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« Made in China » de Jean-Philippe Toussaint -- une oeuvre hybride à la recherche de nouvelles formes littéraires


par Romain Pinoteau
Université Paris III Sorbonne nouvelle - Master 2 - Lettres modernes recherche 2018
  

sommaire suivant

UNIVERSITE PARIS III - SORBONNE NOUVELLE

UFR LLD - Département de littérature et linguistique françaises et latines

« Made in China » de Jean-Philippe Toussaint

-- une oeuvre hybride à la recherche de nouvelles formes littéraires

Mémoire de Master 2 Recherche Lettres Modernes - Langue et littérature française préparé sous la direction de M. Michel Bernard

Par

Romain Pinoteau

Année universitaire 2017-2018

N étudiant : 20862750

Jokisuunpolku 2 A 6, 00560, Helsinki, Finlande romain.pinoteau@laposte.net

II

TABLE DE MATIÈRES

Introduction 1

I Présentation de l'auteur, son éditeur et le projet de Made in China 3

A. Le parcours d'un écrivain de recherche au sein des Éditions de Minuits 3

a) Sa vie et ses influences 4

b) L'écrivain et son éditeur, une longue collaboration empreinte d'amitiés 6

c) Un artiste éclectique 9

B. Le projet insolite de Made in China aux prestigieuses Éditions de Minuit 13

a) Thèmes relevant du vécu de Jean-Philippe Toussaint en Chine 13

b) Un récit d'une grande complexité 16

c) L'essai d'un livre numérique dans une maison d'édition de renom 19

C. La vie de Made in China depuis sa sortie : chiffres clés, promotion et réactions 22

a) Chiffres clés de Made in China depuis sa première publication 23

b) La promotion du livre par Jean-Philippe Toussaint ainsi que des regards

d'écrivains sur son oeuvre 24

c) Expositions et critiques dans les médias ainsi que répercussions sur les réseaux

sociaux 26

II Une oeuvre multimédia - comment faire sortir le lecteur des limites du livre ? 32

A. Les effets du multimédia sur la lecture 32

a) Définition du multimédia 33

b) La vidéo The Honey Dress rompt avec un certain silence que l'on associe à la

littérature 37

c) Une interdépendance entre le récit et le film 41

B. Récit métafictif qui traite de la création d'une oeuvre multimédia 44

a) Procédés métafictifs dans Made in China 45

b) Narration entre parenthèses et tirets 51

c) La vidéo comme métalepse dans Made in China 57

C. Diffusion multi-support - problèmes techniques liés au format 61

a) Diffusion multi-support - définition et pratiques dans le paysage littéraire 61

b) Solutions techniques pour la diffusion multi-support 63

c) Adoption du format EPUB pour Made in China 67

III Spécificité numérique de Made in China ? 71

A. Esthétique évoluant selon le support 71

a) Un plus grand confort de lecture par rapport au livre papier 72

b)

III

La mise en page s'en voit bouleversée laissant place au jugement du lecteur . 78

c) Icône - une fenêtre renvoyant vers le monde numérique 82

B. La présence d'une vidéo - expérience de lecture différente ? 85

a) L'effet de surprise 86

b) L'interdiscursivité du récit avec le film 88

c) The Honey Dress - une oeuvre qui prolonge le récit 93

C. Vers de nouvelles formes littéraires ? 96

a) Made in China repose sur la conception « classique » du livre papier 97

b) Une oeuvre hybride 100

c) Toussaint utilise avec parcimonie les possibilités du numérique 102

Conclusion 106

BIBLIOGRAPHIE 108

ANNEXES 127

iv

« La littérature, c'est souvent du cinéma. » Jean-Luc Godard

1

Introduction

L'une des dernières oeuvres littéraires de Jean-Philippe Toussaint, Made in China, paru en 2017, se distingue de ses précédents livres par sa dimension numérique. En effet, il fait bien plus que concrétiser le désir de pouvoir faire surgir de la musique dans l'un de ses livres, un fantasme qu'il a eu lors de l'écriture de Fuir (2005). En fait, ce projet est donc un accomplissement personnel pour Toussaint puisqu'il réussit à mettre une de ses oeuvres cinématographique, The Honey Dress, au sein même de la version numérique de ce livre. Il y a encore quelques années cela n'était pas techniquement possible. La question est de savoir pourquoi fondamentalement Toussaint s'est intéressé à mener ce projet. En fait, tout s'explique si nous reprenons une de ses déclarations lors d'un entretien concernant Faire l'Amour (2009) : « --- j'ai envie d'être un auteur contemporain et de marquer mes livres dans l'époque qui est la mienne. »1. En fait, nous constatons que les usages de la lecture numérique évoluent, comme le montre une dernière étude de 2018 du Syndicat national de l'édition2. En effet, ce public habitué au numérique est de plus en plus technophile, il évolue donc dans un espace où le texte, le son et l'image sont naturellement présents. Le numérique fait donc partie de notre quotidien. Toussaint devait donc inscrire, d'un point de vue technologique, au moins un de ses livres dans notre époque qui se situe encore entre le texte et l'image, c'est en cela que Made in China est un cas à part dans le monde de l'édition française. Pourtant, ce qu'il y a de tout à fait intéressant chez-lui, c'est qu'il ne se place pas comme un technicien mais bel et bien comme un écrivain à part entière. Il utilise donc ces moyens mis à sa disposition avec une vision purement littéraire. Cela nous amène à nous interroger sur la version numérique de Made in China, afin de savoir en quoi elle apporte une réelle plus-value d'un point de vue littéraire en parvenant à faire sortir le lecteur hors des frontières classiques du livre.

1 Arnaud Moulhiac, « Rencontre entre Jean-Philippe Toussaint et Arnaud Moulhiac », La Page, en date du 2 Septembre 2008, p. 23.

2 8ème Baromètre sur les usages du livre numérique, Étude conduite par la Société Française des Intérêts des Auteurs de l'écrit (La Sofia), le Syndicat national de l'édition (SNE) et La Société des Gens de Lettres (SGDL), France, 2018, consulté [en ligne] le 5 avril 2018, https://www.sne.fr/app/uploads/2018/03/barometre-2018_HD2-imprimeur.pdf

2

Dans la première partie de notre travail, nous retracerons la vie mais aussi le parcours littéraire de Jean-Philippe Toussaint, ce qui est indispensable pour comprendre comment il est arrivé à cette forme de publication hybride. Nous montrerons aussi pour quelles raisons Les Éditions de Minuit ont accepté la proposition de cet auteur en faisant l'historique de cette maison d'édition mais aussi en mettant en évidence ce qui la lie à Jean-Philippe Toussaint. Nous retracerons les premiers mois de la sortie de Made in China afin de mieux voir quel retentissement l'oeuvre de Toussaint a eu sur le public et les critiques surtout par rapport à son aspect numérique. Dans la deuxième partie, nous verrons de quelle manière Made in China est une oeuvre multimédia à part entière. Nous analyserons comment Jean-Philippe Toussaint, avec son propre style, arrive à faire sortir le lecteur du livre en se situant dans la lignée des Nouveaux romanciers, mais aussi grâce au film The Honey Dress qui figure au coeur de la version numérique. Pour finir, nous montrerons en détail les spécificités de Made in China concernant son esthétique qui peut selon l'envie du lecteur changer en apparence, mais aussi voir si la présence d'une vidéo conduit à une expérience de lecture différente et si Toussaint réussit, avec Made in China, à créer de nouvelles formes littéraires.

3

I Présentation de l'auteur, son éditeur et le projet de Made in China

L'année 2017 a marqué la parution de Made in China par Jean-Philippe Toussaint aux Éditions de Minuit. Pour mieux comprendre la place que cette oeuvre hybride occupe dans la production littéraire de Jean-Philippe Toussaint, nous brosserons donc le parcours de cet auteur ainsi que l'histoire et la relation particulière qu'il entretient avec cette maison d'édition, depuis maintenant plus de trente ans. Cela nous amènera bien sûr à parler du récit de ce roman et à voir de quelle manière ce livre a été reçu par la presse mais aussi par le public.

A. Le parcours d'un écrivain de recherche au sein des Éditions de Minuits

Jean-Philippe Toussaint, comme nous allons le voir plus précisément, a connu le succès au milieu des années 80. Sa vie et ses multiples influences littéraires ont formé un écrivain tout à fait original dans le monde littéraire d'aujourd'hui, dans le cadre des Éditions de Minuit, une véritable institution dans le paysage littéraire français. D'ailleurs, Toussaint se définit comme un écrivain de recherche faisant partie de la même famille que Robbe-Grillet, Samuel Beckett, ou bien encore Claude Simon, ses illustres prédécesseurs3. En effet, Toussaint est écrivain, cinéaste et photographe ; sa curiosité l'amène donc à explorer de nombreux univers à la fois complémentaires et différents. De plus, il a créé un site Internet, jptoussaint.com, accessible gratuitement pour la promotion et la diffusion de ses oeuvres. En effet, grâce à ce média en ligne, le lecteur peut se plonger dans son univers4 où l'on retrouve son actualité et la présentation de l'ensemble de ses oeuvres.

3 Jean-François Cadet, « Jean-Philippe Toussaint, made in China », Vous m'en direz des nouvelles!, RFI, du 23 octobre 2017, consulté [en ligne] le 30 décembre 2017, http://www.rfi.fr/emission/20171023-jean-philippe-toussaint?ref=fb

4 JPTOUSSAINT.COM, Site Internet de Jean-Philippe Toussaint, consulté [en ligne] le 29 septembre 2017, http://www.jptoussaint.com/

4

a) Sa vie et ses influences

Jean-Philippe Toussaint, écrivain belge, connaît un succès fulgurant avec La Salle de Bain publié, en 1985, ce qui marque un tournant dans sa vie car il devient, à peine à l'âge de 28 ans, un auteur de renom. Pourtant, comme le concède Toussaint, son envie d'écrire n'est intervenue qu'à l'âge adulte, n'ayant eu, durant son enfance, aucun goût pour la littérature. En fait, ce n'est qu'à vingt ou vingt-et-un ans, sans doute en 1979, il n'en n'est plus sûr, qu'il prend brusquement cette décision lors d'un déplacement en bus dans le XIème arrondissement de Paris, une sorte de révélation. En fait, comme l'explique Toussaint, ce déclic s'est produit durant une période où il n'avait lu que deux livres Les Films de ma vie (1975) de François Truffaut et Crimes et châtiments (1866) de Dostoïevski qui l'influencèrent d'une manière déterminante. D'ailleurs, Toussaint affirme qu'un mois après avoir lu le livre de Dostoïevski, il se lança réellement dans la littérature5. Ses multiples influences littéraires se retrouvent dans ses oeuvres, aussi dans Made in China, et c'est pourquoi il est indispensable de les analyser.

