le cas parmi les Nande de Butembo et de Béni dont les grands commerçants sont en concurrence avec les Tutsi. On assiste ainsi à des recompositions des antagonismes ethniques, les autochtones pouvant se rapprocher des Banyarwanda hutu dans des alliances de circonstance contre les Tutsi.

* 31  Pabanel J.P., « La question de la nationalité au Kivu », in Politique africaine, n° 41, mars 1991, pp.43-44.

* 32 Roland Pourtier, Op.cit.

* 33 Idem.

* 34 Ibidem.

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