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Les jeunes mahorais et comoriens à  la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

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par Jean Kraemer
Université de la Réunion - Master Sciences et techniques de l'Information et la Communication 2012
  

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PARTIE II - METHODOLOGIE

1. La population étudiée : Les jeunes mahorais et comoriens 101

1.1. Mahorais ou Comoriens ? 101

1.2. Les jeunes participants à l'étude 102

1.2.1. Les jeunes Mahoro-Comoriens interrogés

1.2.2. Les autres participants : éléments de comparaison et de cadrage

1.3. Le contexte relationnel, facteur de limitation des biais 103

2. Les outils d'étude empirique 105

2.1. Un premier questionnaire, guide d'entretien 105

2.2. Des entretiens semi-directifs 105

2.3. Pages personnelles de réseau social (facebook) : amis, iconographie, langages 107

3. Les thèmes d'étude 108

4. Modalités d'enquête de terrain 108

Annexes à la partie méthodologique : 109

1. Le questionnaire

2. Le guide d'entretien

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

PARTIE III - ETUDE DE TERRAIN

Chapitre 1- LES JEUNES MAHORO-COMORIENS à LA REUNION

1. Les mobiles de la migration 113

2. Sentiments d'appartenance et identité 115
2.1. Identité et sentiment d'appartenance : plutôt mahorais ou comorien que créole 115

2.2. Des origines souvent plurielles, mais unicité d'identité 116

2.3. Mahorais, comorien : des cultures et des pratiques distinctes 117

3. Ressenti des relations avec les créoles réunionnais 120

3.1. Ressenti de la perception des Mahorais et Comoriens par les créoles 120

3.2. Perception des attentes envers les jeunes mahorais-comoriens 122

3.3. Différence identitaire affichée par les adultes plus que par les jeunes 123

3.4. Attentes des jeunes mahorais-comoriens 124

3.5. Attentes perçues des adultes mahorais-comoriens 125

4. Un mode de vie duel, entre créole et traditionnel 126

4.1. Intégration-repli identitaire : une alternative combinatoire 126

4.2. Les réseaux affinitaires de proximité 126

4.3. Les associations et pratiques de loisirs 128

4.4. Des traditions toujours importantes 129

4.5. Pratique religieuse : un Islam non porteur de discriminations 130

4.6. Un respect des traditions annoncé comme choisi et non subi 130

5. Pratiques et usages linguistiques 131

5.1. Des pratiques adaptatives, différenciées selon la situation 131

5.2. Le créole, première langue de communication affinitaire 131

5.3. La langue d'origine à l'épreuve de l'environnement 132

5.4. Les autres pratiques linguistiques 134

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6. L'avenir par l'école 135

6.1. L'école facteur d'intégration 135

6.2. Les projets d'avenir : d'abord réussir des études 135

6.3. Des projets localisés : retour aux sources ou migration secondaire plutôt

qu'enracinement 136

6.4. Une décision autonome 138

7. Les relations familiales à la Réunion 139

7.1. Des familles étendues, très présentes, garantes de la tradition 139

7.2. Les femmes dans l'immigration 139

7.3. Endogamie et amitiés identitaires 140

7.4. Entre conformité et conformation 141

7.5. Une créolisation non obligée, (donc) partielle 142

7.6. Des migrants plutôt que des immigrants ? 143

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Chapitre 2 - LES JEUNES MAHORO-COMORIENS et les COMMUNICATIONS
(télécommunications, TIC)