Jean Philippe Toussaint s'est nourri de l'oeuvre littéraire de Gustave Flaubert tout au long de sa carrière. D'ailleurs, il dit volontiers que toute l'expérience de Flaubert sur la manière dont lui-même a vécu le fait d'écrire, l'ont bien plus porté que ses livres à proprement parler. De plus, il y a cette idée novatrice chez l'auteur de Madame Bovary (1857) d'écrire un livre sur rien, comme le mentionne une lettre destinée à Louise Collet, qui s'approche de la propre vision de la littérature de Toussaint : « Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c'est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style, comme la terre sans être soutenue se tient en l'air, un livre qui n'aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presque invisible, si cela se peut. »6. Toussaint voit donc Gustave Flaubert comme un véritable

5 Jean-Philippe Toussaint, « Le jour où j'ai commencé à écrire », Bon-a-tirer.com, trimestriel, vol.1, en date du 15 février 2001, consulté [en ligne] le 1er décembre 2017. http://www.bon-a-tirer.com/volume1/jpt.html

6 Gustave Flaubert, Correspondance : année 1852, Lettre de Flaubert à Louise Collet, en date du 16 janvier 1958, Édition Louis Conard, consulté [en ligne] le 2 novembre 2017 sur le site du Centre Flaubert de l'Université de Rouen Normandie. http://flaubert.univ-rouen.fr/correspondance/conard/outils/1852.htm

5

précurseur et s'inscrit, d'ailleurs, tout à fait dans cette filiation. De plus, il a, tout comme Flaubert, la même conception de la littérature, c'est-à-dire que le fait d'écrire est sacré7. Toussaint, comme le souligne Agnès Mannooretonil, se situe aussi dans une tradition française du style, dont Flaubert incarne le parfait modèle, qui s'attachait autant sinon plus à la façon d'élaborer son récit d'une manière particulièrement aboutie du point de vue stylistique qu'à l'histoire elle-même.8 En fait, Toussaint se sent tout à fait solidaire de cet auteur qui a vraiment souffert lors de la rédaction de ses oeuvres9. Il affectionne aussi Proust, car pour lui les personnages doivent être pleins de vie et occuper une place essentielle dans les livres, comme il le dit dans un entretien avec William : « Pensons à Proust par exemple, un écrivain que j'aime beaucoup. Chez lui, les personnages de fiction ont une réalité plus grande que leur modèle. »10. Toussaint s'intéresse également à certains aspects de la philosophie comme Les Pensées (1670) de Blaise Pascal, et plus précisément à la théorie des deux infinis, l'infiniment grand et l'infiniment petit, comme nous le verrons plus tard. De plus, il s'est penché sur la science, notamment avec la mécanique quantique de Werner Heisenberg ; ce qui le fascine sans doute, c'est que dans ce domaine aucune erreur n'est permise. Il faut donc avoir énormément de rigueur afin d'aboutir sur des certitudes. Chez Toussaint, il y a cette similitude notamment dans le souci du détail. Tout doit être parfaitement dosé, chaque mot, mais aussi chaque espace a été parfaitement pensé afin de faire de l'ensemble de ses récits comme un tout, où le hasard, dans la forme, n'a pas sa place.

7 Thierry Roger, « Entretien avec Jean Philippe Toussaint, Flaubert vu par les écrivains contemporains », vidéo [en ligne] en date du 18 avril 2015, consulté [en ligne] le 2 novembre 2017 sur le site de l'Université de Rouen Normandie, https://webtv.univ-rouen.fr/videos/entretien-avec-jean-philippe-toussaint/

8 Agnès Mannooretonil, « Jean-Philippe Toussaint. Ou l'art délicat de l'infinitésimal », Études, 2014, pp. 73-82, consulté [en ligne] le 03 novembre 2017, https://www-cairn-info.ezproxy.univ-paris3.fr/revue-etudes-2014-9-page-73.htm

9 Thierry Roger, « Entretien avec Jean Philippe Toussaint, Flaubert vu par les écrivains contemporains », vidéo [en ligne] en date du 18 avril 2015, consulté [en ligne] le 2 novembre 2017 sur le site de l'Université de Rouen Normandie, https://webtv.univ-rouen.fr/videos/entretien-avec-jean-philippe-toussaint/

10 William Irigoyen, « Jean-Philippe Toussaint dans le bain de l'imprévu », L'Orient littéraire, supplément mensuel de L'Orient LE JOUR, publié [en ligne] en octobre 2017, consulté [en ligne] le 1er janvier 2018, http://www.lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=6&nid=7004

6

Nous ne pouvons brosser les influences littéraires de Toussaint sans évoquer Samuel Beckett, car comme nul autre écrivain, il a influé d'une manière prépondérante sur sa carrière littéraire. D'ailleurs, il l'a tellement subjugué que lorsque Toussaint commence à écrire, deux ou trois de ses oeuvres se révèlent être quasiment des copies conformes de celles de son mentor de l'époque. En fait, Toussaint ne s'en rend même pas compte sur le coup, tellement il est envoûté par Samuel Beckett. En effet, il lui faut écrire La Salle de bain (1985) pour que cette emprise disparaisse et qu'il arrive à maîtriser ces multiples influences11. Toussaint ne tarit pas d'éloge vis-à-vis de Beckett, il en parle même durant son discours d'entrée à l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique en 2015. Toussaint parle de lui-même comme un descendant spirituel de Beckett. Il ajoute qu'il y a dans l'Urgence et la Patience (2012) un texte d'hommage intitulé « Pour Samuel Beckett ». D'ailleurs, Toussaint en cite un extrait qui résume l'estime qu'il éprouve pour lui : « C'est la lecture la plus importante que j'ai faite dans ma vie. Mon seul modèle. »12. En fait, il s'identifie particulièrement à Beckett, parce qu'il éprouve le même amour des mots que ce dernier évoque dans Têtes-Mortes (1972) en écrivant : « J'ai l'amour du mot, les mots ont été mes seuls amours, quelques-uns. »13.

b) L'écrivain et son éditeur, une longue collaboration empreinte d'amitiés

Jean-Philippe Toussaint s'inscrit pleinement dans l'histoire des Éditions de Minuit. En effet, elle a été sa seule maison d'édition, de 1985 jusqu'à aujourd'hui. Cette collaboration de plus de trente ans débute par une rencontre extraordinaire pour Toussaint, car celui qui lui donne sa chance n'est autre que l'emblématique Jérôme Lindon, le patron, à l'époque,

11 Michèle Ammouche-Kremers et Henk Hillenaar Eds, Jeunes auteurs de Minuit, Éditions de Minuit, Paris, 1994, p. 30, consulté [en ligne] le 3 novembre 2017, https://books.google.fr/books?hl=fi&lr=&id=TabI5S_qUDgC&oi=fnd&pg=PA27&dq=jean-philippe+toussaint+beckett&ots=VzxOZXmKmC&sig=t9bxzzrukjJ7zZYNa1wKi2FKgsE#v=o nepage&q=jean-philippe%20toussaint%20beckett&f=false

12 Jean-Philippe Toussaint, « Réception de Jean-Philippe Toussaint. Séance publique du 16 mai 2015 », Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, Bruxelles, 2015, p.5, consulté [en ligne] le 4 décembre 2017, www.arllfb.be/ebibliotheque/discoursreception/toussaint16052015.pdf

13 Samuel Beckett, « D'un ouvrage abandonné », in Têtes-Mortes, Éditions de Minuit, Paris, 1972, p. 17.

7

de cette prestigieuse maison qui a fait publier pour la toute première fois Samuel Beckett14. Cet évènement marque un tournant dans sa vie, car il commence à côtoyer un homme qui se révèle être pour lui d'une influence aussi prépondérante que celle de Beckett : « Ces deux figures, Jérôme Lindon et Samuel Beckett, ont été les plus importantes de ma vie littéraire. »15. D'ailleurs, Toussaint les réunit dans un passage autobiographique de L'Urgence et la Patience (2012) ce qui prouve son admiration pour ces deux hommes : « Jérôme Lindon est mort en avril 2001, et un jour de 2002 que je passais au cimetière Montparnasse à la recherche de sa tombe, je suis tombé par hasard sur la tombe de Beckett, qui est enterré non loin de lui. Il faisait très beau. [...] j'ai regardé longtemps la surface lisse du marbre mouillé de la tombe de Beckett qui brillait au soleil. »16. Toussaint lui consacre aussi un texte intitulé « Le jour où j'ai rencontré Jérôme Lindon » où il dépeint cette première rencontre en des termes tout à fait élogieux. D'ailleurs, en 2005, lors d'une réédition de La Salle de bain (1985), ce texte figure à la fin de l'ouvrage. De cette manière, Toussaint lui rend un hommage appuyé. En fait, une des raisons de cet attachement si singulier réside dans l'une des facettes de Lindon. En effet, Toussaint avait l'image d'un homme à la tête d'une maison d'édition trop intellectuelle, qui devait se prendre trop au sérieux alors qu'il s'est retrouvé face à une personne qui adorait l'humour, tout comme lui17.

Le rôle de Jérôme Lindon a été aussi déterminant dans les questionnements de Toussaint au sujet de la littérature. L'Appareil-photo (1989) provoque des critiques dithyrambiques, et Lindon en profite pour lui demander de quelle manière on pourrait appeler ce nouveau

14 Éditions de Minuit, Historique, consulté [en ligne] le 14 janvier 2018, http://www.leseditionsdeminuit.fr/unepage-historique-historique-1-1-0-1.html

15 Jean-Philippe Toussaint, « Réception de Jean-Philippe Toussaint. Séance publique du 16 mai 2015 », Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, Bruxelles, 2015, p.5, consulté [en ligne] le 4 décembre 2017, www.arllfb.be/ebibliotheque/discoursreception/toussaint16052015.pdf

16 Jean-Philippe Toussaint, L'Urgence et la Patience, Éditions de Minuit, Paris, 2012, p. 30.

17 Michèle Ammouche-Kremers et Henk Hillenaar Eds, Jeunes auteurs de Minuit, Éditions Minuit, Paris, 1994, p. 28, consulté [en ligne] le 3 novembre 2017, https://books.google.fr/books?hl=fi&lr=&id=TabI5S_qUDgC&oi=fnd&pg=PA27&dq=jean-philippe+toussaint+beckett&ots=VzxOZXmKmC&sig=t9bxzzrukjJ7zZYNa1wKi2FKgsE#v=o nepage&q=jean-philippe%20toussaint%20beckett&f=false

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courant littéraire. Pourtant, Toussaint, en bottant en touche, ne répond pas à cette question, puisqu'à cette époque lui-même n'a aucune conscience des enjeux que suscite son implication dans la littérature. Il faudra attendre près de 20 ans avant que Toussaint arrive, finalement, à définir ses livres par le biais d'un nouveau terme : « le roman infinitésimaliste » qui renvoie à l'idée que l'infiniment petit et l'infiniment grand ont la même importance. En effet, Toussaint trouve que ce terme est bien plus approprié que celui de roman minimaliste, dont la portée, selon lui, est trop réductrice, car elle ne fait référence qu'à l'infiniment petit18. En fait, Toussaint, dont le style littéraire très épuré s'apparente à celui du Nouveau roman, s'en distingue pourtant par son ton narquois et désinvolte, dans lequel l'histoire ou la non-histoire est toujours marquée par le contemporain. De plus, bien que Toussaint adhère à toutes les théories de Robbe-Grillet, comme celle sur l'importance de ce qui manque dans un roman, il ne partage pas l'idée que ce dernier se fait de la nature du personnage en général. En effet, Robbe-Grillet, écrivain publié aux Éditions de Minuit, considéré comme chef de file du Nouveau roman, crée des êtres déshumanisés, alors que Toussaint ne partage pas ce point de vue, car cela fait perdre un certain rapport émotif, mais aussi de l'ordre de la sensualité, entre l'écrivain et le lecteur19. Toussaint s'oppose à cette vision, parce que pour lui, l'émotion est au coeur de son oeuvre : « Je conçois mon métier comme quelque chose de vivant et d'amusant. »20. Il se distingue aussi de ses prédécesseurs par le fait qu'il ne revendique aucun projet sociologique ou ethnologique car, selon lui, cette bataille a déjà eu lieu avec succès. Il se dégage donc de toute idée d'être un écrivain engagé à part entière. Ce qui compte pour lui, c'est la littérature plus que tout autre chose.

18 Laurent Demoulin, « Pour un roman infinitésimaliste », Entretien réalisé à Bruxelles, le 13 mars 2007, consulté en ligne le 18 décembre 2017,

http://www.jptoussaint.com/documents/e/ec/Entretien sur L'Appareil-photo (2007).pdf

19 Nelly Kaprélian, « Le plus fort dans un roman, c'est ce qui manque », Les Inrockuptibles, no 721, publié [en ligne] le 22 septembre 2009, consulté [en ligne] le 4 novembre 2017, http://www.jptoussaint.com/documents/4/4b/LaVerite-revue-de-presse-2009.pdf

20 Michèle Ammouche-Kremers et Henk Hillenaar Eds, Jeunes auteurs de Minuit, Éditions Minuit, Paris, 1994, p. 27, consulté [en ligne] le 3 novembre 2017, https://books.google.fr/books?hl=fi&lr=&id=TabI5S_qUDgC&oi=fnd&pg=PA27&dq=jean-philippe+toussaint+beckett&ots=VzxOZXmKmC&sig=t9bxzzrukjJ7zZYNa1wKi2FKgsE#v=o nepage&q=jean-philippe%20toussaint%20beckett&f=false

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Jean-Philippe Toussaint, les Éditions de Minuit et le milieu littéraire subissent un véritable drame en 2001 avec la disparition de Jérôme Lindon. La perte de cet ami, aurait pu remettre tout en cause. Pourtant, Toussaint se montre fidèle à cette maison d'édition et plus particulièrement envers Irène Lindon, qui occupe le poste de son père. Depuis son entrée en 1985 aux Éditions de Minuit, il a publié les 15 oeuvres suivantes : La Salle de bain (1985), Monsieur (1986), L'Appareil-photo (1989), La Réticence (1991), La Télévision (1997), Autoportrait (à l'étranger) (2000), Faire l'amour (2002), Fuir (2005), La Mélancolie de Zidane (2006), La Vérité sur Marie (2009), L'Urgence et la Patience (2012), Nue (2013), Football (2015), Made in China (2017) et M.M.M.M. (2017). Toussaint remporte le prix littéraire de la Vocation, en 1986 pour La Salle de bain, le prix Victor-Rossel, en 1997 pour La Télévision, le prix Médicis pour Fuir en 2005, mais aussi le prix Décembre, en 2009, pour La Vérité sur Marie et pour finir le prix triennal du roman de la Fédération Wallonie-Bruxelles, en 2013, pour La Vérité sur Marie.

c) Un artiste éclectique

Jean-Philippe Toussaint ne se limite pas à la littérature, il explore bien d'autres univers comme la photographie, le cinéma ou bien encore le monde numérique. En effet, c'est pour lui une nécessité de pouvoir s'échapper, de temps à autre, du travail d'écrivain : « Ne faire qu'écrire doit être lassant. Je ne pourrais d'ailleurs pas m'imaginer ne produire que des livres. »21. Il écrit des articles dans la presse quotidienne, monte des expositions, notamment en France, en Belgique et en Asie. D'ailleurs, il s'est beaucoup rendu sur ce continent au fil des années. En fait, ces multiples facettes font de Toussaint un artiste qui s'évertue à s'approcher, le plus possible, de la réalité de notre société contemporaine. D'ailleurs, c'est ce qui l'a amené à écrire une oeuvre comme Made in China car nous y retrouvons l'ensemble de ces aspects. Il commence, vers la fin des années 70, par faire un court métrage amateur intitulé « Les dents de l'affaire », une parodie de film d'horreur22 et par la suite, il fait d'autres réalisations non professionnelles. Toussaint

21 Jean-Louis Tallon, « Entretien avec Jean-Philippe Toussaint », HorsPress Webzine culturel, Bruxelles, 2002, consulté [en ligne] le 2 janvier 2018, http://erato.pagesperso-orange.fr/horspress/toussaint.htm

22 Jean-Philippe Toussaint, « Le jour où j'ai commencé à filmer », Bon-a-tirer.com, trimestriel, vol.4, en date du 15 février 2002, consulté [en ligne] le 30 décembre 2017, http://www.bon-a-tirer.com/volume4/jpt.html

10

débute dans le cinéma professionnel en coadaptant avec John Lvoff, La Salle de bain en 1987 pour le grand écran. En 1994, il collabore aussi dans Berlin 10 heures 46, un film de Torsten Fischer et passe à la réalisation à partir de 1989 avec Monsieur, La Sévillane (1992) et La Patinoire (1999). En parallèle, il se lance dans la photographie, à l'âge de 39 ans, avec un premier cliché où son ombre paraît sur l'une des parois du temple Nanzenji de Kyoto au Japon23. Sa première exposition photographique, en 2000, eut lieu au Chapitre XII, la librairie de sa mère, puis au Japon (2000), à Bruxelles (2002), à Toulouse (2006), à Pau (2006), à Patrimonio en Corse (2008) et à Canton en Chine (2009). L'année 2002 marque aussi une exposition différente, Tokyo la nuit, qui se déroule à Bruxelles24, avec une troisième et dernière, en 2009 au Japon, toujours exclusivement sur la photographie, au CASO d'Osaka.

Toussaint organise aussi en 2012 une exposition exceptionnelle autour de ses oeuvres. En effet, le Louvre l'accueille en lui donnant carte blanche. Il présente donc toute une production visuelle « Livre/Louvre » où il se pose comme un artiste associant la parole à l'écrit mais aussi la photographie, l'ensemble forme aussi une réflexion sur l'activité même de l'écrivain inspiré par son temps lorsqu'il écrit25. En 2016, il s'aventure dans un autre monde, celui de la scène. M.M.M.M. (Marie Madeleine Marguerite de Montalte) est un spectacle qui a eu lieu en France et en Belgique où se mêlaient la lecture de morceaux choisis, la musique, la vidéo et l'art contemporain. Toussaint raconte, sur les planches, l'histoire de Marie, l'héroïne de Faire l'amour (2002), Fuir (2005), La Vérité sur Marie (2009) et pour finir de Nue (2013)26. Tout cela nous amène à voir un autre aspect de Toussaint car les voyages ont été importants dans sa vie. Il fait de nombreux

23 Jean-Philippe Toussaint, « Le jour où j'ai fait ma première photo », Bon-a-tirer.com, trimestriel, vol.2, en date du 15 mai 2001, consulté [en ligne] le 30 décembre 2017, http://www.bon-a-tirer.com/volume2/jpt.html

24 Jean-Philippe Toussaint, Curriculum Vitae, site Internet : jptoussaint.com. Consulté [en ligne] le 22 décembre 2017, http://www.jptoussaint.com/jean-philippe-toussaint.html

25 Donatien Grau, « Les jeux de l'art et de la littérature », LeMonde.fr, publié [en ligne] le 27 avril 2012, consulté [en ligne] le 3 décembre 2017, http://www.jptoussaint.com/documents/5/5b/Presse-Mainetregard-Lemonde-2012.pdf

26 Jean-Marie Wynants, « Un voyage envoûtant entre musique et littérature », Le Soir, publié le 19 avril 2016, consulté [en ligne] le 23 novembre 2017, http://www.jptoussaint.com/documents/1/11/Le_Soir.pdf

séjours en Europe, au Japon et plus particulièrement en Chine où il découvre une culture qui le fascine : « La Chine est pour moi un pays emblématique du monde contemporain; actuellement c'est peut-être en Chine que le monde se transforme le plus. »27. En fait, ce pays a été pour Toussaint une source d'inspiration prépondérante lors de l'écriture de Made in China.