1. Maintenir les relations avec le pays ou la culture d'origine 146

1.1. Les télécommunications 146

1.1.1. Le téléphone fixe

1.1.2. Le téléphone portable

1.1.3. Les communications numériques

1.2. Les autres moyens de maintien de la communication 149

1.3. Les déplacements 149

2. Les pratiques médiatiques 150

2.1. Information et distraction : priorité à la télévision 150

2.2. Les autres médias : sous-utilisation 151

2.2.1. Sous-consommation de radio

2.2.2. Pas de presse quotidienne, peu ou pas de presse magazine

2.2.3. Affichages communautaires : événementiels, discrets et peu fréquents

2.3. Des usages médiatiques spécifiques 153

3. Les usages des TIC par les jeunes mahoro-comoriens 155

3.1. Les appartenances complémentaires 155

3.2. Le téléphone portable 156

3.3. Internet 157

3.3.1. Des modes de connexion multiples

3.3.2. Les réseaux sociaux virtuels 3.3.3. La messagerie sur Internet 3.3.4. Les jeux en réseau

3.3.5. Sites identitaires, pas diasporiques

3.3.6. Utilisateurs, pas interacteurs

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Conclusions 164

Bibliographie 168

Annexes de terrain 176

1. Tableau des participants 177

2. Questionnaires complétés par les participants 178

3. Notes de transcription des entretiens avec les participants 206

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Note méthodologique préliminaire

De nombreux travaux ont été consacrés aux phénomènes de migration et à la place des immigrés dans la société française, plus rares sont ceux qui traitent plus précisément des populations migrantes subsahariennes, notamment comoriennes et mahoraises.

Les recherches portant sur l'immigration de ces dernières populations sont peu nombreuses ; ce qui nous a conduit à exploiter des sources statistiques, particulièrement INSEE et INED, mais aussi parfois journalistiques, particulièrement quand le rédacteur est universitaire.

Face à la rareté des publications académiques en ce qui concerne l'accueil et l'intégration des migrants mahorais dans l'environnement réunionnais, nous avons également du avoir recours aux travaux officiels réalisés par des organismes dépendant de la Région Réunion, le Centre de ressources de la Cohésion sociale et urbaine de la Réunion (CR-CSUR) pour la formation des acteurs sociaux ; ainsi que le Conseil économique, social et environnemental régional de la Réunion (CESER) dont les publications servent de repère aux décideurs locaux. Il est clair que ces rapports ont pour la présente recherche une valeur de constat et de témoignage plus que d'analyse.

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

Préambule :

Mayotte et les Comores : un archipel, deux pays

1. L'Union des Comores

1.1. La géographie

« L'archipel des Comores est constitué de quatre îles situées à l'entrée du canal du Mozambique, au nord-ouest de Madagascar. Les îles de Grande-Comore, Mohéli et Anjouan appartiennent à l'Union des Comores, alors que Mayotte a choisi en 1975 de rester française. Elle est depuis le 31 mars 2011 le 101ème département français. » Ministère des Affaires étrangères, 2011

La capitale des Comores, Moroni, se trouve sur la plus grande des îles, Grande-Comore, aux pieds du Karthala, volcan actif culminant à 2361m d'altitude.

Les informations proposées par le Ministère des Affaires Etrangères français indiquent que l'Union des Comores, indépendante depuis 1975 entretient d'excellentes relations avec la France. La question de la souveraineté de Mayotte est toutefois un sujet de dissension.

Près de la moitié des citoyens comoriens résident en France ainsi que de très nombreux binationaux, entre 150.000 et 300.000 au total, selon les estimations. Les deux pays coopèrent dans de nombreux domaines et au sein d'instances internationales, en Afrique et dans l'Océan Indien. La France est aussi le premier partenaire économique et commercial des Comores.

1.2. L'histoire des Comores

Les premiers groupes de peuplement des Comores remontent au 6ème siècle. « Il s'agissait probablement de peuples Bantous en provenance d'Afrique continentale. Les premières communautés musulmanes, des marchands arabo-persans, seraient arrivées dans les îles autour du 9ème siècle. A partir de cette période, les Comores sont surnommées « îles des sultans batailleurs » en raison des nombreuses disputes qui déchirèrent l'archipel jusqu'à son passage

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Les jeunes mahorais et comoriens à la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

sous protectorat français, en 1841 pour Mayotte et 1866 pour Anjouan, Grande Comore et Mohéli. » Ministère des Affaires étrangères, 2011

« Depuis leur indépendance, en 1975, les Comores ont vécu une trentaine de coups d'Etat et plusieurs crises indépendantistes. » Ministère des Affaires étrangères, 2011. Mohéli et Anjouan connaissant des mouvements sécessionnistes qui se traduisent par des tensions entre les îles.