Le numérique occupe également une place centrale dans sa vie : Internet le passionne, ce qui le différencie d'un certain nombre d'écrivains encore très réticents à l'idée de cette évolution des pratiques dans le domaine de la littérature. En effet, l'exemple le plus parlant est celui de Frédéric Beigbeder, un écrivain qui s'insurge contre le numérique qu'il assimile à une vrai drogue et milite pour le livre papier28. Toussaint, contrairement à ce dernier, s'intéresse véritablement aux rapports entre la littérature et Internet. En 1997, il fait une expérience en filmant la patinoire de Franconville 24 heures sur 24 à l'aide d'une Webcam. Avec cette technique, n'importe qui a pu voir en direct comment le tournage se déroulait. À partir des années 2000, Toussaint participe à un séminaire virtuel avec l'Université de Rhodes Island (Etats-Unis d'Amérique). Il lui est arrivé aussi d'utiliser Skype bien qu'il trouve que ces systèmes peuvent encore être améliorés29. En fait, Toussaint a l'envie d'être un acteur actif par rapport à Internet, c'est pourquoi il crée en 2009 son propre site : www.jptoussaint.com. À l'origine, il met en ligne ses brouillons en accès libre dans le but précis de montrer le plus possible son travail et d'en faire un espace unique : « ---je dirais que mon site est une création à part entière autour du corpus d'un écrivain. »30. Cet espace sur Internet regroupe énormément de matériel concernant

27 Margaret Alwan, « Jean-Philippe Toussaint: "La Chine, emblématique du monde contemporain" », l'Express, publié le 8 mai 2012, consulté [en ligne] le 1er novembre 2017, https://www.lexpress.fr/culture/livre/jean-philippe-toussaint-la-chine-emblematique-du-monde-contemporain 1112101.html

28 Caroline Parlanti, « Frédéric Beigbeder contre la dictature d'internet et du numérique : je dis bravo ! », l'Ohs, publié [en ligne] le 24 août 2012, consulté [en ligne] le 6 juin 2018, http://leplus.nouvelobs.com/contribution/614234-frederic-beigbeder-contre-la-dictature-d-internet-et-du-numerique-je-dis-bravo.html

29 Jean-Philippe Toussaint, « Mettre en ligne ses brouillons », Littérature, n° 178, 2015, pp. 117-126, DOI : 10.3917/litt.178.0117, consulté [en ligne] le 1er janvier 2018, https://www-cairn-info.ezproxy.univ-paris3.fr/revue-litterature-2015-2-page-117.htm

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30 Ibid.

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cet écrivain. Un planisphère apparaît lorsque l'utilisateur y accède, comme nous le montre la figure 1. C'est le monde virtuel de Toussaint avec des manuscrits, des vidéos, sa bibliographie, des articles de journaux et de revues sur ses oeuvres, des projets en ligne, un espace dédié à ses traductions dans 37 pays dans le monde, des études universitaires mais aussi des livres critiques. De plus, il utilise Facebook, où il diffuse des informations sur son actualité presqu'en temps réel, durant la promotion de son livre, Made in China. Toussaint s'inscrit donc dans son époque car en mettant gratuitement sur son site et sur Facebook du matériel mais aussi des informations sur sa carrière artistique, il arrive à toucher son public qui peut le suivre plus facilement qu'un écrivain qui ne s'intéresse pas à ce moyen de diffusion. En fait, il a assimilé ces outils numériques d'une manière totalement naturelle dans son oeuvre littéraire.

Figure 1. La page d'accueil de jptoussaint.com, le site Internet de Jean-Philippe Toussaint, Source : http://www.jptoussaint.com/.

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B. Le projet insolite de Made in China aux prestigieuses Éditions de Minuit

Les Éditions de Minuit publient Made in China, le 14 septembre 2017, en version papier et numérique. L'oeuvre est qualifiée d'ovni littéraire dans la presse du fait de sa réalisation atypique et multiforme31. Ce récit se déroule en Chine, où le narrateur, qui n'est autre que Toussaint lui-même, compte réaliser un film intitulé The Honey Dress. Ce court métrage consiste à faire défiler un mannequin habillé d'une robe de miel. Pour mener à bien ce projet, Toussaint fait appel à Chen Tong, son ami et éditeur chinois. En fait, Made in China est une oeuvre dense dans tous les sens du terme, autant par son volume de 188 pages que par la diversité qu'il recèle du point de vue de l'histoire du tournage du film, de la vision qu'il a de son ami et d'une réflexion sur la création d'un film mais aussi d'un livre. Il est divisé en deux grandes parties : « Chen Tong » et « The Honey Dress » qui forment un tout, le regard d'un écrivain occidental sur la Chine d'aujourd'hui.

a) Thèmes relevant du vécu de Jean-Philippe Toussaint en Chine

Le personnage de Chen Tong occupe une place essentielle dans Made in China. D'ailleurs, Jean-Philippe Toussaint le fait apparaître dans la première phrase de son livre : « Cher Jean-Philippe, est-ce que tu peux me transférer l'horaire de ton vol ? Il faut que je m'organise »32. D'ailleurs, c'est Chen Tong qui l'accueille dès sa sortie d'avion, c'est donc une vision personnelle que l'auteur donne au lecteur de la Chine. Toussaint en profite pour faire une description soignée, sur une quinzaine de lignes, de la manière dont se comporte Chen Tong lors de ses retrouvailles. Il montre aussi au lecteur un personnage qui inspire une sensation de maîtrise entière de soi : « --- il se dégageait de sa personnalité un sentiment d'assurance et de calme. »33. Par la suite, Toussaint utilise un procédé appelé « flashback » où il raconte sa première rencontre avec Chen Tong. Là, s'instaure entre Toussaint et lui une compréhension mutuelle malgré la barrière de la langue. C'est à cette

31 Serge Bresson, « "Made in China" : un Ovni littéraire épatant », Atlantico, publié [en ligne] le 30 octobre 2017, consulté [en ligne] le 10 février 2018, http://www.atlantico.fr/decryptage/made-china-ovni-litteraire-epatant-3209873.html

32 Jean-Philippe Toussaint, Made in China, Éditions de Minuit, Paris, 2017, p. 9.

33 Ibid.

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occasion que le lecteur apprend que cet homme est son éditeur pour la Chine, tout comme pour Robbe-Grillet et qu'il est libraire, artiste, commissaire d'exposition et professeur aux Beaux-Arts. En fait, Jean-Philippe Toussaint livre une information importante pour comprendre Chen Tong, à l'aide d'une anecdote. Il raconte que son éditeur a fait un cadeau à l'ami d'un policier afin de pouvoir tourner le film de Fuir dans une salle de la police : « --- il avait graissé la patte à l'ami d'un commissaire de police, en lui offrant une peinture traditionnelle chinoise de sa composition. »34. En effet, son ami est un homme d'une rare complexité : c'est un artiste reconnu dans son domaine, ce qui est tout à fait singulier pour quelqu'un qui publie en exclusivité pour son pays Alain Robbe-Grillet, un écrivain reconnu des Éditions de Minuit. Ce paradoxe est encore plus étonnant lorsque nous savons qu'en fait Chen Tong peint des toiles du Grand Timonier, Mao Tse Tong, comme le révèle François Bon.35 Toussaint raconte aussi comment Chen Tong lui apprend la mort d'Alain Robbe-Grillet le 18 février 2008, créant un rapprochement entre eux qui relève de l'intime : « --- c'était une bonne chose et belle chose que ce soit Chen Tong qui m'apprenne la mort de Robbe-Grillet, il nous connaissait tous les deux et il aurait sans doute aimé cette scène étrange. »36. Un autre passage de Made in China reflète leur respect réciproque : « Le discours de Chen Tong me touchait profondément, qui me faisait sentir, au-delà des cultures et des langues, ce que pouvait être la réussite d'une collaboration professionnelle, ce que pouvait être l'amitié. »37. L'auteur ne cesse de montrer son éditeur chinois toujours à ses côtés. D'ailleurs, au fil de l'histoire, ponctuée de certaines mésaventures que Chen Tong parvient toujours à régler, le lecteur se rend compte, qu'il est indispensable pour que The Honey Dress voit le jour.

Made in China renferme aussi la chronique du tournage de The Honey Dress. En fait, ce film est déjà mentionné dans Nue (2013), le dernier livre fermant le cycle de Marie. Cette tétralogie romanesque, composée de Faire l'amour (2002), Fuir (2005) et la Vérité sur

34 Ibid. p. 57.

35 François Bon, « Anti-rentrée littéraire #5 | Jean-Philippe Toussaint, comment trouver un cheval en chine », vidéo critique littéraire sur YouTube en ligne depuis le 17 septembre 2017, consulté [en ligne] le 2 janvier 2018, https://www.youtube.com/watch?v=m9BHVGpN_B8

36 Jean-Philippe Toussaint, Made in China, Éditions de Minuit, Paris, 2017, pp. 24-25.

37 Jean-Philippe Toussaint, Made in China, Éditions de Minuit, Paris, 2017, p. 179.

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Marie (2009), est une passionnante histoire d'amour entre une créatrice de mode et le narrateur souvent cantonné dans l'ombre de celle-ci38. L'idée de faire une robe de miel ne date donc pas d'aujourd'hui. En fait, il éprouvait le fantasme de créer une collection de haute couture par le biais de la littérature. Pour lui, une robe, composée en grande partie de miel, donne une image frappante qui interpelle et il en profite pour se pencher tout particulièrement sur ce processus de création39. C'est une des raisons de la publication de Made in China, car l'un des objets du livre est de montrer le déroulement de ce projet dès sa venue en Chine. D'ailleurs, parlant de Chen Tong, Toussaint montre au début de la deuxième partie l'intérêt que son éditeur a du projet : « --- je m'aperçus avec plaisir qu'il était en train de lire le scénario de The Honey Dress. »40.

Ce livre montre également la vision qu'a Toussaint, un écrivain occidental, de la Chine. Tout d'abord, il relate ses premières impressions à la sortie de l'aéroport : « ---- aussitôt je fus assailli par l'odeur de la Chine, cette odeur d'humidité et de poussière, de légumes bouillis et de légère transpiration qui imprègne l'air chaud de la nuit. »41. Le narrateur se remémore aussi des souvenirs de son premier film intitulé Fuir, tourné en Chine, en 2008, comme dans les passages où il décrit un voyage de nuit : « J'ai encore en tête des images d'autoroutes chinoises désertes --- regardant défiler à côté de moi des paysages endormis, qui flottaient dans les vapeurs des lumières jaune orangé des lampadaires --- »42. Toussaint nous parle aussi de ses premiers souvenirs de Guangzhou qui datent de 2001 quand la ville avait encore de nombreux attraits d'une Chine aujourd'hui disparue : « --Guangzhou n'était pas encore une de ces grandes mégalopoles internationales --- mais

38 Jérôme Garcin, « Jean-Philippe Toussaint : "Je suis très connu, mais personne ne le sait..." », l'Obs, mis [en ligne] le 30 août 2013, consulté [en ligne] le 1er janvier 2018, https://bibliobs.nouvelobs.com/rentree-litteraire-2013/20130829.OBS4927/jean-philippe-toussaint-je-suis-tres-connu-mais-personne-ne-le-sait.html

39 Alain Veinstein, « Du jour au lendemain », France Culture, [en ligne] du 21 septembre 2013, consulté [en ligne] le 1er janvier 2018, https://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=4690060

40 Jean-Philippe Toussaint, Made in China, Éditions de Minuit, Paris, 2017, p. 91.

41 Ibid. p. 10.

42 Ibid. p. 21.

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gardait au contraire un côté encore presque rural --- »43. Toussaint nous renseigne aussi sur la mentalité chinoise, qui diffère radicalement de celle de l'Occident, car dans ce pays, il n'y a pas de but clairement établi lorsqu'il s'agit d'un projet. En effet, Toussaint assimile une nouvelle attitude, expliquée dans Nourrir sa vie (2005) de François Jullien qu'il reprend dans Made in China : « --- le général ne se fixe pas d'objectif particulier, et même à proprement parler n'a pas de visée, mais évolue en exploitant continûment à son profit le « potentiel de situation ». 44. Il se réfère également au livre Les Rouages du Vi Jing (2011) de Cyrille Javary pour expliquer que, pour les Chinois, la chance n'est pas le fruit du hasard, mais le résultat de l'observation perspicace d'une situation donnée afin de pouvoir intervenir d'une manière des plus profitables qui soient45. En fait, Toussaint a comme projet de montrer la Chine contemporaine dans toute sa réalité : « --- ces journées insignifiantes, et pourtant riches d'imprévus, de joies éphémères, d'échecs mineurs, de difficultés dérisoires et d'émotions fugaces. La vie, quoi. »46.

b) Un récit d'une grande complexité

Jean-Philippe Toussaint, lorsqu'il écrit, procède d'une manière particulièrement intéressante. En effet, sous l'aspect d'une apparente simplicité, le processus de création et l'écriture forment un travail de création complexe. Toussaint47 commence par prendre des notes manuscrites sur un carnet qu'il utilise pour la première rédaction sur son ordinateur. Par la suite, il imprime ce texte pour faire encore des modifications à la main sur ces feuilles, et ainsi de suite, pour aboutir à ce qu'il veut. En fait, il y a une similitude avec ce procédé et le contenu de Made In China. Toussaint part d'une idée toute simple, son expérience en Chine, comparable à la simplicité du carnet qu'il a utilisé pour créer

43 Ibid. p. 34.

44 Ibid. p. 22.

45 Ibid. p. 49.

46 Ibid. p. 123.

47 Catherine De Poortere, « La première chose que je n'ai pas voulu faire, c'est écrire. », pointculture, Belgique, publié [en ligne] le 19 décembre 2017, consulté [en ligne] le 2 mai 2018, https://www.pointculture.be/article/focus/la-premiere-chose-que-je-nai-pas-voulu-faire-cest-ecrire/

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une oeuvre complexe. Pour donner une image de ce qu'il fait, d'un simple fil, il arrive à tisser un véritable rhizome, constitué de multiples dimensions, qui interpellent de bien des manières le lecteur. D'ailleurs, ce récit est tellement dense que Toussaint, comme il le dit dans l'émission de Jean-François Cadet48, ne prend pas immédiatement conscience du véritable sujet de son livre. En fait, la littérature et la vie sont au coeur de Made in China comme il le résume au début de son livre : « Le sujet de mon livre, c'est le pouvoir qu'a la littérature d'aimanter du vivant. »49.

Made in China est un livre difficile à définir d'un seul mot, car il regroupe plusieurs genres littéraires et l'auteur y mélange la fiction à la réalité, comme il l'avoue : « --- si on veut que la réalité chatoie, il faut bien la romancer un peu. »50. En effet, Toussaint ne se contente pas de décrire la réalité, il y puise son inspiration pour donner à son livre toute une dimension romanesque. De plus, comme le souligne l'auteur, trois axes principaux s'y dégagent. Le premier est une chronique du tournage d'un film qui est aussi le prologue de Nue (2013). Le deuxième est un portrait de son éditeur et producteur en Chine, Chen Tong, son ami. D'ailleurs, cet homme, véritable caméléon, comme nous l'avons déjà montré, est aussi le fondateur de la librairie Borges à Canton. Le troisième de ces axes est une réflexion plus théorique sur la création d'un livre mais aussi d'un film. Toussaint se penche donc plus sur la question du hasard, et plus exactement, sur sa place lors du processus de création d'une oeuvre qu'elle soit littéraire ou cinématographique. Il acquiert un état d'esprit différent de la culture occidentale, en s'inspirant d'une certaine pensée chinoise, qui est fondée sur l'idée de savoir prendre des décisions au bon moment, sans avoir planifié au préalable tous les tenants et aboutissants d'un projet. En fait, Toussaint

48 Jean-François Cadet, « Jean-Philippe Toussaint, made in China », Vous m'en direz des nouvelles!, RFI, du 23 octobre 2017, consulté [en ligne] le 30 décembre 2017, http://www.rfi.fr/emission/20171023-jean-philippe-toussaint?ref=fb

49 Jean-Philippe Toussaint, Made in China, Éditions de Minuit, Paris, 2017, p. 76.

50 Jean-Philippe Toussaint, Made in China, Éditions de Minuit, Paris, 2017, p. 10.

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en conclut que la somme des hasards qui ont eu lieu lors de la création d'une oeuvre est marquée par une fatalité supérieure qui a permis l'achèvement de ce projet51.

Toussaint s'appuie notamment sur un certain nombre de « flashback » pour constituer un temps romanesque et donner de cette manière plus d'épaisseur au personnage de Chen Tong. Le récit de Toussaint contient un paradoxe insolite, digne d'un personnage de Flaubert. Chen Tong, peintre chinois des plus classiques selon les critères de la Chine communiste, est dans le même temps l'éditeur de Robbe-Grillet et du maître de l'absurde, Samuel Beckett. En fait, Toussaint prend des personnes bien réelles pour en faire des personnages à portée romanesque sous l'apparente réalité d'un narrateur qui n'est autre que Toussaint lui-même, dans le cadre d'une sorte d'autobiographie. Son but est que le lecteur s'approprie les personnages, car de cette manière, il peut continuer à compléter l'histoire dans son imaginaire. D'ailleurs, selon lui, Flaubert était déjà, d'une certaine manière, dans cette voie52.

Jean-Philippe Toussaint utilise aussi différents moyens de narration pour donner un aspect encore plus véridique à son livre et crée une relation de l'ordre de l'intimité entre lui et le lecteur. En fait, il mêle, dans certains passages, le temps de narration et le temps d'écriture, ce qui provoque, chez le lecteur, l'illusion d'être présent lors d'un instant de la création du livre. En effet, l'auteur recourt à la métalepse, qui est un procédé métafictif, pour faire passer le lecteur de l'univers de l'histoire du livre qui se déroule en Chine à celui d'un écrivain, gêné par des bruits extérieurs, lorsqu'il est en train d'écrire Made in China en Corse : « Et soudain j'entendis un bruit de motos derrière moi dans la salle à manger du Peach Blossom, c'était le son d'au moins une dizaine de Harley-Davidson, qui faisaient trembler sur elles-mêmes les vitres du restaurant, au point de jeter un trouble sur la réalité que j'avais sous les yeux. À mesure que je continuais d'entendre ces bruits de

51 Laure Adler, « Vagabondages avec Jean-Philippe Toussaint », Émission radio de France Inter du 8 décembre 2017, consulté [en ligne] le 2 janvier 2018, https://www.franceinter.fr/emissions/l-heure-bleue/l-heure-bleue-08-decembre-2017

52 Thierry Roger, « Entretien avec Jean Philippe Toussaint, Flaubert vu par les écrivains contemporains », vidéo [en ligne] en date du 18 avril 2015, consulté [en ligne] le 2 novembre 2017 sur le site de l'Université de Rouen Normandie, https://webtv.univ-rouen.fr/videos/entretien-avec-jean-philippe-toussaint/

moteur, avec ratés et succession de pétarades qui n'avaient rien à faire ici, je sentais l'ordre du réel vaciller autour de moi. Plus encore que mon oreille, c'était l'intérieur même de mon cerveau que ces bruits atteignaient, comme s'ils étaient parvenus à s'introduire dans mon imagination, là-même où s'élabore le fragile processus de création à l'oeuvre dans l'écriture, quand, quel que soit l'endroit on se trouve physiquement, en Corse ou à Ostende, --- »53. En fait, Toussaint montre par ce biais les coulisses de la création de son livre, où il laisse une grande place au hasard en l'incorporant directement dans le récit, car il n'avait pas prévu à l'origine la scène de la pétarade des Harley-Davidson. L'auteur introduit donc un véritable vertige du présent où le lecteur est propulsé du passé, c'est-à-dire des souvenirs de Toussaint, à l'instant présent, où le lecteur se rend compte qu'il est sorti du récit originel pour se retrouver au moment de son écriture. Toussaint analyse ce procédé narratif dans un entretien avec Laure Adler en donnant l'exemple d'une scène d'un des films de Woody Allen, La Rose pourpre du Caire (1985), où un personnage d'un film en noir et blanc sort de l'écran pour rejoindre, dans la salle de projection, une femme amoureuse de lui.54

c) L'essai d'un livre numérique dans une maison d'édition de renom

Made in China est tout à fait hors norme dans le paysage de l'édition littéraire française destinée au grand public. En effet, c'est la première fois dans toute l'histoire des Éditions de Minuit qu'il y a, dans son catalogue, un livre numérique augmenté, dans le cas du récit de Toussaint, une oeuvre multimédia. Pourtant, nous pouvons constater que sur le site Internet des Éditions de Minuit55 où se trouve Made in China, il n'y aucune information concernant le film The Honey Dress que l'on voit dans livre numérique. L'utilisateur a la possibilité de lire un résumé de l'histoire et de feuilleter des extraits, mais pas la dernière page du livre où il y a cette vidéo. D'ailleurs, ce livre est tellement particulier, que cette maison d'édition a créé, pour l'occasion, une nouvelle catégorie intitulée « Récits » au