Les mouvements indépendantistes que connaissent les îles des Comores ne se limitent pas à Mayotte, que l'Union des Comores réclame en son sein par voie diplomatique ainsi qu'au sein des instances internationales. En effet Mohéli et Anjouan connaissent également des tentations sécessionnistes qui ont mené à une révision constitutionnelle en décembre 2001. Celle-ci réaffirme son allégeance islamique, mais aussi la garantie de l'égalité des droits entre les îles et pour tous les citoyens « sans distinction de sexe, d'origine, de race, de religion ou de croyance » et l'exercice des libertés fondamentales (expression, réunion, syndicalisation...) (Site de la Présidence des Comores). Par ailleurs pour réaffirmer le fédéralisme et diminuer les tensions inter-îles, une présidence tournante a été instituée entre les îles, chacune assurant à son tour la direction de l'Union.

1.3. Les langues des Comores

« Les habitants du pays s'expriment, dans une proportion de 96,8 %, en comorien (appelé officiellement le shikomor), une langue de la famille bantoue. Selon les îles, le comorien présente plusieurs variantes dialectales et l'intercompréhension demeure relativement facile entre celles-ci. On distingue quatre variétés linguistiques: le grand-comorien ou shingazidja (à la Grande-Comore), le mohélien ou shimwali (à Mohéli) et l'anjouanais ou shindzuani (à Anjouan). » (LECLERC, Jacques, 2009)

« Le français est la langue officielle et celle des relations extérieures, mais l'arabe classique constitue la «langue religieuse». On compte moins de 2000 locuteurs ayant le français comme langue maternelle, environ 700 locuteurs s'exprimant en malgache et environ 3000 locuteurs du swahili. En fait, le statut de l'arabe tient plus du symbole que de la réalité, car on ne compte aucun locuteur dont l'arabe serait langue maternelle. » (LECLERC, Jacques, 2009)

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1.4. Aspects sociaux

Le pays est encore parfois appelé République Fédérale Islamique des Comores, 98% de ses habitants pratiquent un islam sunnite.

Le taux d'alphabétisation n'est que de 55,8 % (PNUD estimation 2008), le taux de scolarisation secondaire de 35.7%, avec des inégalités marquées entre garçons et filles, entre villes et campagnes. La scolarisation maternelle est assurée par l'école coranique, au domicile d'un dignitaire religieux qui enseigne de manière autonome. Les taux d'échec sont élevés à tous les niveaux de formation (Site officiel de l'Union des Comores, mai 2012), ce qui explique le besoin d'expatriation estudiantine ressenti par de nombreux jeunes comoriens.

1.5. L'économie Comorienne

La situation économique des Comores est précaire. « Le pays est structurellement dépendant des financements extérieurs, principalement les transferts (20% du PIB) des quelque 200.000 immigrés comoriens résidant majoritairement en France, et par l'aide des bailleurs » Ministère des Affaires étrangères, 2011

Avec un PIB par habitant de 820 $ en 2010 (estimation Banque Mondiale) et un Indice de Développement Humain qui la place 132ème sur 177 pays (Programme des Nations Unies pour le Développement - PNUD 2010), la République des Comores fait partie des PMA (Pays les Moins Avancés), avec 45% de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté. 40% de la population active est occupée dans le secteur primaire (agriculture, pêche principalement), et 12 % seulement dans l'industrie. Ministère des Affaires étrangères, 2011

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2. Mayotte, l'île aux parfums, 101ème département français

2.1. La géographie

Petit archipel d'origine volcanique, Mayotte forme la partie orientale de l'archipel des Comores. Mayotte se trouve à environ 1500 kms de La Réunion, 8 000 kms de la Métropole et 400 kms de la Tanzanie. (Ministère de l'Outre-Mer)

« Mayotte comprend deux îles principales d'une superficie de 374 km2, séparées par un bras de mer de 2kms et une trentaine de petits îlots parsemés dans l'un des plus vastes lagons coralliens du monde (plus de 1 500 km2). »

2.2. L'histoire de Mayotte

Elle est très liée à celle des autres îles de l'Archipel, protectorat, puis colonie française « La rupture entre Mayotte et le reste des Comores s'effectue pour la première fois au cours des années 1957-1958. » « Le 14 mai 1958, l'Assemblée territoriale vote une motion demandant le transfert de la capitale de Dzaoudzi à Moroni. » (Ministère de l'Outre-Mer).