53 Jean-Philippe Toussaint, Made in China, Éditions de Minuit, Paris, 2017, pp. 70-71.

54 Jean-François Cadet, « Jean-Philippe Toussaint, made in China », Vous m'en direz des nouvelles !, RFI, du 23 octobre 2017, consulté [en ligne] le 30 décembre 2017, http://www.rfi.fr/emission/20171023-jean-philippe-toussaint?ref=fb

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55 Site Internet des Éditions de Minuit, http://www.leseditionsdeminuit.fr/index.php

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pluriel, alors qu'elle ne comporte qu'un seul titre pour l'instant, celui de Made in China, comme nous pouvons le voir dans la figure 2 :

Figure 2. La catégorie « Récits » sur le site Internet des Éditions de Minuit où figure

Made in China. Source : http://www.leseditionsdeminuit.fr/collection-
R%C3%A9cits-69-titre-DESC-x-1.html

Les Éditions de Minuit renvoient les personnes voulant acheter la version numérique de ce livre, vers Eden Livres56, un autre site Internet. En fait, cette plateforme de distribution de livres numériques a été créée en 2009 par trois groupes d'édition français. En effet, Actes Sud, La Martinière Groupe et Madrigail détiennent cet espace qui a distribué 2 millions de livres numériques pour l'année 2015 et 82 000 autres jusqu'au 31 mai 2016. Eden Livres regroupe 18 diffuseurs, 422 marques éditoriales et plus de 400 libraires connectés aux services de distribution de ce site Internet. Made in China y apparaît dans une catégorie « Romans et nouvelles » où la spécificité numérique du livre de Toussaint n'est signalée d'aucune manière. Tout comme sur le site des Éditions de Minuit, Eden Livres offre aux utilisateurs un résumé et des extraits, sans pour autant indiquer qu'il y a une vidéo. Par contre, il y a la possibilité de consulter une table des matières du livre. Made in China se trouve dans cette rubrique qui compte 20 629 livres achetables en ligne.

56 Éden Livres, Site d'une plateforme de distribution de livres numériques et la page sur les nouveautés littéraires, consulté [en ligne] le 3 novembre 2017, https://vitrine.edenlivres.fr/home

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D'ailleurs, le lecteur n'est jamais informé si, dans les livres numériques mis en vente sur ce site, il y a des particularités numériques comme de la musique, des liens ou bien encore des vidéos. Cela montre que pour les éditeurs, notamment Les Éditions de Minuit, l'aspect purement numérique d'un livre n'est pas ce qui importe le plus. En effet, ils sont toujours dans une conception classique du livre, comme dans le cas de Made in China. D'ailleurs, il suffit de voir la fin de la mise en page de Made in China pour constater qu'il y a une sorte de frontière entre le texte et la vidéo. Jean-Philippe Toussaint nous livre sa pensée par rapport à la structure de Made in China dans une vidéo réalisée par La Coudée Revue57 où il fait remarquer qu'il n'a pas conduit ce projet dans le but de former un tout. En fait, il affirme que son film The Honey Dress prolonge le récit de Made in China, tout en précisant qu'il s'agit de deux oeuvres distinctes. La séparation des deux oeuvres est mise en avant avec la dernière phrase du livre : « C'est le début du film, et c'est la fin du livre. », comme le montre la figure 3 :

Figure 3. La fin de la version numérique de Made in China sur Readium.

Cette idée de créer une oeuvre hybride reposant sur le fantasme de mettre dans un livre de la musique prouve, en définitive, que Toussaint a encore l'envie d'explorer de nouveaux univers. En fait, grâce à la fin ouverte de The Honey Dress, Toussaint crée un

57 La Coudée Revue, « Discussion accoudée #03 avec Jean-Philippe Toussaint pour Made in China », vidéo de la revue « La coudée », disponible sur YouTube, publié [en ligne] le 24 novembre 2017, consulté [en ligne] le 18 janvier 2018, https://www.youtube.com/watch?v=G8dq_gCW2Sk

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prolongement à la fois dans et hors de Made in China, qui pose la question de la place de la musique dans un livre58, mais toujours dans une démarche littéraire, comme il le souligne dans un entretien avec Giovanna di Rosario59. D'ailleurs, Toussaint révèle dans Made in China à quel moment de sa vie, il a voulu, pour la première fois, mettre de la musique dans un roman. Malheureusement à l'époque, cela n'était pas possible pour des raisons techniques : « Je me souviens que j'avais voulu introduire un jour de la musique dans un de mes livres, lorsque le narrateur et Marie, dans Fuir, se retrouvent dans une petite crique isolée de l'île d'Elbe et qu'ils se mettent à danser lentement. J'aurais voulu que de la musique surgisse à ce moment-là entre les pages du livre, doucement, en arrière-plan, qu'elle s'exhale de la page et qu'elle remonte, qu'elle enrobe l'atmosphère, sans que l'on sache très bien d'où elle venait --- me souviens alors d'avoir regretté le cadre limité auquel le livre est toujours contraint, muré en lui-même, comme une boîte hermétiquement close, dont il est impossible de s'extraire, malgré la tentation que j'ai toujours eue de franchir les frontières du livre et de sortir physiquement de ses limites. »60.

C. La vie de Made in China depuis sa sortie : chiffres clés, promotion et réactions

La sortie de Made in China fait partie de la rentrée littéraire 2017 et figure parmi les 581 romans qui paraissent entre la mi-août et la fin octobre de la même année61. Le public a pu découvrir le livre de Toussaint à partir du 14 septembre 2017 en librairie, mais aussi en l'achetant en ligne, dans sa version numérique. Depuis lors, comme nous allons le voir,

58 Les rencontres de la Galerne librairie, « Jean-Philippe Toussaint », Librairie La Galerne - Le Havre, Vidéo sur YouTube mise [en ligne] le 26 septembre 2017, consulté [en ligne] le 3 janvier 2018, https://www.youtube.com/watch?time_continue=4&v=gxPnGRrTCQI

59 Jean-Claude Vantroyen, « La Littérature numérique doit créer de nouvelles formes », Le Soir, Bruxelles, publié le 31 octobre et 1er novembre 2017, consulté [en ligne] le 30 janvier 2018, https://cdn.uclouvain.be/groups/cms-editors-arec/actus-internes/LeSoir_LectureNumerique02.pdf https://cdn.uclouvain.be/groups/cms-editors-arec/actus-internes/LeSoir LectureNumerique01.pdf

60 Jean-Philippe Toussaint, Made in China, Éditions de Minuit, Paris, 2017, p. 186.

61 Laurence Houot, « Rentrée littéraire 2017, s'y retrouver dans les 581 romans programmés », France info, publié [en ligne] le 30 juin 2017, consulté [en ligne] le 3 janvier 2018, https://culturebox.francetvinfo.fr/livres/romans/rentree-litteraire-2017-s-y-retrouver-dans-les-581-romans-programmes-258691

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son histoire à proprement dite regroupe plusieurs aspects, c'est-à-dire ses ventes, sa promotion et l'avis d'un certain nombre de critiques.

a) Chiffres clés de Made in China depuis sa première publication

L'histoire de Made in China, à de nombreux égards, commence par un pli que Jean-Philippe Toussaint a adressé aux Éditions de Minuit. D'ailleurs, l'auteur a fourni une photographie de son manuscrit sous enveloppe prêt à être envoyé dans sa maison d'édition, qui immortalise ce moment. De plus, grâce au journal numérique de Made in China, publié sur Facebook du 14 septembre jusqu'au 7 octobre 2017, nous avons pu voir la photographie des premiers exemplaires imprimés par la société Normandie Impression à Alençon pour le compte des Éditions de Minuit. D'ailleurs, la figure 4 montre ces deux photographies :

Figure 4. À gauche, une photographie du manuscrit de Made in China déjà sous enveloppe adressé à Irène Lindon et à droite, les tous premiers exemplaires de Made in China Source : Jean-Philippe Toussaint a envoyé ces deux documents, en pièces jointes par Courriel le 20 mars 2018.