L'Assemblée territoriale des Comores choisit alors le statut de TOM (Territoire français d'Outre-Mer) alors qu'à Mayotte, un peu plus de 80 % des électeurs ont exprimé leur préférence pour le statut de DOM (Département français d'Outre-Mer). (Ministère de l'Outre-Mer).

En décembre 1974, un référendum est organisé à la demande des habitants sur l'indépendance des îles des Comores. Le décompte des votes révèle que Mayotte est la seule des quatre îles des Comores à exprimer sa préférence pour le maintien dans la Nation française, avec 63,8 % des suffrages. » (Ministère de l'Outre-Mer). Un référendum de confirmation est alors organisé (loi du 31 décembre 1975) pour appeler à se prononcer sur le fait que Mayotte demeure française ou rejoigne le nouvel Etat comorien. (Ministère de l'Outre-Mer).

Le désir de maintien dans la Nation française est confirmé avec 99,4 % des voix. Par la loi du 24 décembre 1976 Mayotte est dotée du statut provisoire de « collectivité territoriale » de la République française. (Ministère de l'Outre-Mer).

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La population de Mayotte est encore consultée le 2 juillet 2000 sur l'avenir institutionnel de son île. 72,94 % des électeurs se sont prononcés en faveur de l'accession de Mayotte au statut de "Collectivité Départementale" (Ministère de l'Outre-Mer).

La Loi du 11 juillet 2001 indique que ce nouveau statut doit permettre à Mayotte d'adopter une organisation juridique, économique et sociale qui se rapproche « le plus possible du droit commun et qui sera adaptée à l'évolution de la société mahoraise. » (Ministère de l'Outre-Mer). Des dispositions en faveur du développement économique et social de l'île sont incluses dans la loi.

La loi organique du 21 février 2007 relative à l'Outre-Mer modifie largement le statut de Mayotte, et ouvre la porte à sa transformation en département d'Outre-Mer. Suivant la possibilité qui lui en était donnée, le 18 avril 2008, le conseil général de Mayotte a voté à l'unanimité une résolution demandant que Mayotte soit soumise au statut de département et région d'Outre-Mer. (Ministère de l'Outre-Mer). Un référendum a été organisé à Mayotte en mars 2009 sur cette question, et a obtenu un vote de confirmation de 95,2% selon la préfecture.

La collectivité départementale de Mayotte est ainsi devenue le 31 mars 2011 le cent-unième département de France et son cinquième département d'outre-mer.

2.3. Les langues de Mayotte

À Mayotte, les habitants Mahorais et Comoriens, respectivement 59.4% et 11.9% de la population, parlent le mahorais, appelé shimaoré, soit un total de 71,3 % de locuteurs. Pour les Comoriens, le shimaoré est une langue seconde, puisqu'ils pratiquent les autres variétés linguistiques comoriennes. (LECLERC, Jacques, 2009)

« Dans plusieurs villages on parle le kibushi, une langue malgache (de la famille austronésienne) proche du sakalava parlé à l'île de Madagascar » ces derniers représentent 22.5% des habitants. (LECLERC, Jacques, 2009)

Le français n'est pas la langue la plus parlée à Mayotte, « on estime qu'aujourd'hui environ 60 % des insulaires maîtrisent le français comme langue seconde. Il n'existerait aucun Mahorais unilingue francophone » cette situation ne concernerait que les métropolitains résidant sur l'île. (LECLERC, Jacques, 2009)

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2.4. La démographie

« En 35 ans, la population de Mayotte a été multipliée par 5, pour atteindre 186 452 habitants (recensement au 31 juillet 2007). La densité moyenne sur l'archipel s'élève à 511 habitants au km2 contre 112 pour la France métropolitaine. Depuis les années 1950, la croissance démographique de Mayotte a été portée par une natalité très élevée, et par une immigration provenant pour l'essentiel des îles voisines. Malgré le ralentissement constaté depuis 1997, lié à la baisse du taux de fécondité, près de 53 % de la population avait moins de 20 ans en 2002, pourcentage le plus élevé de tous les territoires français. » (Ministère de l'Outre-Mer)

« Mayotte connaît une forte immigration clandestine en provenance principalement des Comores et particulièrement d'Anjouan (la plus proche, à 115 kms) » (Ministère de l'Outre-Mer). Les drames sont fréquents lors de ces traversées sur des barques surchargées et mal adaptées à la navigation hauturière (les kwassa-kwassa). « Le gouvernement a renforcé son dispositif de lutte contre l'immigration clandestine (radars de surveillance). 13 329 reconduites d'étrangers ont ainsi été mises en oeuvre en 2008. » (Ministère de l'Outre-Mer). Il est ainsi très difficile de connaître précisément le nombre réel d'habitants de Mayotte, étant donnée la présence importante d'immigrants clandestins comoriens.

2.5. La société mahoraise, Islam et traditions

La société mahoraise traditionnelle fonctionne sur les principes de la prééminence du groupe sur l'individu, de la matrilinéarité (filiation définie dans la lignée maternelle) et de la matrilocalité (résidence de la famille chez la mère). La culture mahoraise s'appuie sur une tradition orale riche.

95% des Mahorais sont d'obédience musulmane et de rite sunnite. La religion occupe une place majeure dans l'organisation de la société.

Les enfants fréquentent l'école coranique, généralement tôt le matin, avant l'école laïque. L'Académie met progressivement en place les moyens d'accueil des enfants en maternelle, gage d'une meilleure acquisition du français.(INSEE 2010)

Le droit coutumier inspiré du droit musulman et des coutumes africaines et malgaches s'applique aux Mahorais qui choisissent de le conserver. Il comporte des règles particulières : polygamie, possibilité de répudiation de la femme par le mari, inégalités des sexes en matière de droit

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successoral, etc. Ils peuvent également opter pour le statut civil de droit commun français. Cependant, la grande majorité de la population méconnaît son propre statut.

2.6. L'économie mahoraise

En 2005 (données INSEE), le PIB par habitant de Mayotte était de 5200 euros par habitant, à comparer avec les 650 EUR des Comores et les 15475 EUR de la Réunion. Le dernier département français est aussi le moins riche. Mais le différentiel de revenu avec les autres îles de l'Archipel explique l'attraction que l'île aux parfums exerce sur les habitants des îles voisines. De la même manière, la Réunion attire les mahorais pour sa différence de richesse apparente et de prestations sociales.

Le secteur public reste le premier pourvoyeur d'emplois, mais les entreprises privées se développent et contribuent à la diminution du chômage, malgré une pression démographique encore forte. L'agriculture, principalement de subsistance occupe près d'un tiers des ménages, ainsi que la pêche, surtout destinée à l'autoconsommation.

Les principales exportations sont ainsi réalisées dans les produits agricoles ou dérivés, l'essentiel de la valeur ajoutée (VA) produite (donc la principale contribution au PIB) étant réalisée par le secteur du commerce. (INSEE 2010).

Le taux de chômage global est de 26.4% frappant deux fois plus les femmes que les hommes, et particulièrement important chez les jeunes (41.5% des 15-25 ans) et les étrangers (33.9%).

Le chômage diminue avec le niveau de diplômes, passant de 32.6% pour les non diplômés à 14.2% pour les bacheliers et 4.6% pour les diplômés du supérieur. (Données 2007 - INSEE 2010).

L'offre de formations supérieures se développe à Mayotte, mais reste insuffisante, ce qui explique une partie de l'émigration vers la Réunion, où l'offre est proche de celle de la Métropole. Par contre, le nombre d'élèves mahorais émigrés pour suivre des études secondaires diminue régulièrement avec le renforcement des capacités d'accueil locales. (INSEE 2010)

La Réunion apparaît pour de nombreux Mahorais et Comoriens comme l'ouverture vers une vie meilleure, pour eux comme pour leurs enfants, par rapport aux conditions de vie et aux perspectives d'évolution moins favorables, en termes éducatifs et professionnels, qu'ils connaissent dans leurs îles d'origine.

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