Le nombre de livres imprimés au format papier de Made in China, de sa sortie jusqu'au 14 janvier 2018, s'élève à 10 350 exemplaires pour la première édition et à 5 229 exemplaires pour sa réimpression, selon Emmanuel Barthélemy (voir annexe 6), responsable aux Éditions de Minuit du numérique. Cela a été un succès pour Les Éditions de Minuit, puisque celle-ci a pris la décision de procéder à une réimpression. Selon toute

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vraisemblance, la première édition a dû être complètement vendue. En fait, en l'espace de cinq mois, Made in China a été imprimé, au total en 15 579 exemplaires. Ces chiffres montrent que le livre de Jean-Philippe Toussaint a connu un certain succès, comme le rapport sur les chiffres clés du secteur du livre en 2016 et 2017 de l'Observatoire de l'économie du livre le montre. En fait, la production du livre dans le marché éditorial français était en 2016 de 77 986 titres et, en 2017, de 81 263 titres, le tirage moyen d'un livre, tous secteurs confondus étant en 2016 de 5 341 exemplaires62. D'ailleurs, selon Barthélemy, Les Éditions de Minuit avaient déjà facturé à ses clients au mois de janvier 2018, pour plus de 10 295 exemplaires ce qui prouve que par rapport à la moyenne nationale, les chiffres de Made in China étaient plus que satisfaisants, tout en sachant que sa sortie ne remontait qu'à quelques mois. De plus, il est à noter que le coût d'impression pour un seul exemplaire de Made in China représente, en fait, autour de 2 euros et qu'il est vendu, par Les Éditions de Minuit, au prix de 15 euros pour sa version papier et à 10,99 euros pour sa version numérique (voir annexe 6).

b) La promotion du livre par Jean-Philippe Toussaint ainsi que des regards d'écrivains sur son oeuvre

Jean-Philippe Toussaint a présenté Made in China dans divers lieux qui concernent avant tout des librairies de par la France lors de sa sortie le 14 septembre 2017. C'est en fait un parti pris, car chez lui la littérature prédomine par rapport au numérique. Il a commencé la promotion le 20 septembre 2017 à 18h30 par la librairie de Paris, qui se situe Place de Clichy. La Galerne, une librairie du Havre, l'accueille le 26 septembre de la même année. Jean-Philippe Toussaint s'y prête à une interview d'environ 13 minutes63. La liste complète des librairies où il s'est rendu figure en annexe 1. Il a reçu des messages d'écrivains qui sont consultables sur son site Internet, www.jptoussaint.com. En effet,

62 Observatoire de l'économie du livre, Économie du livre - Secteur du livre : chiffres 2016- 2017, Synthèse établie par l'Observatoire de l'économie du livre, Direction générale des médias et des industries culturelles, mis [en ligne] en mars 2018, consulté [en ligne] le 4 avril 2018, http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/68055-chiffres-cles-du-secteur-du-livre-2016-2017.pdf

63 Les rencontres de la Galerne librairie, « Jean-Philippe Toussaint », Librairie La Galerne - Le Havre, Vidéo sur YouTube mise [en ligne] le 26 septembre 2017, consulté [en ligne] le 3 janvier 2018, https://www.youtube.com/watch?time_continue=4&v=gxPnGRrTCQI

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neuf confrères le complimentent au sujet de Made in China. La plupart n'ont fait aucune allusion à la portée numérique de l'oeuvre comme le montre l'annexe 2. En fait, un courrier, celui de William Marx se distingue des autres critiques, car il fait part à Toussaint d'une mésaventure survenue lors de la lecture sur une tablette de Made in China, qu'il qualifie de « délice labyrinthique ». En fait, la vidéo ne s'est pas déclenchée et pour y remédier, il a dû utiliser son ordinateur64. Christine Montalbetti, une femme de lettres, donne aussi une note nouvelle dans sa critique du livre de Toussaint, car elle a une approche plus cinématographique en se référant à la scène des bruits des Harley Davidson, qu'elle compare à un trucage de cinéma65. Patrick Varetz se penche sur Made in China dans une critique qu'il a publiée dans la presse, où il reprend le rapprochement entre ce livre et le poème de Mallarmé « Un coup de dés jamais n'abolira le hasard » déjà mentionné par Pierre Michon dans un courrier électronique adressé à Jean-Philippe Toussaint, où il écrit qu'il avait carrément « avalé Made in China avec bonheur »66. François Bon intervient d'une manière différente pour exprimer son avis sur le livre de Toussaint. Il diffuse par le biais de YouTube une vidéo de 22 minutes et 30 secondes où il aborde l'ensemble des facettes de Made in China. D'ailleurs, il nous donne un complément d'informations sur Chen Tong que Toussaint avait omis, sans doute en toute conscience, dans son livre. En effet, il nous apprend que cet éditeur chinois peint des portraits de Mao Zedong67. Il parle aussi de la dimension numérique et multimédia de Made in China, en se référant à la vidéo qui se déclenche automatiquement. Par contre, il pense que d'utiliser ce moyen de diffusion n'est plus d'actualité. Il affirme aussi que cette version numérique prend énormément de place dans l'espace de stockage d'un ordinateur

64 William Marx, Made in China, courrier électronique envoyé le 30 juin 2017, publié sur le site www.jptoussaint.com. Consulté [en ligne] le 2 janvier 2018, http://www.jptoussaint.com/documents/a/af/William Marx.pdf

65 Christine Montalbetti, Made in China, courrier électronique envoyé le 9 décembre 2017, publié sur le site www.jptoussaint.com. Consulté [en ligne] le 2 janvier 2018, http://www.jptoussaint.com/documents/0/0b/Christine Montalbetti.pdf

66 Patrick Varetz, « Jean-Philippe Toussaint par Patrick Varetz: Un coup de dés jamais n'abolira le Yi Jing (Made in China) », Diacritik -- Le magazine qui met l'accent sur la culture, publié [en ligne] le 3 octobre 2017, consulté [en ligne] le 2 novembre 2017, https://diacritik.com/2017/10/03/jean-philippe-toussaint-par-patrick-varetz-un-coup-de-des-jamais-nabolira-le-yi-jing-made-in-china/

67 François Bon, Jean-Philippe Toussaint, comment trouver un cheval en chine, anti-rentrée littéraire #5, YouTube, publié [en ligne] le 19 septembre 2017. Consulté [en ligne] le 21 janvier 2018, https://www.youtube.com/watch?v=m9BHVGpN_B8

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ou d'une tablette. De plus, Bon déclare qu'il ne comprend pas « l'emploi de cette solution mitigée »68. Il soumet l'idée qu'il aurait fallu plutôt mettre un QR-code dans le livre papier. En effet, de cette manière, le lecteur aurait pu, en utilisant ce code, regarder le film à l'aide d'une tablette, d'un Smartphone ou bien encore d'un ordinateur. Il pense aussi que le lecteur n'attendra pas d'avoir lu complètement Made in China pour voir le film, s'il sait qu'il existe.69 D'ailleurs, cette vidéo de François Bon a été vue à la date du 19 mai 2018 par 649 personnes, dont 20 ont actionné l'icône « aimer » qui permet de laisser son impression sur la vidéo alors que personne n'a actionné l'icône « pas aimé ». De plus, il y a huit commentaires positifs qui figurent dans YouTube sur cette vidéo. Une autre booktubeuse se distingue par son point de vue puisque cette vidéo, consultable sur YouTube, conseille de découvrir Made in China avec sa version numérique, qui donne, selon Elsa, une dimension supplémentaire au texte.70

c) Expositions et critiques dans les médias ainsi que répercussions sur les réseaux sociaux

Made in China a bénéficié d'une couverture promotionnelle en France et hors de ses frontières dans divers médias comme la presse écrite mais aussi des émissions radiophoniques qui ont pour la grande majorité très bien accueilli Made in China. Pourtant, elles ne portent la plupart part du temps que sur des critiques littéraires en ne faisant aucune allusion à sa portée numérique comme le montrent les annexes 3 et 4. Malgré tout, dans quelques rares articles comme dans le mensuel d'information In Corsica, un journal local, le numérique est traité dans un texte suivi d'un entretien avec l'auteur : « C'est là, sans doute, que réside la spécificité numérique de Made in China: moins dans l'expérience de lecture qui embraye sur un visionnage de film, que dans la façon dont nous assistons, nous lecteurs, à la révolution numérique qui est en train de

68 Ibid.

69 Ibid.

70 Elsa, 33. « Made in China - Jean-Philippe Toussaint », Elsa et Fred à la page, critique publié [en ligne] sur YouTube le 15 octobre 2017, consultée [en ligne] le 1er mai 2018, https://www.youtube.com/watch?time_continue=5&v=ZHsewA3pmZQ

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s'opérer dans la tête des écrivains - du moins quelques-uns. »71. De plus, le 19 décembre 2017 paru un article et un entretien de Toussaint sur le site Internet de Pointculture, l'ex Médiathèque et l'ex Discothèque Nationale de Belgique. Il y aborde le sujet du livre augmenté, en l'occurrence, enrichi de musique. En effet, Toussaint explique qu'il a une position d'observateur et que son but n'est pas de révolutionner la littérature mais faire une réflexion littéraire autour de l'ajout d'une vidéo dans le corps même d'un livre. D'ailleurs, il rappelle qu'il y a plus d'une dizaine d'années, les gens imaginaient que l'arrivée du numérique révolutionnerait le monde littéraire alors que pour l'instant en tout cas, cela relève de l'expérimentation dans un cadre tout à fait marginal72. ». Le quotidien La Libre Belgique publie un entretien de Jean-Philippe Toussaint pour son nouveau livre, suivi d'un texte, « Le bonus numérique », où le journaliste explique que si le lecteur acquiert la version numérique de Made in China, il y découvrira une première technologique, c'est-à-dire une vidéo et du son qui font partie intégrante du livre73. De plus, le journal Le Soir consacre une double page à un débat entre Jean-Philippe Toussaint et Giovanna di Rosario, une chercheuse spécialisée dans les humanités numériques, la littérature et la rhétorique numérique. Toussaint parle de la particularité de Made in China, qui réside dans l'ajout d'une vidéo dont l'effet voulu est de se déclencher automatiquement lors de la lecture du livre à l'aide d'une tablette ou d'un écran d'ordinateur. Le débat éclaire le point de vue de Toussaint sur l'impact du numérique dans la littérature. En effet, il pense que les écrivains ne s'y intéressent pas et qu'il faut attendre encore une ou deux générations. D'ailleurs, selon lui, le livre papier a encore de

71 Isabelle Dominati-Muller, « Made in China », In Corsica, numéro 29, octobre 2017, consulté [en ligne] le 2 janvier 2018,

http://www.jptoussaint.com/documents/8/81/In Corsica Toussaint .pdf

72 Catherine De Poortere, « La première chose que je n'ai pas voulu faire, c'est écrire. », pointculture, Belgique, publié [en ligne] le 19 décembre 2017, consulté [en ligne] le 2 mai 2018, https://www.pointculture.be/article/focus/la-premiere-chose-que-je-nai-pas-voulu-faire-cest-ecrire/

73 Guy Duplat, « Jean-Philippe Toussaint : le roman, la fatalité et le fortuit », La Libre Belgique, Bruxelles, publié le 14 septembre 2017, consulté [en ligne] le 4 janvier 2018, http://www.jptoussaint.com/documents/e/eb/MadeinChina-LibreBelgique.pdf

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beaux jours74. Un autre article sur ce livre apparaît aussi dans le journal Le Soir, qui reprend le thème du hasard, comme nous l'avons déjà vu75. Jean-Philippe Toussaint rencontre aussi, à Paris, William Irigoyen, un journaliste de L'Orient littéraire, un mensuel libanais en langue française, qui le questionne sur son livre. D'ailleurs, l'auteur en profite pour parler d'une des singularités de Made in China qui le fait sortir littéralement des frontières habituelles d'un livre avec les nouvelles pratiques numériques : « Faire entrer de l'air mais aussi de l'eau et tant d'autres choses. Ce mélange entre les deux mondes m'intéresse. Lui seul peut donner de la respiration à un livre. »76.

Jean-Philippe Toussaint utilise Facebook, et aussi en partie Twitter, pour publier son journal de la sortie de Made in China, qui couvre la période du 14 septembre jusqu'au 7 octobre 2017. On y trouve des informations supplémentaires sur son univers et Made in China. Ce journal comprend 25 publications, à titre d'exemple la figure 5 d'un tableau où apparaît Chen Tong, comme prise à l'aide d'un appareil photo dans une position d'attente au beau milieu d'une couleur bleue particulièrement vivace.

74 Jean-Claude Vantroyen, « La Littérature numérique doit créer de nouvelles formes », Le Soir, Bruxelles, publié le 31 octobre et 1er novembre 2017, consulté [en ligne] le 30 janvier 2018, https://cdn.uclouvain.be/groups/cms-editors-arec/actus-internes/LeSoir_LectureNumerique02.pdf https://cdn.uclouvain.be/groups/cms-editors-arec/actus-internes/LeSoir LectureNumerique01.pdf

75 Jean-Claude Vantroyen, « Le hasard et la fatalité », Le Soir, Bruxelles, publié le 25 septembre 2017, consulté [en ligne] le 5 janvier 2018.

http://www.jptoussaint.com/documents/2/21/MadeinCHina-Presse-Le Soir .pdf

76 William Irigoyen, « Jean-Philippe Toussaint dans le bain de l'imprévu », L'Orient littéraire, supplément mensuel de L'Orient LE JOUR, publié [en ligne] en octobre 2017, consulté [en ligne] le 1er janvier 2018.

http://www.lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=6&nid=7004

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Figure 5. 16ème publication du journal de la sortie de Made in China "Chen Tong guettant l'émergence de la littérature française contemporaine" (c) J-P Toussaint, 2001 provenant de Twitter, source : https://twitter.com/wwwjptoussaint/status/913671375986012160

Il est à noter que nous avons trouvé très peu de critiques négatives sur Made in China. Il y a un article sur le site Internet de l'Express, en date du 1er octobre 2017, qui a retenu toute notre attention, car il oppose deux critiques qui n'ont pas le même avis. En effet, Baptiste Liger a trouvé beaucoup de plaisir dans la lecture de Made in China et il y voit aussi une réflexion intéressante sur la littérature, alors que pour son confrère Eric Libiot, Made in China est beaucoup trop brouillon et vire à la théorie simpliste : « Tout ça pour ça... Ce n'est pas du Lelouch, mais presque. »77. Par ailleurs, nous avons trouvé une critique particulièrement négative écrite par Astrid de Larminat du Figaroscope, qui affirme que Toussaint ne réussit vraiment pas à écrire un livre sur rien comme le rêvait Flaubert. Elle ajoute que son style ne parvient pas à créer une certaine magie qui pourrait transporter le lecteur78. Il y a aussi sur Shangols, un blog d'un amateur de littérature qui

77 Baptiste Liger et Eric Libiot, « "Made in China", par Jean-Philippe Toussaint: le pour et le contre de la rédaction », L'Express, France, publié [en ligne] le 1er octobre 2017, consulté [en ligne] le 2 janvier 2018, https://www.lexpress.fr/culture/livre/made-in-china-par-jean-philippe-toussaint-le-pour-et-le-contre-de-la-redaction_1947575.html

78 Astrid de Larminat, « La critique de la rédaction », Figaroscope, France, consulté [en ligne] le 3 janvier 2018, http://evene.lefigaro.fr/livres/livre/jean-philippe-toussaint-made-in-china-5094219.php

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donne un avis assez critique sur Made in China. En effet, celui-ci pense que Toussaint ne parvient pas à toucher le lecteur et que le livre manque « un peu de saveur tant au niveau du style que de la profondeur de l'analyse. »79. Pour finir, sur un autre blog amateur, Cannibales Lecteurs, quelques lignes intitulées Contrefaçon présentent le livre en montrant peu d'entrain pour le récit : « ---pas le résumé le plus excitant du monde--- »80. Il y a aussi des librairies indépendantes qui publient des avis sur Made in China, comme la Librairie Au Temps Lire située dans la métropole de Lille et qui, sur son site Internet, parle d'un livre « étonnant » dans sa rubrique Je veux un conseil...81. Ombres Blanches, une librairie de Toulouse, va dans le même sens dans un article critique sur son site Internet en constatant que Jean-Philippe Toussaint montre tous les possibles, tous les potentiels dans un récit qui se déroule en Chine et s'inscrit dans la même veine que ses précédents livres82. La Fnac propose sur son site Internet Made in China et donne également aux utilisateurs la possibilité de partager son opinion sur le livre. On y trouve deux avis de particuliers et une note globale de deux étoiles sur cinq83. Quant à Amazon, on y trouve aussi deux avis de particuliers qui attribuent deux étoiles sur cinq, avec des

79 Shangols, « Livre : Made in China de Jean-Philippe Toussaint - 2017 », Shangols, publié [en ligne] le 3 octobre 2017, consulté [en ligne] le 2 janvier 2018, http://shangols.canalblog.com/archives/2017/10/03/35734474.html

80 Clarice Darling (Pseudonyme) et Bookfalo Kill (Pseudonyme), « A première vue : la rentrée Minuit 2017 », Cannibales Lecteurs, publié [en ligne] le 15 juillet 2017, consulté [en ligne] le 3 janvier 2018, https://cannibaleslecteurs.com/2017/07/15/a-premiere-vue-la-rentree-minuit-2017/

81 Rémy, Made in China de Jean-Philippe Toussaint aux Editions de Minuit, Article sur le site Internet de Au Temps Lire Libraires de caractère, publié [en ligne] le 13 septembre 2017. Consulté [en ligne] le 2 janvier 2018, https://autempslire.com/2017/09/made-in-china-de-jean-philippe-toussaint-aux-editions-de-minuit/

82 Thomas, « Continuum. », Ombres Blanches, publié [en ligne] au mois de septembre 2017, consulté [en ligne] le 2 janvier 2018, https://www.ombres-blanches.fr/les-rencontres/rencontre/event/jean-philippe-toussaint/made-in-china/9782707343796////livre///9782707343796.html

83 FNAC, Site d'une une chaîne de magasins française spécialisée dans la distribution de produits culturels et la page où figure Made in China, mis [en ligne] le 14 septembre 2017, consulté [en ligne] le 27 septembre 2017, https://livre.fnac.com/a10637668/Jean-Philippe-Toussaint-Made-in-China?omnsearchpos=1

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titres évocateurs pour leurs commentaires : « MADE IN ENNUI » et « Décevant... »84. Un site Internet, Babelio, regroupant une communauté de lecteurs85, affiche une note de 3.24 sur 5. Six lecteurs y ont laissé un commentaire sur le livre. En fait, leurs avis divergent considérablement, car l'on y trouve des admirateurs du style de Jean-Philippe Toussaint et d'autres qui l'apprécient moins. D'une façon générale, les commentateurs ont pris soin d'écrire des analyses assez détaillées en motivant leurs points de vue. Il semble que Made in China continue à susciter l'intérêt, même huit mois après sa parution, car Alexandre Hertich, un professeur adjoint de l'université américaine de Bradley contribue à cette discussion, cette fois scientifique, en donnant une présentation sur Made in China dans un colloque international le 17 mai 2018. Cet événement est organisé par le Laboratoire interdisciplinaire de recherches en sciences de l'action (Lirsa) et les équipes pédagogiques nationales Stratégies et Innovation en Belgique et son thème est « La réalité de la fiction, ou des relations entre fiction, narration, discours et récit ».86

84 Amazon, Site d'une entreprise de commerce électronique et la page où l'on peut acter [en ligne] Made in China, mis [en ligne] le 14 septembre 2017, consulté [en ligne] le 15 septembre 2017, https://www.amazon.fr/MADE-CHINA-Jean-Philippe-Toussaint/dp/270734379X/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1517071935&sr=8-1&keywords=%22Made+in+China%22

85 Babelio, Site communautaire de lecteurs et la chaîne de discussion sur Made In China, mis [en ligne] le 17 octobre 2017, consulté [en ligne] le 2 mai 2018, https://www.babelio.com/livres/Toussaint-Made-in-China/965790/critiques

86 Colloque international : « La réalité de la fiction, ou des relations entre fiction, narration, discours et récit », organisé par le Laboratoire interdisciplinaire de recherches en sciences de l'action (Lirsa) et les équipes pédagogiques nationales Stratégies et Innovation, le 17 mai 2018 en Belgique, consulté [en ligne] le 19 mai 2018, http://culture.cnam.fr/mai/la-realite-de-la-fiction-ou-des-relations-entre-fiction-narration-discours-et-recit-990072.kjsp

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II Une oeuvre multimédia - comment faire sortir le lecteur des limites du livre ?

Jean-Philippe Toussaint a depuis de nombreuses années eu envie de mettre de la musique dans un livre. Avec Made in China, il a accompli son rêve, voir même plus, puisqu'il a réussi à y mettre carrément un de ses films. C'est pourquoi nous sommes amenés à voir les effets que cette vidéo induit sur la lecture. En effet, l'ajout du multimédia au coeur même du livre apporte une toute autre vision que la simple lecture d'un codex, comme nous allons le voir. L'un des thèmes principaux de Made in China est de montrer tout le cheminement de la création artistique d'un film jusqu'au moment où le lecteur est amené à le visionner à la fin du texte, ce qui nous conduira à montrer que ce procédé, d'un point de vue théorique, n'est pas nouveau en littérature et de voir qu'il relève donc d'une certaine filiation. Enfin, le choix offert des supports dont disposent les lecteurs pour découvrir Made in China, c'est-à-dire, la tablette, l'ordinateur ou bien encore le livre papier, pose aussi la question de sa réalisation et de certains problèmes d'ordre technique qui s'y sont liés.

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